EPISTRE
fection naturelle entiers ma Pairie {, et à te la dédier, que la grandeur de ton nonijAfin qu'elle se cache (comme soubz le Bouclier d'Aiax-) contre les traictz enuenimez de ceste antique Ennemye de vertu 3, soubz Vnmbre de tes estes". De toy dy-ie, dont l'incomparable Scauoir, Vertu, et conduyte, toutes les plus grandes choses, de si long tens de tout le Monde sont expérimentées, que ie ne les scauroy' plus du vif exprimer, que les couurant (suyuant la ruse de ce noble peintre Tymante **) soubz le voyle de silence. Pource, que d'vne si grande chose il vaiclt trop myeux G (comme de Cartilage disoit T. Liuen) se taire du touts, que d'en
1 Patrie. Le Quintila reproché ce mot à du Bellay comme un néologisme, et Ménage a confirmé Fobservation de Ch. Fontaine ; mais tous deux se sont trompés. Littré cite un exemple du chroniqueur Jean Chartier, mort en 1402, qui prouve que ce mot était déjà employé au xve siècle.
2 Soubz le Bouclier d ' Aiax. Cf. Ovide (Disc. d'Ajax, Métam., XIII, 79) :
« Post ciypeumque late et mecum contende sub illo. ■
3 Ceste antique 'Ennemye de vertu, c'est-à-dire l'envie.
4 Esles, pour ailes. L'orthographe de ce mot, qui dérive du latin ala, a été longtemps incertaine. Du xne au xvi° siècle on le trouve écrit eele, ele, elle, aelle, aie, aisle et enfin aile.
5 Tymante. Le Sacrifice d'Iphigénie, du peintre grec Timanthe, est célèbre : l'artiste, désespérant d'exprimer la douleur d'Agamemuon, avait représenté le père de la victime la tète couverte d'un voi'e.
6 Trop myeux, pour « beaucoup mieux », locution qui a vieilli. Cf. Saint Simon : « Vous qui savez et qui possédez trop mieux tous les points que je range ici •.
7 T. Lme, non, mais Salluste. Cf. Jugurtha, xxn : « De Carthagine silere melius puto quam parum dicere. •
s Du tout, c'est-à-dire « complètement, absolument » . Le sens affirmatif de cette locution a également vieilli. On en trouve encore des exemples daus Malherbe et dans Bossuet.