‹ La Défense et illustration de la langue françaiseChapitre 16 sur 42 · DEFENSE DE L AUTEUR · texte numérisé non relu

DEFENSE DE L AUTEUR

Ceux qui penseront que je soy'1 trop grand admirateur de ma langue, aillent2 voir le premier livre Des fins des biens et des maux, fait par ce père d'éloquence latine, Ciceron, qui au commencement dudit livre, entre autres choses3, respond à ceux qui desprisoyent les choses escrites en latin, et les aimoyent mieux lire en grec4. La conclusion du propos est qu'il estime la langue latine, non seulement n'estre pauvre, comme les Romains estimoyent lors, mais encore estre plus riche que la grecque5. Quel ornement, dit-il, d'oraison copieuse, ou élégante, a defailly, je diray à nous, ou aux bons orateurs, ou aux poëtes, depuis qu'ils ont eu quelqu'un qu'ils peussent imiter6? Je ne veux pas donner si haut los7 à nostre langue, pource qu'elle n'a point encore ses Cicerons et Virgiles, mais j'ose bien asseurer que si les sçavans hommes de nostre nation la daignoyent autant estimer, que les Romains faisoyent la leur, elle pourroit quelquefois, et bien tost, se mettre au rang des plus fameuses. Il est temps de clorre ce pas8 à fin de toucher particulièrement les principaux points9 de l'amplification et ornement de nostre langue. En quoy 10,

lecteur, ne t'esbahis, si je ne parle de l'orateur comme1 du poëte. Car outre que les vertus2 de l'un sont pour la plus grand'part communes à l'autre, je n'ignore point qu'Estienne Dolet3, homme de bon jugement en nostre vulgaire, a formé l'Orateur François* que quelqu'un (peut estre) ami de la mémoire de l'auteur et de la France, mettra de brief5 et fidèlement en lumière.

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