‹ La définition de la philosophie [microform]Chapitre 23 sur 40 · L4 MÉTHODE DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

L4 MÉTHODE DE LA PHILOSOPHIE

94. La Philoiophie doit avoir le caractère désintéresse de la science.

La science, étant la recherche de la vérité, doit se tenir à l'abri des influences illégitimes qui peuvent résulter des intérêts. Les influences de cette nature, sous la réserve de Tamour propre des savants ou de leur désir de popularité, ne troublent pas les mathématiques, la physique ou les sciences du même ordre ; mais la philosophie se trouvant en rapport par sa nature avec la morale, la religion et les questions sociales, est dans des conditions différentes. Ne jamais sacrifier la recherche de la vérité à des intérêts personnels ou collectifs, c'est la loyauté de la pensée. Cette loyauté peut être altérée par des influences de deux espèces.

Un philosophe peut s'exposer à des inconvénients plus ou moins graves en émettant des idées contraires à celles de son entourage. On connaît la destinée de Socrate chez les Athéniens. Le juif Spinoza fut chassé de la synagogue à cause de ses doctrines; les cartésiens ont été exposés en France, pendant

SA MÉTHODE

assez longtemps, à une véritable persécution, et, pour prendre des exemples plus sinistres, Bruno et Vanini furent mis à mort pour avoir émis des théories philosophiques contraires aux doctrines régnantes. On comprend donc que, pour les hommes qui n'ont pas le goût du martyre, la crainte de Topinion puisse entraîner une adhésion extérieure et verbale aux opinions traditionnelles généralement admises.

Le désir de se distinguer par la nouveauté et la hardiesse des pensées peut produire un effet contraire, et pousser à la publication de certaines idées, non parce qu'elles sont vraies, mais parce qu'elles ont de l'éclat, et sont de nature à frapper vivement l'attention . € C'est un air de capacité et de science € que de s'écarter des sentiments communs », dit Bossuet, et Rousseau écrit avec son exagération ordinaire : « Quand les philosophes seraient en € état de découvrir la vérité, qui d'entre eux pren-

< drait intérêt à elle? Chacun sait bien que son sys- « tème n'est pas mieux fondé que les autres, mais il

< le soutient parce qu'il est à lui. Il ny en a pas

< un seul qui, venant à connaître le vrai ou le faux,

< ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité «( découverte par un autre. Où est le philosophe qui

< pour sa gloire ne tromperait pas volontiers le € genre humain? Où est celui qui, dans le secret de € son cœur, se propose un autre objet que de sedis- * tinguer? Pourvu qu'il s'élève au-dessus du vul-

< gaire, pourvu qu'il efface l'éclat de ses concur-

< rents, que demande-t-il de plus? L'essentiel est

< de penser autrement que les autres. Chez les « croyants il est athée, chez les athées il serait

« crovant ^ >

Les opinions politiques des individus sont bien souvent déterminées par le fait de leur position dans le monde, par les habitudes, par les intérêts de la classe à laquelle ils appartiennent. Cette même influence indue s'exerce aussi sur les idées philosophiques en tant qu'elles ont des rapports avec les affaires sociales.

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