‹ La Défense Nationale A La Fin De 1792Chapitre 314 sur 327 · Séance du 19 mars 1793, Moniteur XV · texte numérisé non relu

Séance du 19 mars 1793, Moniteur XV

3. Garat écrira de lui dans ses Mémoires (p. 96) : «je ne disais pas comme toi (il écrit à Beurnonville) en parlant de Pache «l’homme noir »; mais nos âmes toutes les deux confiantes, s’unissaient chaque jour par des senliments plus intimes ; et devant Pache qui ne me montrait que de bons sentiments, qui ne me paraissait rien haïr, pas mêmes ses ennemis, et rien aimer que sa famille et la démocratie, j'ai toujours été en examen et en observation... |

S'il était possible que, malgré le calme immuable, que malgré l'éternel repos de la physionomie et de l'âme de Pache, Pache put avoir alors des intelligences secrètes avec les furieux !... » | : | 4 Brissot député du département d'Eure et Loir à ses commettants 30 mai 1793, B. N., L. B. 41, 652, in-8. -

Je ne me consolerai jamais d’avoir participé à l’élévation de cet homme qui est le plus fourbe des anarchistes, s’il n’en est le plus imbécile ou le plus lâche ; de cet homme dont Roland avait fait la réputation, de cet homme qui pour prix de ce service voulait livrer la tête de son bienfaiteur à ses plus cruels ennemis ; de cet homme qui, par complaisance pour les factieux, désorganisa toutes nos armées... »

Puis il accuse Pache d’avoir donné des places à ses créatures, «coupes-têtes » de septembre ; de passer ses marchés à leur profit, d’avoir dépensé 4 à 500 millions.

(Où sont les comptes, ces comptes que la Convention ordonna de rendre tous les quinze jours, ces comptes que le ministre devait donner en quittant son ministère ?

Beurnonville a déclaré en entrant dans ce ministère et après

avoir examiné l’état des dépenses, qu’il existait une somme de 160 millions dont on ne pouvait justifier l'emploi. Cambon a dit

au comité et à la tribune qu'il était impossible de pouvoir porter la lumière dans les dépenses de ce département (ii a répété encore

cet aveu à la séance du 7 mai 1793), qu’il fallait passer l'éponge ;

et Cambon. a fermé les yeux sur les effroyables dépenses de Pache... » ,

Il semble en effet que Pache aurait eu intérêt à exiger luimême, la publication du rapport de la commission d'enquête, ne serait-ce que pour faire taire ses calomniateurs. À défaut de cette pièce, qui serait particulièrement probante, nous pouvons opposer au témoignage de Brissot, celui non moins précis de Delacroix, l’un des commissaires à l’armée Belgique. Il atteste à la fin de février que cette armée jouit enfin «à l’égard des subsistances et fournitures, des soins et travaux de l’ex-ministre Pache, que les malveillants de la Convention avaient fait sortir du ministère, à l'instant qu'il était parvenu à réparer les torts et l’imprévoyance de Servan» (1).

Mais la meilleure justification de Pache allait être fournie, quelques années plus tard, à l’occasion de son procès.

Arrêté le 21 floréal an IT ; puis après le 9 thermidor, transféré à la tour de Ham, il était envoyé ensuite à Chartres.

Aussitôt, Bourdon de l'Oise, réclame de la Convention sa mise en jugement et Bergoing prend au comité de Sûreté générale les poursuites en mains.

Pache est accusé d’avoir désorganisé nos armées lors de son passage au ministère et d’être l’un des principaux instigateurs de la journée du 31 mai (2).

1. Journal du club des Jacobins, 8 mars 1793, Aulard, VW, 77. 2. Adrien Sée, op. cit, Introduction.

. Quelques semaines plus tard, malgré tous les efforts des enneunis du ministre, l’accusateur public près le tribunal criminel d’'Eure-et-Loir, n’a pu réunir aucune preuve. « La France entière, écrit-il à la Convention (1), réclame le prompt jugement de Pache.….. les détenus sollicitent eux-mêmes vivement leur jugement ; ils regardent tout retard comme un déni de justice et les reproches les plus sanglants sont par eux adressés aux magistrats chargés de l’exécution de la loi!

J’observerai à la Convention nationale, que nulle pièce à charge ne m'est parvenue contre plusieurs de ces détenus et que je ne puis mettre en jugement un citoyen contre lequel 1l est impossible de baser un acte d’accusation. »

Aussi, devant l'impossibilité de mettre sur pied aucun des chefs de l’accusation, l’amnistie du 4 brumaire an IV, vient-elle ouvrir à l’ex-ministre, les portes de sa prison. Il se retire à Thinle-Moutier (Ardennes), abandonnant définitivement la carrière : politique. Demeuré fidèle à sa foi républicaine, il devait y passer ses dernières années dans la retraite et y mourir dans la plus modeste aisance (2), réduisant ainsi à néant les perfides attaques que ses ennemis avaient osé diriger contre sa probité.

1. L’accusateur public près le tribunal criminel d'Eure et Loir à la Convention, A. Sée, op. cit., 2 et 3.

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