Séance du 25 janvier, Moniteur, n° 27, XV
d’arrestation Bidermann, Cerfberr et Cousin. Ce comité des achats est un établissement contre révolutionnaire. Au lieu d'acheter les fourrages dans le pays, on les faisait venir de 60 lieues. Je puis vous dire qu'il y a eu des chevaux qui sont morts de faim. »
Un député demande que le comité des achats continue provisoirement son administration, afin que le service des armées ne souffre d'aucun retard.
Thibault propose que les scellés soient apposés sur les papiers du directoire et Bréard appuie cette motion.
Mais Saint-André : «c’est Roland qui a nommé les membres du directoire. »
Alors Camus réplique : «les ministres de la guerre, de la marine et de l'intérieur se concertèrent pour établir ce comité, afin qu'il n’y eut pas de concurrence dans l'achat qu’ils pouvaient faire chacun de leur côté. Mais je sais que le ministre de l'intérieur à éconduit de ses bureaux Bidermann et les autres membres de ce comité. »
La discussion est alors fermée, et le décret suivant rendu :
« 19 les membres du comité des achats seront mis en état d’arrestation ; mais continueront néanmoins leur service ;
20 les scellés seront apposés sur leur correspondance ; mais seront levés à l'instant, en présence des commissaires Camus,
— Lacroix et Lamarque. »
Le 30 janvier, le comité de la guerre confie à Camus le soin de faire l’enquête ordonnée par la Convention sur le directoire et d'établir les causes du manque de vivres et de fourrages (1). Cette enquête n’aboutit pas; mais le directoire est en fait supprimé à partir de cette date et Beurnonville, dès son arrivée au ministère, rappelle l’ancienne régie des «vivres, la compagnie Doumerc. :
À défaut d'enquête du comité de la guerre, nous possédons une justification de Cerfberr (2), qui montre au moins quelles difficultés avait à surmonter le directoire des achats.
« J'ai été grièvement inculpé pas des hommes dont le caractère est respectable et parait commander la confiance. Si en m’accusant d’ineptie ils n’eussent blessé que mon amour propre, je me serais tu et ma conduite peut-être dans toutes les circonstances où je me suis trouvé eut sufli pour me venger. Mais leurs attaques sont plus sérieuses et je vais leur répondre.
Le directoire des achats, dont je -n’entreprends pas de dé-
1. Séance du comité de la guerre, 30 janvier, A. N., AF IT, 14. 2, Observations par le citoyen Lipmann Cerfberr, en réponse au rapport fait le 25 janvier par les commissaires à l’armée de Belgique, 7 février.
fendre la conduite et qui s’acquittera sans doute de ce devoir, me nomma dans les premiers jours de décembre, pour faire dans les départements de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges, le service de l’armée du Centre.
Je me disposais à me rendre à ma destination, lorsque le 4 4 décembre, il m'invita d'aller avant tout assurer pour un mois le service de l’armée de la Belgique.
Je partis à l'instant et j’arrivai le 6 à Eruxelles. »
Là, il se met en rapport avec le citoyen Moselmann, qui Jui déclare « que les fondés de pouvoir de l’ancienne régie ne cessent par des manœuvres coupables de rendre inutiles toutes leurs démarches ; ils les dénoncent au peuple comme des accapareurs, qualification odieuse qui peut les exposer à sa fureur. »
Arrivé à Liége, il se présente à Dumouriez, qui refuse d'entrer avec lui dans aucun détail, déclarant qu'il ne reconnait pas le directoire des achats.
Sans se laisser rebuter, il appelle l'attention de ses chefs sur la pénurie dans laquelle on le laisse. Il lui faut avant tout des fonds ; car sa situation menace de devenir inextricable « j'étais Pagent d’une administration nouvelle à laquelle on ne devait pas pardonner facilement la confiance que lui donnait le pouvoir exécutif et dont on s'était merveilleusement occupé de préparer la ruine, en rendant inutiles tous ses efforts. J'étais étranger au pays où j’arrivai et je n'y rencontrai que des adversaires dans tout ce qui m’entourait, et tous ne s’occupaient qu'à contrarier mes initiatives.
[L'obligation que je me suis imposée, de ne rapporter que des faits dont la pièce soit entre mes mains, m'empêche de dire tout ce que m’a suscité d'obstacles cette jalousie coupable dont à chaque instant j'avæs à me plaindre. Mes adversaires ont été jusqu’à demander et ont obtenu des ordres des généraux pour défendre à des habitants des campagnes de délivrer des approvisionnements que j'avais achetés.
Ainsi donc, non seulement j'étais seul pour fournir le service ; mais je l’étais aussi pour combattre tout ce qui m’environnait : mon devoir était de faire le bien et j'avais à peine assez de toutes mes forces pour empêcher le mal...
Je suis arrivé à Liége le 11 décembre,au moment où la détresse était extrême, au moment où, suivant les commissaires, il n’y avait aucun fourrage en magasins. enfin ce qu'il y avait de pis, au moment où l’ancienne ‘administration ne payait plus ce qui lui avait été livré.
Tel était l’état affreux des choses, lorsque le 13, je me trouvai chargé de toute l’opération.… ma mission était d’aller ins-
pecter l’état des fournitures et des approvisionnements et ce qui est bien essentiel d’observer, c’est que l’ancienne administration aurait dû faire le service jusqu’au {er janvier 1793.
Ce n’était qu’alors que le directoire devait fournir les besoins de l’armée. I1 m'avait envoyé dès le 4 décembre, pour veiller à ce que les magasins fussent approvisionnés ; il y avait destiné des fonds pour faire les achats nécessaires, Combien le service eut été facile, si j'avais pu consacrer à le préparer les trois mois que j'aväis devant moi et l’argent destiné uniquement à l’assurer ; mais pour faire vivre l’armée au 13 janvier, il fallait d’abord empêcher qu’elle ne périt depuis le 13 décembre et je me trouvai sans avoir rien pu préparer, sans avoir eu le temps de prévoir ce que j'allais entreprendre. Je me vis surtout forcé de payer des arriérés de l’ancienne administration, avec l’argent qui devait me servir à faire les achats pour la suite.
Ma gestion a commencé le 13 décembre. J'étais seul, jai tout fait, j'avais contre moi mes propres agents qu'il m'avait fallu recevoir des mains de mes adversaires, j'étais dans un pays pillé, ravagé par l'ennemi, épuisé par le séjour de nombreuses armées; J'avais à lutter contre tout ce qui m’'incombait ; j'ai souvent manqué d’argent, parce que j'avais été réduit avant tout à acquitter les dettes de l’ancienne administration et dans l’espace d’un mois, j'ai acheté cependant : 15.825 sacs de froment 1.050 de farine, 2.500 quintaux de riz, 118.553 quintaux de foin, 49.173 de paille, 49.046 sacs d'avoine... »
Les arguments de Cerfberr présentent-ils une valeur réelle ?: Il est certain que si des reproches justifiés peuvent lui être adres. sés, comme au directoire des achats, l’échec de la tentative faite par Pache, dont le principe au moins se justifiait, paraît surtout dû à l’hostilité universelle contre une institution qui froissait trop d'intérêts et menaçait trop de situations acquises.
Quoi qu'il en soit,le plaidoyer de Cerfberr ne devait avoir aucun effet sur les contemporains. Quand il parut, la cause était jugée, Pache destitué, l’ancienne régie des vivres, la fameuse compagnie Doumerc, avait repris le cours de ses fructueuses opérations et elle pouvait remercier ses agents, bien plus du concours qu'ils lui avaient prêté pour triompher de ses ennemis, que de leur zèle à servir les véritables intérêts de la république.
H, Libermann 21