CINQUIÈME DIALOGUE. - ATTBACTION MOLÉCULAIRE
tures, à la dernière surtout, maintenue pendant dix minutes, ont survécu; la troisième seule, vivipare, était complètement morte (1) .
El. C'est en effet inexplicable.
Ar. C'est un mystère, et je persiste à croire qu'il y a là des effets d'action moléculaire. Il y en a d'étonnants, sais-tu? Je crois pouvoir te prouver que le mouvement, et même la fissiparité , ne suffisent pas pour démontrer l'existence de la vie. Donne-moi ces coupes que tu as là.
El. Qu'est-ce que tu veux en faire? (// les apporte.)
Ar. Sont-elles propres ?
El. Parfaitement.
Ar. Versons-y de l'eau ordinaire. (// en verse.) Maintenant, as-tu de l'huile d'olive?
El. En voici.
Ar. Bien, j'en dépose une goutte sur l'eau. Prends la loupe et regarde.
El. Je vois qu'elle s'étend en une mince pellicule circulaire. Ah ! ah I tiens l Elle se découpe sur les bords.... Ah ! quel joli filet I C'est charmant ! .... Ah ... les mailles se déchirent peu à peu.... le bord se peuple de perles, qui vont en s' éloignant.. • . Elles s'éparpillent.. . . Il reste tou~ jours la goutte mère, mais fort découpée.
Ar. Eh bien, tu vois : mouvement et scissiparité sans vie! Explique cela si tu peux. Mille fois tu as jeté une goutte d'huile sur l'eau, et tu n'y as pas fait attention. Faisons l'inverse, et mettons une goutte d'eau sur l'huile. Que vois-tu?
El. {après unepame) . L'immobilité complète.
Ar. {il sort des fioles de sa poche). Voici du camphre. . .
(1) Monihly Microscopicdl Journal^ mars 1874, pp. 100 et iOl.
Él. Oh! je connais ça : il tournoie dans J 'eau.
Ar. {en met un morceau sur Peau). En effet, tu vois? Maintenant , ce que tu ne sais peut-être pas : voici de Tessence de girofle, j'en laisse tomber une goutte sur l'eau... Vite ! regarde !
Él. Àh ! c'est curieux.. . le bord de la goutte s'agite, se découpe....
Ar. Oui, mais le camphre?
Él. Il ne tournoie plus !
Ar. Regarde maintenant à la loupe la belle pellicule marbrée qu'a faite l'essence. Quel joli dessin ! Une peau de chagrin irisée. Tout cela entoure la goutte , mais celle-ci en est séparée par de larges pétales, lui donnant quelque apparence d'une rose.
Él. C'est très-curieux.
Ar. Maintenant, à un autre. Déposons une goutte d'essence de lavande sur cette eau-ci.
Él. La pellicule est un peu découpée, mais je ne vois pas autre chose.
Ar. Laissons reposer cette coupe, et allons à celle-ci, où je mets une goutte de créosote. Vite, regarde.
Él. Ëh! quelle agitation! Conune cela voyage I Ça crache de tous les côtés ; voilà des gouttes lancées au loin...
Ar. Et regarde le bord, comme il se déchire... C'est comme un soleil flamboyant en petit. N'est-ce pas que cela ressemble à la vie ? Çà, revenons à notre essence de lavande, et voyons ce qu'elle a fait.
Él. Ah 1 le joli bord de guipure ! Et ces belles stries marbrées 1 et ces îlots I C'est vraiment très-joli ! Mais quel rapport cela a-t-il avec notre sujet?
Ar. Voilà des effets de mouvement, et même de séparation, où la vie ne joue aucun rôle. C'est de l'attraction ou de la répulsion moléculaire. Le professeur Tomlinson,