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Pache à Dumouriez, 11 novembre

2, Pache à Dumouriez, 15 novembre,

A Perlan d’Ostende, d'acheter sur les marchés d’Alost, Gand, Audenarde et environs : idem.

J'estime que ces instructions doivent vous suffire pour éclairer votre marche et vous tranquilliser en même temps sur les approvisionnements les plus urgents de votre armée.

Je vous prie de tenir ces achats secrets, afin que celà n’imflue en aucune manière sur les prix... »

Et il ajoute : « désirant que les troupes (1) reçoivent exactement et le plus. promptement possible les marchandises destinées au remplacement de leur habillement et équipement, afin que nos braves frères d'armes qui soutiennent si dignement la gloire du nom Français, ne restent pas longtemps exposés à la rigueur de la saison dans laguelle nous entrons, il est nécessaire que je sois toujours au courant de leur position... »

La réponse de Dumouriez dépasse en violence tout ce que Pache attendait. Le général se plaint avec la plus grande véhémence (2), de voir le ministre désapprouver le marché du 8 novembre, passé sur son ordre exprès. « Je dois rétablir la vérité. je n'avais alors de votre part aucune fourniture et malgré mes demandes réitérées, les approvisionnements ne venaient pas.

Je ne connais pas l’art de faire la ‘guerre sans faire vivre le soldat... et j'aime mieux en pareil cas prendre sur moi une disposition utile au succès de la république, que de laisser compromettre sa gloire et ses succès par la mauvaise volonté d’un commis où par l’impéritie d’un fournisseur...

Je connais votre loyauté, votre patriotisme, je sais ce que la nation doit de confiance à vos talents et à votre activité ;. mais Je sais aussi que le ministre le plus pur et le plus zélé peut être abusé par des subalternes intrigants ou corrompus, et que vous aurez réfléchi qu'au moment qui devait décider du sort de la Belgique, et du suécès de nos armées, les magasins étaient vides...

Il faut, au surplus, éviter pour Pavenir le double inconvénient dans lequel m'a jeté Pancien ordre de choses à cet égard. Je ne veux plus être exposé à manquer de vivres et de fourrages, parée qu'un commis mal intentionné vous aura fait un rapport infidèle, eb je veux vous éviter le désagrément de me faire un reproche d’une opération nécessaire et avantageuse.

Je vous demande en conséquence formellement :

19 de m’autoriser à passer seul, par le ministère du commissaire en chef Malus, tous les marchés nécessaires pour lapprovisionnement de toute espèce des armées de Pelgique.

1. Pache à Dumouriez, 15 novembre, Correspondance, 92, 2. Dumouriez à Pache, 19 novembre, Correspondance, 97,

20 de m’autoriser à passer pareillement les traités qui me paraîtraient les plus avantageux, pour assurer le service du numéraire indispensable pour la solde et les dépenses de l’armée ;

30 de ratifier en conséquence le marché passé le 8 par Malus ;

40 d’ordonner aux agents que vous possédez en Belgique de cesser toute réquisition de grains et de fourrages et à la trésorerie nationale de cesser tous versements de numéraire dans les caisses des armées de Belgique...

Je suis si mal approvisionné et vos ordres si mal exécutés, que sans le marché de Malus du 8 et sans les emprunts faits soit aux abbayes, soit aux particuliers, je serai absolument sans farine, sans fourrages et sans numéraire.

Ce n’est sans doute là, ni l'intention du conseil exécutif, ni la vôtre ; mais comme l'intention ne peut pas réparer les malheurs qu entraîne une situation aussi désastreuse si elle se prolongeait, J'insiste de toute ma force pour que vous adoptiez et fassiez adopter mon plan au conseil exécutif et que vous m’adressiez sans perdre une minute, les ordres nécessaires pour l’exécuter. »

II. Séance du 22 novembre à la Convention. — Pache transmet la lettre, du 19 novembre à la Convention. Grâce à l’appui de Cambon, il obtient gain d2: cause.

Au reçu de la lettre de Dumouriez, Pache s’indigne. Je reçois une lettre du général Dumouriez, écrit-il au président de la Convention, et il me paraît nécessaire que l’assemblée prenne connaissance de cette pièce ; car «une détermination qui remettrait des fonctions semblables à celles qui résulteraient des demandes du général Dumouriez, est au dessus des pouvoirs qui me sont confiés (1).»

En même temps que la lettre incriminée, Pache envoie à Passemblée une série de pièces (2), qui doivent infirmer les déclarations du commandant de l’armée de Pelgique.

1. Pache à la Convention, 22 novembre, Correspondance, 116. Moniteur, XIV, 549.

2. Notamment le relevé ‘des états de situation des magasins militaires des départements du Nord, Pas-de- Calais, Ardennes, Aisne et Somme du 8 au 10 du mois, qui indique l'existence de 166.000 quintaux de froment, seigle, farine, quantité suflisante pour la nourriture d’une armée de 80. 000 hommes pendant six mois et huit jours, et de 79 milli rs de foin, 160 de paille, 54.000 sacs d'avoine. En outre, copie d’une lettre de Bidermañnn signalant les achats faits par le directoire dans le Brabant, s’élevant à 100.000 sacs d2 fioment et de stigle, 40.000 d'avoine, 50 EE de foin, autant de paille, quantité suflisante pour la subsistance d’un: armée de 80.000 homm.s pendant neuf mois. Enfin, copie d’une déclaration de Pick, commissaire aux achats en Belgique, concernant le prix des foins, paille et avoine, portés au marché passé par Malus le 8 novembre avec Henii Simons, comparé avec la valeur réelle des mêmes denrées.

La lecture de ces documents produit en effet sur l’assemblée une impression profonde,que vient appuyer l’éloquence de Cambon (1), qui se fait sans hésiter l'avocat du ministre ; car il estime que Dumouriez est un fripon et ne voit dans tout régisseur qu’un aristocrate, dans tout entrepreneur qu’un coquin. Il veut donc dénoncer celui-là aussi impitoyablement que les autres.

Il déclare, avec toute l’autorité que lui donne son rôle de grand contrôleur des finances, que le commissaire ordonnateur de, l’armée de Belgique, Malus, celui de l’armée du Nord, Petitjean, et l’entrepreneur des charrois, d’'Espagnac, ne méritent aucune confiance.

Malus a passé un marché pour des mulets qui doit rapporter chaque année 2.400 livres au fournisseur; Petitjean a volé 35.000 livres ; d’Espagnac spécule et aspire au poste d’ordonnateur général des finances. Dumouriez, conclut l’orateur, ne doit pas manier les deniers publics ; « plus un général a de prépondérance et de succès dans l’opinion, plus il doit être assujetti à des règles strictes. les marchés ne peuvent être passés que par les commissaires ordonnateurs, qui sont indépendants des généraux ; mais sont obligés à livrer à leur réquisition toutes les fournitures nécessaires à la subsistance des troupes. Ces commissaires et les payeurs, doivent être nommés par le ministre de la guerre. »

Il faut, ajoute Cambon, que les commissaires ordonnateurs restent sous la surveillance du ministre et que l'emploi du numéraire soit controlé par la trésorerie nationale.

Ces propositions sont acceptées et les trois commissaires ordonnateurs précités, sont décrétés d'accusation et cités à la barre.

Pache triomphe sur toute la ligne. Il ne va pas perdre un instant pour assurer ses avantages.

III. Mission de Ronsin et de Huguenin. —— Pache envoie Ronsin comme ordonnateur en chef de l’armée de Belgique, en remplacement de Malus et lui adjoint Huguenin. Arrestation des trois commissaires, cités à la barre de la Convention.

Aussitôt le décret du 22 novembre rendu, le ministre de Ja justice, Garat, le porte en ces termes à la connaissance de son collègue de la guerre (2) : «je vous adresse, citoyen, une expédition en forme du décret de ce jour, portant que les citoyens Malus, Petitjean et d’'Espagnac, ci-devant abbé, seront mis en état d’arrestation, pour être traduits à la barre de la Convention. Je viens d’en adresser une expédition au département de Paris, en

1. Séance du 22 novembre, Moniteur, XIV, 549, 2. Garat à Pache, 22 novembre,

lui recommandant de donner les ordres les plus précis pour son exécution... »

Pache sait déjà quel parti tirer de la situation. Il a jeté les yeux sur.un certain Ronsin, ancien soldat au régiment d’Aunis, capitaine de la garde nationale parisienne (1), littérateur médiocre (2), précédemment chargé de plusieurs missions d’une certaine importance par le pouvoir exécutif (3).

Ce Ronsin a sollicité de lui une place de commissaire des guerres (4). Le ministre estime ses titres suffisants pour lui confier la lourde charge de remplacer Malus, et la délicate mission d’arrêter les trois commissaires. Il croit cependant nécessaire de lui adjoindre Huguenin, ancien chef de la Commune insurrectionnelle du 10 août, actuellement en mission avec Carnot Feulins à l’armée de la Moselle (5).

Il écrit done à Ronsin (6) : «je vous envoie, citoyen, le décret “rendu contre Malus, d’Espagnac et Petitjean, avec le pouvoir (7)

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