MONARCHIE. — RELIGION
On croyait au progrès dans le bien , on ne croyait pas au progrès dans le mal.
Depuis, le Spectre rouge s'est fait chair. Nous Tavons vu , nous l'avons touché. Nous en sommes débarrassés pour le moment , mais certains symptômes nous disent qu'il pourrait bien revenir.
Et comme nous avons vu ce dont il est capable , si avant nous n'y croyions pas du 'tout, aujourd'hui nous n'y croyons que trop.
Le 4 septembre tout le monde criait : « Plus de sauveurs! y> mais aujourd'hui nous en redemandons, et... tous les sauveurs nous tournent le dos !
La France serait-elle donc , à force de révolutions , tombée déjà si bas que sa couronne ne valût pas la peine d'être ramassée?
Quoi qu'il en soit, cette fois le sauveur se fiait désirer, mais il viendra, espérons-le.
Quel qu'il soit , ma tâche est la même : lui offrir des conseils.
Le terrain est déjà passablement déblayé par le chapitre précédent : car ce qui est nécessaire pour la République, l'est également pour la monarchie.
Ainsi, bien entendu, le droit de propriété et la famille n'admettent pas de discussion.
Pas plus que la République , la monarchie ne gardera la trop célèbre devise : Liberté ^ Égalité y Fraternité.
Et pas plus que la République, elle n'admettra les deux grands principes de 1789, la liberté de la presse et le droit de réunion.
Il y a pourtant une liberté que la République n'admet pas, on l'a vu : c'est la liberté d^ adorer Dieu.
Eh bien, celle là, la monarchie doit la prendre sous sa protection spéciale. Mieux encore, elle ne doit pas tolérer la prédication de F athéisme.
Voilà la véritable ligne de démarcation entre la Répuvlique possible et la monarchie.
La République poêsible^ celle qui renie tous les fameux principes qu'on a toujours attribués à cette forme de gouvernement, peut donner une sécurité relative, abstraction faite des tiraillements qu'engendrent les luttes pour ar* river au pouvoir ; mais elle ne peut pas admettre la nécessité d'accepter un Dieu, car elle dégénère alors inévitablement en une monarchie, puisque Dieu, c'est L'ABSOLU !
Ici pourtant il faut que je me mette en garde contre les insinuations de la malveillance, qui pourrait vouloir travestir ma pensée en m' attribuant des velléités de retour à une espèce d'inquisition*
Une pensée aussi baroque n'entre pas dans mon esprit.
Si« dans son for intérieur, un homme est assez aveugle pour nier Dieu, — si dans le cercle de ses amis entachés de la même maladie, il se livre à des épanchements athées, — si même il en fait autant dans ses lettres particulières, — je vais plus loin : s'il élève ses enfants dans l'athéisme, ce sera fort regrettable, mais la loi doit être impuissante à le frapper.
Mais s'il imprime quoi que ce soit ayant ce caractère, s'il l'enseigne publiquement du haut d'une chaire, si d'une manière quelconque il se fait cyniquement propagateur delà doctrine de la non existence de Dien, l'autorité doit intervenir pour l'en empêcher, et pour le punir dans le cas où il 7 aurait eu scandale public»
Et qu'on ne vienne pas m' objecter que le progrès des soiences serait arrêté par de pareilles entraves. Aucune de nos grandes découvertes modernes n'a été empêchée par la croyance en Dieu ; aucun malade n^a jamais été sauvé par Tathéisme de son médecin . Mais des otages ont été fusillés, des édifices ont été brûlés par des athées, «t
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aucun homme croyant en Dieu n'aurait commis de semblables forfaits.
Or, comme il n'est pas dans Tintérêt de la société que des otages soient fusillés , que des villes soient brûlées, l'autorité publique , gardienne de la société » doit intQPi« venir pour empêcher la propagation d'une doctrine pouvant conduire à de pareilles atrocités.
« Et l'inquisition, m'objeetera*t-on , et la SaintxBar» thélemy ? Ne sont-ce pas là les œuvres d'hommes croyant en Dieu ? »
Oui , je l'accorde : mais ces exemples ne prouvent qu'une chose : que le bien peut être dénaturé par les pas* sîons des hommes. Oes crimes furent commis par des par» tisans d'une forme particulière d'adoration dêverkue un drapeau politique^ et dans leur esprit l'idée politique remportait sur le fond.
Aussi la Dynastie à venir ne doit-elle rien changer à l'état actuel des cultes déjà reconnus et depuis longtemps établis dans le pays. Car tous ont pour base la croyance en Dieu , et aucun ne professe rien de contraire aux lois du pays.
Et si d'autres cultes demandaient à être admis sur le même pied, faut-il les reconnaître? Peut-on logiquement leur refuser ce que Ton a accordé aux autres ?
Je crois que oui. Il existe en France trois cultes chrétiens qui donnent satisfaction aux divergences les plus importantes en fait de religion. Si l'on s'engageait à sub- . ventionner toutes les petites nuances, on offrirait par là un appât aux créateurs de sectes religieuses, et l'on verrait l'hypocrisie s'affubler du manteau de la conviction. S'il se trouve des consciences qui ne puissent s'accommoder d'aucun des trois cultes chrétiens existante, eh bien, qu'elles montrent leur sincérité en se cotisant pour l'exercice de la nuance qu'elles affectionnent.
Mais il faut tout prévoir, le cas surtout où le loup voudrait pénétrer dans la bergerie. Il ne serait pas impossible que le diable se fît moine, et trouvât commode d'inventer une petite église pour s'en faire un club politique. CTest.un danger qu'il faut prévenir en n'autorisant l'exercice d'un culte non reconnu, que sous la responsabilité de personnes parfaitement connues et d'une honorabilité à Tabri de tout soupçon.
Tel est le rôle logique de l'État en fait de cultes : en régler le nombre, les surveiller tous, mais les protéger également. Il faut en finir avec cette maxime si eflïontément soutenue jusqu'ici, d'après laquelle l'Etat devrait être athée. Il doit au contraire veiller à ce que partout, dans renseignement public comme dans les solennités officielles, l'idée de Dieu, servant de base aux trois religions qui intéressent la France: la chrétienne, la juive et la mahométane, soit reconnue.
En adoptant ces principes, Dynastie à venir, tu éviteras le grand écueil auquel se heurta Charles X. Autant le milliard d'indemnité aux émigrés était une mesure équitable, autant les lois du sacrilège et sur les communautés religieuses furent des folies inexcusables. Avec le régne si sage et si modéré de Louis XVIII devant les yeux, comment son successeur, héritier de la prospérité qu'avait déjà inaugurée un trône à peine rétabli, pouvait-il songer à rompre ce calme précieux, à jouer la popularité qu'il avait acquise par ses premiers actes, popularité qui était le gage d'une entente inébranlable entre le roi et la nation, par des pommes de discorde qui nonseulement rappelaient, mais qui excusaient les effroyables orages du passé ? Le vrai moyen de vaincre les libres penseurs, c'est de leur laisser le moins possible à combattre. Or quel magnifique champ de bataille Charles X ne leur ouvrait-il pas en leur entre-bâillant tout le vieux
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musée des guerres de religion ? Dynastie à venir, tu ne commettras pas cette faute.
Les libres penseurs rêvent aujourd'hui la séparation de t Église et de CÉtat. Connaissant Tinfluence qu'exercent sur le public ces effets de castagnettes qu'on produit par les allitérations et les homophonies, le comte Cavour avait inventé pour cette idée la formule : Y Église libre dans tÉtat libre. Or elle est radicalement mauvaise, parce qu'elle laisse la porte ouverte à la prédication de Tathéisme.
Je suis partisan de l'étroit^ union de l'Église et de 1 Etat, mais à la condition que T Eglise soit subordonnée à l'Etat. Mes anagrammes 17 et 18 renferment ma pensée là-dessus : le moment de les développer n'est pas encore venu. Jamais je ne voudrais admettre la prépondérance d'un clergé quelconque dans les conseils de l'Etat. L'histoire en a démontré les dangers : il n'y a plus à les discuter. Le prêtre n'est qu'un homme, et quelque sincère qu'il soit, il en a les passions et les faiblesses. Par la même raison, l'Église ne doit pouvoir ni posséder, ni hériter : ce sont ces deux facultés qui l'ont jadis exposée aux haines et aux calomnies. Désintéressée de toute considération mondaine, convenablement soutenue par l'État, sa dignité sera au-dessus de toute attaque, et on lui accordera volontiers dans les conseils du gouvernement cette douce influence morale dont elle a bien souvent su faire un excellent usage.