‹ La défense navale de l'empire britannique [microforme]Chapitre 4 sur 4 · OUR BOUNDARY LINE BY THE ASHBURTON-WEBS- TER TREATY · texte numérisé non relu

OUR BOUNDARY LINE BY THE ASHBURTON-WEBS- TER TREATY

plement. En 1775 eten 1812, ce n'est pas l'Angle terre qui nous a défendus, c'est nous qui avon défendu l'Angleterre, dont les démélés avec le: Etats-Unis nous étaient absolument étrangers Quand nous fûmes malmenés par nos insolents voi. sins dans les questions de frontières, la métropole nous prêta ses diplomates, mais pas ses vaisseaux : le risque était trop grand ; elle préféra abaisser pavillon—le nôtre.

Fût-il vrai, cependant, que la défense du Canada coûte quelqué chose à l'Angleterre, que celle-ci n'aurait pas le droit de nous le reprocher ; car c'est une légende encore, et non la moins dangereuse pour nos intérêts, que ces avantages que nous sommes supposés retirer de l'état colonial — et j'écarte ici le point de vue purement canadien-fran- Gais, puisque c’est surtout le Canada anglais qui croit ou feint de croire à la nécessité de la politique nouvelle.

Dans une série de conférences qu'il a publiées l'année dernière en volume sous ce titre : « The iingdom of Canada and other Essays », M. John- S. Ewart, d'Ottawa, l’un de nos plus savants auteurs de droit constitutionnel, démontre péremptoirement que tous les avantages du régime actuel sont du côté de l'Angleterre.

En certaines matières, il Y a inconvénient pour la colonie— inconvénient très léger parfois et parfois

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très onéreux—sans avantage correspondant pour la métropole. Par exemple, quand nous avons voulu créer des provinces autonomes dans les territoires du Nord-Ouest, nous avons dû nous y faire autoriser par le gouvernement impérial, Nous avons dû également recourir à Londres pour faire autoriser le Sénat à se nommer un vice-président (1869), et les Chambres à examiner des témoins sous serment (1873). Le gouverneur, nommé par le cabinet anglais, peut apposer son véto aux décisions de notre parlement, indépendamment de tout intérêt métropolitain, et si la décision est sanctionnée par le gouverneur le cabinet impérial conserve encore le droit de véto pendant deux ans. Il n’est pas une décision de nos multiples ressorts juaiciaires qui ne puisse être cassée par le Conseil privé. Comme le fait si justement observer M. Ewart, qu'est-ce qui nous garantit que le Conseil privé ne se trompe pas aussi souvent que nos tribunaux ? du reste, ne vaut-il pas mieux risquer quelques erreurs pour son propre compte que de toujours rester en lisières ?

(1) Un ami me fait observer que le contrôle exercé par la métropole sur les décisions de nos tribunaux n'est pas une prérogative vaine, mais qu'il permet à l'Angleterre de fixer la urisprudence dans le sens de ses intrêts. C'est un aspect de a gen que je n'avais pas envisagé : il mérite certainement de l'être. —O. À.

Le Canada, comme colonie, ne jouit pas de l'ex tra-lerritorialité reconnue à la plus petite des nation indépendantes. Certains effets de cette privatior méritent d'être soulignés.

Un individu né au Canada, habitant le Canada. a épousé douze femmes aux Etats-Unis ; il peut, sans tomber sous le coup de la loi, les amener successivement vivre avec lui à Montréal ou à Toronto. Nous pouvons accorder à un étranger des lettres de naturalité comme «sujet britannique dans les limités du Canada », mais dès que le naturalisé sort du Canada, il n'a plus aucune obligation envers notre pays, n'étant plus même sujet anglais. Nous ne pouvons punir une faute commise hors du Canada par un Canadien né en Angleterre et résidant au Canada : hors du Canada, il n'est plus Canadien, mais seulement sujet anglais.

En d'autres matières, ce qui est inconvénient pour nous est avantage pour la métropole. Nous n'avons pas de législation propre sur les droits d'auteur ; l'Angleterre règle pour nous les conditions auxquelles les productions de la littérature et de l’art étrangers entreront au Canada. Nous pouvons imposer les marchandises importées d’Angleterre : nous serions impuissants à protéger notre marine marchande contre la concurrence des

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navires anglais. Notre législation maritime con-

© cernant les vaisseaux étrangers est faite à Londres.

Les décisions des tribunaux anglais dans les cas de

© faillite ont certains effets au Canada : notre légis- + lation sur la faillite n'a aucun effet en Angle-

terre. Prononcée par un tribunal anglais, la

À réhabilitation d'un banqueroutier est valable dans

toutes les colonies : prononcée par un tribunal colonial, elle n'a d'effet que dans la colonie. L'attestation extra-judiciaire faite en Angleterre est valable au Canada,—à tel point que, si elle est fausse, elle n'entraîne pas de châtiment : l’attestation extra-judiciaire faite dans les colonies ne vaut rier sn Angleterre, Le médecin anglais peut venir pratiquer au Canada, si la loi de son pays l'y autorise : le Canada ne peut autoriser ses médecins à aller pratiquer en Angleterre. L'Angleterre peut déclarer la guerre sans nous consulter, assurée d'avance que nous défendrons de notre mieux notre territoire, et qu'ainsi il s’opérera une diversion à son bénéfice : le Canada ne peut se mettre en guerre avec personne sans la permission de la Grande- Bretagne, fût-ce pour la défense de ses intérêts lésés et de ses droits foulés aux pieds. Dans ses traités de paix l'Angleterre peut trafiquer de ses colonies comme il lui plaît, sans leur consentement ; c'est ce qu'elle fit en 1775 Pour une partie

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du Canada. Les conventions diplomatiques comme celle que nous venons de conclure avec les Etats-Unis, et les conventions commerciales comme le nouveau traité franco-canadien, sont sujettes à l'approbation de la métropole ; il se trouve qu'aujourd'hai nous ne souffrons pas trop de cette dépendance, mais la situation changera peut-être quand nos intérêts viendront sérieusement en conflit avec . les intérêts anglais. L’Angleterre ne nous consulte pas sur ses alliances ; elle a conclu avec le Japon un traité qui nous mettrait en guerre avec les Etats- Unis, si cette puissance déclarait la guerre au Japon. Nos gouverneurs ont de tout temps usé des décorations anglaises pour assurer parmi nous de fidèles domestiques à la métropole ; sir Hugh Graham est le dernier en date de ces baronnets de commodité, et la besogne qu’il fait en ce moment montre suffisamment à quoi on les fait servir.

IL y a enfin d'immenses services que nous rendons sans effort et sans regrets à !a métropole, et que nous serions heureux de lui rendre pendant de nombreuses années encore, si, au lieu de se resserrer, le lien colonial continuait de se détendre comme le veulent la justice et la logique.

Laissons de côté les faveurs douanières gratuites — partant, absurdes, — accordées par notre gouvernement à des industriels aveulis par le snobisme qui ont oublié, dans leur course au «sirage»,

de se prémunir contre la conct rrence alier-ande ‘ : une faveur n'est pas un fribui : de même qu'elle se donne librement, elle se reprend iibier:ent. Bor: nons-nous aux obligations d'ordre militaire, social ou économique, inséparables de l’état colonial.

Moralement, quoi qu'on en dise, l'Angleterre n'a pas plus le droit de venir recruter des troupes au Canäda que de faire réprimer une insurrection hindoue par notre milice ; l'autonomie militaire est aussi essentielle à notre croissance que l'autonomie commerciale, et de fait, jamais la métropole ne nous l’a contestée ; et de fait, pas un journal de Londres, de Liverpool ou de Birmingham n'aurait osé émettre, sur nos prétendues obligations militaires, la théorie que la légèreté ou l'ignorance d'un de ses rédacteurs a fait émettre à la Patrie.

Il n'en va pas de même pour l'occupation de notre territoire ; nos forts, nos chemins de fer, nos canaux, sont à la disposition de la métropole pour le ravitaillement de ses vaisseaux, pour le transport de ses troupes et de ses munitions de guerre : sans nous, sa flotte n'aurait pas une seule base d'opération sur la côte du Pacifique ; sans nous, elle ne pourrait transporter ses troupes en Extrême-Orient que par Suez ou par le Cap de Bonne-Espérance.

() Voir à ce sujet le livre si instructif et si captivant de M. Victor Bérard sur «l'Angleterre et l'Impérialisme ».

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Un journal de Toronto—et, curieux détail, un de

les ennuis que nous causons à l'Angleterre—rappelait dernièrement qu'à part la Nouvelle-Calédonie dont toute la production est accaparée par la France, le Canada produit presque tout le nickel qui entre dans le blindage des navires. L'addition d'un peu de nickel triple la force de résistance de l'acier ;. grâce à ce procédé, l'on a pu diminuer le poids des cuirasses et augmenter proportionnellement la vitesse des grandes unités de combat. L'Angleterre pourrait donc, en aCCaparant la production des fameuses mines de Sudbury, s'assurer un nouvel avantage dans la construction navale. Par une loi qui remonte à 1897, le gouvernement canadien est autorisé à frapper le nickel d'un droit d'exportation ; le jour où, faisant un pas de plus, nous limiterions l'exportation de ce métal à la Grande-Bretagne, l'Allemagne serait à la merci de la France Pour son approvisionnement : et l'on comprend tout de suite les conséquence de cette situation. -

Ainsi pour les houilles grasses de la Nouvelle- Ecosse ; l'Angleterre pourrait en temps de guerre les Confisquer à son profit, si par extraordinaire une coalition européenne réussissait à couper l'accès de ses propres ports à ses navires.

Au point de vue économique, les colonies sont une source de richesse pour la métropole. Le Toronto News, et avec lui toute la presse jingoimpérialiste, voient un argument en faveur de leur thèse en cela que les prêts de l'Angleterre au Canada dépassaient au 1“ janvier 1907 les onze

cédentes. A mon humble avis, si cet afflux de Capitaux veut dire quelque chose, c’est que le capitaliste anglais trouve au Canada des conditions de placement qu'il ne trouverait pas ailleurs ; nos lois lui plaisent, notre état social lui inspire confiance F il prise particulièrement les garanties et les subsides extravagants donnés aux Compagnies de chemins de fer par nos 8ouvernants ; à tort ou à raison, il croit ses fonds plus en sûreté sous notre régime judiciaire qu'avec, par exemple, des juges élus par le peuple et qui sont, encore plus que les nôtres, les dociles instruments des « bosses » politiques. Lui attribuer des motifs patriotiques ou philanthropiques, c'est pousser un peu trop loin la plaisanterie.

Au point de vue social, il y a longtemps que l'émigration aux colonies est devenue Ja soupape de sûreté de la Grande-Bretagne. L'on a vu tantôt que l'impérialisme militaire est l'invention d’une aristocratie madrée, qui, sentant monter vers elle la colère du prolétaire affamé, a imaginé de le

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dégrever, à nos dépens, d’une partie de l'impôt naval. Un peu de réflexion convaincrait cette noblesse égoïste que nous contribuons déjà largement à la paix intérieure de la Grande-Bretagne en fournissant à ses indigents de la terre, du travail et du pain: que le jour où le fardeau militaire pèserait également sur les colonies et sur la

métropole, l’émigration se ralentirait et rien ne .

séparerait plus l'Angleterre de la révolution sociale qu'elle a si richement 8agnée par son inique régime de propriété. :

Ces services, ces sacrifices, l'Angleterre n'a plus le droit de nous les demander si nous devons désormais prendre part à toutes les guerres où «l'honneur et l'intégrité de l'empire» seront en jeu. L'indépendance vaudrait alors dix fois mieux, et cela me paraît évident,

«+ Si nous étions indépendants, nous n'aurions pas besoin de vaisseaux de guerre pour la protection de nos colonies :—Je développement économique du Canada, le peuplement de son immense territoire, nous prendront bien un siècle ; après cela, supposé qu’il reste quelque part des nègres à asservir et des mines d'or à conquérir, nous verrons.

Si nous étions indépendants, nous resierions protégés comme aujourd'hui, et contre le Japon, et

contre les puissances européennes, par la doctrine Monroe.

Nous avons parmi nous des patriotes que cette protection humilie ; pour un peu, ils provoqueraient le gouvernement de Washington en guerre, à seule fin de préparer à leur pays une abondante moisson de gloire.

Quelques-uns de ces messieurs sont payés su, les fonds britanniques, en beaux écus sonnants. Il y en a de cette engeance à Toronte, il y enaàù Ottawa, il y en a à Montréal. Leur rôle consiste à rédiger sous l'inspiration de lord Grey, qui luimême a « monté » cette Campagne avec lord Milner et lord Northcliffe, des articles tendancieux destinés à empoisonner lentement l'opinion.

Les autres sont, ou bien d'honnêtes gens à qui l'instinct de race a fait perdre de vue l'intérêt du Canada et l'intérêt véritable de Ja métropole, ou bien de bonnes bêtes qui n'ont jamais pensé et ne penseront jamais par elles-mêmes, et qui braient de la meilleure foi du monde après ceux—ou celles — qui font mine de rugir.

Mais ceux-là se gardent bien de dire, et ceux-ci n'ont pas l'air de se douter, que toutes les petites puissances, en Europe, sont maintenues par le jeu des rivalités et des contre-poids. Le Monrœïsme n'est pas une simple doctrine politique, c'est la résultante de conditions géographiques comme celles

qui assurent l'existence de la Suisse, de la Belgique, de la Hollande, du Danemark, de la Bulgarie, du Monténégro, de la Serbie, à côté d'Etats dix fois plus populeux et dix fois plus riches.

Si nous étions indépendants, nous n'aurions en réalité qu'un ennemi possible : jes Etats-Unis.

Certes, il ne faut Pas se payer de rêves creux, et croire que nous n'aurions qu'à nous confier en la loyauté de nos voisins : le vol du Texas, le vol de Porto-Rico et des Philippines, pour ne citer que ces deux exploits, seraient plutôt de nature à nous inspirer de la défiance. Mais il ne faut pas non plus laisser se répandre chez nous l'impression que le Canada serait absolument sans défense contre le peuple américain. |

L'Amérique latine, Y Compris le Mexique, compte Quarante à cinquante millions d'individus qui ont comme nous tout à redouter de l'ambition des Américains, et avec qui nous chercherions à nous entendre.

Rien ne nous empêcherait de créer pour nous— Pour nous seuls— cette marine que nous nous sommes engagés à créer pour d’autres, et de nous faire en même temps des amis parmi les grands Etats, Y Compris l'Angleterre, avec ces faveurs commerciales que nous donnons aujourd'hui gratis à Ja métropole. Dans dix, vingt ou trente ans, le Canada aurait dix, quinze ou vingt millions d'habitants, et

même les Etats-Unis, puissance énorme, mais obligée de protéger ses possessions coloniales contre le Japon, contre l'Allemagne, contre l'Angleterre, y regarderaient à deux fois avant de nous atiaquer injustement.

En adhérant à la convention de la Haye, en acceptant d'avance l'arbitrage de ce tribunal pour tous nos différends avec les Américains, nous nous assurerions sur nos voisins un avantage moral énorme en cas d’hostilités.

L'enseignement militaire à l'école, qui est encore

la mesure de protection la moins coûteuse, et qui, à le bien prendre, n'est pas plus dangereux pour la paix du monde que la boxe ou la savate si l’on a soin d’inculquer à l'enfant de justes notions du droit, —l'enseignement militaire à l'école donnerait à notre jeune pays une force de résistance relativement supérieure à celle des Etats-Unis.

Nous pourrions organiser notre armée sur le modèle de l’armée suisse et décupler par ce seul moyen notre force militaire, Avec un budget annuel de $7,500,000, la Suisse met sur pied 280,000 soldats : pour une milice d’un peu plus de 90,000 hommes, le Canada dépense $6,750,000.

L'armée suisse peut être portée en temys de guerre à un demi-million d'hommes : l'effectif maximum de notre milice est de cent mille hommes.

La Suisse a 3,350,000 habitants : le Canada a

7,000,000 d'habitants. La Suisse, il est vrai, reçoit de chacun de ses enfants un service total de 163 jours ; mais le jour où nous serions indépendants, où nos sacrifices, par conséquent, ne profiteraient plus qu'à nous, quel Canadien ne serait heureux de faire Pour son pays ce que le citoyen suisse fait si gaiment pour le sien ?

Enfin, —il ne tiendrait qu'à nous de le vouloir, — le respect des droits des minorités, Je peuplement rationnel du pays avec des races susceptibles de

notre idéal, l'adoption de bonnes lois sociales et économiques, nous assureraient la paix intérieure qui manque déjà et qui va manquer de plus en plus aux Etats-Unis.

Il a existé jusqu'ici entre l'Angleterre et ses grandes

Avec l'impérialisme militaire, tout en gardant les désavantages de l'état colonial, nous assumons

Bretagne s’est faits par ses conquêtes, par ses rapines, par ses intrigues, par ses ambitions de toute sorte, seront nos ennemis : n'ayant pas voix

au chapitre de la guerre, et ne pouvant nous y faire entendre qu'à condition de remettre au reste de l'empire la direction de nos affaires, nous ne serons jamais sûrs du lerdemain, jamais nous n'aurons de sécurité.

Le Canada disait naïvement le 6 avril dernier, après avoir représenté comme un triomphe autonomiste l'ordre du jour du 29 mars :

Le Witness semble adopter le arguments du 7. elegram de Toronto et essaie de faire surgir aux yeux des Canadiens-français les horreurs d'une conquête de notre pays par l'Allemagne. Certes, les Canadiens n’envient point le sort des Alsaciens- Lorrains.

Mais ils se demandent sous quel prétexte l'Allemagne viendrait leur faire la guerre. ILS NE LUI ONT JAMAIS RIEN FAIT !

Si le Canada entendait par là que nous n'avons jamais eu de raisons de provoquer l'Allemagne, la verité est trop évidente pour que l'on songe à y contredire. Mais l'organe ministériel doit admettre qu'il y a quelque chose de changé entre l’Allemagne et nous, quand nos gouvernants peuvent se permettre, dans le seul but de flagorner la métropole, des incartades comme ces paroles prononcées par M. Laurier à la séance du 29 mars :

Nous avons probablement lieu de croire, comme on vient

de nous l’apprendre, que l'Allemagne construit plus de navires que l'Angleterre et les construit plus rapidement.

Ii y a une conclusion à tirer de ces renseignements, et c'est que l'ALLEMAGNE SE PREPARE A FAIRE UN JOUR SUR MER A L'ANGLETERRE CE QU'ELLE A FAIT A LA FRANCE SUR TERRE.

Tout le monde sait aujourd'hui que pendant des années la Prusse se préparait dans l'ombre à lutter contre la France, qui, jusqu'alors, avait été la plus puissante nation militaire du monde ; la Prusse attendait une occasion, et quand l'occasion se présenta, elle frappa le coup fatal, (1

De telles paroles n'auraient aucune portée dans la bouche d'un simple député ou dans les colonnes d'un journal d'opposition ; sur les lèvres d'un chef de cabinet, et dirigées contre une nation avec laquelle nous sommes encor Officiellement du moins, en relations d'amitié, elles Constituent une provocation gratuite dont l'Allemagne aura raison de nous garder rancune. Et ce n'est là qu'un exemple des ennuis que nous allons nous attirer d’un peu partout pour l'amour de la métropole.

+" Certains esprits bornés, dans la presse anglaise, s'imaginent que nous réclamons le maintien du slatù qué par haine de Ja souveraineté britannique. Si tel était notre mobile, la résolution du 29 mars serait de nature à nous réjouir profondément. Il ne faut pas en effet être grand clerc Pour saisir tout l'intérêt que certains pays auront désormais à soutenir les Etats-Unis dans une agression contre le Canada.

(1) « Hansard », version française, édition du 29 mars.

Pour en rester à l'Allemagne, voici une nalion qui cherche des débouchés commerciaux dans tous les pays du globe, dont l'expansion commerciale en Extrême-Orient est entravée par l’Angleterre et son allié, le Japon, au point qu'elle a dû renoncer pour le présent à se créer des sphères d'influence dans cet Empire Jaune où toutes les autres grandes puissances coloniales taillaient à sabre que veux-tu : croit-on qu'elle va se croiser les bras devant une fédération panbritannique qui est un défi à sa puissance? Le gouverneur du Missouri, M. Folk, un des jeunes politiques américains les plus en vue, et probablement un futur candidat à la présidence, disait l'autre-jour dans un

grand discours à Asheville (Caroline du Nord) que

les Etats-Unis devaient se Préparer sans retard à s'emparer du Canada. Hearst, le puissant journaliste jaune qui fomenta la guerre contre l'Espagne en 1898, et dont les idées arriveront un jour ou l'autre à la Maison-Blanche, est partisan de l'annexion forcée. Enfin il y a aux Etats-Unis quinze millions d'Irlandais et autant d'Allemands, qui les uns et les autres, advenant la guerre que M. Laurier feint de redouter, pousseraient le colosse américain de toutes leurs forces contre le Canada. Et c’est ce moment que nous choisissons pour insulter délibérément l'Allemagne ! Si demain l'on venait nous dire que Guillaume II a offert son aide

aux Américains pour la conquête du Canada comme prix de leur bienveillante neutralité en Extrême-Orient, aurions-nous raison d'en être surpris ?

Si, contre toute prévision, les Etats-Unis résistent à la tentation de nous englober, nos propres loyalistes se chargeront d'évincer la Grande-Bretagne de l'Amérique septentrionale quand le fardeau militaire qu'ils auront assumé dans un mouvement d'enthousiasme irréfléchi leur sera devenu trop lourd ; l'histoite des colonies américaines montre que jamais le loyalisme de Ja Nouvelle-Angleterre ne fut plus ardent qu'à la veille de la Révolution ; l'histoire du Canada est Jà pour nous rappeler que les seuls mouvements annexionnistes dignes de mention, en notre Pays, ont pris naissance parmi nos ‘5 apatriotes anglais et ont été déterminés par des causes économiques.

Les Canadiens-F ranÇais—on l'a déjà dit, mais on ne saura jamais trop le répéter — n'auraient donc qu'à laisser marcher les choses au gré de l’école impérialiste, pour satisfaire les sontiments anglophobes qu'ils se voient imputer aujourd'hui après leur attachemert séculaire à la couronne britannique.

Nous combattons la fédération impériale, parce qu'en faisant disparaître le Canada dans une république appauvrie Par son imprévoyance et mûre

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pour l'anarchie, elle ferait perdre à notre pays le fruit d'un siècle et demi de dévouement à un idéal

. Supérieur de gouvernement.

Nous la combattons aussi parce que l'annexion aux Etats-Unis nous priverait, nous les Canadiens- Français, des droits constitutionnels qui nous sont Sarantis par la constitution de 1867. L'intérêt général du pays et l'intérêt pa ‘ticulier de notre race sont ici d'accord.

Les hommes politiques de la métropole devraient comprendre que ce double sentiment, loin d'être une menace pour le lien colonial, est Ja meilleure garantie du maintien de la souveraineté britannique sur celte partie du continent américain.

Libre à eux de retourner, s'ils Je veulent, aux rêves insensés de lord North et de (eorges III ; notre mot d'ordre à nous sera désormais :—Le retour à l'autonomie, ou l'indépendance !

Et s’ils en étaient rendus à regarder cette devise comme de la trahison, nous en serions quittes pour dire avec Patrick Henry : If that be treason, let it be treason !

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