NOS ILLUSIONS. T
qiielè on a TU naître les guerres d'Italie, des États-Unis > du Mexique, de rAllemagne, et enfin, comme couronne* ment de l'œuvre, la guerre désastreuse de 1870, où Ton a bien vu comment le Prussien entend la fraternité des peuples.
Eh bien, malgré tout cela, cette croyance maladive à la fraternité des peuples paraît incurable ; car au milieu dés invectives, bien méritées d'ailleurs, qu^on lance con» tre les Prussiens, Tidylle de la fameuse fraternité ne cesse de percer.
Cette fraternité n'en est pas moins un rêve irréalisable, contraire aux lois de la nature, laquelle se Sert des passions qu'elle nous a données pour nous pousser de temps à autre à nous entre-détruîre (1).
Heuœième illusion : « Nous avons battu le monde entier, et pour nous vaincre il n'a pas fallu moins que l'Europe coalisée. »
Hélas, quel désenchantement en 1870 1 et d'autant plus cruel que nous nous disions^ oomme troisième Ulu" sion :
* Les Prussiens ? Bah ! nous en avons vu leê talons h léna, et cette fois nous irons à Berlin en promenade militaire »
« Laissons, disait le comte de Latoùr au seîn du Corps Législatif (2), laissons nos voisins de l'Est, qui ont rem=porté une seule victoire en cinquante ans, admirer les bases de leur organisation ; mais nous, qui ne comptons pas nos succès depuis un demî-siècle, nous n'avons aucuii motif de transformer notre système. »
Fatale erreur ! Et c'était^pourtant là Tavis de tout le
(i) Voir à ce suiet ma conférence publiée dans la Rûvuéf populaire de Parût livraison d août 1870, pages 4^ et suivantes.
(2) Discussion sur la loi militaire , séance du 90 décembttd 1907^
monde* Nos victoires passées n'étaient, aux yeux de tous, que des arrhes à valoir sur nos victoires futures.
Qu'est-il arrivé? Le Prussien a pris sur nous une revanche éclatante. Nous lui avions jadis enseigné Tart de la guerre; aujourd'hui il nous rend la leçon. Avouons en toute humilité que cette fois, à côté de lui, nous n'avons été que des écoliers. Nous avons beau lui dire des injures à Tendroit de ses réquisitions, de ses éclaireurs, de ses espions, le fait est qu'il en sait plus long que nous. Désormais la guerre ne pourra plus se faire autrement.
Bref, renonçons à nos illusions (1 ) et voyons les choses telles qu'elles sont. Notre position géographique est excellente en ce que, du côté de terre, nous n'avons en réalité qu'un seul côté à défendre. Mais elle est mauvaise en ce sens, qu'acculés contre l'Océan, nous n'avons le moyen de nous étendre que précisément du côté de notre frontière orientale, pour faire de la place à notre pop:ilation croissante. C'est justement aussi le cas de l'Allemagne, qui nous oppose une pression égale à la nôtre. De là la guerre de races , qui vient tout naturellement se mettre à la place de la fraternité universelle.
En présence de cette condition , à laquelle nous sommes condamnés à perpétuité par notre position géographique, que devons-nous penser de ces économies de bouts de chandelle sur le budget de la guerre que nous ont fait pendant un demi-siècle nos sages législateurs, surtout à l'approche des élections générales? Aurions-nous eu aujourd'hui à payer ces milliards de damno émergente et lucro cessante^ si l'on n'avait pas toujours crié contre toute dépense pour nos places fortes, nos arsenaux, notre armée et la garde mobile? Car prétendre tout expliquer par un gaspillage qui ne repose sur aucune donnée sé-
(1) Je passe sous silence bien d'autres iUusioas, car le moment n'est pas encore renu d'en parler.