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LA POLITIQUE DU CABINET ET L'ARMÉE

M. Gaston Doumergue. — C'est vrai !

M. LE Président du Conseil. — Celui-ci les a examinés; et ce qui s'est dégagé de son étude d'abord — et j'exprime ici, j'en suis convaincu, la pensée même de l'honorable rapporteur — c'est que la faute, c'est l'exception, et que l'accomplissement du devoir, c'est la règle, règle si générale qu'en vérité on pourrait la dir^ universelle. [Applaudissements à gauche et sur divers bancs au centre,)

M. LE RAPPORTEUR. — Je l'ai dit moi-même.

M. LE Président du Conseil. — C'est ensuite cette constatation que l'administration de la guerre est minutieusement et sévèrement contrôlée. Quand ce contrôle relèvera des faits susceptibles d'une sanction, c'est au Gouvernement et particulièrement au ministre de la Guerre, qu'il appartiendra d'apprécier les mesures que ces faits commandent, de même qu'il appartiendra à la Chambre de nous reprocher notre faiblesse si elle considère que nous n'avons pas fait tout notre devoir. [Très bien! très bien!)

C'est là, je crois, la véritable règle de Gouvernement.

Ce devoir, tout Gouvernement doit l'accomplir; mais permettez-moi de vous dire, messieurs, et de façon à ne laisser aucun doute, qu'aucun Gouvernement ayant le souci des grands intérêts dont il est le gardien ne pourra prendre ces mesures sous l'effet d'une injonction qui dé-

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naturerait immédiatement la portée de ses actes... [Très bien! très bien! à gauche et sur divers bancs au centre).., que dis-je? dont une polémique dont nous savons les perfidies ne manquerait pas, le lendemain, de changer le caractère. [Applaudissements. )

A r extrême gauche. Si vous aviez frappé avant notre demande d'enquête, nous ne Taurions pas déposée.

M. LE Président du Conseil. — Que des améliorations et des réformes soient à réaliser, nul ne le conteste. Que des abus soient à réprimer, surtout pour les rendre dans l'avenir plus difficiles" et plus rares, nous sommes encore bien d'accord pour le reconnaître, n'est-il pas v-rai? Que si dans le passé des injustices ont été commises et s'il est en notre pouvoir de les réparer, quelle plus noble tâche peut-on proposer à un Gouvernement? Mais^ il faut bien le dire, en pareille matière tout doit être pesé; et qu'on me pardonne de î'appeler une observation que j'ai déjà faite ici : la tribune ne se prête pas toujours à l'étude de certaines questions, à l'élucidation de certains problèmes. [Très bien!) Et quand notamment des décisions sont intervenues, bien léger, bien coupable serait le Gouvernement qui prendrait devant la Chambre l'engagement de revenir sur ce qui a été fait sans que sa conscience ait trouvé une lumière complète, et sans que sa foi fût devenue définitive. [Applaudissements,^

cours, peut se dégager — qu'il me permette de le répéter — une impression qui ne donnerait pas plus une idée exacte de l'armée que le plus admirable traité de pathologie ne donnerait une idée exacte des grandeurs et des splendeurs de rhumanité. {Très bien! très bien! à gauche et au centre. 7— Mouvements divers,)

Tout à l'heure l'honorable ministre de la Guerre a protesté en des termes dont le sens doit être bien fixé; — et en le faisant j'exprime sa pensée la plus intime, — il a manifesté l'appréhension, que de loyales explications auront dissipée, que ceux qui n'auraient lu que le rapport ou que le discours de l'honorable M. Pelletan ne vinssent à se faire de ce qui se passe dans notre armée nationale — et bien contrairement à la pensée de celui-ci — une idée défavorable qui pourrait affaiblir le respect et encourager l'indiscipline.

Mais jamais le Gouvernement n'a entendu — ee serait folie — accuser qui que ce soit dans cette Assemblée, je dirais volontiers quelque Français que ce soit, digne de ce nom, d'avoir cherché à développer dans l'armée l'esprit d'indiscipline ou à affaiblir dans la nation le respect de l'armée.

M. Paul de Cassagnac. — Vous plaidez pour M. Pellelan.

M. LE Président du Conseil. — Messieurs, je reprochais au rapport d'avoir été peut-être trop

Chambre des députés. Séance du 2 mars iOOO, — M. Lasies, député nationaliste du Gers, ayant interpellé le Gouvernement sur les « illégalités commises à regard des condamnés de la Haute Cour et 3ur les procédés policiers employés par le Gouvernement », rappela, dans son discours, les principaux incidents de procédure soulevés devant la Haute Cour par les accusés, prétendant qu'il y avait au fond de chacun d'eux une irrégularité ou une illégalité; il s'éleva en outre contre l'usage qui aurait été fait de rapporis de police pour constituer le dossier de Tinstruction. Dans sa réponse, M. Waldeck-Rousseau fit observer que tous les incidents de procédure dont avait parlé M. Lasies avaient été défmilivement réglés par des arrêts de justice et qu'il n'appartenait à aucun pouvoir de réformer des décisions judiciaires ; il précisa les conditions dans lesquelles un rapport de police avait été communiqué à la commission d'instruction, sur sa demande expresse, et fit la Chambre juge de l' « acte politique » que constituait la convocation de la Haute Cour, acte qui engageait la responsabilité du" Gouvernement. A sa demande, Tordre du jour pur et simple fut repoussé par 318 voix contre 232, et l'ordre du jour de MM. Malas-

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pina et Charles Bas « approuvant les déclarations et les actes du Gouvernement » fut adopté par 287 voix contre 138.

M. Waldkck-Rousseau, président du Conseily minist7;e de V Intérieur et des Cidtes, Messieurs, avec une modération à laquelle je saisis l'occasion qui m'est offerte de rendre hommage, l'honorable M. Lasies a apporté ici un certain nombre de critiques et d'observations qui, à vrai dire, constituent le procès du procès de la Haute Cour.

M. Julien Goujon (Seine-Inférieure). Du procureur général qui assistait la Haute Cour !

M. LE Président. On a interrogé le Gouvernement; je vous prie, messieurs, de l'écouter en silence. {Très bien ! très bien !)

M. LE Président DU Conseil. L'honorable M. Lasies demande compte au Gouvernement des décisions, des arrêts qui ont été rendus soit au début par un juge d'instruction, soit plus lard par la commission d'instruction de la Haute Cour, soit enfin par la Haute Cour elle-même.

Et sans cesse, pour ne pas permettre qu'on aperçût à quel point cette critique portait directement sur des actes judiciaires, il a déclaré qu41 se garderait bien d'aborder le fond du débat. M. Lasies. Je ne l'ai point abordé non plus ! M. LE Président du Conseil. Je lui dois une première réponse.

Le (louvernement est responsable de ses actes, responsable de ses décisions. Je dirai tout à l'heure dans quelle mesure sa responsabilité politique est engagée; mais, par là môme que vis-à-vis d'un juge d'instruction, d'une commission d'instruction, d'un tribunal, grand ou petit, il n'a aucun ordre à donner sans une véritable forfaiture, il serait singulier qu'on lui demandât compte... [Rumeurs au centre, — Applaudissements à rexlrêrhe gauche et à gauche,)

M. Denis Guibert. Il a une surveillance à exercer !

M. LE Pkéside:«t du Conseil... de décisions qui ont élé rendues dans la plénitude d'une indépendance qu'on ne saurait suspecter. [Exclamations ironiques à droite. — Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)

Il y a quelques jours, au fauteuil de la présidence du Sénat, on prononçait ces paroles :

« Quand sera venue l'heure de juger son œuvre (l'œuvre de la liante Cour) avec impartialité, on dira que jamais la liberté de la défense n^'eut de plus larges franchises... » [Exclainations ironiques à droite. — Applaudissements à gauche.) «... et on ne contestera ni l'indépendance ni la sagesse de ses arrêts. » [Applaudissements à gauche.)

M. Julien Dumas. Vous nous prenez pour des juges !

M. LE Président du Conseil. L'opinion publi-

que, le pays républicain, n'a pas attendu davantage pour souscrire à ce jugement».. [Très bien! 1res bien! à gauche.)

M. Delpech-Cantaloup. Et le pays honnête, qu'en pense-t-il ? [Bruit à gauche.)

M. LE Président du Conseil. Mais je comprends que M. Lasies et ses honorables amis y apportent un peu plus d'hésitation et de réserve.

Lorsque je l'ai entendu examiner une à une ce qu'il appelle les irrégularilés de la procédure...

M. FiRMiN Faure. — Les illégalités !

M. LE Président du Conseil. — Je me suis demandé s'il était possible que tant d'irrégularités ou d'illégalités se fussent produites sans qu'elles aient été relevées, discutées et jugées.

Eh bien, il n'est pas un seul des griefs apportés par l'honorable M. Lasies qui n'ait fait l'objet de requêtes, de conclusions auxquelles il a été répondu par des ordonnances ou des arrêts. [Bruit à droite,)

Et alors la question est bien simple : il s'agit de savoir si l'on entend ériger la Chambre en tribunal supérieur de revision et l'appeler à casser les arrêts qui ont été rendus par la Haute Cour. [Applaudissements à gauche.)

Toutes ces questions relatives à la pluralité des conseils, à la mise à la disposition des accusés de la procédure, tous ces incidents ont été examinés et jugés, et je répète: qu'il n'appartient pas plus au Gouvemeineiit d'émettre une appré-

cialion sur les décisions de la justice qu'il n'apparliendrait au Parlement lui-même de les réformer. [Applaudissements à gauche,)

M. Julien Goujon. — C'est une erreur! [Exclamations à r extrême gauche,)

Je demande la parole.

M. LE Président du Conseil. — Après les irrégularités de la procédure, M. Lasies a relevé les abus commis par la police, et le fait que c'est avec des rapports de police qu'on aurait constitué le dossier de l'instruction.

Sur ce point je ferai des déclarations très nettes. Lorsque le dossier remis à M. le juge d'instruction a été transmis à la commission de la Haute Cour, il ne contenait pas un seul rapport de police. [Interruptions et bruit à droite,)

M. Delpech-Cantaloup. — Depuis, ils sont arrivés en masse.

M. LE Président, t— Croyez-vous, messieurs, qu'on puisse discuter utilement dans de pareilles conditions? Je vous prie de ne pas interrompre.

M. LE Président du Conseil. — Il n'est, en effet, jamais entré dans notre pensée qu'on pût constituer une preuve au moyen d'un document qui . reste nécessairement anonyme. [Très bien! très bien ! à gauche,)

La commission d'instruction a demandé non pas ces pièces, non pas ces rapports, qui ne lui auraient jamais été remis, mais un [rapport d'en-

semble sur les renseignements qui étaient parvenus au ministère de Tlntérieur. Et ce rapport a été fait sous cette réserve que Fauteur qui y apposait sa signature n'était pas un témoin personnel et direct des faits qui y étaient relatés. [Exclama/ions à droite.)

Tout à l'heure, on a signalé à la Chambre et à moi-même deux faits : un piège policier aurait été tendu, une lettre aurait été portée au domicile d'une personne que l'on a désignée.

J'affirme que jusqu'à cette heure aucun fait semblable n'avait été porté à ma connaissance. [Très bien! très bien! à gauche, — Exclamations à droite. )\ mais je suis prêt, s'il y a lieu, à vous donner toute satisfaction. Je demande simplement à être mis en possession des documents et des renseignements qui permettront de faire une enquête et notamment de m'assurer si ce piège aurait été tendu par quelqu'un dépendant de la police. Et j'affirme que si une abomination de ce genre a été commise, le châtiment ne se fera pas attendre. [Applaudissements.)

Messieurs, si, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, il n'appartient pas aux Chambres de juger les décisions judiciaires, elles ont au contraire un droit incontestable et incontesté, celui de juger les actes politiques. Voici dans quelle mesure le Gouvernement n'a jamais cessé d'engager sa responsabilité.

L'acte politique dont il doit tenir compte au

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M. Luats MiLLËVOFE. — C'est monstrueux. Je ilemande la parole.

M. T,E Président. — Vous ne devriez pas employer de pareilles expressions, étant donni? surtout que vous vous èles fait insciire pour prendre la parole. [Très bien! très bien!)

M. LE Président du Conseil... et que. celle fois, on espérait bien réussir.

M. Lasies. — Je vous remercie, monsieur le Président du Conseil, d'avoir parlé de l'affaire de Reuilty.

M. u; Président du Conseil. — La vérité, c'est que certains partis politiques ne nous pardonnent pas celle' détermination. {Vifs applaudissements d gauche.) On nous pardonne encore moins les résultats obtenus. [Nouveaux applaudissements. )

Il y a eu depuis ce moment quelque ciio^e de changé. Auparavant, il n'était pas de semaines qui ne fût marquée par des meetings dans lesquels on préparait la m attife station du lendei de mois voie puisir ou à pelait un gauche.)

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jours du

"i^ LA DÉFENSE RÉPUBLICALNE

Gouvernement étaient comptés; et la liste était prête, des fonctionnaires du régime futur.

[Applaudissements à (jaiiche,)

M. Julien Dumas. — Oh! il aurait gardé les mêmes! [Rires à droite.)

M. LE Président du Conseil. — Aujourd'hui la rue appartient à ceux qui vont à leurs affaires et à leur travail. [Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

A droite. — A Carmaux, pas exemple ! [Bruit.) M. LE GÉNÉRAL Jacquey. — Avec Ic drapeau rouge !

M. LE Président du Conseil. — Déjà vous pouvez constater beaucoup de détente de ce côté [Exclamations à droite. — Applaudissements à gauche.)^ et c'est aujourd'hui, fort heureusement — et je m'en applaudis — une influence plus académique que révolutionnaire, qui prépare les futurs combats électoraux. [Rires et applaudissements sur les mêmes bancs.)

Sans arbitraire, sans violence, par l'action seule de la justice, [Bruit à droite.) nous avons montré qu'un peu de résolution peut faire beaucoup de tranquillité.

C'est là évidemment le* grief qui réside au fond de certains esprits; mais si quelquefe-uns ne nous le pardonnent pas, le pays nous en exprime chaque jour sa gratitude. ( Vifs applaudissements à gauche,)

M. Chenay. — Les dernières élections l'ont montré.

M. LE COMTE d'Elva. — Vous ne perdrez rien pourattefadre.

M. Antoine Gras (Drôme). — Ce qu'on ne vous pardonne pas, c'est de vivre si longtemps.

M. LE Président du Conseil. — Et cette récompense, la plus haute que puisse ambitionner un homme politique, nous suffit. [Applaudissements répétées à gauche^ à V extrême gauche et sur divers bancs au centre, — Bruit à droite.)

CuAMBHE DES DÉPUTÉS. Séance du 1i avril 1900. — Le Sénat ayant apporté des modifications au budget de 1900, tel qu'il avait été volé par la Chambre, celui-ci revint en discussion devant cette dernière Assemblée; M. Denys Cochin en profita pour instituer un nouveau débat sur la politique générale. M. Waldeck-Rousseau répondit que sa politique était celle du vieux parti républicain. Malgré une intervention de M. Méline, la Chambre vota raffichage du discours du Président du Conseil, par 261 voix contre 199.

M. Waldeck-Rousseau, président du Conseily 7ninistre de l Intérieur et des Cultes. — Je demande la parole.

M. LE Président. — La parole est à M. le Président du Conseil.

M. Waldeck-Rousseau, président du Conseil^ ministre de V Intérieur et des Cultes. — Messieurs, je serai, la Chambre peut en être assurée, très

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bref; mais il m'a semblé que je devais une courte réponse à l'honorable M. Cochin.

La pensée d'ouvrir une discussion générale sur le budget, au moment où, à quelques articles près, il est complètement voté, constitue, quoi qu'il en ait dit, une innovation ingénieuse. Elle a, en tout cas, le mérite de se prêter à toutes les combinaisons. .

En effet, la Chambre venait de remetlre à un mois un débat sur la politique générale, et cependant, en dépit du déguisement dont il l'a revêtue, tout le monde a retrouvé datis la discussion de l'honorable M. Cochin une certaine interpellation qui, tantôt timide et tantôt menaçante, a longtemps erré dans les couloirs de la Chambre, et qui même, sans avoir été annoncée, — ce qui explique peut-être le mauvais accueil qu'elle a reçu, — a fait il y quelques jours, sur le tard, une apparition à la tribune.

Toutes les fois que le Gouvernement républicain, attaqué ou menacé, a entrepris de se défendre, on n'a jamais manqué de le traiter de sectaire (Très bien! très bien! à gauche); c'est cette accusation qui, tout à l'heure, était portée contre nous. Sans doute je n'espère pas donner satisfaction à l'honorable M. Cochin; il n'approuve point notre politique. J'en suis plus affligé que surpris; mais cette politique a été, jusqu'à cinq fois, portée devant cette Chambre, au mois de juin, au mois de novembre, au mois

de décembre, au mois de février, la majorité républicaine lui a donné la consécration de son vote, et quand, grâce à Fhonorablé M. Denis, une fois de plus elle l'aura discutée, j'ose espérer que son opinion n'aura pas varié. [Applaudissements à gauche et à t extrême gauche, — Interruptions à droite.)

M. Maurice Binder. — Vous n'avez pas, en tout cas, l'approbation de vos électeurs ni de vos amis.

M. i^E Président du Conseil. — Si les projets de loi que nous avons déposés ne peuvent être approuvés par l'honorable M. Cochin, je me demande comment ils pourraient ne pas l'être du parti républicain tout entier.

M. Cochin a rappelé des souvenirs^historiques; il me permettra d'en évoquer un à mon tour, qui est dans toutes les mémoires. Nous sommes des sectaires parce que nous entendons prendre des mesures contre le développement intolérable des réguliers?... [Vifs applaudissements à gauche et à V extrême gauche.)

M. Ferinandde Ramel. — Vous atlaquez l'Eglise sous toutes ses formes, et pas seulement les réguliers; vous appliquez la maxime : « diviser pour régner ».

M. LE Président du Conseil. — Prenez garde !

N'accusez pas d'attaquer l'Eglise ceux qui ont pris les mesures que je vais rappeler; cette accusation ne tarderait pas à vous devenir embar-

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LA TRADITION RÉPUBLICAINE «l

rassante. {Très bien! très bien! et rires à gauche,)

M. Fernand de Ramel. — Nous connaissons notre histoire.

M. LE Président du Conseil. — En 1808, il s'est trouvé un pape, qui n'était sans doute pas un •ennemi de l^Eglise, et un premier Consul qui, monsieur Cochiu, n'était sans doute pas un coU leciWi^iQ {Rires à gauche)^ pour reconnaître, Tun que les congrégations n'étaient pas nécessaires au bien de l'Eglise, l'autre qu'elles pouvaient être funestes au bien de l'Etat. ( Vifs applaudissements à gauche, — Interruptions à droite.)

M. Fernand de Ramel. — Vous chaussez les bottes de l'Empire!

M. Gayraud. — Jamais Pie VII... {Bruit.)

M. le Président du Conseil. — C'est d'un commun accord qu'ils arrêtèrent un certain article H du Concordat, qui porte que les archevêques et ^vêques pourront établir en France des chapitres cathédraux et des séminaires, mais que toutes autres institutions ecclésiastiques seront interdites.

Quand donc nous accomplissons l'œuvre que nous ayons entreprise... {Interruptions à droite.)

M. Lucien Millevoye. — Je demande la parole.

M. le Président du Conseil. — ... lorsque nous trouvons que quelques précautions sont à prendre, quand nous pensons, et nous l'avons pensé, qu'à de certaines heures on voit véritablement

dans ce pays trop de moines ligueurs et de moines d'affaires [Applaudissements prolongés à gauche et à testrême gauche, — Internip*tions à droite)^ nous restons fidèles en ce point comme en tous autres à la tradition républicaine que nous avons reprise, et nous ne sortons pas du Concordat, nous y rentrons.

Et, en vérité, votre mémoire est-elle donc devenue si courte? Voici ce qui se passait en 1880. Au lendemain du rejet de l'article 7, une interpellation fut développée ici même ; on demanda au Gouvernement quelles mesures il entendait prendre contre le développement des congrégations religieuses. Et qui donc prit l'initiative 'de cette interpellation? Ce fut le président de la gauche républicaine, Thonorable M. Devès. On entendit, dans ce débat, la voix ardente et la parole enflammée de Madier de Montjau, mais on entendit aussi la parole d'un homme dont vous ne suspecterez pas, je suppose, le libéralisme : c'était l'honorable M. Renault-Morlière. [Ti^ès bien! très bien! à gauche)^ qui, montant à la tribune, y apporta cette déclaration qu'aucun des actes de sa vie politique n'a, je pense, désavouée : « Nous tenons à honneur de proclamer publiquement que, dans l'exécution des déclarations qu'il a faites, le Gouvernement peut compter sur le concours de ceux-là mêmes qui appartiennent à la fraction la plus modérée de la majorité républicaine. »

L'ordre du jour fut voté par 324 républicains contre 135 membres de la droite. Et si tous les républicains ne votèrent pas cet ordre du jour, ceux, au nombre de treize, qui ne voulurent pas aller jusque-là et être aussi affirmatifs, surent du moins s'abstenir.

Voilà un chapitre de l'histoire de notre parti. [Vifs applaudissements à gauche et à C extrême gauche. — Interruptions à droite,)

Et maintenant je vais vous en rappeler une autre qui nous ramènera à la loi de scolarité. Nous avons demandé qu'on dût, pendant trois années, suivre l'enseignement de l'université pour pouvoir être nommé à des fonctions publiques. Or, pendant un demi-siècle, il a fallu, pour accéder à une profession libérale, même pour obtenir un simple diplôme, non pas trois ans, mais cinq années de scolarité.

lien a été ainsi jusqu'à 1850 et, en vérité, quand je vous entends dire que nous voulons former des fanatiques et des sectaires, je vous demande : Que pensez- vous donc de l'éducation que nos pères ont reçue? [Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

M. Fernand de Ramel. — Vous reculez au lieu d'avancer.

M. le Président du Conseil. — Pour moi, j'atteste l'histoire scientifique, littéraire et philosophique de ce siècle, qu'il n'y a pas eu de génération plus forte et plus libérale que celle qui a

été élevée sous le régime scolaire que je viens de rappeler. [Très bien! très bien! à gauche et à r extrême gauche.)

Je parlais tout à l'heure de la tradition républicaine. Il n'est pas besoin de remonter jusqu'à 1850 pour retrouver ce que, malgré les assertions si hardies de M. Denys Cochin, je me permets d'appeler la tradition libérale. Et j'apporte ma preuve.

L'article 7 fut voté à la Chambre par une énorme majorité. Il fut ensuite porté devant le Sénat : 132 républicains le votèrent, et parmi eux, je relève les noms de Barthélémy Saint- Hilaire, de Calmon, de Duclerc, de l'amiral Jaurès, de John Lemoine, qui avait fait des Débats le journal de l'Europe, alors universellement lu; de M. Oscar de Latayette, du comte Rampon, et enfin celui d'un homme qui était un libéral, je pense : il s'appelait Léon Say ! ( Vifs applaudissements à gauche et à V extrême gauche,)

En vérité, lorsqu'on nous reproche, comme des témérités intolérables, ce qui n'est qu'un pas fait pour nous rapprocher de ce qui a été la doctrine libérale, je me demande si l'on est fondé à nous reprocher d'aller trop vite, ou s'il ne faudrait pas reprocher à d'autres d'avoir trop et trop longtemps reculé. [Vifs applaudissements sur les mêmes bancs,)

M. LcciEîi MiLLEVOYE. — Vous nc parlez plus des nationalistes. Vous avez changé d'adversaires.

LA TRADITION RÉPUBLICAINE 8a

M. LE Président du Conseil. — La vérité, — et, sur ce point, je n'en dirai pas davantage, — c'est que le Cabinet actuel ne pratique pa sseuiement une politique de défense, ce qui serait déjà quelque chose...

M. LE COMTE DE Lanjuinais. — Une politique d'oppression.

M. LE Président DU Conseil. — ...Sa politique, c'est celle du vieux parti républicain... [Interruptions à droite)^ dont nous avons, à coup sûr, plus que vous. Messieurs, le droit de parler, je suppose. {A^pplaudissements répétés à gauche et à t extrême gauche, — Nouvelles interruptions à droite.)

L'honorable M. Denys Cochiti a tracé de l'œuvre de ce ministère une esquisse rapide, faite d'un pinceau tour à tour léger et hardi, mais un peu incomplète, et je veux terminer la très courte réponse que je me suis proposé de lui faire en comblant quelques lacunes. JNous pouvons regarder sans regret les dix mois qui viennent de s'écouler ; je ne sais s'ils ont paru longs à quelquesuns {Inter?niptions à droite. — Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche)., ils n'ont certes point paru plus longs à d'autres qu'à nousmêmes. Si je ne regrette pas la détermination à laquelle je me suis arrêté, c'est parce que notre effort n'aura pas été inutile. [Interruptions à droite et au centre.)

M. Lucien Millevoye. — Pour nous surtout.

Continuez !

M. LE Président du Conseil. — Nous avons rendu à ce pays une tranquillité que depuis longtemps il n'avait pas .connue. [Nouvelles interniptions à droite et au centre. — Applaudissemenls à gauche et à l extrême gauche,)

M. Fernand de Ramel. — Vous préparez une belle réaction!

M. LE Président du Conseil. — L'Exposition qui va s'ouvrir ne sera pas seulement le triomphe de notre génie artistique, commercial et industriel, elle sera aussi le témoignage indéniable de la paix morale reconquise. [Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche. — Interruptions au centre et à droite.)

A l'extérieur, nous avons résolu de la façon la plus honorable et la plus heureuse les difficultés que nous avions trouvées pendantes. [Interruptions à droite.)

M. Maurice Binder. — Vous n'êtes pas difficile.

M. LE Président du Conseil. — Dans l'Ouest- Algérien nous avons réalisé des droits incontestés...

M. Maurice Binder. — Posez sur votre tête la couronne de laurier...

M. LE Président. — Monsieur Binder, ge vous prie de garder le silence.

M. LE Président du Conseil. — . ..mais qui étaient jusqu'ici demeurés à l'état d'expression géographique.

Une loi, depuis quinze années, n'avait pas pu

arriver jusqu'à la tribune, la loi sur Tarmée coloniale : nous avons obtenu de la Chambre qu'elle la votât. [Très bien! très bien! à gauche,)

Tout aussi jaloux que qui que ce soit d'assurer l'inviolabilité de la Frg.nce, non pas seulement sur son sol natal, mais dans ses possessions d'outre-mer, nous avons présenté au Parlement le premier plan d'ensemble de défense continentale et coloniale dont le Parlement ait été saisi.

Ce sont là des œuvres qui, sans nous inspirer un vain orgueil, nous permettent du moins d'affirmer que nous avons tout fait pour bien servir la République et pour sauvegarder les intérêts supérieurs de la France. [Applaudissements vifs et répétés à gauche et à F extrême gauche, — Bruit à droite et sur divers bancs au centre.)

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