partie
Et tu reviendrais demain, que tu ne la gagnerais pas
iav^ntage.
Tu reviendrais cent fois, que tu la perdrais cent fois.
Et pourquoi ?
Parce que ton système n'aboutit à RIEN* ; il n^y a rien dessous I
Avant toi, on a supprimé la presse, mais on avait un but ;
Avant toi, on a fusillé des otages, mais on avait un
but;
Kostopchin a brûlé Moscou, mais il avait un but.
Maïs toi, si tu en avais, il était absurde.
Je veux te faire la partie belle : k\a voix de Paschal Groiisset, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nantes, Bordeaux et les autres*,, (je cite son affiche) se sont soulevées au orl de t Vive la Commune! Partout les troupes se retirent, ou sont vaincues, ou fraternisent. L'Assemblée de Versailles est chassée. La Commune s'établît partout*
Après? ïiQ Prussien occupe un tiers du sol; il demande 6eâ milliards^
Qui te les donnera? Te prêtera- t-on seulement un sou?
Vm un liard !
Que dira alors le Prussien ?
S'il a un grain de sens commun, — et, hélas ! on Ta vu, il en a plus que nous, — il se dira ; « De deqx choôe3 l'une : ou il faut que je prenne tout ce pays-là pour moi, ce que l'Europe ne permettra pas, ou il faut que j'y établisse un gouvernement inspirant assez de confiance pour qu'il trouve de quoi me payer. »
Te voilà tombée dans l'eau. Commune 1
Mai^ je veux t'accorder mieux encore ; je veux imagi-
ner l'impossible, "Ëa fooillimt qudq^ae pwi» tu as trouva les cinq iqilliards, et %ji les a payés,
fin esmtu plus avaucée ? Tes docUines se sont répf^ dues en Allemagne, en Italie, dans toute T Europe wfi% Lea troues encore debout se sentent ébranlés. Croia-tu qu'ils attendront patienunent leur cbûte ? Pas Bismarlc^ toujours. Il éc^wi&n d'abord rennemi ches lui, puis il organiser» une giunde croisade contre la Tranoe^ foyer re^ connu de la Conuuunef Cpmme k cette heure-là, tu y seras plus détestée encore que tu ne Tes aujeurd'huii comuie d'ailleurs U te manquera l'union, la défense que tu feras n'anra de sérieux que les crimes inutiles que tu jugeras à propos de commettre pour te maintenii debout u|i jour ou deux de plus#
]4Aintenant, je Veux aller ^core plus loîn^ et je sup»poserai Timpossible à la centième puissance* La Corn** Uiune a envahi toute la Franee ; elle a été acclamée dans toute l'Europe, tous les rois sont en fuite, toutes les armées régulières sont dissoutes, il n'y a plus que Com^ mune partout!
Te vmlà dono reine et antoerata de TËurope.
Eh bien, voici ce qui arrivera* Comme on nepeutpadie bati^e quand il n'y a plus d'œnemis, tu ne pourras pas éternellement tenir debout une force armée & 2 francs 60 centimes p«r tête, et 75 eentimes pour la femme, légi- Urne en non. Il faudra donc rouvrir les ateliers. Bien entendu que ]e^ < exploit^irs de l'homme » ont été ou diasfiéSf ou fnsillés, ou noyés i Yinfâme eapUat est détruit, et tout se fera désormais par associatiomi entre travaiUeurs* Mais enfin, il m suffit pas d'ouvrir les atdiers t û ÙBOt I qu# les commapdea viennent si l'on veut travailler^ lyaU viendrontrelle$? £t fue e^mmardêrOf-P'^onf fçmt fé]^çmAf^h ees qaiitioM, il &ttt d'àbffd se renâ«e
compte de Tétat d'une société pareille. Naturellement elle a ses chefs : sans cela la grande œuvre de la régénération n'aurait jamais pu être accomplie, ce qui serait contre l'hypothèse.
Or, de tout temps, et sous tous les régimes, on a toujours vu que les chefs ne manquent jamais de rien.
Cela s'est vu, du reste, sous la dernière Commune. Les chefs demeuraient dans les palais ; ils avaient de beaux meubles, de l'argent dans la poche^ une toilette irréprochable, et ils se nourrissaient suprêtfiement bien.
11 en sera donc nécessairement de même sous la Commune universelle.
Quant au peuple militant, il a eu la solde jusquld, mais arrachée à force de menaces ou de réquisition au bourgeois désarmé. Qu'a fait celui-ci pendant la période de transition ? Ne trouvant nulle part de la sécurité pour ses fonds, puisque, par hypothèse, toute l'Europe est dans le même état, il a eu recours au système du moyen â«ye; 11 a enfoui sa vaisselle, ses diamants, son argent : quant à ses immeubles, il en a fait son deuil. Les millionnaires se sont enfuis, assez souvent en payant cher Tinfidélité de quelque fédéré subalterne.
Dès lors, ce qui reste dans le pays, ce sont de pauvres diables de petits commerçants qui finissent peu à peu par fermer boutique faute de clients, puis des artistes, des photographes, des écrivains, tous mourant de faim. Les maisons de valeur sont vides, 4>u occupées par les « gardes nationaux, » enchantés de se donner un appartement de vingt mille francs sans bourse délier.
Mais les ateliers vont se rouvrir ; oh I certainement, le travail va reprendre. Les braves fédérés regrettent leftr vie de paresse à cinquante sous par jour, mais le Comité central ou la Commune, les chefs enfin, leur ont dit qu'il n^y a plus d'argent : il faut donc se résigner, travailler.
DYNASTIE A VliNlK. — COMMUNE. 1J7
Mais encore une fois^ d'm viendront les commandes, et gue commamiera-^-on? Répondez.
Les commandes viendront-elles de Tintérieur? Qui aura donc^ à moins d*être pris par la gorge, le courage de se défaire même de cinquante centimes^ s'il n'a pas la perspective de les regagner quelque part ? Du dehors ? mais où est donc le crédit, qui ne peut exister que lorsqu'il y a production, et par conséquent débouché? La misère est là-bas comme chez nous, et par la même cause.
Que commandera-t-on ? Certainement pas Torfévrerie, ni les soies, ni les velours, ni les draps, ni les glaces, ni les pendules, ni les meubles de luxe. Quelques casquettes, peut-être, quelques sabots, quelques méchantes blouses, voilà. Et encore, on y regardera à deux fois.
Lorsque donc les vaillants travailleurs se seront croisés les bras devant la porte de l'atelier pendant quelques jours sans rien voir venir, ils iront assiéger le Comité central en criant après leurs cinquante sous.
Le Comité central aura alors recours aux grands moyens. Il surimposera la propriété, il réquisitionnera, il pillera, il fusillera ; mais malheureusement l'argent n'existe qu'à la condition de produire, et il ne produit qu'à la condition d'être une source de bien-être; bref, les chefs rouleront carrosse jusqu'au dernier moment, mais il n'y aura plus les cinquante sous pour la foule.
On verra M. de Rothschild demander Faumône au coin de la rue Laffitte, tandis que son hôtel sera habité par un Raoul Rigault quelconque, et cela pourra durer quelque temps.
En attendant, les bibliothèques seront devenues la proie des rats, les imprimeries seront délaissées faute d'acheteurs de livres, les journaux eux-mêmes disparaîtront faute de papier, les chemins de fer ne rouleront plus faute de voyageurs et de marchandises, les écoles se
118 Li DÉFËKSS DÛ PJLY8.
fermeront parce que les itistîttiteurs seront morts de faim, les champs ne produiront plus parce que les eonlpagnies du moyen âge Renaîtront et rançonneront le pays en mangeant les récoltes en herbe ; les disettes éclateront faute de navires amenant dti blé ; ce qui reste debout sera emporté pat les épidémies, sûrs successeUts de la famine, ou par les guerres civiles qui, cette fbîs, ne se feront pas pour des idéeé creuses, mais pour s*arracheî? réciproquement le pain de la bouche, et voilà ! Si vous demandez à savoir comment meurent les sociétés, contemplez ce tableati.
Donc, Commune, ma mie, j'avais bien raison quand Je t'ai dit tout à Vheuré que tu n*as pas réussi, parce ^Uô ton système n*a pas d'avenir.
Cela pourra hépas t^einpêcher de revenir, — nous sommes assez niais pour cela, — tu nous feras plus de mal encore que tu né ttoUs èïL as fait, mais tu ne resteras pas.
Car tu marôlies droit contre les lois de la ÎÎÀTtJllÈ.
À moins toutefois que la France né soit arrivée au terme de son existence. — Alors jô mlttcliné :
Va, Commune dé mon cœur, je n'ai plus rien à te dire, car décidément tu n*es pas la Dynastie à venir.
11 n'est pas impossible toutefois qu*on te voie revivre prochainement ailleurs qu^ici : en Angleterre» Au moment où j*écris (îè sept.), les grandes usines de Newcastle, Celle de Sir William Armstrong, entré autres, sont en lutte avec leurs ouvriers depuis plus de trois mois, et il est plus que probable qUe les patrons laùrônt à céder. Cela promet pour Tavenir. Deux ou trois Victoires dé ce genre-là, et ^industrie anglaiàe sera par terre. Là suite ne se fera pas attendre.
Vive le progrès !
DYNASTIE A VENIR. — REPUBLIQUE. i i
CHAPlTfiE XVIII.
Coaseito à la Dynastie à venir. — La République. Peut-être la Dynastie à Tenir s'appellerart-elle Réim*
hlique ?
C'est plus sérieux, car la possibilité de son esifitence est démontrée d^ avance parle fait, avantage qui manque foncièrement à la Commune.
Il importe donc de rechercher dans quelles conditions elle pourra exister.
Constatons d'abord qne jamais nne république n*a pu durer sans l'adoption de ces deux principes fondamon*taux, qui sont aussi ceux de la monarchie : le droit de propriété et la famille.
Ainsi, tous les rêves des socialistes de diverses déno* minations sont absolument exclus de toute constitution républicaine, comme de toute autre ayant quelque prétention à la viabilité.
Si je pouvais ici développer ex professo les prindpes de la PHILOSOPHIE ABSOLUE, je n'aurais pas de peine k démontrer mathématiquement, en quelque sorte, Pinanité de toutes les théories socialistes, en commençant par celle d'Auguste Comte, qui a fait école paree qu'elle renie le sens commun avec le plus d'audace.
Mais ce serait trop m'éloigner de mon sujet que de me livrer k une réfutation radicale de ces aberrations : je me contente donc d'en appeler, sans m'y arrêter, aux faits que fournit en abondance rhistoîre moderne de notre malheureux pays.
Ainsi, droit de propriété^ famille^ voilà les bases inévitables de toute république , comme de tOBte monar* cMe.
A part cela, chère république, eu te supposant arrivée
au pouvoir, pour t'y maintenir, tu n'as qu'un moyen : c'est de MENTIR A TES PRINCIPES,
Tu seras arrivée en proclamant la liberté^ V égalité^ la fraternité^ la presse libre, le droit de réunion.
Eh bien! si tu veux vivre, il faut que tu jettes tout cela au panier.
Car autrement tu en as pour huit jours.
Contrairement aux deux républiques que Ton cite toujours, la Suisse et les États-Unis (par un singulier oubli on ne cite jamais le Mexique et les autres républiques espagnoles du Nouveau-Monde), la française s'est toujours donné l'innocent plaisir d'avoir pour devise les trois mots : Liberté^ Égalité^ Fraternité.
Douce plaisanterie, qui me rappelle l'étymologie du mot latin lucus : quasi a non lucendo.
Par un reste de pudeur, très-légitime au demeurant, la Commune avait remplacé fraternité par solidarité^ voulant probablement dire par là que les citoyens chefs s'engageaient à mourir derrière les barricades comme les autres. On sait avec quel héroïsme ceux qui l'ont pu se sont enfuis.
Du reste, pour être logique, pourquoi n'a-t-elle pas, en même temps, remplacé liberté par terreur et égalité par privilège ?
Cela aurait parfaitement résumé son système.
Bref, je le répète : que la République française supprime sa devise ! La liberté Ta toujours tuée ; V égalité, elle ne nous l'a jamais donnée ; la fraternité , elle ne l'a jamais pratiquée.
Mais, à côté de cette devise, elle se proclame volontiers la seule dépositaire de ce que l'on appelle collectivement ks grands principes de 1789. On les trouve consignés dans la Déclaration des droits de l'homme et dans le titre 1" de la Constitution de 1791.
Or, la première chose à faire pour juger sainement ces principes, c^est d'en séparer ceux qui étaient entrés dans les mœurs longtemps avant la Révolution. Tels sont, par exemple, ceux qui proclament le droit de propriété, la sûreté publique, Tentretien d'une force nationale.
En ce qui regarde l'admission de tous, sans distinction, aux dignités et aux emplois, selon leur capacité, ce principe a existé de tout temps par la force des choses. Sous Louis XIV, roi aristocratique s'il en fut, le grand Colbert, fils d'un négociant, devint ministre.
Je pourrais ainsi éplucher plusieurs de ces principes, et montrer que ceux qui ont quelque valeur n'ont pas à réclamer la paternité de la Révolution. Mais il me suffit ici de discuter plus particulièrement les deux principes de la liberté de la presse et du droit de réunion.
Or, sans recourir ici à la PHILOSOPHIE ABSOLUE, je n'ai qu'à invoquer notre histoire pour pouvoir affirmer, en bonne conscience, que ces deux grands principes de 1789 ne valent rien.
Ils sont d'abord une importation anglaise, circonstance qui les rend fort suspects à mes yeux. En Angleterre, ils ont pris les allures d'une maladie chronique qui a sapé peu à peu les bases de l'ordre social, à tel point qu'en 1866 un ministre de la reine n'a pas osé réprimer une émeute des plus honteuses au Hyde-Park, et que de cette émeute même est sortie la dernière réforme, dont aucun homme clairvoyant ne sentait la nécessité.
Or, une réforme qui naît d'une émeute est condamnée d'avance ; un pays où pareil phénomène peut se produire a un pied dans la tombe.
C'est aussi pourquoi je me sens autorisé à dire que le véritable Waterloo que nous a infligé l'Angleterre, nous devons le compter, non pas du jour où eut lieu la célèbre
bataille, mais du jour où a la perfide Albion » nous donna le goût de son système politique.
• Sous la première République, la liberté de la presse fut restreinte au droit de prêcher T évangile de ce temps-là, réchafaud; Comme sous la Commune, elle se borna à exciter aux crimes commis plus tard.
Lé premier Consul n*en voulut pas, et ce ne fut pas la presse qui le perdit. S'il Teût permise, il n^aurait pas régné un an.
Louis XVIII accorda la liberté de la presse, et ce fut par elle que son successeur tomba.
Louis-Philippe Taccepta, et se vît forcé de la réprimer, fort imparfaitement d'ailleurs, parles lois de Septembre. Il fut renversé par elle, car les attaques, pour être voilées, n'en furent que plus violentes.
La République de 1848 dut également sa chute à la presse ; car, d*une part, les doctrines subversives qu'on prêchait effrayaient le public, et, d'autre part, on ne se gênait pas pour battre en brèche la Constitution ellemême.
Napoléon III régna seize ans dans la plus parfaite sécurité en réprimant la presse* Il n'eut pas plus tôt relâché la bride en 1868, qu'on prépara sa chute par les attaques les plus enreniméeS) les calomnies les plus atroces» Si la presse n'avait pas eu le temps de travailler les esprits à Tavance, le deuxième empire aurait survécu à Sedan*
La Commane^ grâce au ciel, n'eut pas de reproche à fie faire sous ce rapport- là, car elle supprimait les journaux avec un sans'-façon admirable. Aussi ne fut-ce pas par la presse qu'elle succomba, mais ce fut par la presse qu'elle arriva. N'oublions pas que, pendant le siège, le général Trochu laissa aux feuilles malsaines une liberté incompatible aveo une bonne défense.
Par ces motifs, ô République, je te conseille de bail-
DYNASTIE A VIlNiB. *— ftEFUBLIQUË. lââ
lonnei^ la» t^rteee* At^o une presse librei tu ne vivras pas. Je le dis dans ma sixième anagramme (page 3S)| qui se traduit ainsi :
La liberté de la presse est le fléau (Tune nation.
Le droit de réunion est encore plus pernicieux*
Tous les crimes qui ont ensanglanté la première Kévolution %^ sont mûris à Tombre de ce prétendu droit : nul ne conteste cette vérité ; au contraire, ceux qui> dans leur fanatisme, appellent cette orgie de sang « notre grancle et belle Révolution, » y trouvent un motif à éloges : ils citent avec extase les discours de Robespierre et des autres orateurs célèbres des clubs, et appellent cela « la vie politique du peuple. »
La Charte de l8l4 ne reconnaît pas le droit de réunion; celle de 1830 non plus; ce furent pourtant les banquets de 1847 qui préparèrent 1848, et ce fut un banquet projeté qui Tamena. Les émeutes nombreuses qui caractérisèrent le règne de Louis-Philippe se concertaient dans les conciliabules dès sociétés secrète».
Ce fut en 1 8ft8 que recommença le règne des clttb§ s
le 18 inal et les journées de juin en furent le couron*neinent% Malgré cela^ la Constituante d'alors eut Tinfli**
gne folie d'inscrire le droit de réunion dans son nouveau pafcte. Qu'en ré&ulta*t-il? Le 13 juin 1840, des troubles à Lyon et ailleurs, des projets d'émeute éventés et étouffés par le prince-président* Après le 2 décembre, suppressbn complète du droit de réunion, et, par suitCi une tranquillité . publique merveilleuse jusqu'à la trop fameuse lettre du 19 janvier 1867. A partir de là, le 4 septembre ^'organise publiquement dans tous les clubs juâqu'à maturité.
£t le siège de Paris a-t-il été fécond en clubs ? 11 restait h^ir^usement en ce temps-là une ressource aux amis de l'oirdr^ : c'était de liie h loi du 9 août 1849 sur l'état de
siège, et de s'assurer ainsi par soi-même qu'elle étût rigonreusement enfreinte .
Bref, les clubs du siège ont abouti à la Commune.
Si» après cela, nous ne sommes pas guéris du droit de réunion, c'est que nous y mettons de la mauvaise volonté.
Dans quel but le droit de réunion pour un objet politique est-il tant demandé?
C'est d'abord pour se concerter;
C'est ensuite pour arriver à la vérité par la discus sion;
C'est enfin pour réclamer contre un abus.
Voilà les trois objets qu'on peut se proposer.
Voyons si on les réalise.
La question se complique d'abord d'une condition de nombre.
Deux, trois ou quatre personnes se réunissant sans bruit arrivent certainement à s'entendre, s'il y a entente possible; elles peuvent, par une discussion tranquille et mesurée, arriver à la vérité sur une question donnée ; elles peuvent enfin fixer d'un conmiun accord les bases d'une réclamation.
Dans ces limites-là le droit de réunion peut remplir le but désiré, mais je ne sache pas que dans ces conditions il ait jamais été défendu.
Mais à mesure qi^e le nombre augmente, l'utilité de la réunion se fait de moins en moins sentir,
11 n'est pas impossible d'arriver par le raisonnement à une détermination approximative du nombre maximum de personnes qui peut utilement concourir à une réunion.
Un orateur qui n'est pas bavard, et n'a pas la manie de faire des phrases inutiles, peut ordinairement épuiser en dioo minutes ce qu'il a à dire. C'est du reste la limite
qui a été communément fixée dans diverses réunions scientifiques.
Dix orateurs consommeraient donc cent minutes. Ajoutons-en tme vingtaine pour les pertes de temps inévitables : nous arrivons à une séance de deux heures.
Or, lorsqu'un homme a écouté sérieusement pendant deux heures, on peut admettre que sa faculté de prêter Toreille est épuisée.
Deux heures, c'est le maœimum admis dans les classes et dans les cours publics.
En deux heures, on peut donc écouter dix orateurs. Admettons qu'il y ait présentes dix personnes ne prenant pas part aux débats, et nous aurons pour force numérique extrême d'une réunion utile vingt membres.
Soyons larges, et acceptons le double : fixons, si l'on veut, la limite extrême à quarante-cinq membres, comme les bureaux de l'Assemblée nationale ; mais dans ce cas .il faut aussi admettre des conditions de grande convenance parmi les présents.
Mais ce n*est pas dans ces conditions-là que s'est pratiqué chez nous le droit de réunion. Il s'agit de centaines de personnes et de toutes les classes, ayant de l'éducation ou n'en ayant pas, et la plupart animées de passions politiques fort accentuées dans un sens quelconque.
Quant aux réunions de cent mille individus et au-delà, comme on en voit en Angleterre et aux Etats-Unis, tout concert, toute discussion y devient impossible : elles ne peuvent signifier qu'un déploiement de force physique dans un but le plus souvent d'intimidation.
Be venons aux nôtres, à celles que nous avons vues chez nous. S'agit-il d'une réunion électorale^ ayant pour but d'entendre le candidat? on ne l'entend pas , car il suffît d'une poignée d'opposants pour faire du tapage
146 LA ifÉrmm du pays.
et rendre tonte explication impossible. Donc ce n'est ni plus ni moins cjn^une farce,
S*agît-il d'une réunion publique dans tout autre but politique? la première chose que Ton remarque, c'est qu'il peut y avoir des curieux , maïs des opposants jamais, car on les mettrait à la porte. Je parle ^ bien entendu, de celles qui passionnent le public, où Von dît de* choses bien grossières, bien horripilantes, où l'on prêche la sédition ou l'irréligion ; car pour les autres, s'il en existe, personne n'y va, ou du moins eo n'en -entend pas parler.
Les journaux eux-mêmes ne voudraient pas rendre compte d'un club où l'on ne ferait que parler raison.
Maintenant, qu'arrive-t-il dans ces réunions? Un orateur en vogue — on dirait presque assermenté — monte à la tribune, et développe pour la centième fois le même sujet, avec des phrases clichées et des attitudes oblîgiîes. Comme il n'y a pas de contradicteurs, on n'entend que des applaudissements. Après lui en vient un autre, puis un troisième, chacun avec des sophismes dont il a fait sa spécialité, assaisonnés de temps à antre d'invectives h l'adresse du pouvoir. I! y a ordinairement une vingtaine d'orateurs qui font le tour des olubs, et se ménagent ainsi une renommée pour le jour des barricades. Et cela s'appelle se communiquer ses idées, et discuter la chose publique !
L' auditoire se compose d'abord de compères qui font !a claque, puis d'une foule de dupes qui, se laissant séduire par ces orateurs de troisième ordre, s'imaginent trèssérîeusement qu'une révolution doit les enrichir, et qu'ils seront l'aristocratie de l'avenir.
Qu'a-t-on discuté? Rien. QuVt-on éclaire!? Bien. Qu Vt-on réclamé ? La lune.
ït les journaux împrimfmt «es discoers^ et les badawds
sHmaglnent que « le peuple fait son éducation politique » et les électeurs ne votent pas^ ou votent pour les rouges, puis, quand un 18 mars arrive, on est tout étonné !
Méfiez-vous des orateurs politiques I II est fort r^re qu'un grand orateur ait jamais fait de grandes et de bonnes choses, mais l'orateur a souvent bouleversé son pays.
De tout temps le pouvoir de Téloquence a été oomm et redouté. Antipater fait mettre à mort les orateurs athéniens. Caton bannit les rhéteurs de Rome ; les Gracohes sont tués par suite des séditions qu'ils ont su exciter par leur éloquence. Enfin, voici Lucrèce qui met le doigt sur la plaie t
Omnia enim stolidi magîs admirantur aipantque, Inversîs quae sub verbis lalitantia cernunt : Veraque constituunt quœ belle tangere possunt Aurais, et lepidQ quee suot fuoata sonore.
Db Rb^uji mt., lib. I, Y, 6i2-C45.
Et en effet, je n'ai jamais, que je sache, entendu louer un orateur pour son argumentation serrée et logique, maïs toujours pour son beau langage, sa voix sonore et sa présence d'esprit.
Voilà les qualités qu'on recherche. Avoir raisoT), c'est indifférent. Parler bien, c'est tout.
Et c'est ainsi que la France a été poussée dç révolution en révolution. Qui prépara la chute de Lquî^ XVI ? Mirabeau. Qui abattit la Kestauratîon ? Foy, Manuel, Benjamin Constant, La Fayette. Qui fit tomber Louis- Philippe ? Ledru-EoUin et consorts. Qui sapa le trône de Napoléon III? Emile OUivier le premier.
Voici le moment pour moi de traduire ma s^ptièîue
anagro^mme, que je puis même perfectionner de la manière
suivante ;
128 LÀ BlÉFENSE DU PATS.
Nonne clarè gentium neœ evenit^ dum sœvo ore hydra errons plebi mer cède seditionem fiât? — eee.
Elle signifie :
Le droit de réunion, parfaitement oiseux comme moyen de s'entendre^ est la guerre civile en herbe.
Ainsi, 6 République, tu vois que je n'ai pas tort en te conseillant de répudier ce grand principe de 1 789, qui donne le droit de se réunir «c paisiblement et sans armes. i>
Car, rémeute et les armes viennent toujours après.
Mais, chère République, si, pour vivre, il faut que ta renonces à ta devise Liberté^ Égalité, Fraternité, si, en outre, tu dois supprimer la liberté de la presse et le droit de réunion, je me demande franchement ce que nous gagnons à nous livrer à toi plutôt qu'à la monarchie ?
Youdrais-tu te façonner à la manière de ta devancière de Venise ?
Celle-là, par exemple, a vécu bien longtemps.
Mais aussi menait-elle les affaires rondement.
Lors de Tinterdit lancé par Paul V, un digne curé avait déclaré hautement à ses amis qu'il ne dirait pas la messe. Etant allé se coucher le samedi soir comme de coutume, il se réveille au bruit de grands coups de marteau qu'on donnait dans la rue. Poussé par la curiosité, il met le nez à la fenêtre, et, ne distinguant pas bien dans l'obscurité une chose qui se dresse devant sa porte, il demande aux ouvriers ce que c'est.
« C'est une potence, mon révérend d, fut la réponse.
Le bon curé ne se le fit pas dire deux fois : le lendemain à six heures, il était debout, et dit sa messe comme pas un.
Eh bien, chère République, si tu veux vivre, voilà le modèle que tu dois imiter.
L Tes adeptes du reste l'ont compris, si j'en crois le petit
DYNASTIE A VENIR. — REPUBLIQUE. 12ii
programme suivant que j'emprunte au Times de Londres du 12 juin 1871. Le voici :
La République, comme toute autre institution humaine, est sujette à discussion, mais il ne faut pas qu'elle soit discutée. Son origine n'est pas divine, mais il est nécessaire qu'elle soit inattaquable. Il faut donc qu'on s'accorde à la regarder comme une arche sainte à laquelle il n'est pas permis de toucher.
Qui viole la loi doit être abattu [struck dotvn). La liberté doit se tenir avec elle, ou vivre en tremblant sous le glaive.
La presse doit être soumise à des lois sévères, implacables, allant jusqu'aux plus terribles conséquences. Nous n'irons pas jusqu'à faire couper la langue aux pamphlétaires, mais nous les enverrons vivre ailleurs, ainsi que tous ceux qui ne consentiront pas à vivre volontairement avec nous.
Le foyer domestique ne doit pas être fermé pour nous : il pourrait s'y former des conspirations. On ne permettra les réunions qu'autant qu'on ne s'y occupera point de politique; les réunions secrètes seront absolument interdites.
Les associations d'ouvriers que les lois de l'empire autorisaient seront dissoutes.
Notre police doit être plus nombreuse que jamais ; au lieu de l'armée, qui peut être énervée et corrompue, nous aurons une gendarmerie nombreuse et bien payée.
Pour avoir l'œil et le pied partout, il sera nécessaire de centraliser le pouvoir administratif et politique beaucoup plus encore qu'il ne l'a été jusqu'ici. Il ne faut donc pas compter sur la décentralisation. Tous nos efforts, au contraire, doivent tendre à restreindre les libertés locales, et à tenir toute la France sous la main du gouvernement.
Plus que jamais nous devons tenir l'instruction publique en nos mains et en exclure tout ce qui n'est pas avec nous. U faut que toutes les générations nouvelles soient républicaines .
A ces conditions nous pourrons garantir la France contre toute nouvelle tentative de désordre.
En relisant ce morceau, je m'aperçois, chère République, que j'ai perdu mon temps à te donner des conseils. Va, tu es aussi savante que moi : tu as toi-même annoncé ce que tu nous réserves. Est-ce sage? C'est ton
affaire.
Mais c'est dans la suite de ce précieux morceau, éclos dans les cerveaux de vrais et sincères républicains, que tu montres une ineptie inconcevable :
LA BEFENSS DU PATS. ^
iSO Dâ^ENSE DU PATS.
Un g<Hi?enMiBMit monarchiqve ne pourrait en faire autant; il encourrait une telle responsabilité et une telle haine qu'il ne pourrait se soutenir. Une république, au contraire, peut être aussi despotique qu'il loi piait pour Fextirpation du mai ; sa forme anonyme la met à Tabri des Tengeances peraonnellea et ia garantit des attaques soudaines, lorsqu'elle Mit conserver sa force et faire respecter son autorité.
C'est dans oe but que personne ne doit avoir la permission de la discuter ou de l'attaquer, ni de mettre en question ses actes ou ses pa*
Où prends-tn qu'un gouvernement monarchique ne puisse en faire autant ? Quinze siècles sont là pour dire le contraire ; toi-même, tu en as toujours accusé la monarchie : c'est à cause de cela que tu veux que nous la détestions. Et te crois-tu sérieusement à Tabri de la haine? Tu penses que ta « forme anonyme » te met à l'abri des ▼engeances personnelles ? Mais tu radotes ! Est-ce que tu ne serais pas dirigée par des hommes? Si ouï, sois tranquille : autant de directeurs, autant de poignards meurtriers dirigés contre eux. Que sont devenus les Marat, les Robespierre t tutti quanti?
Comptons néanmoins tes chances de vie. Tu avoues toimême que tu adoptes la devise de la Commune :
OOERINT DUn METUANT.
et c'est-là, je l'admets, un grand élément de longévité. Mais en France cet élément ne te servirait de rien, par la raison qu^il y a des prétendants au trône, et que, si tu inaugures ce programme que nous venons d'admirer, il est bien difficile que ceux-ci ne puissent oflFrir au pap quelque chose de plus séduisant.
Les prétendants — tout est là. Si les États-Unis ont pu se constituer en république , c'est que cet élément hostile manquait. D'autre part la défense du pays était assurée par l'absence de voisins puissants, et enfin un territoire dix fois plus grand que la France, avec une po-
pulation alors dix fois moindre, offrait une faculté d'expansion sans exemple , et des avantages incalculables à ragriculture. Voilà comment a^pu se consolider cette singulière puissance , qui du] reste en est déjà à son déclin.
Et comment réaliser ce» conditions en France? Tant qu'il y aura un seul prétendant, il sera un aimant attirant à lui les intérêts de tous ceux qui [possèdent , qui travaillent, qui aiment la tranquillité' et détestent Témeute.
Chacun de ces prétendants peut invoquer une tradition ne rappelant que des jours de bonheur et^ de sécurité. Quels souvenirs au contraire se rattachent à la république en France? La Terreur, les journées de juin, la Commune. Le contraste est trop frappant, et toujours le prétendant sera Tobjet des sympathies, exprimées ou secrètes, de Vimmense majorité de la nation.
Entourée de puissants voisins, dont quelques-uns viennent de nous battre aux applaudissements des autres, comment pourrais-tu, ô République, intérieurement déchirée par les luttes de tes propres partis ^ compter sur une armée? Tu n'oserais même pas en avoir. Dès lors, tu serais dans Timpossibilité d^offrir au pays quelque sécurité contre les ennemis du dehors, quelque protection au commerce, quelque espoir d'avenir.
Maintenant pour réaliser la dernière condition dont jouissent les Etats-Unis, il n'y aurait qu^un moyen : dessécher la moitié de l'Atlantique, et mettre en culture le terrain acquis.
Bref, la France n'est pas faite pour la république.
Voici le dilemme. Ou tu gouverneras en respectant les
libertés politiques que tu as toujours proclamées, et alors
tes ennemis en profiteront pour te renverser. Oti bien tu
mens à tes principes en te faisant absolutiste, comme Tin-
<lique ton programme, et alors inévitablement tu te feras des ennemis dans ton propre parti parmi ceux qui veulent arriver.
Il y aura ainsi deux, trois, plusieurs chefs qui se disputeront le pouvoir. Si parmi eux il se trouve un Cromwell , il vaincra les autres , mais tu n'en seras pas plus avancée , car alors tu auras un roi qui s'appellera lord protecteur, et qui te fera bien regretter ton Charles T'. Si au contraire parmi les chefs il n'y a pas un homme supérieur, le pouvoir changera de mains par la force ou par rintrigue,en engendrant entre eux des haines personnelles qui les pousseront en fin de compte à traiter secrètement avec un prétendant ou avec un guerrier heureux.
C'est ainsi que la lutte se déclarera dans ton propre sein, les questions personnelles absorberont tout, les affaires seront arrêtées, tu passeras à l'état de vésicatoire, et alors, à un moment donné, le prétendant arrivera au milieu des acclamations, et tu disparaîtras dans les vingt-quatre heures.
Non , chère République, tout considéré, en France au moins, tu n'es pas la Dynastie à venir.