NAVILLE
soit l'opinion qu'on se forme sur la valeur de ces notions, leurs rapports, tels que Tintelligence les saisit nécessairement, subsistent dans tous les cas.
L'un est intini; c'est-à-dire qu'en supposant un être-principe unique, on doit admettre que l'infini est l'un de ses caractères. En effet s'il était limité il ne pourrait l'être que par un autre être, ce qui détruirait son unicité. On ne peut le considérer comme limité par le néant, parce que toute limitation est un acte, et que tout acte attribué au néant est une contradiction manifeste. C'est la base de l'argumentation de Parménide.
L'un est absolu, c'est-à-dire sans relations primitives découlant de la nature des choses. En effet toute relation est un rapport ; tout rapport suppose plusieurs termes ; et l'idée de plusieurs termes est inconciliable avec la conception de l'unité absolue.
L'un est nécessaire, dans le sens métaphysique où le mot nécessaire signifie l'existence par soi, l'existence qui n'a aucune cause extérieure à l'être qu'on considère. S'il existe nn être un, il faut bien qu'il existe par soi, puisque s'il existait par un autre, il ne serait pas l'unité primitive, et que son existence constituerait une dualité.
L'un est éternel. En effet s'il avait commencé il aurait commencé sans cause, ce qui serait la négation d'une des lois essentielles de la raison, ou il aurait pour cause un autre être, ce qui est incompatible avec l'idée de son unité. Il s'agit ici, je le répète, d'étudier le lien logique des idées, et de constater comment les notions transcendantes se rat-
SES POSTULATS
tachent toutes à l'idée de l'unité absolue, sans tirer pour le moment de cette étude aucune affirmation relative à la réalité des choses.
La première des propositions qui viennent d'être indiquées est convertible. L'affirmation de l'unité entraîne celle de l'infini, et l'affirmation de l'infini entraîne celle de l'unité, parce que l'idée de deux infinis est contradictoire, puisque l'un limiterait l'autre sous le rapport de l'extension. Les autres propositions n'ont pas le même caractère. L'un est absolu, nécessaire et éternel; mais qu'il y ait plusieurs êtres dont Texistence soit éternelle, absolue et nécessaire, cela n'implique pas contradiction. Il résulterait de cette supposition que l'unité serait niée ; mais on ne peut pas affirmer que ce qui est éternel doive être un, dans le même sens où on peut affirmer que l'infini est nécessairement un.