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La causalité rtest pas une simple succèssion

On a nié le caractère spécial de l'idée de la cause, en la ramenant à celle de la simple succession ou de la simultanéité des faits. C'est la tentative qui, dans les temps modernes, a été faite par Malebranche et plus explicitement par Hume K II est manifeste toutefois que la succession et la simultanéité des faits peuvent avoir un caractère accidentel et fortuit. Les premières années de l'empire français, sous le règne de Napoléon III, ont été des années de fertilité agricole; il n'en résulte assurément pas que la forme du gouvernement momentanément acceptée par la France ait multiplié les produits de la terre. Mais lorsque deux faits sont associés d'une manière constante et qui paraît invariable, Tidée de la causalité est-elle simplement celle de leur succes-

* Fonsegrive. Essai sur le libre arbitre, page 173.

sion ou de leur simultanéité? Non. Une position déterminée de rétoile Sirius coïncide pour nous avec répoque ordinairement la plus chaude de Tannée, c'est pourquoi cette époque porte le nom de caniculaire, Canicule étant un des noms de Sirius. Dirons-nous que la canicule est la cause de la chaleur? Gassendi remarque justement qu'en raisonnant de la même manière les habitants des antipodes concluraient que la canicule est la cause du froid.

La règle de méthode de Dugald Stewart < si un événement apparaît, nous attendons l'autre, et nous ne savons rien de plus, » nous conduirait à demeurer dans la simple considération de la succession ou de la silmultanéité des phénomènes; mais tout le développement de la science est un démenti donné à cette règle de méthode. Le bruit du tonnerre succède à la lumière de la foudre : voilà une loi exprimant la succession de deux faits. La recherche du physicien s'arrête-t-elle là, dans la pensée que nous ne pouvons rien savoir de plus? nullement. Etablir que la décharge d'électricité qui produit l'éclair produit aussi l'ébranlement de l'atmosphère dont le son est le résultat, c'est passer de la constatation d'une simple succession de phénomènes à la considération de leur cause. Autre exemple : Un printemps très chaud est généralement suivi d'un retour de froid; voilà une loi exprimant une succession de phénomènes, mais nous cherchons quelque chose de plus. Un printemps très chaud désagrège prématurément les glaces du pôle, dont les débris flottants se rap-

prochent de nos contrées et abaissent la température; voilà la détermination d'une cause et d'une cause réelle si l'explication du phénomène est vraie.

Pour bien entendre cette distinction très importante des causes et des lois, comparons ces deux affirmations : dans le phénomène du choc un corps en déplace un auti*e, — les corps s'attirent dans un mode déterminé par la loi de la gravitation.— Voilà deux lois qui sont également constantes, également invariables. La première des affirmations est immédiatement susceptible d'une explication par la cause. En effet le déplacement d'un corps par le mouvement d'un autre est le résultat direct de l'idée de la matière. Dès qu'il est compris que l'essence du corps •est d'occuper une partie de l'espîace, il est compris par là même qu'un corps en mouvement tend à en déplacer un autre s'il le rencontre ; il n'y a pas d'explication ultérieure à chercher^ Il n'en est pas ainsi pour la gravitation. La loi étant constatée, on demande sa cause. Si l'on n'admet pas que la gravitation est une manifestation primitive de la nature des choses, c'est-à-dire un acte direct de la cause première, on en cherche la cause dans un phénomène physique antécédent.

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