Custine à Pache, 29 décembre et 1er janvier
généraux et faire abandonner aux armées de la république les pays que lui a réuni le succès de nos armes.
Le moindre retard aujourd’hui, peut achever de ruiner nos espérances de pouvoir conserver ce pays. Je vous préviens que Je n'ai dissimulé aucune de ces vérités aux commissaires de la Convention nationale et qu'ils me paraissent disposés à les peindre avec énergie.
J’ajouterai, que je suis douloureusement affecté de l’insensibilité que j'ai éprouvée, lorsque je vous ai peint une situation aussi critique que celle où je me suis trouvé.»
Et le même jour (1) « des troupes nues ont enduré l’intempérie des saisons avec une grande patience; mais je ne dissimulerai pas, citoyen ministre, qu’elles commencent à se plaindre avec force d’être exposées à une gelée rude, sans habits, sans couvertures, sans souliers, sans culottes. Ils m’appellent leur père et j'en ai les entrailles. Au nom de l'humanité, je vous conjure de les tirer de l’état de souffrance où elles sont. Il gèle très fort et ils sont depuis sept jours au bivouac, sans habits, ni aucun vêtement. »
Lecture de ces lettres est faite à la Convention le 3 janvier (2). Valazé réclame sur le champ un décret d'accusation contre Pache, dont les prévarications sont certaines.
Bréard objecte que le mémoire de Custine expose l’état de l’armée au moment de la prise de Francfort, non l’état où elle se trouve aujourd’hui.
Marat défend Pache, en prétendant qu’on écoute seulement ses plus cruels ennemis. :
1. Ibid., 29 décembre, lettre lue à la séance du 3 janvier à la Convention, Moniteur n° 5 du 5 janvier, XV, 40. :
2. Séance du 3 janvier, Moniteur, XV, 39. Déjà la veille, le ministre venait de subir un premier assaut, que le Patriote Français (n° du 3 janvier) relate en ces termes : « sur la proposition de Mallarmé, le ministre de la guerre est autorisé à faire des culottes en panne au lieu de culottes en drap. On renouvelle à cette occasion les plaintes contre Pache et ses adjoints ; on les accuse de repousser avec dédain les soumissions de plusieurs citoyens. Une longue et fastidieuse discussion s’engage à ce sujet ; mais au moins elle a un résultat utile: on règle la manière dont les soumissions seront reçues. »
Cette question d> fourniture d'effets de panne, dormme lieu à une vive discussion le 19 janvier (Moniteur, n° 23). Pache ayant demandé de nouveau à être autorisé à acheter de la panne pour l'habillement des soldats, Duroy déclare qu’il est inexact qu'on manque de drap. Boissy d'Anglas observe, que si l’on manque de drap, c’est la faute des fournisseurs qui dégoûtent les merchands qui se présentent à eux. Alors Bréard: « je viens d'éclaircir le fait. Le ministre de la guerre n’a pas de drap et bien des marchands sont allés en proposer aux bureaux de la guerre ou des commis ont dit qu’ils n’en avaient pas besoin, » :
Un député : « je sais qu’il existe dans les bureaux de la guerre un projet d'acheter d2s pannes pour les habillements militaires ; je sais que des commerçants d'Amiens font tous leurs efforts pour vider de vieux magasins. Ce n’est pas le drap qui manque ».
Mais sur l'observation du président qu'il y a deux paquets joints au message de Custine, l'assemblée ne veut rien prononcer avant d’en connaître le contenu et les envoie au comité de Ja guerre pour lui en faire un rapport. | e ,
La question est soumise le jour même au dit comité (1). On lit les pièces contenues dans les paquets, qui renferment ues réclamations relatives à des effets d’habillement, etc. Pache affirme qu'il a donné l’ordre d'envoyer tout le nécessaire et s’indigne d’être continuellement l’objet de calomnies. [1 est ministre depuis deux mois seulement et les fournitures ne peuvent guèrent parvenir aux armées dans un délai moindre que celui qui s’est écoulé depuis son arrivée au pouvoir. C’est maintenant seulement, que les généraux vont commencer à recevoir satisfaction. Pourquoi le considère-t-on toujours comme fautif ? Il passe ses nuits à donner des ordres et à prendre des mesures pour réorganiser l'armée.
Le comité persuadé qu'il dit vrai, décide de rendre compte à la Convention, qu'il s’est assuré de l'exécution. des mesures prises par lui.
Les dénonciations contre le directoire des achats se succèdent dès lors continuellement. Après Custine, Eiron de passage à Paris, vient signaler au comité de Défense générale, les inconvénients du système actuel et prédit que s’il n’est pas modifié, l’armée manquera bientôt de tout (2).
Des plaintes arrivent aussi de l’armée de la Moselle. Un membre du comité de Défense générale, communique à ses collègues une lettre d’un officier supérieur qui y est employé (3), affirmant que les troupes manquent de vivres, d’habillements et de munitions. Le président du comité, Kersaint, prie le ministre de lui ‘ faire passer «sur le champ», sa correspondance avec Eeurnonville (4), qui prétend également que lac pénurie des fourrages, le défaut d'agents du directoire des achats, les réparations indispensables à la botterie, sellerie et à l'habillement des troupes » l'obligent à rester dans ses cantonnements (5). Il a du informer le département de la Moselle de l’état de faiblesse de son armée par suite du manque d’approvisionnements (6).
Saus chercher à se dérober, Pache porte hardiment l'affaire devant la Convention (7). Il existe à Metz, déclare-t-il, des grains
1. Séance du comité de la guerre du 3 janvier, A. N., AF IT, 14, R. 93: 2. Séance du comité de Défense générale, 10 janvier, Aulard, I, 445. OTETOIA, SEL VAQE
4, Kérsaint à Pache, 12 janvier.
5, Beurnonville à Pache, 6 janvier.
6. Beurnonville au général Favart, 9 janvier. (Lettre citée par Pache
dans son rappoit à la Convention du 19 janvier). 7. Pache au président de la Convention, 19 janvier,
et des fourrages en quantité suflisante. Relativement à l’habillement, l’administration n’en appartient pas au directoire des achats, comme on pourrait le croire; mais à une régie qu'il a trouvée installée à son arrivée. Il lui a fourni des états numériques pour les besoins de l’armée de la Moselle ; les objets nécessaires ont été envoyés. Si tout n’est pas parvenu à destination, c’est que c’est un travail réellement surhumain que d'organiser économie dans les circonstances présentes.
Mais Peurnonville renouvelle ses plaintes à plusieures reprises (1) et par ailleurs, Dumouriez revient de son côté à la charge. De Paris où ïl se trouve en congé, il écrit à la Convention, que Parmée de Eelgique manque de tout (2) et il vient déposer au comité de la guerre, un mémoire « sur le directoire des achats et la désorganisation de Padministration » (3). Les commissaires à l’armée de Belgique confirment ses dires (4) : «le général Miranda qui commande en l’absence de Dumouriez et de Valence, est venu hier nous annoncer, écrivent-ils, qu'il désirait vérifier l’état des subsistances de l’armée et la conduite du directoire des achats. Il nous à invités à y être présents. Quoique nous fussions certains d’avoir pris à cet égard tous les renseignements possibles, nous n'avons pas cru devoir nous refuser au vœu du général, qui ne tendait qu’à approfondir la vérité de plus en plus. I} a rassemblé toutes les personnes qui tiennent à l’administration des vivres, il les a entendues contradictoirement, en présence de tous les officiers généraux réunis et il a fait dresser procès verbal de leurs réponses. Nous lui en avons demandé une expédition, que nous joignons. L'intérêt que la Convention doit prendre à la conservation de l’armée, fixera son attention sur le résultat des réformes données par l’agent unique du directoire des achats : elles constatent que le directoire n’a ici ni argent, ni les agents nécessaires pour le service. »
Même note de Carnot, qui n’abandonne pas si facilement son adversaire et l’accable dans son rapport de mission dont nous avons déjà parlé (5). Et son collègue Eailleul demande la destitution immédiate du ministre.
Barère défend Pache : si l’armée des Pyrénées a manqué du nécessaire, la faute n’en est pas au ministre, qui voulait mais ne pouvait satisfaire aux besoins du vaste organisme à créer à