CHAPITRE XXXIII La science. — Projet de loi sur les cultes
Et voilà comme ils sont. Vous aurez beau leur apporter les arguments les plus concluants, ils n'en démordront pas. Quand j'ai imaginé mon Ëleuthèret je ne savais pas encore qu'il était incamé dans un grand homme dont je ne parlerai jamais qu'avec respect.
Mais cette science qu'on invoque pour détrôner Dieu, est,-elle donc toujours infaillible? Il est permis d'en douter. '
M. Babinet a appelé les comètes des riens visibles. JiC mot est joli, et il a fait fortune. Mais si les comètes sont des riens ^ comment se fait-il qu'elles marche^t d'après les lois de la gravitation universelle ? Répondez I
Autre question. Pour Newton, pour tous les physiciens jusqu'en 1830 environ, et même pour feu le D' Brewster, avec qui j'ai eu l'honneur de converser à Edimbourg en 1866, la lumière était un corps lancé au loin par une source quelconque : c'est ce que l'on appelle la théorie corpusculaire ou de V émission^ et elle explique tout. Mais Huyghens et après lui Toung et Fresnel ont si bien embrouillé un fait aussi clair, qu'aujourd'hui on
ne veut plus entendre parler que d'un éther lumineux, qui adhîic desideratur^ et qui est censé posséder des propriétés contradictoires entre elles. Les vibrations de cet éther seraient la cause de ce que nous appelons la lumière. Tout est vibration aujourd'hui, même la pesanteur (1). Mais on défend Téther unguibus et rostro, on excommunie ceux qui ne l'acceptent pas, bien que cet étàer soit introuvable, et malgré les propriétés impossibles qu'on lui prête. Et voilà la science, qui aspire à s'asseoir sur le trône de Dieu !
Selon les géologues, la terre n'était à l'origine qu'une goutte de matière incandescente. Par un refroidissement graduel, elle s'est trouvée encaissée dans une écorce d'une épaisseur de 50 à 500 kilomètres, — on ne sait pas au juste. Mais au centre de la terre s'agite encore une mer de matière en fusion ; la preuve, c'est que les volcans, véritables soupapes de sûreté, vomissent encore de la lave, et qu'à mesure que nouif descendons dans les entrailles de la terre, la température augmente en raison d'un degré par 80 mètres ; de sorte qu'à une profondeur de 3,000 mètres on devrait trouver la température de l'eau bouillante.
Sait-on sur quoi se fonde ce beau calcul ? Sur des expériences faites dans les mines, dont pas une n'atteint une profondeur même de 1,000 mètres. Veut-on savoir maintenant quelle température a obtenue, sous une latitude N. de 25% dans l'Atlantique, le Challenger, à
(1) Voir^ dans les Comftei rendit^ de V Académie des tdences du 38 mars 1863, pages &30 à 533^ l'étonnant article de MM. F. A. £. et £m. Keller. J'ai, pour ma part, réfuté populairement la théorie de l'éther lumineux dans ïhRevue contemporaine del863(2*sér., toI. XXXTT, pages 805 et suiv.). Je suis tout étonné de me trouver d'accord en ceci avec Auguste Comte, et non moins étonné de voir qu'un sayant, M. E. Martin, a récemment osé soutenir l'hérésie corpusculaire devant l'Académie des sciences {Comptes rendus du 11 mai 1874, page 1356),