‹ La défense du paysChapitre 26 sur 78 · Scène I. — Au Ministère de la guerre, le 3 septembre · texte numérisé non relu

Scène I. — Au Ministère de la guerre, le 3 septembre

cinq heures du soir.

Le COMTE DE Palikao rentre; il jette son chapeau sur un

fauteuil^ et se promène les bras croisés.

Triste séance! J'ai trop dit. Mais aussi quel engagement ridicule que celui d'avoir à dire tout à une Chambre remplie d'avocats I La gauche est bien décidée, je le vois , à tenter la fortune. Qui sait? Elle, a son armée

aussi, elle, et une émeute réussit quelquefois cela

s'est vu. Et dans ce cas , que deviendra la France entre leurs mains? Perdue! Et moi, vieux militaire, je me laisserais mettre dedans par ces gens-là? Ah! mais non ! J'ai trop dit, mais il reste encore quelque chose à cacher Je n'ai pas encore fait mon plan, mais, en

attendant, ceci ne peut pas nuire. (// s^ assied au bureau y écrit trois dépêches et sonne.)

Un HUISSIER (cw^ran^). — Excellence, voici une nouvelle dépêche.

Palikao. — C'est bien : envoyez ces trois plis à leurs adresses — immédiatement, entendez-vous? Ma voiture attelée. {Uhuissier sort.)

Comme cela , télégraphe arrêté, poste arrêtée, Trochu

54 m J^ËEMSi: DU PATS.

mandé, nous verrons. (Il ouvre la dépêche £l VMJùe in^ terdit.) Diable! VEmpereur prisonnier! L'armée,^. Aïe^ aïe! Heureusement je ne savais pas cela : j'aurais été .aj3sez niais pour le dire à la Chambre!... 11 faut aviser... Trochu ne sera guère ici avant' une heure..* Vite ch^z rimpératrice! Je réfléchirai chemin faisant. (// sort an disant dans V antichambre) : Si le général Trochu arrive, faites-le passer, je serai de retour immédiatement. Je n'y serai que pour lui.

SdM IL — Chez P Impératrice.

U Impératrice et Palikao assis devant une table.

Palikao.— Madame, le sort de la France est entre vos mains. Vous savez qu'il existe à Paris une section de la population qui ne rêve que le désordre, et en guette le moment. Votre Majesté sait aussi que Je viens d'entendre à la tribune de la Chambre des paroles qui sont une véritable révélation des espérances et des projets des ennemis déclarés de TEmpire. 11 n'y a donc pas à balancer. A la franchise des ennemis il faut répondre par la vigueur dans l'action.

L'Impératrice. — De grâce, comte, ne me parlez pas de guerre civile, « Il ne faut penser qu'à sauver la France. y> Prenons des mesures sages ^t vigoureuses, et on verra y> -qu'il n'y a pas d'intérêt à rien bouleverser à l'approche » des Prussiens. Ne pensons à sauvegarder la dynastie y> qu'après avoir pensé au salut de la l'rance.! j>

Palikao. — Oui, Madame, la France avant tout : nous sommes d'accord. Mais si Votre Majesté veut bien envisager la situation avec calme. Elle verra qu'inévitablement, fatalement, la France ne peut être .sauvée dans ce moment-ci qu'en sauvegardant la dynastie. Sujçoaez pour un instant qu'en .allant k Ja séance de demain

SCÈKëS IMAGIHURES. 5S

j'apporte crûment cette tenible îiouveUe.. La gauche, soyez-en sûre, a tout préparé : eUeveat fconrîrla chance d*un procès de haute trahison ou d'une révolution. Âtteadez-vous donc à quelque proposition tendant à renverser le trdne- Qu'arrivera-t-il? De deux choses Tune : Ou elle réussit, alors nous voilà misérablement mis à la porte comme Louis-Philippe, et voilà la France livrée aux aventures en face de Tinvasion, et aux mains d« gens qui ne savent pas le premier mot, ni de Fart de la guerre, ni de celui de gouverner. Ou c'est au contraire nous qui l'emportons, nous voilà alors forcés d'empoigner la gauche et de la faire juger par un conseil de guerre , dont l'arrêt, pour un cas de rébellion «n présence de l'ennemi, ne peut être que la mort. Car nous sommes en état de siège. Madame, et le gouverneur de Paris peut faire arrêter qui que ce soit, fût-ce un député qui, d'ailleurs, serait déchu, par le fait mênje de l'infraction du serment.

LlMPicATBiCE. — Point de sang sous la régence, comte. Je suis femme.

Palikao. — Madame, en ce moment vous n'êtes pas femme , vous êtes Kégente. Votre premier devoir, c'est d'empêcher à tout prix^ entendez-vous? la désorganisation de la IVance dans la crise terribk que nous traversons. N'ajoutons pas la faiblesse à nos autres fautes. Du reste. Madame , c'est justement pour éviter d'en arriver à de pareilles extrémités , qui nous susciteraient d'immenses embarras d'un autre ordre, que je vous propose une mesure d'urgence qui nous donnera le temps de respirer, et nous permettra peut-^re de maintenir Tordre sans ejOTusion de sang.

L'Imp^atrice. — Quel est ce moyen? Ohl s'il n'y a pas d'effusion de sang, je l'accepte d'avance.

Palikao. — Votre 3i/bjesté, usant ée son droit, prorogera le Corps légiâiatif*

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