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III. — LA CONDUITE GÉNÉRALE DES OPÉRATIONS

A. — Armées de la Belgique, du Nord, des Ardennes.

Pache communique le plan de Custine à Dumouriez qui refuse de . s’y associer. Marche victorieuse des armées de Belgique et du Nord. Destitution de Labourdonnaye, avance de l'armée des Ardennes. : Dumouriez manifeste l'intention de s'arrêter sur la Meuse. Son dissentiment avec Pache qui, pour soutenir Custine, voudrait l’obliger

à border le Rhin.

Projets de Dumouriez sur la Hollande ; opposition irréductible du conseil exécutif et de Pache, malgré la dialectique de Thouvenot, envoyé à Paris pour obtenir gain de cause. Dumouriez prend ses quartiers d'hiver. :

Au lendemain de sa victoire de Jemmapes, Dumouriez reçoit de Pache communication d’un plan de Custine (1), qui contient «des idées sur la conduite ultérieure de la guerre. Je vous prie dit le ministre, de me faire part de vos observations, pour que je les transmette à Custine et qu’ainsi les lumières de chacun des généraux de la République servent à lui procurer des succès, même sur la frontière la plus éloignée de ses opérations ».

Custine demande que l’armée de la Moselle se porte sur Trèves, pendant qu’il attaquera Rheinfeld (2). Ils marcheront ensuite de concert sur Coblentz pour enlever Ehrenbreinstein. « Dumouriez tiendra vers Namur les Autrichiens en échec. C’est en suivant la Meuse qu'il faut qu'il attaque ».

Ensuite, une puissante opération menaçant les états héréditaires de l’empereur, obligera les Impériaux à évacuer les Flandres. Ce plan est préférable à une attaque directe sur la Flandre entreprise au début de lhiver,qui ne peut donner aucun résultat. Dumouriez doit donc se contenter d’opérer une simple diversion. (II faut que par ses mouvements, il tende toujours à séparer l’armée qui est en Flandre,de la portion laissée dans le Luxembourg, qu'il établisse le plus tôt possible la communication entre lui, Coblentz et Cologne. Une fois Cologne derrière lui, ayant placé l’Erft en avant, lPAutrichien qui ,s’opignâtrerait à tenir les Pays-Bas, serait perdu sans ressources ».

Dumouriez répond (1) : «je suis très opposé à toute guerre

1. Pache à Dumouriez, 7 novembre, Correspondance p. 59. 2. Custine à Pache, 2 novembre, Correspondance 60, 3. Dumouriez à Pache, 10 novembre, Correspondance p. 60,

offensive et extérieure, surtout à une guerre qui nous porte au delà de nos limites naturelles. Je serais même opposé à l’invasion des Pays-Bas, si je ne voyais pas dans la liberté de nos voisins, une barrière plus solide que celle des places fortes.

Tous les despotes sont bien positivement nos ennemis ; mais il n’y en a qu'un de très dangereux ; c’est le chef de la maison d'Autriche. Sa haine contre nous est personnelle, elle est fondée sur la perte immense que lui occasionne notre liberté, sur son amour-propre outragé dans la personne d’Antoinette; enfin sur ce que le contact de ses états avec notre territoire ne laisse à son ambition et avarice que le choix de nous asservir Comme par-le passé, ou de perdre ses plus belles provinces, ou les plus beaux fleurons de sa couronne, en perdant la Belgique.

C'est lui qui à excité contre nous la coalition des rois, c’est lui que nous devons écraser...

C’est sur ces bases, qu’étant ministre des affaires étrangères, j'ai séparé la maison d'Autriche de ses alliés... c’est sur ces mêmes bases que j'ai arrangé le système de guerre et tous les plans de campagne ; ma défensive des Ardennes et mon offensive des Pays-Bas doivent vous donner confiance en mes plans, si non j'aurais lieu de croire qu’on veut en opposer d’autres aux miens, que par cette Jalousie, cette inquiétude et cet esprit soupçonneux qui est dans l’essence des républiques et qui finit toujours par les détruire, en écartant toujours les hommes énergiques et capables et opposant toujours aux hommes de cette trempe des êtres médiocres qui n’inspirent ni les mêmes soupçons, ni les mêmes craintes.

Le général Custine est un excellent militaire ; il vient d’en donner la preuve; mais il ne vous a présenté de la guerre que Paction physique. Il n’a pas essayé ni l’action morale, ni les résultats politiques.

Son but paraît être d’arriver à envahir les Pays-Bas et sur cela nous sommes d’accord; mais son moyen vous écarte de ce but; car si nous nous enfonçons dans l’Allemagne, si nous nous jetons au delà du Rhin, nous ne savons plus ni où nous irons, ni comment nous en reviendrons... »

Tandis que Dumouriez se refuse à appliquer le plan de Custine, il met à exécution le sien propre. Au lendemain de la victoire de Jemmapes, il entre dans Mons (7 novembre) et le 11, se met à la poursuite des Autrichiens. Saxe Teschen se retire lentement sur Bruxelles aux faubourgs de laquelle, il livre le 12 à Anderlecht, un combat d’arrière garde.

Le 13, le gouverneur de Bruxelles sommé, accepte de capituler et nous livre la place le lendemain.

Dumouriez y fait un court séjour, pendant lequel il reçoit plusieurs lettres de Pache. Le ministre le félicite de sa glorieuse victoire «Elle est brillante cette victoire, après la campagne longue et pénible que vous avez faite contre les Prussiens. Vous ne parlez que de vos coopérateurs ; mais le conseil exécutif sait apprécier les talents du chef qui a dirigé tous les mouvements (1) ».

:t ensuite (2) : «vous avez tenu parole, général, et vous êtes entré à Bruxelles avant le 15... la liberté des Pelges sera due à vos talents et à votre courage. Recevez général, mes félicitations particulières ».

Maintenant d’ailleurs que le succès a sanctionné le plan de Dumouriez, le ministre ne peut plus que l’approuver : «je vous remercie de la franchise avec laquelle vous me parlez et des hommes et des choses. Je pense comme vous que l'Autriche est par excellence l'ennemi qu'il faut écraser, et je ne suis point d'avis qu’en nous portant au delà des bornes naturelles, nous fassions la double faute de nous affaiblir et de nous susciter des ennemis (3) ».

Quelques jours plus tard, Pache envoie copie (4) d’une délibération du conseil exécutif, qui électrisé à son tour par la victoire, pousse le général hardiment en avant : «Le conseil exécutif, délibérant sur l’état actuel de la guerre, notamment dans la Belgique, considérant que nulle relâche ne doit être laissée aux ennemis de la République, et que tous les moyens doivent être employés pour vaincre et détruire leures armées avant qu'ils aient pu les renforcer et se mettre en état d'attaquer. arrête qu'en conséquence de la délibération du 24 octobre dernier. il sera donné des ordres au général commandant en chef l’expédition de Belgique, de continuer à poursuivre les armées ennemies, même sur le territoire Hollandais, dans le cas où elles s'y seraient retirées (5). » |

Dumouriez n’a pas attendu cet ordre pour continuer la poursuite. Il quitte Fruxelles Te 19, s'empare le 20 de Louvain, bous-

cale le 21 l'ennemi à Tirlemont, le 27 à Waroux et entre le.

28 à lLiége.

Pendant que l’armée de Belgique poursuit ainsi la série inin- 1. Pache à Dumouriez, 10 novembre, Correspondance, 74.

Pache à Dumouriez, 10 novembre, Correspondance, 96.

Ibid, 16 novembre, Correspondance, 94.

Ibid, 109.

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Extrait du registre des délibérations du conseil exécutif, Aulard,

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terrompue de ses succès, à gauche Labourdonnaye à la tête de l’armée du Nord, trouve devant lui un pays vide d’ennemis. Il s'empare en quelques jours de Tournai, Nieuport, Ypres, lurnes, Ostende, iruges, Gand et vient mettre le siège le 24 novembre devant la citadelle d'Anvers.

Mais il a levé sur les villes conquises des contributions exces-

sives. À Gand en particulier, il a exigé du magistrat 200.000 sacs de blé, tant pour la subsistance de l’armée, que pour expédier en France. Les autorités municipales protestent auprès de la Convention et du ministre de. la guerre qui écrit aussitôt à Dumouriez (1) : «je ne puis croire que le général d’une armée française, que Dumouriez, ait pu donner un tel ordre, plus digne d’un conquérant, que du chef d’une armée Hbératrice. Il sait trop qu'il n’a point soumis le peuple chez lequel il est. entré, nrais qu’il l’a délivré de l’oppression, que ce n’est qu'aux oppresseurs que la République à déclaré la guerre et que si elle approuve que les généraux de ses armées imposent des obligations à des villes étrangères, ce n’est qu'autant que les ennemis du peuple y auront été soumis.

Vous n'avez point général, donné cet ordre arbitraire, vexatoire pour le peuple et aussi contraire aux intérêts de la République qu’à ses lois : je ne vous écris donc point pour vous inviter

le révoquer. » :

Dumouriez répond plein d'humeur (2) : «si vous aviez daté votre lettre, citoyen ministre, je pourrais savoir 81, à l'époque où vous l’avez écrite, vous aviez déjà reçu les plaintes amères que j'ai exhalées dans mon indignation contre le général Labourdonnaye. l'absurde tyrannie qu’exerce contre un pays ami ce général, paralyse toutes mes opérations militaires.

Non, citoyen ministre, jamais Dumouriez ne sera assez ébloui de ses succès pour agir en conquérant; c’est un titre qu il norte Je vous prie, citoyen ministre, de me répondre courrier SE courrier et de décider entre Labourdonnaye et moi; car il n’y à pas moyen que cet état de choses dure encore plus de quatre Jours... »

Dumouriez disait vrai en rappelant à Pache qu'il s'était déjà plaint de Labourdonnaye : si javais eu à la gauche, lui avait-il écrit le 22, un autre général que Labourdonnaye «dont je ne cesseral de me plaindre, que lorsqu'on m'en aura délivré», ce général au lieu d’assiéger Anvers avec toutes ses forces, aurait menacé avec 10.000 hommes Ruremonde et Liége et Seat ainsi empêché la réunion de Beaulieu et de Hohenlohe qui peut être

1. Pache à Dumouriez, sans date, Correspondance, p. 105. 2, Dumouriez à Pache, 23 novembre, Correspondance, 123,

assez prompte pour sauver le château de Namur et nous obliger à une campagne longue et difficile sur la Meuse. « J'espère ajoutait-il, que je me tirerai de ces embarras, mais je vous déclare citoyen ministre, que si sous quatre jours je n’ai pas de réponse sur les plaintes très graves que j'ai faites contre Labourdonnaye, je prendrai le parti de le suspendre et de lui donner un successeur qui entend mieux mes plans et ne les contrarie pas».

Il se plaint avec plus d’amertume encore auprès de Lebrun. Ce dernier, d'accord avec Pache, met le conseil au courant de la situation. Celui-ci arrête « qu’il sera donné ordre au général Labourdonnaye de se retirer dans son commandement du Nord ; Dumouriez nommera son remplaçant ».

Le ministre de la guerre mande aussitôt cette décision au commandant de l’armée de Belgique. « Le ministre des affaires étrangères, général, a communiqué au conseil la lettre que vous lui avez écrite le 18 de ce mois sur Labourdonnaye ; le conseil a délibéré que ce général rentrera dans le département du Nord et je viens de lui en donner l’ordre (1)... vous êtes laissé libre de mettre à la tête du corps qu’il a conduit dans la Belgique, le lieutenant général Duval ou tout autre investi de votre confiance (2) ». :

Le créole Miranda est choisi pour ce poste important. Il vient prendre le commandement de l’armée du Nord devant la citadelle d'Anvers, dont il s'empare le 28: puis par les landes de la Campine, il s’achemine vers la Gueldre autfichienne où il occupe Ruremonde. -

Pendant que Labourdonnaye conquiert la Flandre Maritime, l’autre lieutenant de Dumouriez, Valence, quoique blessé à la bataille de Jemmapes, poursuit avee l’armée des Ardennes les Autrichiens en retraite sur Namur. Il quitte le 8 novembre Givet, occupe le 10 Charleroi, le 17 il atteint Mézy, s’y heurte à l’adversaire qu'il bouscule au combat du bois d’Asche. IT assiège aussitôt le château de Namur et le contraint le 2 décembre à capituler.

Nous avons laissé Dumouriez poursuivant les Autrichiens vers Liége. C’est au cours de cette marche, que pour des motifs que nous étudierons en détail au chapitre suivant, son dissentiment avec le ministre de la guerre, latent depuis plusieurs jours, éclate brusquement.« Il est temps, lui écrit-il le 24 novembre (3) que je déploie toute l’indignation que je ressens de tout ce qui

1. Pache à Dumouriez, 22 novembre, Correspondance, 112. 2. Ibid., 25 novembre, 149.

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