CHAPITRE XXXI
Cinquième dialogne.— Attraction moléculaire. Génération spontanée. Batbybius et Darwinisme.
Ariste. Que de pensées me sont venues après notre entretien d'hier sur les erreurs de jugement que peut causer le microscope quand on veut en tirer plus qu'il ne peut donner! Ainsi, par exemple, quelle est à peu près la grandeur d'un amibe?
Éleuthère. Que sais-je? Un dixième de millimètre en moyenne.
Ar. Et lorsqu'il s'est allongé?
El. Cela pourrait faire tout au plus, voyons : — un millimètre.
Ar. Eh bien, ne penses-tu pas que ces mouvements mystérieux d'une substance gélatineuse, presque huileuse, glissant par-ci par-là, pourraient bien ne pas être de preuves de vie?
(1) Studim viber Moneren^ page 66. *
(2) Voyez la page 257 ci-dessus.
El, a quoi les attribuerais-tu alors ?
Ab. L'attraction moléculaire, par exemple, produit de bien singuliers phénomènes.
El. Mais d'où viendrait-elle, cette attraction ?
Ar. Si elle venait du verre où Ton fait l'observation? Crois-tu que ces substances n'exercent pas quelque attraction à la distance d'un millimètre, et sur de la matière homogène, sans organes et sans fibres?
El. Je ne vois pas trop comment tu prouverais cela .
Ar. Voyous. Pourquoi l'amibe étendrait-il ses pseudopodes ? A-t-il une volonté?
El. {réfléchissant). Pour cela, il lui faudrait un système nerveux. Il cherche tout simplement à se nourrir.
Ar. U a donc faim alors? Mais cela suppose un organe, et il n'en a pas.
El. Ces questions ont déjà été débattues bien des fois. On sait que les infusoires donnent des démentis étonnants à la physiologie.
Ar. Etonnants, c'est bien le mot. Celui, par exemple^ de pouvoir supporter des degrés de chaleur dont la moitié seulement nous tuerait.
El. C'est très-curieux , en eifet ; on les a vus résister à 120 degrés.
Ar. mm. Dallinger et Drysdale, dont je t'ai parlé hier, ont fait à ce sujet sur leurs trois monères des expériences fort intéressantes. Ils les ont d'abord exposés à une chaleur de 80, de 93, de 121 et de 148 degrés centigrades, et n'en ont retiré que des masses amorphes, ne donnant aucun signe de vie sous un grossissement de 1200 diamètres. Mais au bout de huit heures et demie de séjour dans une chambre humide, quelques spores des deux premières espèces précédemment exposées à ces hautes tempéra-