XVI PRÉFACE
matériaux, mais mon âge et le déclin de mes forces m'avertissent que je ne pourrai probablement pas en faire usage pour accomplir l'œuvre dont j'avais conçu le plan. L'introduction à ce travail étant achevée, je me décide à la publier, dans l'espérance que, si je ne puis faire plus, ces pages donneront à mes lecteurs une idée précise de la philosophie telle que je la comprends, et éveilleront peutêtre, dans l'esprit de quelque travailleur plus jeune que moi qui partagerait mes vues, le désir de réaliser le projet que j'avais formé.
Le procédé d'exposition employé dans ce volume est le môme que celui adopté dans mon étude sur le Libre arbitre. Le développement de chaque point de doctrine est précédé d'un bref résumé de son contenu, et des chiffres placés entre parenthèses renvoient aux articles à consulter pour l'intelligence des affirmations contenues aux lieux où ces chiffres sont placés.
Genève, le 15 Janvier 1894.
Ernest NAVILLE.
INTRODUCTION
1. La définition de la philosophie comme science, exige la détermination de l'idée de la science en général, et celle des caractères spécifiques de la philosophie.
Le mot philosophie a deux significations qui ne sont point opposées, ni sans rapports entre elles (92), mais qui sont distinctes : une signification pratique, et une signification théorique. Dans son sens pratique, qui est le plus rapproché de son étymologie (amour de la sagesse), le mot philosophie est relatif à la conduite et aux dispositions de Pâme ; c'est, selon la définition du Dictionnaire de l'Académie française, « une certaine fermeté et élévation d'esprit, par laquelle on se met au dessus des accidents de la vie. » Dans son sens théorique, la philosophie est une science.
Pour la définir il faut donc déterminer son genre prochain, c'est-à-dire la nature de la science en
NAVILLE. — PHILOSOPHIE
général, pûjé .Sk/différejite .-spécifique, c'est-à-dire les caractères-' qui - {à 'dîsHtiguent des autres recherches de Tesprit humain.
Toutes les sciences ont la pensée pour instrument commun. Descartes a écrit : < Toutes les sciences € réunies ne sont rien autre chose que l'intelligence € humaine, qui reste toujours une, toujour la même,
< si variés que soient les sujets auxquels elle
< s'applique, et qui n'en reçoit pas plus de change- « ments que n'en apporte à la lumière du soleil la ^variété des objets quelle éclaire ^ > Si l'on s'en tient à cette seule considération, on peut arriver à la pensée que toutes les sciences dans leur unité ne sont que l'esprit humain prenant conscience de luimême. C'est ainsi que la théorie de Hegel, qui ne voit dans l'Univers que le développement d'un système de logique, est sortie du Cartésianisme par une déduction assez naturelle ; mais cette déduction est illégitime, si l'on considère l'œuvre de Descartes dans sa totalité. Toutes les sciences se ramènent à l'unité si l'on ne considère que leur sujet commun ; mais leur diversité résulte de la différence des objets vers lesquels se porte la pensée. La lumière du soleil est une, mais elle est diversifiée dans ses manifestations par les objets qui la réfléchissent. De même la pensée humaine est toujours la même dans ses éléments constitutifs, mais elle varie dans ses manifestations selon les objets auxquels elle s'applique.
• lièglespour la direction de V esprit. R^gle première.