A MONSEIGNEVR LE REVERENDISSIME CARDINAL DU RELLAY1, S
Veu le Personnaige que tu loues au Spectacle de toute l'Europe, voyre de tout le monde en ce grand Théâtre Romain, veu tant d'affaires, et lelz, que seul quasi tu soutiens : ô V Honneur du sacré Collège, peclxeroy'-ie pas [comme dit le Pindare Latin-) contre lé bien pul)licq\ si par longues paroles Vempesclwy' le tens que tu donnes au seruice de ton Prince, au profit de la Patrie et à V accroissement de ton immortelle renommée ?
1 Cardinal Du Bellay. Jean du Bellay, frère de Guillaume du Bellay-Langey et de Martin du Bellay, était cousin de Joachim. Il naquit en 1492, fut successivement évêque de Bayonne, de Paris et d'Ostie (1526, 1532 et 1550), ambassadeur de France en Angleterre (1527) et à Rome (1534), cardinal (1535) et lieutenantgénéral en Champagne et en Picardie (1536). Après la mort de François Ier, il se retira en Italie et y mourut le 16 février 1560. Ami des lettres et protecteur de Rabelais, qui fut quelque temps son médecin, il s'attacha Joachim vers 1552 et le garda quatre ans et demi auprès de lui en Italie.
2 Le Pindare latin, c'est-à-dire Horace. On voit que l'auteur s'est inspiré du début de la première épître du second livre :
« Cum tôt sustineas et tanta negotia solus,
in publica commoda peccem,
Si longo sermone morer tua tempora, Cœsar. >
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Epiant doriques quelque heure de ce peu de relaiz, que tu prens pour respirer soubz le pesant faiz des affaires Francoyses {charge vrayement digne de si robustes épaules, non moins que le Ciel de celles du grand Hercule), ma Muse a pris la hardiesse d'entrer au sacré Cabinet de tes sainctes, et studieuses occupations : et la entre tant de riches, et excellens vœuz i de iour en îour dédiez à V Image de ta grandeur, pendre le sien humble, et petit : mais toutes fois bien heureux, s'il rencontre quelque faneur deuant les yeux de ta bonté, semblable à celle des Dieux immortelz, qui n'ont moins agréables- les panures présent z d'vn bien riche vouloir, que ces3 superbes, et ambicieuses offrandes. C'est en effectla Deffencei,et Illustration de nostre langue Francoyse. A Ven- ^ treprise de laquele rien ne m'a induyt, que Vaf-
1 Vœuz. Ce mot est ici synonyme à'ex voto. Amyot a dit de même (Timol. 10) : « Les vœux et offrandes qui sont pendues aux voultes et parois du santuaire », et La Fontaine (Fables, IX, 15) ■. « Sire Jupin, dit-il, prends mon vœu; le voilà ». En ce sens, on disait aussi vœu rendît.
' Qui n ont moins agréables, pour « qui n'ont pas moins agréables » . Cf. ci-après « qui ne te rend moins amyable . . . que vénérable » .
3 Ces. Ce pronom démonstratif, fréquemment employé par Du Bellay, est pris ici dans le sens emphatique du pronom latin Me.
4 Deffence. Ch. Fontaine, dans son Quintil Horatian, blâme avec raison cette façon d'écrire le mot défense, empruntée, dit-il, aux practiciens que Du Bellay lui-même traite de « deprauateurs d'orthographe ». Le litre d'une brochure, relative à la mort imprévue du Dauphin, fils de François Ier, et imprimée en 1537, à Paris, chez Denis Janot, offre la même orthographe : Nouvelle Deffence ■pour les François, à l' encontre de la nouvelle entreprinse des ennemys, comprenant la manière deviter tous poisons.