Buchez et Roux, op. cit., XIX, 4 et
Mälheureusemant, la lutte entre les partis commence aussitôt : Girondins et Montagnards s’affrontent et dès le 24 septembre, il est aisé de voir que la Gironde sera vaincue. Composée d’individualités brillantes mais indisciplinées, elle doit succomber dans la lutte qu’elle engage contre des hommes d’action hardis, bien organisés, animés d’une volonté ferme et tenace. À côté de la nouvelle assemblée, le pouvoir exécutif va appartenir entièrement à la Gironde, puisque Danton élu à la Convention opte pour son mandat de député et se prépare à résigner ses fonctions ministérielles (1). C’est le moment que va choisir Servan pour démissionner car il estime pouvoir se retirer sans affaiblir son parti.
Depuis longtemps, le ministre de la guerre se disait fatigué. Le travail très réel qu’il venait de fournir avait certainement usé ses forces ; mais il n’est pas non plus douteux que pressentant la défaite de la Gironde, il ne tenait pas à conserver davantage un poste qui l’exposait aux attaques les plus violentes de ses adversaires (2).
Quel que soit le mobile qui l'ait fait agir, Servan donne sx démission. Elle est communiquée le 25 septembre à la Convention. Le motif invoqué est son état de santé. Il se dit épuisé par le labeur des six semaines si angoissantes qu’on vient de vivre ; il demande un congé pour se rétablir, mainteraat que l'invasion prussienne est conjurée.
Un député propose de déclarer qu’il a bien mérité de la Patrie. Cette motion n’a pas de suite ; mais elle est couverte d’agplaudissements.
Si le ministre n'obtient que ce satisfecit du législatif, ül reçoit par contre des mains de ses collègues, une récompense plus substantielle : le jour même, il est nommé lieutenant général.
Le conseil motive ainsi cette promotion : «Considérant que par des efforts de zèle et de travail, le citoyen Servan a dérangé sa santé et s’est vu forcé d'abandonner ses fonctions de ministre de la guerre, |
Considérant que les services qu'il a rendu à la patrie dans les moments de son plus grand péril ont déjà reçu la plus honorable récompense dans les regrets témoignés par la Convention nationale en apprenant sa retraite ; mais que cependant le poste qu'il a occupé dans le conseil ne doit pas le priver de l’avance-
1. 11 démissionne le 25 septembre, mais il siège au Conseil jusqu’au 10 octobre, date à laquelle il sera remplacé par Garat. 2. Dumouriez, Mémoires, I, 339 ; Chuquet, op. cit.
ment et du grade auquel ses talents et ses services militaires le mettraient dans le cas de parvenir (1),
Considérant aussi, que dès le parfait rétablissement de la santé de ce citoyen, il pourra encore rendre à la tête des armées les plus importants services,
arrête : que le citoyen Servan sera promu au grade de lieutenant général des armées de la République et le département de la guerre lui en expédiera le brevet aussitôt qu’il sera possible » (2).
Le conseil exécutif ne s’en tient pas là. Quelques jours auparavant, le 23 septembre (3), Servan avait proposé à l’assemblée de prendre des mesures préventives à l'égard de l'Espagne, craignant de voir ce pays sortir de sa neutralité. Il demandait notamment la formation d’un état-major d’armée à Toulouse. C’est à lui que le conseil décide d’en attribuer le commandement.
Le 30 septembre, en effet, « voulant pourvoir au commandement des troupes qui vont être assemblées pour la défense des frortières méridionales sur toute la ligne des Pyrénées, il) arrête que le lieutenant général Servan, actuellement ministre de la guerre, sera chargé du commandement des forces composant les 20e, 9e, 10€ et 11€ divisions militaires...
La Convention nationale ayant décrété que les forces de la République seraient divisées, ainsi qu’il a été proposé, en 8 armées (4), le conseil arrête qu’en conséquence le citoyen Servan aura le titre de général en chef de l’armée des Pyrénées, que le brevet lui en sera expédié et qu’il présentera incessamment au conseil, le projet de composition de son armée » (5).
A l’assemblée, le départ de Servan paraît le prélude d’une crise ministérielle qui risque de disloquer le conseil exécutif. Le même jour, en effet, Danton donne sa démission et le lendemain, Roland élu député de la Somme, veut suivre cet exemple pour ne pas avoir à résilier son mandat (6).
La Convention s’émeut ; déjà le 25 septembre, Grasset s’écriait : «Si Servan est malade, on peut lui donner un adjoint.» Le lendemain Rouyer déclare : «je dis que la volonté de la Nation ayant appelé Roland au ministère,la Convention refuse sa démission et le charge spécialement des fonctions de ministre de l’intérieur }».
La question est portée à nouveau le 25 septembre à la tribune.