Un cours de philosophie a sa place naturelle
à la fin des études.
On enseigne les éléments des sciences philosophiques (psychologie, logique, morale), dans les gymnases et les lycées. Ces mêmes sciences sont, ou devraient être enseignées plus tard, avec les développements convenables, dans les Universités. C'est alors seulement quelles peuvent être bien comprises dans leur sens et leur portée. La psychologie, pour être scientifiquement exposée, réclame des notions assez étendues de physiologie. La logique, dont rétude élémentaire a souvent un caractère bien aride, prend un haut intérêt lorsqu'on peut montrer ses applications dans les diverses sciences et dans les diverses manifestations de la vie humaine. Un traité des sophismes s'adressant à des auditeurs auxquels on peut faire discerner les confusions d'idées et les faux raisonnements qui se
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produisent souvent clans les théories scientifiques, dans les doctrines sociales, dans les discussions politiques, peut devenir un des éléments essentiels d'une saine éducation de Tintelligence. L'enseignement de la morale a une valeur proportionnée à l'expérience de la vie que possèdent ceux qui le reçoivent.
Les sciences philosophiques ne peuvent avoir tout leur développement et manifester toute leur utilité que dans les degrés supérieurs de l'étude ; cela est plus manifeste encore pour la philosophie proprement dite. En tant qu'elle appelle la réflexion sur les données de l'expérience universelle et sur les principes directeurs de la pensée, la philosophie peut être considérée comme une introduction à l'étude des sciences particulières; mais, dans ses essais de théories, elle a le caractère d'une conclusion. Pour employer une image empruntée à l'architecture, elle forme, dans la construction du savoir humain, le couronnement de l'édifice, et tout couronnement a sa place au sommet. Les sciences particulières étant la base nécessaire de toute philosophie valable, il est évident que la philosophie suppose la connaissance de leurs résultats.
On peut tirer de là une conséquence pratique pour l'organisation des études. Nous avons dit l'importance de l'esprit de généralité par opposition à des directions de la pensée trop spéciales et par suite trop exclusives (78). Les études spéciales, qui sont absolument nécessaires, risquent d'enfermer resprit dans des horizons étroits, et de donner nais-
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sance à cette tendance systématique qui porte à tirer des conclusions générales de la vue d'un seul côté des choses. On a remarqué parfois que les élèves des écoles polytechniques apportaient d'importantes recrues au socialisme (entendu dans le mauvais sens du terme) parce que les études de mathématiques et de physique leur faisaient oublier que les esprits ne se prêtent pas, comme la matière inerte, à l'application des lois de la mécanique. Les étudiants en droit, le regard habituellement dirigé sur les prescriptions des codes, risquent de perdre de vue les principes du droit naturel, les exigences de l'équité, et d'oublier que la justice légale, souvent défectueuse, n'est pas toujours la justice véritable. Les théologiens, absorbés par l'étude des textes qui forment l'objet de leurs travaux et la base de leur enseignement, demeurent trop souvent étrangers au mouvement général de la pensée de leur époque, et n'ont pas une connaissance suffisante de l'état intellectuel et moral du milieu dans lequel ils sont placés, et sur lequel doit s'exercer leur action. Les étudiants en médecine, appliqués à l'étude des phénomènes physiologiques, risquent d'oublier les fonctions de l'ordre spirituel, et de perdre de vue l'ensemble des conditions de la vie humaine. L'inconvénient est manifeste, mais il existe un moyen de le prévenir. Il faudrait que la philosophie, ou tout au moins la revue de l'ensemble des sciences qui constitue sa matière, fit partie des examens pour les grades supérieurs de toutes les facultés. C'est cette revue générale des sciences, de leurs méthodes et de leurs résulats, dont
Ampère avait formé le plan, et dont il n'a pu malheureiisemont donner que les linéaments \ Le théologien, le juriste, les candidats au doctorat en sciences, en lettres, en médecine, tous devraient être appelés à fournir la preuve que leurs études spéciales ne les ont pas absorbés au point de leur faire perdre Féquilibre intellectuel. Comme préparation à ces examens, un cours de philosophie, ou pour le moins de classification des sciences, devrait être institué à F usage des élèves de toutes les facultés. Ce ne sont pas, en effet, les maigres éléments des sciences philosophiques enseignés dans Tinstruction secondaire qui peuvent suffire pour prévenir les dangers de la culture trop exclusive des études professionnelles.
* Esmis sur la philosophie des sciences, 2 vol. in-S» Paris 1838 et 1S43. ' *
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