I. — PLAN DE CAMPAGNE PROPOSÉ PAR PACHE
Le comité de la guerre, auquel le ministre est désormais entièrement inféodé,
j de prie de lui présenter ses vues pour la campagne de 1793. Situation générale au mois de décembre et propositions du ministre,tant au point de vue du plan de campagne,qu’au sujet de la réorganisation de l’armée,
Nous avons vu au Cours des chapitres précédents, comment le comité de la guerre, successeur du comité militaire de la Législative, ne s’était plus seulement borné comme son prédécesseur, à exercer un simple contrôle sur le département de la guerre ; mais avait été peu à peu amené à se le subordonner, à lui fournir des directives, à lui imposer des ordres.
Au mois de décembre, l’évolution est accomplie, le ministre de la guerre dépend du comité de la guerre, comme ses autres collègues du conseil exécutif provisoire, des divers comités contrôlant leurs départements respectifs, en attendant qu'à partir du 1€T janvier, le comité de Défense générale prenne la direction supérieure de la politique générale intérieure et extérieure.
La subordination de Pache va apparaître notamment dans la manière dont il est invité à présenter un plan de campagne.
Le 14 décembre, un membre du comité de la guerre déclare
à ses collègues qu’il est nécessaire de prier l'exécutif de faire connaître ses vues pour la campagne prochaine : « Cette demande est ajournée à jour fixé et l’on passe à l’ordre du jour (1) ».
La question est posée à nouveau à la séance du 48 décembre (2). Cette fois, le ministre des affaires étrangères répond, que le plan de guerre consiste pour le moment, à border le territoire Français et à surveiller les armements de l'Angleterre.
Quelques jours plus tard, Dubois Crancé nommé président du comité (3), demande à Pache de lui fournir dans le plus bref délai les renseignements suivants :
«19 En combien d’armées consistera notre défense présumée sur les efforts combinés de nos ennemis ;
20 De combien d'hommes dans chaque arme, chacune de ces armées sera-t-elle composée ;
30 Combien d'officiers généraux, d’aides de camp, d'officiers d’état major, de commissaires des guerres seront nécessaires. à la force de chaque armée ;
.40 Ce qu'il faut indépendamment des armées agissantes, en troupes intérieures, comme auxiliaires, dépôts etc, ce qu'il faut pour ce genre de service d’officiers généraux, d’adjudants généraux, commissaires des guerres.
00 Combien de troupes de différentes armes, indépendamment de ces armées agissantes,sont nécessaires pour la garde des places de guerres, sauf les cas extraordinaires; combien d'officiers supérieurs et d'état-major y seront employés ;
6° Quelles sont nos munitions de guerre et de bouche, habillements, effets de campement, sur les différents points de défense; à combien faudra-t-1l les porter pour le service complet de l’année 1793 (4) ».
En outre, Dubois Crancé invite Pache à lui donner un aperçu de toutes les dépenses de son département.
Le ministre doit ainsi fournir outre le plan de campagne, l’état général de nos forces.
Avant de voir de quelle manière il va s'acquitter de cette tâche, il convient de résumer brièvement la situation générale à la fin de ce mois de décembre.
Tandis que l’armée du Nord, forte d'environ 18.000 hommes, borde la frontière Hollandaise et menace Maëstricht et Vanloo, les armées de Belgique (46.000 hommes) et des Ardennes (23.000 h.),
1. Séance du comité de la guerre du 14 décembre, A. N,., R. 92, AF II, 14... 2. Ibid, 18 décembre.
3, A la séance du 15 décembre, À. N., R. 92, AF II, 14.
4, Dubois Crancé à Pache, 28 décembre.
gardent les lignes de la Meuse et de la Rôer. A l’est, celle des Vosges (37.000 hommes), toujours en flèche, occupe Mayence et fortifie Kastel,pendant que celle de la Moselle (21.000 hommes, se réorganise sur la Sarre, retour de sa malheureuse expédition sur Trèves et que celle du Rhin (19.000 hommes) voit ses effectifs se fondre sans cesse au profit de Custine. Au sud enfin, les armées des Alpes (16.000 hommes) et d'Italie (13.000 hommes), montent la garde en avant de leurs récentes conquêtes ; celle - des Pyrénées demeure en voie d’organisation (1).
Les armées ennemies bordent nos positions : Beaulieu, Hohenlohe occupent le Luxembourg, le pays de Trèves et la rive droite de la Sarre ; Saxe-Cobourg qui a remplacé Saxe Teschen, se tient entre Erft et Rhin, sa gauche à Coblentz, en jonction avec le roi de Prusse qui occupe cette ville et le Rheingau, avec son corps principal entre Francfort et Mayence.
Trente mille Autrichiens, commandés par Collorédo, sont répar- -tis sur les deux rives du Neckar et sur le Rhin de Lambertsheim à Mannheim. Un autre corps moins considérable, s'étend de Rastatt à Schweitzingen et Friedrichsfeld. Dans le brisgau, outre les émigrés français aux ordres de Condé, 15 ou 16.000 hommes sous Wallis observent le haut Rhin. Enfin l’armée Sarde, qui vient de recevoir ses premiers renforts Autrichiens, fait face à Kellermann et d’Anselme.
Telle est la situation générale au moment où Pache rédige son «mémoire sur la campagne de 1793 » que nous croyons utile de citer entièrement (2), parce qu’il va servir de base aux rapports célèbres présentés par Dubois Crancé à la Convention en janvier et février 1793.
« La coalition des despotes contre la liberté, déclare le ministre, o5liz2ra la riouoliqga> franzaiss à déployer l’année prochaine des moyens au moins aussi grands que ceux qu’elle a mis en usage pour chasser l'ennemi de son territoire. Si ces moyens sont pris avec ordre, avec mesure, la république résistera à tous les efforts de ses ennemis. La suite du mémoire prouvera qu’il n’est besoin de rien parier pour arriver à ce but ». à
Et il répond point par point aux questions de Dubois Crancé
«1 En combien d'armées consistera notre défense présumée sur les efforts combinés de nos enncmis ?
La République pouvant être attaquée au nord, à l’est, au
1. Pache aux commissaires de la trésorerie nationale, 8 décembre
2. Mémoire sur la campagne de 1793, vers le 27 décembre 1792 (Carton de la correspondance générale du mois de décembre). A. G.
Avenel en parle dans ses Lundis révolutionnaires (p. 12). Nous n’avons
pas connaissance qu'aucun autre auteur y ait fait allusion, ni qu’il ai Jamais été publié. FDA
midi et sur les côtes de l'Océan, ne peut tenter d’agir offensivement sur toutes ses frontières. “Elle doit profiter des obstacles naturels, partout où ils protègent une guerre défensive,
Si les Français repassaient les défilés des montagnes pour attaquer quelques uns de leurs ennemis, ils se priveraient de Pavantage de défendre ces défilés, avee un nombre moindre que celui des attaquants. Il faut done rester sur la défensive à l’est et au midi.
Les deux points .par lesquels le roi de Sardaigne peut entrer en France, sont la Savoie et le comté de Nice. Ces deux points sont assez éloignés l’un de l’autre et assez séparés par les obstacles naturels, pour exiger que leur défense soit confiée à deux
généraux différents.
Il en est de même de la frontière d’Espagne. Les deux points par où les troupes Espagnoles pourraient pénétrer,sont aux deux extrémités de la chaîne de montagne qui sépare la République du royaume et les troupes françaises, occupées à défendre ces deux passages, ne pourraient établir entre elles un concert d’opérations bien suivi.
Les troupes du roi de Sardaigne montent à 46.000 hommes, il pourra en mettre tout au plus en campagne 36.000. L’Autriche lui en a fourni 10.000. On pense qu’en opposant 40.000 hommes sous la tente, sans compter les garnisons, on soutiendra la guerre défensive avec espoir de succès contre cette puissance.
L'Espagne ne peut porter sur nos frontières que 40.000 hommes de troupes disponibles ; ainsi, en lui opposant une force égale, sans compter les garnisons, on soutiendra encore sur cette frontière une guerre défensive sans danger.
Les côtes de la Méditerranée et de l'Océan doivent être gardées dans les points principaux par des troupes...
C’est donc au nord que la République doit agir offensivement. Le premier vœu qu’elle forme sans doute, est de se mettre
en état de repousser et même détruire les préparatifs hostiles
d’une puissance qui commence à se montrer notre ennemie et
qui est séparée de nous par la mer. Toujours cette puissance
craint une descente, jamais cette tentative n’a été sérieusement préparée sous le régime des tyrans ; mais “elle le sera, elle réussira sous le régime de la liberté.
Les puissances d'Allemagne avaient réuni contre nous