‹ La Défense Nationale A La Fin De 1792Chapitre 99 sur 327 · Cf. p · texte numérisé non relu

Cf. p

5, Extrait des registres des délibérations du Conseil, 30 septembre.

6, Séance du 26 septembre, Moniteur, XIV, 54.

Un député : «je n’ai pas besoin de faire sentir combien est important le choix que nous allons faire de nouveaux ministres. Vous avez décrété qu'il serait fait une liste de candidats, J’accède à cette mesure; mais j'en propose une préalable, c’est d'inviter les ministres en fonctions à vouloir les continuer... j'insiste donc pour que les ministres de l’intérieur et de la guerre (car je ne parle pas du ministre de la justice, il a fait sa déclaration à cet

égard), soient invités au nom de la Patrie à continuer, au moins

provisoirement, les fonctions auxquelles la confiance du peuple les a appelés » (on applaudit).

Pontécoulant s’indigne ; la motion semble supposer « qu’il n’y à que deux hommes en France ». Mais Buzot : «je veux une garantie de l’enthousiasme comme de la haine et je tàcherai d'examiner de sang froid cette question. Je ne parlerai point du ministre de la justice. On ne doit considérer ici que les ministres de l’intérieur et de la guerre. C’est une étrange politique que de ne vouloir pas rendre justice, je ne dirai pas aux grands hommes, mais aux hommes vertueux qui ont obtenu la confiance.

Or, c’est de cette confiance que nous avons surtout besoin en ce moment et si ces deux ministres la possèdent, pourquoi ne les inviterions nous pas à continuer de la mériter ?… Nous ne sommes ici que depuis huit jours, nous ne connaissons pas tous les hommes vertueux et de mérite qui s’y trouvent. La nation elle-même applaudira à cette invitation... »

La Convention entraînée par ce discours, est sur le point de voter la motion, quand Danton intervient dans le débat : «je déclare que je me refuse à une invitation qui n’est pas de la dignité de la Convention, parce qu’il était une manière de retenir Roland au ministère, c'était de prononcer sur l’invalidité de son élection, parce que je déclare que la santé de Servan s'oppose à ce qu'il défère à l’invitation ».

Dans ces conditions, la proposition n’a pas de suite et l’assemblée passe à l’ordre du jour (1). Mais si Servan n’a pas à revenir sur sa décision, 1l n’en est pas moins sursis à son remplacement jusqu’au 3 octobre.

2. Suite de la grande levée de 1792; difficultés d'organisation, indiscipline des volontaires ; désordres causés par les commissaires du pouvoir exécutif et de la Commune. Servan propose des mesures pour rétablir la discipline. Rappel des commissaires.

Nous avons vu, dans un chapitre précédent, se préparer la

1 Buchez et Roux, XIX, 135; Moniteur, XIV, 76.

ny

ste) «ani bé à >

dt

grande levée de 1792 dans les quatre camps de Meaux, Soissons, Reims, Châlons.

Châlons constitue le principal rassemblement. Servan a prescrit le 31 août, de former dans cette ville un camp de 12.000 hommes dont le chef réel est Chaderlos de Laclos, chargé par le conseil exécutif de surveiller Lückner et de contresigner tous ses ordres. Labourdonnaye va avoir le commandement de cette armée dite de l'Intérieur pendant quelques jours, jusqu’à sa nomination à la tête de l’armée du Nord.

Bientôt, les volontaires affluent au camp bien au delà des prévisions. Î[l en arrive plus de 40.000 en septembre. La plupart sont sans fusils, sans équipements, presque démunis d'effets d’habillement, de campement, de couchage etc...

Les moyens étant des plus limités, les officiers généraux ne peuvent, malgré leur zèle, les pourvoir que très incomplètement et le ministre obligé de consacrer aux troupes en opérations la majeure partie des ressources du pays, ne dispose à cet effet que de fort peu de chose (1). Aussi le rassemblement ne constitue-t-il qu’une foule confuse et frémissante composée surtout de Parisiens surexcités. Châlons offre le spectacle d’un vaste chaos où s’agite une multitude qui échappe à ses chefs (2).

Vainement Labourdonnaye essaye-t-il avec les quelques gendarmes du département de remettre un peu d’ordre. Il doit lutter contre de véritables rebelles et court de réels dangers. Aussi, à peine nommé à l’armée du Nord quitte-t-il sur-le-champ la ville,

Servan le remplace par le général de Sparre. Celui-ci constate à son tour, combien est difficile la mission qui lui est confiée : «C’est un fameux travail, écrit-il au ministre, quand on veut faire obéir des volontaires qui contrarient vos ordres à chaque instant... la crainte d’être trahis les rend méfiants et paralyse souvent les meilleures dispositions. Tout volontaire veut juger les opérations militaires et se voit trahi quand elles ne répondent pas à ses idées» (3).

Et ces volontaires si menaçants, si indisciplinés, ne sont dangereux que pour leurs compatriotes. Ils se dérobent pour marcher à l'ennemi. « Je ne puis vous dire, mande Lückner à Dumouriez, si vous recevrez du renfort ou non, parce que un instant ils consentent à partir et l'instant d’après ils ne le veulent plus» (4).

d, Labourdonnaye à Servan, 16, 17, 18 septembre ; Laclos à Servan, 13 septembre ; Servan à Dumouriez 4 et 11 septembre.

2. Lettre de Châlons du 12 septembre, Monileur äu 16, XIII, 723 Rousset ; les Volontaires, 80 ; Chuquet, III, 42.

3, Sparre à Servan, 22, 25 septembre.

4, Lückner à Dumouriez, 16 septembre.

Ce n’est pas seulement à Châlons, mais partout où ils se trouvent que se produisent les mêmes désordres.

A ces difficultés, s'ajoutent celles causées par les commissaires du conseil exécutif et de la Commune chargés de l’organisation de la levée de 30.000 hommes. Sauf Laclos, qui rend à Châlons des services, ces commissaires ne font que provoquer des rumeurs, occasionner des troubles, exposer même la sûreté des personnes et des biens.

Ils exaltent la Commune, diffament le conseil exécutif et aussi l'assemblée. Ils déclarent qu'il n'existe plus de lois ; chacun est le maître, puisque le peuple est souverain ; chaque fraction de la nation peut prendre telles mesures qui lui conviennent : taxer les blés, les saisir dans les granges, couper au besoin la tête du cultivateur qui refuse de porter ses grains au marché. Non content de propager ces doctrines subversives, ils destituent les magistrats et les remplacent par des comités de surveillance, auxquels ils délèguent toute autorité (1).

Bientôt, les plaintes affluent contre les commissaires dont quelques-uns sont même arrêtés ou expulsés par les autorités locales. On constate généralement qu'ils ne font que rendre plus difficile la mise sur pied des levées et leur organisation: (2).

En présence de cette situation, le pouvoir central est contraint de prendre des mesures. Le 14 septembre, l’assemblée sur la proposition de Vergniaud, décrète que les commissaires doivent se renfermer dans les bornes de leurs missions. Elle frappe de nullité les destitutions par eux prononcées (3).

Le 21 septembre, le conseil exécutif décide le rappel de ses commissaires et l’annulation de leurs pouvoirs (4). Il fait paraître le lendemain l'arrêté suivant (5) : « le conseil, considérant que les motifs qui ont déterminé l’envoi de commissaires dans les départements ne subsistent plus; après en avoir délibéré, arrête que les commissaires précédemment envoyés dans les divers départements au nom du pouvoir exécutif, seront rappelés, que les pouvoirs qui leur ont été délégués sont dès à présent révoqués, qu’en conséquence le ministre de l’intérieur donnera sur-le-champ avis aux Corps administratifs de cette révocation. »

À la suite de cet arrêté, Roland fait tenir aux corps administratifs une circulaire conçue en ces termes : «Si quelques commissaires ont rempli l’intention du conseil qui était de ramener

Rapport de Claude Fauchet, 6 novembre,

Chuquet, III, 62.

Séance du 14 septembre, Moniteur, XIII, 707.

Séance des 21 septembre du conseil exécutif, ACOIN RAC REC ALERTE

Extrait des délibérations du conseil exécutif du 22. septembre : ; Ternaux, IV, 440,

Page 1