‹ La Défense Nationale A La Fin De 1792Chapitre 221 sur 327 · Correspondance, Pache-Dumouriez · texte numérisé non relu

Correspondance, Pache-Dumouriez

4, Pache à Dumouriez et Pache à Custine, 16 novembre 1792. Il annonce dans ses lettres l’organisation du directoire des achats « Les ministres de l’intérieur, marine, guerre, contrariés sans cesse dans l'achat des subsistances qui leur sont nécessaires par la différence des principes de leurs préposés, viennent enfin de se réunir et ont formé un comité composé de Cousin, Bidermann et Max Berr, spécialement chargés de tous les achats des subsistances nécessaires à la République.

Il résulte de cette réunion, de ce concert dans les opérations, que les armées seront bien plus certainement et bien plus sûrement approvisionnées et tous les achats étant dirigés par une même volonté et par un même principe, l’ensemble en sera infiniment plus économique pour la République.

Il est inutile de vous faire observer, général, qu'autant il est avantageux que l'achat de subsistances soit dirigé par un seul comité, autant il pourrait être nuisible à l'état que ses opérations fussent dérangées par des ordres d'achats pour approvisionnements donnés par tout autre que par ce comité... »

La lettre suivante de Pache à Custine (décembre 1792. A. G.) paraît

H. Libermann : 18

Les chefs du directoire, Bidermann et Max Berr commencent à exercer un véritable monopole. Pache déclare hautement qu'ils achètent pour consommer, non pour revendre, qu’ils rendent compte de clerc à maître et que tout commerce leur est interdit, Mais Dumouriez qui les connaît depuis longtemps (1), estime que le ministre va livrer la Eelgique «aux accapareurs et aux avides spéculateurs ». Nous verrons bientôt que les commissaires envoyés par la Convention en Belgique seront du même avis.

Bidermann et Max Berr, ne pouvaient être de simples directeurs, uniquement préoccupés d’acheter aux plus bas prix. Ces manieurs et gagneurs d'argent, doués comme disait Camus d’une intelligence peu commune pour la spéculation, étaient incapables de se contenter d’un salaire limité. Aussi, les fournisseurs dont ils présentent les factures sont-ils le plus souvent de simples hommes de paille. Ils devront avouer le 12 décembre au comité de la guerre, avoir fait vendre des grains sur les marchés pour obtenir une baisse de prix. Ils spéculeront de même à la hausse : dès le 10 décembre, Perlave d’Ostende, ayant râflé argent comptant tous les blés des Flandres, faisait croître en deux jours de 2 florins le prix de la rasière de froment (2).

Aussi, les administrateurs des subsistances n’hésiteront-ils pas à déclarer plus tard (3) : « le directoire, malgré ses nombreux commissaires et le pompeux étalage des ordres qu'il avait donnés, n'avait presque encore fait opérer aucune rentrée un mois après son installation. On avait conquis la Belgique; ce pays fertile

être une circulaire adressée à chaque armée. « Pour assurer général la subsistance de l'armée que vous commandez, ainsi que le succès des opérations militaires qui vous sont confiées, je vous préviens que le directoire général des achats pour les subsistances de la République, dont je vous ai annoncé l'établissement, à chargé Théodore Cerf Berr du soin des approvisionnements sur toute la rive droite du Rhin depuis Bâle et dans le Palatinat ; et Baruch Cerf Berr des achats qui doivent être faits sur toute la partie gauche du fleuve.

Comme il importe à la célérité du service des armées que ces régisseurs soient à proximité des lieux que vous occupez, il a été décidé : 1° qu'ils auront un logement pour eux et pour leurs commis, dans le lieu qu'ils indiqueront ; 29° une garde pour la sûreté de leur caisse ; 3° 6 rations de fourrage par jour.

Ces mesures dictées par la nécessité de séparer d’une manière précise. les fonctions du général d'afmée d'avec celles d'administrateur,emplissent l'objet pour lequel elles ont été prises et sur votre demande, les soldats de la République ne manqueront jamais de ce qu’ils ont droit d'attendre de sa sollicitude ».

1. Il avait refusé à Bidermann de lui confier les fonds secrets des affaires étrangères et ce dernier ne lui avait jamais pardonné. Masson, Le département des affaires étrangères pendant la révolution, 169.

2. Correspondance, 152, 180, 206, 207 et deuxième mémoire au comité de défense générale. j

3. Précis sur l'administration des subsistances sous le ministère du citoyen Pache, op. cit.

À LA FIN pr 1792 275

pouvait non seulement approvisionner r abondamment les armées ; mais fournir de grands moyens d'importation. On avait offert des soumissions considérables que le directoire avait refusées ; il #’était réservé seul le droit d'achat dans cette partie, il avait même étendu cette réserve aux départements de l'Aisne, de Ja Somme, du Pas-de-Calais, malgré l'autorisation donnée à ladministration d’'approvisionner jusqu'au 31 décembre...

Le résultat de ces opérations, fut comme on l'avait prévu, l'épuisement des départements frontières de la Ré ‘publique, l'avarie de la plus grande partie des approvisionnements et la prise du reste sans qu’elle ait produit aucun secours à l’armée. »

Nous pouvons rapprocher de ce factum, une protestation des mêmes administrateurs, adressée sous forme de lettre à leurs préposés (1), vers le milieu de décembre 1792. Après les avoir remerciés de leur zèle et les avoir encouragés à le reporter sur la nouvelle administration, ils combattent «les calomnies qui les ont fait supprimer ».

« On avait dit au ministre de l’intérieur que nos préposés achetaient des grains à main armée, et ce ministre nous avait dénoncés à la Convention. Les preuves du mensonge ont été remises au ministre de la guerre.

Nous avons été dénoncés comme achetant des espèces en contravention aux lois ; le comité des finances nous avait écrit pour nous demander des explications à ce sujet. Cette Jettre ne nous est jamais parvenue et le ministre de la guerre en répondant à la Convention, n’a pas fait usage du mémoire justificatif que nous Jui avions remis, ce qui nous a forcé de publier notre correspondance avec lui.

Les fourrages ont été sur le point de manquer aux armées qui sont dans la Eelgique ; on a dit que c'était notre faute. Nous avons répondu que le 6 novembre, le ministre de la guerre nous avait défendu tout achat, que le 10, il avait fait enlever nos caisses, que le 18, le directoire des achats nous avait écrit que les achats dans l'étranger le regardaient, et qu'enfin le 24, il nous avait écrit de ne faire aucun achat dans la Belgique, qu ’jl y avait pourvu.

Pour nous pousser à bout, on nous reprochait de n’avoir pas envoyé des fourrages des magasins de l’intérieur de la République, à la suite des armées, tandis que si nous avions adopté une mesure aussi extraordinaire, l’on nous aurait blâmé avec raison, de ruiner des pays déjà dévorés par le long séjour des chevaux

1. Les administrateurs généraux .des subsistances militaires à leurs préposés, 17 décembre, A. G.

et de faire des frais énormes pour porter des fourrages à 40 lieues de distance et dans des lieux qui en abondent.

Un commis du ministre a osé dire publiquement que nous refusions d’aider des magasins des vivres, les approvisionnnements de Paris. Le démenti a été d’autant plus facile à donner que la preuve du contraire était écrite de sa main et que la municipalité de Paris sait que les grains de notre service ont toujours été à sa disposition, puisque depuis vingt-cinq mois, elle doit à notre régie, 35.580 quintaux de froment...

On a voulu nous faire passer pour des fournisseurs nous enrichissant des calamités publiques, tandis que nous n’étions que des régisseurs administrant au profit et pour le compte de la nation »,

Il semble résulter des arguments invoqués par l’ancienne régie . contre le directoire des achats, que l’idée de Pache heureuse en soi, considérée in abstracto, soit pratiquement irréalisable dans un moment si difficile ; mais 1l est hors de doute que Servan avait pourvu tant bien que mal aux premiers besoins des troupes, hâtivement et sans plan d’ensemble, que tous les moyens qu’il avait pu réunir à cet effet, avaient été consommés lors de l’invasion Prussienne et qu’il fallait maintenant fournir à l’équipement complet de forces toujours plus nombreuses (1).

Or, le nouveau système préconisé par Pache, ne se heurtait pas seulement à des difficultés techniques, toujours possibles à vaincre ; mais surtout à une mauvaise volonté caractérisée de la part d’administrateurs jaloux de conserver leurs préroga tives et peu disposés à céder à autrui des fonctions très rémunératrices.

Les obstacles deviennent bientôt tels que, dès le mois de décembre, Roland moins persévérant, renonce à lutter et retire «pour ce qui le concerne et pour les approvisionnements dont il est chargé... la commission qu’il avait donnée au directoire » (2).

Pache et Monge persévèrent malgré tout.

Mais le ministre de la guerre ne va pas s‘ulement voir se dresser contre lui les administrateurs de la igie des vivres. Des généraux comme Dumouriez, des commissaires de la Convention somme Carnot, vont lui causer de plus graves difficultés.

La résistance acharnée qu’il rencontrera de e part, finira par triompher et provoquera sa chute.

1. Thiers, Révolution française, 1, p. 383, etc. 2. Séance du conseil exécutif du 11 décembre 1792, Recueil Aulard, I, 316.

[Le RY)

III. — LE DissENTIMENT PACHE-DUMOURIEZ AU SUJET DES FOURNITURES.

Page 1