‹ La Défense Nationale A La Fin De 1792Chapitre 315 sur 327 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En suivant l’évolution du rôle du ministre pendant les derniers mois de l’année 1792, nous l’avons vu jouir d’abord de

l'autorité la plus étendue ; puis, après la réunion de la Convention,

perdre peu à peu chacune de ses attributions, par empiètements progressifs du législatif.

D'ailleurs, si Pache-a dû laisser le comité militaire, puis celui de Défense générale, mettre ainsi la main sur ses services, il conserve en tous cas, pendant toute la durée de son ministère, assez d’autorité, pour faire appliquer dans son département ses idées personnelles.

On lui a reproché d’avoir tout désorganisé par incapacité. Or, le ministre a fait preuve de conceptions hardies qui lui sont bien propres. Ne montre-t-il pas une véritable prescience de la grande guerre, dont les principes sont encore inconnus de ses contemporains, quand il cherche à grouper sous un commandement unique nos trois armées de l’est, comme l’avait fait d’ailleurs son prédécesseur pour celles du nord ? Le plan de campagne et de réorganisation de l’armée élaborés par lui à la fin de décembre

1792, ne va-t-il pas servir de base aux rapports de janvier et

février 1793, qui ont immortalisé Dubois Crancé ? Enfin, la création même du fameux directoire des achats, n'est-elle pas autre chose qu’un procédé original, destiné à rénover toute l’administration militaire ?

Si cette institution a complètement échoué, ce n’est pas que Pache ait manqué de la ténacité et de l’énergie nécessaires pour la faire aboutir ; mais parce qu'il se heurtait à une coalition d'intérêts, qu’il n’avait pas les moyens de briser et disons-le aussi, parce que la mesure était inopportune.

Il était arrivé au ministère dans le moment le plus défavorable. L'armée, désorganisée jusqu’au 10 août par des ministres hostiles au régime, venait de s’enfler brusquement de la grande levée de 1792, provoquée par le danger de la Patrie. Il ne fallait pas seulement entretenir les corps en opérations ; mais pourvoir

l'habillement, à l’armement, à l’équipement des réquisitionnaires et des volontaires et faire face à ces besoins,avec des magasins vides, une administration peu diligente, des fournisseurs sans scrupules.

Pour remédier au mal, il aurait mieux valu sans doute,ne pas chercher à tout rénover brusquement ; mais éliminer progressivement les indésirables, poursuivre les fripons, rendre peu à peu aux services leur marche normale ; il aurait mieux valu aussi peut-être, placer à la tête du directoire des achats, autre chose que des commerçants dont la probité ne fut pas au-dessus du soupçon.

Ce sont là des erreurs, même des fautes. Mais l’armée en février 1793, n’était pas si désorganisée qu’on l’a prétendu, puisqu’elle allait prendre à très bref délai l'offensive en Hollande et soutenir sur toutes nos frontières le choc de l’adversaire. Il paraît difficile d'attribuer à Beurnonville un si prompt rétablissement, maloré les témoignages de satisfaction sur l’état des troupes que lui prodiguent à l’envie, au lendemain de son arrivée au pouvoir, les mêmes généraux qui se plaignaient la veille de la plus extrême désorganisation. Il faut en revenir aux paroles de Delacroix sur Pache : «Les malveillants de la Convention le firent sortir du ministère, à l'instant qu'il était parvenu à réparer les torts et Vimprévoyance » de ses prédécesseurs.

Vu, le 10 octobre 1926.

Le Doyen de la Faculté des Lettres,

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