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CHAPITRE XX

Conseils à la^Dynastie à venir. — La Monarchie.

Sa Constitution.

Etant donnés les principes que je viens de poser, tu dois reconnaître, Dynastie à venir, que tu arrives au

pouvoir dans des conditions infiniment meilleures que ne le pourrait la république.

Celle-ci, en effet, ne pourrait arriver qu'en promettant ce qu'elle ne peut tenir, c'est-à-dire, que pai* le MENSONGE.

Toi, au contraire, tu arriveras la VÉRITÉ à la main; car :

Tu n* auras pas promis la liberté^ luxe au-dessus de nos forces ;

Tu n'auras pas promis V égalité, qui est impossible ;

Tu n'auras pas promis la fraternité^ puisque tu auras pour ennemis naturels les émeutîers ;

Tu n'auras pas, par la même raison, promis le droit de

reunion ;

Enfin, tu n'auras pas promis la licence de la presse, n'ayant pas envie de te faire dévorer par elle.

Les seules choses que tu auras promises, seront celles qui sont humainement possibles. Les voici :

La justice ;

It économie des deniers publm ; La prévoyance ;

Une surveillance sévère eooercée sur tous les services publics.

Et tu tiendras parole, car tu ne te fieras pas seulement à tes propres lumières, mais tu t'entoureras franche^ ment, loyalement, de celles des conseillers que t'enverra la nation.

En un mot, tu te déclareras ou vertement RÉACTION- NAIRE.

Car tu auras à REAGIR contre toutes les causes qui ont amené notre ruine.

Tu seras réaclionnaite, comme Test le médecin quand il attend la réaction pour sauver le malade.

MONARCHIB . — CONSTITUTION . i 39

Voici maintenant un conseil très-sérieux, et que la malveillance saura probablement dénaturer.

Pour bien gouverner, il importe toujours de voir s'il n*y aurait pas quelque emprunt à faire à l'ennemi.

Or la Commune peut effectivement fournir un enseignement. C'est cette petite inaxime si laconique que j'ai citée à la page 1 12.

C'est inconcevable ce qu'ont fait les meurtres de Lecomte et de Clément Thomas, ainsi que la fusillade dans la rue de la Paix sur des gens désarmés, pour bien asseoir la Commune.

Sans cela, elle n'aurait pas vécu huit jours.

Eh bien, il faut accepter cette leçon, et quand les communeux s'en plaindront, on leur répondra : « Nous ne faisons que vous imiter. »

Seulement, il faudra introduire dans la maxime précitée une légère variante :

Oderint MALI, dwm metuant.

Ici pourtant des gens méticuleux se demanderont sans doute : Qui décidera de la question du bien et du fnalt

Car, évidemment, ce qui est le bien pour les uns, est le mal pour d'autres.

Pour les honnêtes' gens, par exemple, le bien, c'est le

sergent de ville.

Pour le voleur, c'est tout le contraire.

11 existe à la Bibliothèque nationale quelque chose comme dix mille volumes sur le bien et le mal.

Je n'en ai pas lu un seul, et pourtant je vais trancher cette grave question en un clin d'œil.

Le bien, c'est d'abord ce qui se trouve dans le Décale* gue, et puis, ce qui plaît à l'immense majorité chez tous 1«0 peuples civilisés.

Le mal, c'est le contraire.

Or, il se trouve que chez tous ces peuples, chrétiens ou non, les préceptes du Décalogue et ensuite la sécurité et la tranquillité publique obtiennent Fimmense majorité des suffrages.

Donc, voilà le bien.

Tu sais maintenant, Dynastie à venir, comment appliquer la maxime.

Toutes les fois que tu ne l'appliqueras pas, tu prépareras des victimes parmi les honnêtes gens.

Si tu l'appliques sévèrement, tu n'auras presque pas besoin de t'en servir. Ce sont les indulgences coupables qui font les crimes.

La loi, ce n'est pas autre chose que : Oderint malij dum metuanU

Et ne l'oublie pas; si tu veux vivre, respecte la loi toi-même.

Dès lors il est essentiel que tu la reçoives d'autruî, et que tu ne te fasses pas législateur.

Et ceci nous conduit droit à la question constitutionnelle, c'est-à-dire, au pacte qui établit un lien entre la dynastie et la nation.

De tous les pays du monde, le nôtre a été le plus fertile en constitutions , et pourtant , chose Temarquable , pas une n'a duré.

Seraient-elles toutes également mauvaises ? C'est peu croyable.

Cherchons, en les examinant, à en extraire ce qu'elles ont de bon.

La constitution de 1791 reconnaît un roi ayant le veto suspensif, mais n'ayant ni le droit de dissolution, ni celui de proposer des lois, et un corps législatif unique ayant une durée de deux ans ; elle établit le suffrage uni^ versel à deux degrés, en admettant les principes du cens.

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