La philosophie est Vétude du prMème univei^seL
Cette affirmation n'est qu'une autre forme de la thèse précédente. Le mot univers exprime la totalité lies choses; et sa signification étymologique est < ce qui est tourné vers l'un >. Univers veut donc dire la totalité des existences considérée dans son rapport avec un principe d'unité. Ce mot, à lui seul, résume et rappelle les deux caractères spécifiques de la philosophie : la généralité de sa matière et la spécialité de son objet.
Bacon a bien vu le caractère général de la matière de la philosophie, c'est pourquoi il a placé au début de son œuvre, comme étant la base de tout le travail de la pensée, une classification générale des sciences. Descartes a parfaitement déterminé l'objet de la philosophie. Il s'élève à la considération d'un principe premier, et, à partir de ce principe, cherche à rendre raison de l'ensemble des faits. 11 a commis d'assez graves erreurs produites principalement par une fausse conception de la méthode ; mais le programme qu'il a tracé d'une main ferme
est, et restera toujours, dans ses traits généraux, le programme de la philosophie* Leibniz a déterminé la nature de l'unité que doit chercher la pensée lorsqu'elle s'attache, non pas au premier principe considéré, en lui-même, mais à l'ensemble des données de l'expérience ; c'est une Unité d'harmonie et non pas une identité. Cette réflexion profonde devait couper le fil qui rattachait le système de Spinoza aux théories de Descartes.
Bien que les différentes définitions de la philosophie soient diverses et paraissent quelquefois opposées, il ne serait pas impossible de montrer qu'elles renferment presque toujours l'idée de la généralité et celle d'une tendance à l'unité, en sorte qu'on peut le plus souvent les ramener, sinon dans leur forme, au moins dans leur fond et leur essence, à celle que nous avons donnée. Pour cela il faut naturellement éloigner les définitions de la philosophie qui en sont en réalité la négation, comme celles de l'école de Reid et des positivistes ^
Les emplois divers du mot philosophie et de l'adjectif philosophique peuvent servir à confirmer notre définition. On appelle esprit philosophique la disposition à s'élever à des idées générales, à saisir les rapports des choses, par opposition à la tendance d'une pensée qui s^arrête aux détails et con-
^ Pour les définitions de la philosophie, on peut consulter spécialement : Histoire de la philosophie. Les problèmes ei les Ecoles par Paul Janet et Gabriel Séallles, Paris, Charles Delagrave, 1887 pages 1 à 23.
sidère les êtres dans leur isolement. Qu'est-ce que la philosophie d'une science ? de la chimie, de la physique, de la botanique? la partie de ces sciences qui est la plus générale et qui, par le fait de cette généralité^ manifeste une tendance à l'unité. Quelles sont enfin les sciences particulières qui méritent le titre de sciences philosophiques ? Ce sont la logique, la psychologie et la morale. La logique, étudiant les lois de la pensée, a une application universelle comme l'intelligence dont elle exprime les fonctions.. La psychologie a un objet spécial : l'esprit ; mais l'esprit qui, à le considérer en lui-même, est un objet particulier, est d'autre part le sujet de toute connaissance. La morale enfin, entendue dans son sens le plus élevé, se rattache au principe universel par un lien que nous indiquerons bientôt (92). La logique, la psychologie et la morale, ont donc, avec l'étude du problème universel, des rapports plus étroits que la botanique ou la minéralogie par exemple. L'adjectif phïlosophiqice peut donc leur être convenablement appliqué. Ce sont toutefois des études particulières qui ont un objet déterminé a^ussi bien que la physique et la biologie.
Les sciences se caractérisent et se distinguent par la diversité des buts poursuivis; nous savons maintenant quel est le caractère propre de la philosophie. Tandis que les autres sciences se posent chacune un problème spécial qui naît de la considération d'une •classe particulière de phénomènes, la philosophie pose le problème universel. Se plaçant en face de l'ensemble des phénomènes du monde considéré
comme un Tout, elle lui applique les questions de la science, et cherche à en déterminer la substance^ la loi, la cause, et le but.
85. Un système de philosophie est un essai d'eœ^ plication de l'univet^s.
La philosophie est une étude qui, comme c'est le cas pour toutes les études, peut aboutir à l'un ou l'autre de ces trois résultats : l'affirmation, la négation, le doute. J'appelle philosophie une recherche relativeau principe de l'univers quel qu'en soit le résultat. Un système de philosophie est le résultat d'une recherche dont le butest d'arriver à une détermination du premier principe, et qui par conséquent en suppose l'existence. Il existe une différence notable entreune recherche qui porte sur l'existence d'un premier j principe, et qui peut aboutir au doute ou à lanégation ^ et une recherche qui porte sur la détermination ce premier principe dont on admet l'existence, donnant aux mots la signification qui vient d'ê^ indiquée on dira : le système d'Epicure et la ph\ Sophie (non le système) de Carnéade ; ou dira système de Descartes et la philosophie (non le tème) de Bayle ; on dira le système de Hegel philosophie de Kant. Il y a là sans doute une tion de mot ; mais sous cette question de mo^ trouve l'indication de deux voies divergentes de pensée. Dans l'une on cherche à déterminer l'objl d'une affirmation qu'on accepte, dans l'autre déclare cette affirmation fausse ou douteuse.
86. La constitution des sciences particulières ne détruit pas l'objet de la philosophie.
Au début des recherches scientifiques de l'esprit humain, on rencontre des synthèses prématurées et grandioses qui tendent à faire de toutes les sciences une science unique. Pour Thaïes c'est l'eau, ou l'élément humide, qui est l'origine de toutes choses, Dans la pensée d'Anaximène c'est l'air qui devient le principe universel ; pour Heraclite c'est le feu ; pour Pythagore c'est le nombre. Ces penseurs des jours anciens n'éprouvent pas le besoin de faire précéder la synthèse par une analyse suffisante ; c'est à partir d'une conception du principe des choses, résultat d'une induction précipitée, qu'ils expliquent la nature et l'humanité. Leur psychologie est a priori comme leur physique. Pour Anaximène l'âme est un air subtil; pour Pythagore elle est un nombre qui se meut. La nécessité de l'observation et de la distinction des choses s'étant peu à peu manifestée, les sciences particulières se sont séparées des synthèses primitives, pour reposer chacune sur leur base propre par l'observation d'une classe déterminée d'idées ou de faits. Les mathématiques ont constitué la première science véritablement distincte ; puis, en avançant dans le cours des siècles, on voit l'astronomie, la botanique, la zoologie, la physique, la chimie réclamer leur indépendance à l'égard des conceptions a priori, et prendre leur point d'appui dans l'observation d'une classe spéciale de phénomènes. Les sciences qui n'ont pas été constituées séparément sont restées sous la rubrique de la
philosophie qui contenait tout dans les synthèses primitives, et elles ont continué à être traitées trop a priori. De nos jours, nous voyons la morale faire eflfort pour se poser sur une base spéciale, et pour se constituer ainsi à titre de science particulière. C'est à quoi visent les partisans de la doctrine qui a pris le nom de morale indépendante *. La vérité importante à laquelle ils apportent leur appui est l'affirmation de la réalité du fait spécial de l'obligation morale, ce fait que les travaux de Kant ont mis eh vive lumière. L'erreur des hommes de cette école, erreur qui ne peut que stériliser leurs efforts, est de ne pas comprendre que s'il est un fait primitif de la nature humaine qui s'exprime par la conscience morale, la conscience dans son développement entre nécessairement en rapport avec les lois de la raison et les données de Texpérience* Tout ce que l'on peut conclure du fait seul de l'obligation, c'est qu'il existe un devoir; mais dès qu'il s'agit de déterminer quel est ce devoir, la conscience sort de son isolement. La morale ne peut donc pas être indépendante des croyances et des idées, dans le sens où cette indépendance serait conçue comme un isolement.
La psychologie a priori des philosophes de l'antiquité a fait place, dans les temps modernes, à une science expérimentale à laquelle les progrès de la physiologie apportent un précieux appui. Elle se dé-
^ Voir une étude critique de la morale indépendante dans la Bibliothèque universelle de décembre 1866.
tachera comme l'une des branches maîtresses de l'anthropologie, dans la mesure où l'anthropologie se délivrera de l'a piHori matérialiste qui s'insinue très ouvertement dans les travaux de quelques écoles contemporaines.
La logique formelle, ou la théorie des lois de l'intelligence, a été constituée à titre de science spéciale, depuis des siècles, par les travaux d'Aristote. Il reste à accomplir la même œuvre pour la métaphysique, c'est-à-dire pour l'étude des données a priori de la raison, qui se distinguent par leur contenu des lois purement formelles de la pensée. Cette étude est restée jusqu'ici trop habituellement confondue avec les théories relatives au principe de l'univers. Elle doit s'en séparer pour s'établir, comme la logique, sur la base de l'observation rationnelle, et pour devenir ainsi une science vraiment expérimentale dans ses bases.
En considérant cette formation progressive des sciences particulières à partir des synthèses prématurées qui caractérisent les premiers efforts de l'esprit humain, on peut arriver facilement à la pensée que la philosophie n'est autre chose que l'esprit de recherche dans sa généralité, que cet esprit de recherche se satisfait par la formation des sciences spéciales, en sorte que la philosophie n'ayant point d'objet propre ne saurait être une science distincte. Elle n'aurait plus de raison d'être lorsque toutes les études particulières seraient constituées. C'est l'opinion clairement exprimée par Claude Bernard dans son Introduction à la méde-
cine expérimentale ^ C'est là une erreur. La philosophie n'a pas de matière spéciale puisqu'elle est l'étude du problème universel ; mais elle a un objet parfaitement déterminé et qui lui maintiendra toujours le caractère d'une science distincte. Ceci peut être mis en évidence par deux comparaisons qui ont la valeur de raisons. Lorsqu'un sauvage construit sa hutte, il n'y a pas de distinction entre l'architecte, le maçon et le charpentier ; c'est la synthèse primitive de tout ce qui est nécessaire pour la construction d'un domicile. Vient la division du travail. Dans la construction d'une maison moderne, le manœuvre, le maçon, le charpentier, le serrurier, le vitrier, etc., chacun a sa tâche. Est-ce qu'une construction résulte simplement de l'addition de ces travaux divers? Nullement ; il faut que ces travaux soient coordonnés. La division du travail ne saurait supprimer la nécessité du plan de l'ouvrage; d'où il résulte que, malgré la séparation des métiers, l'œuvre de l'architecte subsiste tout entière et conserve son objet parfaitement distinct.
Autre comparaison : La physiologie générale est l'étude de la vie. Cette science, essentiellement synthétique, réclame, pour être solidement fondée, la division des recherches portant sur chaque organe, chaque tissu, chaque fonction. La physiologie générale n'a-t-elle plus d'objet, lorsque tous les éléments de l'organisme sont devenus la matière d'études particulières? Nullement. Les études spé-
* Voir en particulier les pages 141, 387, 390.
ciales qui lui fournissent ses matériaux ne sauraient la remplacer. Au-dessus des recherches de détail se posera toujours la question de la vie qui réclame l'étude des rapports des éléments et de l'unité directrice qui relie les fonctions diverses en un tout harmonique. Il en est de même de la philosophie. Les sciences spéciales, en se constituant, lui fournissent ses matériaux et ne la remplacent pas. Au-dessus de toutes les études de détail, se placera toujours la question de l'harmonie des éléments de l'univers et du principe de cette harmonie. Croire que la constitution des sciences particulières puisse supprimer le problème est une manifeste erreur. Il reste à savoir si l'étude du problème universel est possible, puisque l'idée d'une science universelle, en tant qu'elle embrasserait tout ce que l'on peut savoir, dépasse visiblement les forces de l'esprit le plus puissant, du génie le plus vaste (66).
87. La philosophie est possible parce que le résultat des sciences particulières se simplifie dans la mesure où ces sciences font des progrès.
La recherche de l'unité qui, sous ses formes diverses, est le principe générateur de toutes les sciences (54) est amplement justifiée par ses résultats. De toutes les sciences explicatives, la mécanique céleste est la plus avancée. L'explication du mouvement des astres était fort compliquée à Tépoque de Kopernik. Depuis cette époque, par la découverte de cet homme de génie, par les travaux de Kepler et de Newton, les mouvements variés
dont lé ciel offre le sp<3Ctacle ont été ranienés à des explications relativement très simples. On rend compte de tous les phénomènes par les masses, les distances, un principe primitif d'impulsion et la loi de la gravitation. L'ancienne physique admettait l'existence de divers fluides, de diverses vertus et propriétés de la matière. Une simplification, immense a été introduite dans cette science par la théorie qui ramène au seul fait du mouvement toute la partie objective des phénomènes. On obtiendrait un résultat de même nature, en histoire naturelle, lorsqu'on aurait réussi à expliquer par un -petit nombre de lois primitives toute la diversité des fonctions des êtres vivants. ' ■ • Il est donc certain que, lorsqu'une science fait des progrès, elle accumule un nombre toujours plus Considérable dô faits ; mais il n'est pas moins certain qu'elle se simplifie, c'est-â-dire qu'elle réduit le nombre de ses principes d'explication. On peut comparer chaque science a la section d'une pyramide qui croîtrait simultanément dans le sens de sa base et dans la direction de son sommet. Plus l'observation devient attentive et. fréquente, plus le nombi^ des faits s'accroît ; c^est la section de la pyramide qui croît du côté de sa base. Plus la science fait de progrès, plus ses moyens d'explication. deviennent simples ; c'est la section de la pyramide qui croît dans la direction du sommet. Or la philosophie,' en tant que science générale, part des sections de pyramides les plus voisines dû sommet. Chaque science particulière rend compte delà mul-
titude des phénomènes dont elle s'occupe à partir d'un nombre restreint de principes d'explication ; la philosophie cherche simplement à rendre raison de ces principes. C'est pourquoi elle est profondément distincte de l'idée du savoir universel dans le sens de la connaissance totale des phénomènes, idée qui serait, même pour un savant de premier ordre, la plus folle des prétentions.
Il semble seulement résulter de ces considérations que la philosophie devrait attendre pour entreprendre sa tâche que les sciences particulières eussent terminé la leur, ce qui serait un ajournement indéfini. L'affirmation suivante lève cette difficulté. .
88* La philosophie se développe parallèlement aux sciences particulières, parce qu'il existe des objets d'expérience universelle.
Au fond de toute expérience, et comme sa condition, se trouve l'expérience constante de la vie de l'esprit qui est le sujet de toute connaissance possible. La connaissance que l'esprit a de lui-même suppose indivisiblement la connaissance du corps. En effet, il n'existe pas de conscience de l'esprit à l'état pur et indépendamment du sentiment de l'organisme, sentiment qui est présent dans tous les phénomènes psychiques, et dont la réflexion manifeste l'existence.
L'idée fondamentale de l'esprit et celle du corps, qui sont les objets d'une expérience constante et universelle, s'élucident par une observation directe. La
philosophie, en cherchant à discerner les éléments de Tunivers, provoque cette observation, et sert ainsi les sciences particulières. Au-dessous de tous les phénomènes observés par les physiciens et les chimistes se trouve le fait du mouvement, dans lequel la science cherche de plus en plus l'explication des faits de différents ordres qui constituent la vie de la nature. Le mouvement peut être l'objet d'une étude directe indépendante de celle de la variété de ses manifestations ; et cette étude, qui n'appartient à aucune science particulière, rentre par son caractère de généralité dans le domaine de la philosophie. Il est historiquement incontestable que des vues philosophiques relatives à la nature des phénomènes matériels sont à la base de la physique moderne telle qu'elle a été constituée il y a deux siècles ^ L'affirmation que toute la partie objective des phénomènes se réduit à la forme et aux mouvements des corps (c'est bien là le fondement de la physique moderne), a été dans l'origine une conception philosophique que l'expérience a confirmée, sans pouvoir la produire. La psychologie expérimentale s'égare presque infailliblement si, se bornant à rétude des phénomènes qu'elle enregistre, elle perd de vue l'action initiale qui est le caractère propre de l'esprit. Or cette action initiale est l'objet d'une observation permanente et directe, un élément d'expérience universelle dont la philosophie
* Voir la Physique moderne, un volume in-8o, Paris, Germer Baillière, 1883.
doit maintenir les droits. La réflexion portée sur la nature des corps et sur celle des esprits n'a pas besoin d'attendre la fin des travaux des physiciens et des psychologues, fin qui, du reste, n'arrivera jamais. La science générale et les sciences particulières se développent donc parallèlement et se prêtent un mutuel appui.
89. La philosophie est le prolongement naturel des recherches des sciences particulières.
La tendance à l'unité se manifeste partiellement dans chacune des sciences particulières (54), et les sciences, considérées d'une manière générale, ont pour postulat la réalité de l'ordre universel manifesté par l'harmonie qui maintient un principe d'unité dans la multiplicité des êtres (74). Plus les sciences particulières font de progrès et plus les rapports qui les relient entre elles se manifestent. La physique et la chimie ont des rapports tous les jours plus étroits; il en est de même de la physique et de la physiologie, de la physiologie et de la psychologie. Mais aucune science particulière ne peut atteindre une unité primitive, par cela même qu'elle est une science particulière. L'unité qui se rencontre dans le monde de l'expérience ne peut être qu'une unité d'harmonie, et l'harmonie suppose la diversité des êtres entre lesquels existent les rapports que l'on considère. La philosophie prolonge les lignes selon lesquelles se développent les sciences dans leur recherche de la simplicité des lois et des causes. Elle aspire à la découverte d'un principe réel d'unité
qui fournisse l'explication de l'harmonie des choses qui est le rayonnement de l'unité, sans être l'unité proprement dite ou l'identité. Les rapports toujours plus nombreux des sciences entre elles montrent que les lignes selon lesquelles elles se développent sont convergentes; la philosophie entreprend de rendre raison de cette convergence. Cette tentative est la manifestation de l'esprit scientifique à sa plus haute puissance. On peut donc dire que la philosophie est l'esprit de la science prenant conscience de luimême et affirmant ce qu'il suppose. S'il en est ainsi, d'où vient l'opposition si souvent proclamée entre les sciences et la philosophie ?
90. L'opposition entre les sciences particulières et la philosophie résulte de la confusion entre les principes de construction a priori et les principes directeurs de la pensée.
Il est des principes substantiels à l'aide desquels on croit pouvoir construire un système sans une base d'observation, et des principes simplement formels qui dirigent les recherches sans permettre aucune construction a priori. C'est parce qu'on a confondu ces deux classes très distinctes de principes qu'on a opposé les sciences et la philosophie. Il importe donc de les distinguer, et d'élucider cette distinction par des exemples.
Voici des raisonnements qui ont figuré dans la science. < Les astres se meuvent selon des lignes parfaites; le cercle est la plus parfaite des figures; donc les orbites des astres sont circulaires. — Le
soleil est parfait; donc il ne doit pas avoir de taches, et ceux qui ont cru voir des taches au soleil se sont trompés. — La nature a horreur du vide ; par conséquent l'eau d'une pompe montera indéfiniment pour que le vide ne se produise pas. > — Il est cependant établi par la science expérimentale que les orbites des planètes ne sont pas des cercles, que le soleil a des taches, et que l'eau d'une pompe ne peut pas s'élever au-dessus de trente-deux pieds. Les erreurs qui viennent d'être signalées naissent de l'admission de principes substantiels dont on croyait pouvoir déduire des conséquences, et ces conséquences se trouvant contraires aux faits ; il en est résulté naturellement une vive opposition contre le procédé scientifique qui avait donné de tels résultats.
Voici maintenant des exemples de principes simplement formels qui dirigent la pensée dans ses recherches, mais sans fournir directement aucune conséquence : < Les lois primitives de la nature sont simples; donc, en demeurant pleinement sourais au contrôle de l'expérience, il faut préférer les hypothèses explicatives les plus simples. > — Tel a été le principe directeur de l'hypothèse de Kopernik qui offrait une explication des phénomènes célestes beaucoup plus simple que l'ancienne astronomie. Telle a été l'origine de l'eflbrt de Newton pour réduire les trois lois de Kepler à une seule, des travaux de Laplace pour établir la stabilité relative du système du monde, des travaux par lesquels Fresnel a rétabli la vraie théorie de la nature de la
lumière. La recherche de la simplicité dirige la pensée, intervient dans le choix des hypothèses, mais ne permet pas d'établir directement aucune loi; c'est un principe simplement formel. Si l'on renonçait à la recherche du simple, du général, de l'un, la marche de la science serait arrêtée; mais il ne faut jamais oublier que si le vrai est simple, le simple est loin d'être toujours vrai.
Voici encore un principe directeur d'une très grande importance. < Nos conceptions claires et distinctes sont vraies. > L'erreur est toujours possible dans nos idées composées et complexes; mais si les conceptions primitives qui sont la base de tout le travail de la pensée pouvaient nous induire en erreur, l'erreur serait irrémédiable. Il est manifeste qu'aucun effort de l'intelligence ne pourrait remédier à une source d'égarement qui aurait son siège à la racine de l'intelligence. S* Thomas enseignait que les premiers principes et leurs conséquences logiquement déduites ne peuvent pas nous tromper ^ ; c'est là la condition absolue d'une science possible. En partant de cette idée. Descartes a raisonné ainsi : Si la science de la nature est possible, il faut qu'elle repose sur des conceptions claires et distinctes. Or, nous ne pouvons concevoir dans les corps, abstraction faite des sensations qu'ils éveillent en nous, que la forme et le mouvement ; c'est donc dans la forme et le mouvement qu'il faut chercher l'explication des phénomènes matériels. Ainsi a été
* Somme théologique, partie I, question LXXXV, article 6.
posée la base de notre physique. Mais, de la pensée que toute la partie objective des phénomènes se réduit à des mouvements, il n'y a aucun passage légitime à la détermination a priori de tels mouvements déterminés. Dire : € cela se fait par figure et mouvement, et dire quels, et composer la machine > sont deux choses absolument distinctes, ainsi que Ta remarqué Pascal^ Descartes a confondu ces deux choses qu'il importe de distinguer. Non content d'avoir indiqué le vrai principe directeur des recherches, il a voulu faire un système a priori en méconnaissant la nécessité du contrôle expérimental des théories. De là de nombreuses erreurs qui se sont mêlées dans la physique Cartésienne à de grandes vérités. La même confusion a été faite par les adversaires du Cartésianisme, et les a conduits à rejeter ensemble les erreurs et les vérités contenues dans la doctrine qu'ils attaquaient. On a dit : La science n'a fait de véritables progrès que depuis qu'elle a renoncé à la méthode de construction a priori. Cela est vrai. On a ajouté : Il faut donc renoncer à tout principe directeur dans le choix des théories, et se mettre en présence des faits sans idées préconçues d'aucune sorte. Cela est faux, comme le démontre toute l'histoire des découvertes scientifiques.
Il existe une harmonie réelle et féconde entre les sciences particulières qui cherchent l'explication d'un ordre déterminé de faits, et la science générale
* Pensées diverses, Descartes, Edition Faugère, tome I, p. 181.
qui dégage les principes dès sciences particulières, les étudie, les exprime, et rend ainsi leur aiction plus efficace. L'opposition si souveht formulée entre la science et la philosophie vient de ce que Ton confond la philosophie avec la méthode de construction a priori. Cette confusion n'est légitime que lorsqu'il s'agit du rationalisme (44) ; mais le rationalisme est une philosophie et n'est pas la philosophie. Nous verrons que, sous peine de s'égarer, la science générale doit suivre la même méthode que les sciences particulières (101). Si elle s'égare par la prétention de construire le monde au lieu de l'observer, elle ne tarde pas à recevoir le châtiment de son orgueilleuse témérité. Le rationalisme a trouvé son expression la plus complète dans la théorie de Hegel. Les matérialistes allemands rient et sifflent aujourd'hui sur les débris de cette construction grandiose et fragile.
91 . La séparation des sciences et de la philosophie est de date récente et tend à disparaître.
La distinction des sciences et de la philosophie n'existait pas dans l'antiquité. Au contraire,, la réunion et, dans une certaine mesure, la confusion de toutes les recherches, est l'un des caractères saillants de la pensée grecque à son origine. Tous les savants ne sont pas des philosophes (83) mais tous les philosophes cultivent des sciences spéciales. Thaïes est géomètre et physicien; Pythagore est mathématicien et astronome ; Aristote est un naturaliste de premier ordre; Platon, dans le Timée,
ébauche une explication mécanique des phénomènes de la nature. Dans les temps modernes, l'alliance de la philosophie et des sciences n'est pas moins étroite, au XVI1"« siècle, que dans la période de la philosophie grecque. Descartes fonde la géométrie analytique, fait d'importants travaux d'optique, et jette les bases de la vraie physique. Leibniz invente, en même temps que Newton, le calcul infinitésimal, découvre quelques-unes des lois de la mécanique et, ce qui est moins généralement connu, devance les travaux des géologues modernes, et entrevoit la théorie contemporaine du transformisme. En parlant des débris fossiles d'espèces disparues, il écrit : < N'est-il pas présumable que, dans les
< grands changements que le globe a subis, un
< grand nombre de formes animales ont été transie formées * ? > La séparation de la philosophie et des sciences, puis leur opposition, née de la réaction <:ontre la méthode a ptnori, bien qu*elles se rattachent à l'influence de Bacon, ne s'accentuent que dans la seconde moitié du XVIIP® siècle. Il faut remarquer cependant que Kant se livre encore à des études spéciales d'astronomie et formule, en 1755, l'hypothèse de la nébuleuse primitive que Laplace formula de son côté et sans doute spontanément, (il est invraisemblable qu'il ait connu le travail de Kant) en 1796.
La séparation des sciences particulières et de la science générale a eu pour effet de rendre la philo-
^ Protogée ou de la formation et des révolutions du globe, éXXVI.
Sophie trop abstraite et synthétique en Allemagne, trop spécialement historique et littéraire en France, et de rendre les sciences particulières trop exclusivement analytiques. Les observations de détail et les généralisations partielles se sont multipliées ; et c'était une des conditions du progrès des études ; mais le sentiment de Tunité a trop perdu de sa puissance. Les grandes théories conçues au XVII"** siècle, et que le XIX"»« devait reproduire, ont été momentanément obscurcies \ On a multiplié les fluides en physique, multiplié les espèces en histoire naturelle. De nos jours, Tinstinct qui pousse la raison à la recherche de l'unité reparaît dans toute sa force. Il se montre dans les théories des physiciens et des naturalistes et rétablit les rapports de la philosophie et des sciences. L'apparition du terme de monisme dans les travaux d'hommes spécialement voués à l'étude de la nature met le fait en évidence. Cette influence de l'esprit philosophique sur la science est souvent inconsciente, parfois jusqu'à la naïveté. Des penseurs inattentifs autant que téméraires prennent des synthèses hardies et prématurées pour des inductions expérimentales. Il suffit, pour constater la réalité du phénomène, d'observer le passage des thèses du transformisme biologique aux affirmations de la doctrine de l'évolution considérée comme une explication générale de l'univers, et de prendre connaissance des affirmations hautaines du matérialisme contemporain. Le matéria-
* Voir la Physique moderne, pages 115 à 123.
lisme est une mauvaise philosophie, mais c'est une philosophie, qui s'allie étroitement, dans l'esprit d'un grand nombre de nos contemporains, à la culture des sciences.
La recherche de l'unité et les synthèses qui en sont le produit mettent en lumière l'alliance qui se reforme entre les études spéciales et l'étude du problème universel. Après une période où la philosophie devait rappeler les droits de la synthèse en est venue une autre, et nous y sommes, où elle doit rappeler les droits de l'analyse aux auteurs de synthèses prématurées, et ne pas laisser mettre à l'écart tout un ordre de réalités (105). L'esprit humain tombe facilement d'un extrême dans l'autre. Il est nécessaire, tantôt de couper les liens par lesquels on tente de retenir l'élan de la pensée, tantôt de modérer l'élan trop vif de la pensée par le plomb de l'expérience. Une philosophie fidèle à sa mission remplit alternativement ces deux fonctions. Aux esprits perdus dans Tétude exclusive des détails, elle rappelle l'unité que cherche la raison ; à la recherche trop hâtive de l'unité, elle oppose la généralité de sa matière qui est la base de toute théorie solide de l'univers.
92. La question pratique de la sagesse se rattache à la question théorique du principe de Vunivers.
Dès qu'un homme arrive à ce qu'on appelle l'âge de raison, dès qu'il commence à réfléchir, sa conduite cesse d'être déterminée uniquement par les
impulsions variables de la sensibilité. L'enfant va (l'abord comme son cœur le mène; tous ses actes, pareils à ceux d'un petit animal, sont le produit de son tempérament et de l'influence des sensations. L'homme, dans la mesure où il se dégage de l'enfance, aspire à prendre la direction de sa conduite et se demande : que dois-je faire? La question a des sens divers et peut recevoir par conséquent des réponses différentes. S'agit-il d'un but pratique déterminé ? la question est : Que faut-il faire pour obtenir un certain résultat ? La réponse est fournie par les sciences particulières qui dirigent alors les actions humaines. S'agit-il de l'acquisition de ce que nous appelons le bonheur, considéré comme une somme de jouissances? la question se traduit, comme dans le cas précédent, par la formule : Comment peut-on se procurer la plus grande somme de jouissances ? On peut recourir, pour obtenir la réponse, à l'expérience de la vie. Les mots : que dois-je faire ? ont un autre sens quand il s'agit de l'ordre moral, ou de ce qu'on appelle, dans la langue de Kant, l'impératif catégorique. A la question : que dois-je faire? posée dans ce sens, c'est la conscience morale qui répond. Il n'est point nécessaire de soulever ici la question de l'origine et de la valeur absolue de la conscience. Personne ne nie la distinction entre l'idée du devoir et celle de la jouissance. Les philosophes de l'école utilitaire s'efforcent bien de ramener la première de ces idées à la seconde; mais la nécessité où ils se trouvent de tenter à cet égard des explications plus ou moins heureuses, dé-
montre que l'état de fait dont on part est la distinction de deux idées qu'on ne peut identifier, à tort ou à droit, que par une série de transformations. Or cette distinction universellement acceptée suffit à mon objet présent.
La conscience morale ne se développe pas isolément, et ne se sépare pas de la raison. La raison tendant toujours au général et à l'universel, les ordres de la conscience revêtent les caractères d'une loi. En demandant : que dois-je faire? je suppose que tout être semblable à moi, et placé dans des circonstances identiques, serait obligé, comme je le suis moi-même. Il en résulte que la question : que dois-je faire? se transforme en cette autre question qui revêt un caractère de généralité : Qu'est-ce qui doit être fait ? Cette question suppose un pouvoir qui se considère comme légitimement subordonné à une loi, et qui cherche à déterminer ce qui doit être. L'homme est placé dans un ordre de choses qu'il doit connaître pour constater ce qu'il est appelé à réaliser pour sa part. Comment, disait Cicéron,
< comment fixer son opinion avec sûreté sur le bien
< et sur le mal, si l'on ignore les convenances qui € unissent l'homme au grand système du monde? >^ L'idée de ce qui doit être, entendue dans sa généralité, éveille donc l'idée d'un plan de l'univers; et la pensée d'un plan de l'univers ne peut pas être séparée de l'idée de son principe. Voilà donc une série de questions qui s'enchaînent : Que dois-je
* De finihus honorum et màlorum. Livre 3, § 22.
faire? Qu'est-ce qui doit être fait? quel est le plan de l'univers ? quel est le principe de l'univers ? Ce n'est pas à dire que les règles de la morale puissent être déduites légitimement d'une conception a priori de la nature des choses. Le fait moral est si peu soumis à une construction scientifique qu'il apparaît au premier rang dans les données qui forment la base et le contrôle d'une philosophie bien conduite. Mais la conscience, ne pouvant pas se développer isolément, subit nécessairement l'influence des doctrines vraies ou fausses, et les questions théoriques de la philosophie se présentent ainsi comme ayant une importance pratique.
Pythagore, dit-on (ce qui semble s'accorder assez mal avec la direction morale de ses institutions), aurait considéré les spectateurs comme supérieurs à ceux qui agissent, et fait de la philosophie une pure contemplation ^ Mais Platon a accoutumé ses disciples à concevoir l'idée du bien comme l'idée suprême. Or il suffit d'envisager cette idée en face, de la dégager de l'influence de l'idéalisme, de bien reconnaître ce qu'elle renferme, pour constater que la plus haute des conceptions théoriques est en même temps la plus pratique des idées. Le bien, en eflFet, est par essence ce qui doit être. Cette idée, dans laquelle Platon cherche l'explication dernière des phénomènes du monde, s'ofl're en même temps comme la règle des actions des êtres libres. Le résultat dernier de la science est donc de placer la
^ Tusculanes. Livre V, § 3.
volonté en présence d'un ordre universel réalisé dans la nature et que l'humanité est appelée à réaliser pour sa part. Le sens théorique et le sens pratique du mot philosophie se rejoignent ainsi. La distinction des deux significations du terme est réelle, mais leur harmonie est profonde. C'est ce qu'Alexandre Vinet a exprimé dans ces paroles :
< La philosophie est implicitement de la morale,
< et tout système sur l'univers est un système sur
< la vie ^ >
93. Un cours de philosophie a sa place naturelle à la fin des études.
On enseigne les éléments des sciences philosophiques (psychologie, logique, morale), dans les gymnases et les lycées. Ces mêmes sciences sont, ou devraient être enseignées plus tard, avec les développements convenables, dans les Universités. C'est alors seulement qu'elles i>euvent être bien comprises dans leur sens et leur portée. La psycho^ logie, pour être scientifiquement exposée, réclame des notions assez étendues de physiologie. La logique, dont l'étude élémentaire a souvent un caractère bien aride, prend un haut intérêt lorsqu'on peut montrer ses applications dans les diverses sciences et dans les diverses manifestations de la vie humaine. Un traité des sophismes s'adressant à des auditeurs auxquels on peut faire discerner les confusions d'idées et les faux raisonnements qui se
' Essais de philosophie et de morale religieuse, page 4.
produisent souvent dans les théories scientifiques, dans les doctrines sociales, dans les discussions politiques, peut devenir un des éléments essentiels d'une saine éducation de l'intelligence. L'enseignement de la morale a une valeur proportionnée à l'expérience de la vie que possèdent ceux qui le reçoivent.
Les sciences philosophiques ne peuvent avoir tout leur développement et manifester toute leur utilité que dans les degrés supérieurs de l'étude; cela est plus manifeste encore pour la philosophie proprement dite. En tant qu'elle appelle la réflexion sur les données de l'expérience universelle et sur les principes directeurs de la pensée, la philosophie peut être considérée comme une introduction à l'étude des sciences particulières; mais, dans ses essais de théories, elle a le caractère d'une conclusion. Pour employer une image empruntée à l'architecture, elle forme, dans la construction du savoir humain, le couronnement de l'édifice, et tout couronnement a sa place au sommet. Les sciences particulières étant là base nécessaire de toute philosophie valable, il est évident que la philosophie suppose la connaissance de leurs résultats.
On peut tirer de là une conséquence pratique pour l'organisation des études. Nous avons dit l'importance de l'esprit de généralité par opposition à des directions de la pensée trop spéciales et par suite trop exclusives (78). Les études spéciales, qui sont absolument nécessaires, risquent d'enfermer l'esprit dans des horizons étroits, et de donner nais-
sance à cette tendance systématique qui porie à tirer des conclusions générales de la vue d'un seul côté des choses. On a remarqué parfois que les élèves des écoles polytechniques apportaient d'importantes recrues au socialisme (entendu dans le mauvais sens du terme) parce que les études de mathématiques et de physique leur faisaient oublier que les esprits ne se prêtent pas, comme la matière inerte, à l'application des lois de la mécanique. Les étudiants en droit, le regard habituellement dirigé sur les prescriptions des codes, risquent de perdre de vue les principes du droit naturel, les exigences de l'équité, et d'oublier que la jiistice légale, souvent défectueuse, n'est pas toujours la justice véritable. Les théologiens, absorbés par l'étude des textes qui forment l'objet de leurs travaux et la base de leur enseignement, demeurent trop souvent étrangers au mouvement général de la pensée de leur époque, et n'ont pas une connaissance suffisante de l'état intellectuel et moral du milieu dans lequel ils sont placés, et sur lequel doit s'exercer leur action. Les étudiants en médecine, appliqués à l'étude des phénomènes physiologiques, risquent d'oublier les fonctions de l'ordre spirituel, et de perdre de vue l'ensemble des conditions de la vie humaine. L'inconvénient est manifeste, mais il existe un moyen de le prévenir. Il faudrait que la philosophie, ou tout au moins la revue de l'ensemble des sciences qui constitue sa matière, fit partie des examens pour les grades supérieurs de toutes les facultés. C'est cette revue générale des sciences, de leurs méthodes et de leurs résulats, dont
Ampère avait formé le plan, et dont il n'a pu malheureusement donner que les linéaments ^ Le théologien, le juriste, les candidats au doctorat en sciences, en lettres, en médecine, tous devraient être appelés à fournir la preuve que leurs études spéciales ne les ont pas absorbés au point de leur faire perdre l'équilibre intellectuel. Comme préparation à ces examens, un cours de philosophie, ou pour le moins de classification des sciences, devrait être institué à l'usage des élèves de toutes les facultés. Ce ne sont pas, en effet, les maigres éléments des sciences philosophiques enseignés dans l'instruction secondaire qui peuvent suffire pour prévenir les dangers de la culture trop exclusive des études professionnelles.
* Essais sur la philosophie des sciences, 2 vol. in-S®, Paris, 1838 et 1843.