Servan à Montesquiou, 8 septembre
8. Décret du 24 août 1792, Lois, IX, 313. « L'assemblée nationale, considérant qu'il est instant de remplacer les généraux, commandants et officiers de l’armée qui ont abandonné leur poste, décrète qu’il y a urgence. L'assemblée nationale après avoir décrété l'urgence, décrète ce qui suit : le pouvoir exécutif est autorisé à choisir et nommer aux places de l’armée
raux (1) et à prononcer toutes suspensions et destitutions jugées nécessaires (2), le ministre verra son pouvoir singulièrement renforcé pour imposer son autorité dans la conduite générale des opérations, comme il sera indiqué plus loin. Mais auparavant, ii convient d'examiner les mesures prises pour mettre sur un pied suffisant l’armée désorganisée par ses prédécésseurs.
2, — L'’organisalion générale ‘de l'armée
a) Mesures de défense immédiate : camp retranché sous Paris, réorganisation de la garde nationale parisienne. Mesures diverses : gendarmeiie, artillerie, Suisses, troupes légères, officiers généraux.
b) La grande levée de 1792 : le décret du 25 août et sa mise à exécution. — Loi du 12 septembre autorisant le recrutement de l’armée de ligne parmi les volontaires nationaux,
e) L’armement, l'habillement, l'équipement des troupes, la défense des places.
Jugement général sur l’œuvre de Servan administrateur.
a) Canp retranché sous Paris. — Le 10 août, une fois la révolution accomplie, l’assemblée prend des mesures immédiates de défense. « Il sera fait un camp sous les murs de Paris, camp qui sera composé des citoyens de Paris qui veulent s’y enrôler et des autres citoyens qui y viendront. »
Le soir, Choudieu pour accélérer la formation du camp, demande qu'il soit ouvert un registre ou puissent s'inscrire tous les fédérés ou autres qui veulent y être employés et Thuriot obtient après lui la nomination de 4 commissaires de l’assemblée pour surveiller les travaux (3).
Le camp sous Paris, qui vient d’être ainsi décrété d’enthousiasme, n’est autre que celui proposé par Servan deux mois auparavant, et qui n’a pu être formé par suite du veto du roi.
Il s'organise rapidement. Les commissaires tracent dans la plaine Saint-Denis un emplacement pour 40.000 hommes, dont la garde est assurée par 2 compagnies, fournies à tour de rôle par les
tous les citoyens capables de lesremplir sans aucune condition d'éligibilité ».
1. Décret du 3 septembre 1792, Lois, X, 43. « L'assemblée nationale considérant que la plus grande latitude donnée au pouvoir exécutif pour toutes ses opérations, doit surtout s'appliquer à la plus entière liberté dans le choix des officiers généraux, décrète : que depuis le grade de général d’aimée jusqu'à celui de maréchal de camp inclusivement, les places seront données exclusivement au choix du pouvoir exécutif, sans égard à l’ancienneté, pendant la durée de la guerre ».
2, Décret du 9 septembre 1792, Lois, X. 79, « un membre demande que le pouvoir exécutif soit autorisé à prononcer à l'avenir toutes suspensions et destitutions qu'il jugera nécessaires pour le bien du service des armées, sauf à en rendre compte au corps législatif. Cette proposition est décrétée ».
3, Moniteur, XIII, 382.
sections armées et relevées tous les quatre jours par les gardes nationaux des districts voisins de Paris, par 6 bataillons de fédérés prélevés sur ceux envoyés aux frontières, par 2 divisions de gendarmerie à pied et à cheval. Le lieutenant général E erruyer est nommé commandant en chef de ces forces.
Un officier du génie, Belair, secondé par des ingénieurs des ponts et chaussés, est chargé de la direction des travaux, qui avancent rapidement grâce au zèle déployé par la population. Pendant quelque temps en effet, le camp est à la mode. On va en foule à Montmartre, à Saint Denis, à Nogent-sur-Marne remuer patriotiquement la terre et élever les retranchements. Le travail n’est pas rénumére et l’on pioche en chantant des airs patriotiques.
Mais la Commune décide bientôt le conseil exécutif à lui confier la surveillance des travaux, de la garde, de la police, de Fapprovisionnement du camp. Elle oblige même Je ministre à la consulter sur le choix des officiers à y employer et prend ainsi la haute main sur le personnel comme sur le matériel (1).
Cependant, les fédérés sont dirigés sur Chàlons et après les massacres de septembre, la plupart des sections cessent de fournir leur contingent de travailleurs et de soldats. Les travaux menacent d’être abandonnés faute de bras. On doit avoir recours à la main-d'œuvre salariée (2), dont on n'obtient aucun rendement.
« J'ai été au camp, déclare Vergniaud le 16 septembre, les travaux avancent très lentement ; il y a beaucoup d'ouvriers ; mais peu travaillent et un grand nombre se reposent ; les bêches ne sont maniées que par des mains salariées et non par des mains que dirige Pintérêt commun (3) ».
Aussi, sur la proposition de la section des Quinze-Vingts (4) justement indignée, Cambon fait rendre un décret (5) portant que le travail sera désormais rénuméré à forfait et non plus à la journée.
Dès sa première séance, la Convention est assaillie d’une foule de réclamations relatives au camp (6). Le 26 septembre, le comité de la guerre à l’instigation de Servan,vient par l'organe de Letourneur, ancien Officier du génie, proposer une loi en 2 titres et 27 articles, réglant les conditions du travail. « C'était un code tout entier et les précautions les plus minutieuses y étaient prises pour évi-
1. Servan s'en plaint amèrement mais inutilement à l'assemblée. Servan au président de la Législative, 5 septembre.