La science est Vétat de la pensée qui possède la vérité
Le savoir est un acte du sujet pensant; et le savoir réel, dont la science vraie est l'expression, est la possession de la vérité. La joie est un état du cœur, la vertu est un état de la volonté, la science est un état de la pensée. Ces diverses manifestations de l'esprit ne sont jamais entièrement séparées. La science, en effet, suppose le désir de son acquisition qui est une fonction du cœur, en prenant ce terme dans un sens large comme étant l'organe de tous les désirs, en même temps que de toutes les joies et de toutes les souffrances, et elle suppose le travail qui est un effort de la volonté ; mais l'objet du désir et le but de l'effort sont un état de la pensée, tandis que, pour la pratique de la vie, la pensée peut être mise comme un moyen au service des désirs, en indiquant la voie à suivre pour les réa-
liser, ou au service de la volonté en Téclairant sur la valeur et les motifs de ses déterminations.
3. La 7^echerche scientifique a pour condition l'esprit d'examen ou le doute philosophique.
Le travail proprement scientifique, c'est-à-dire l'étude réfléchie et volontaire, a pour point de départ, non pas l'ignorance absolue qui n'est jamais la condition de l'esprit humain lorsqu'il commence à réfléchir, mais un ensemble de pensées qui constitue l'opinion. Une simple opinion se distingue d'une idée scientifique, vraie ou fausse, en ce que c'est une affirmation qui n'a pas été soumise à un examen rationnel. Les opinions se forment de diff'érentes manières. Il en est qui sont le résultat naturel des apparences. C'est ainsi qu'il est naturel de penser que le soleil se meut autour de la terre, et que les corps en mouvement s'arrêtent parce qu'ils ont une tendance au repos. A ces opinions fondées sur les apparences se joignent des idées traditionnelles que chacun reçoit du milieu au sein duquel il se trouve placé. Ces idées traditionnelles sont parfois des imaginations populaires, comme les légendes historiques. Parfois aussi ce sont des préjugés scientifiques nés du travail des écoles. L'horreur de la nature pour le vide a figuré longtemps dans les explications des phénomènes physiques; et, pour un grand nombre d'esprits, l'ensemble des affirmations qui constituent la science de leur temps est une autorité qui ne se discute pas. La Science modeime devient une idole devant
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laquelle ils se prosternent sans examiner ses titres. Pour que la pensée fasse des progrès, il est nécessaire que l'opinion soit incessamment soumise à l'examen ; il faut que les apparences soient interprétées par la raison ; il faut que l'affirmation des faits soit soumise à une critique raisonnable ; il faut enfin que les théories admises soient abandonnées dès qu'il est démontré qu'elles ne fournissent pas une explication satisfaisante des données de l'expérience. Le doute qui porte sur l'opinion est le facteur essentiel du progrès; sans lui, la pensée humaine deviendrait immobile, et la science ne serait pas. Cette disposition d'esprit peut avoir deux conséquences non seulement distinctes, mais entièrement opposées : le scepticisme et l'esprit d'examen. Le scepticisme est l'affirmation que l'esprit humain ne peut pas atteindre la vérité (68 et 69). L'esprit d'examen, ou le doute philosophique, dont Socrate chez les anciens et Descartes chez les modernes, sont les représentants les plus connus, suppose l'admission de l'existence de la vérité, et la confiance que l'esprit humain peut l'atteindre dans une certaine mesure. Le sceptique, persuadé que la vérité ne peut pas être découverte, n'a aucun motif pour examiner des affirmations dont aucune ne saurait avoir de valeur pour lui ; ses études et ses recherches sont une inconséquence, et cette inconséquence est la meilleure des réfutations de sa doctrine.
La nature du doute philosophique a été précisée par Descartes dans les lignes suivantes 'relatives
aux objections de Pun de ses contradicteurs qu'il accusait de n'avoir pas compris sa véritable pensée.
< Si d'aventure il avait une corbeille pleine de € pommes, et qu'il appréhendât que quelques-unes
< ne fussent pourries, et qu'il voulût les ôter de € peur qu'elles ne corrompissent le reste, comment « s'y prendrait-il pour le faire ? Ne commencerait-il
< pas tout d'abord à vider sa corbeille; et après
< cela, regardant toutes ces pommes les unes après « les autres, ne choisirait-il pas celles-là seules € qu'il verrait n'être point gâtées ; et laissant là les
< autres, ne les remettrait-il pas dans son panier? « Tout de même aussi, ceux qui n'ont jamais bien « philosophé ont diverses opinions dans leur esprit € qu'ils ont commencé à y amasser dès leur bas
< âge; et, appréhendant avec raison que la plupart « ne soient pas vraies, ils tâchent de les séparer
< d'avec les autres, de peur que leur mélange ne les € rende toutes incertaines. Et, pour ne point se € tromper, ils ne sauraient mieux faire que de les
< rejeter une fois toutes ensemble, ni plus ni moins € que si elles étaient toutes incertaines ; puis, les
< examinant par ordre les unes après les autres, « reprendre celles-là seules qu'ils reconnaîtront être « vraies et indubitables ^ >
Un homme bien convaincu que toutes les pommes d*un panier seraient pourries, ne prendrait certainement pas la peine de les trier pour mettre les bonnes à part; et ce serait la position d'un vrai
* Méditations métaphysiques. Septième objection. — Remarques de Descartes.
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sceptique. Le choix à faire entre les pensées, pour séparer les vraies des fausses (c'est le but du doute philosophique) suppose manifestement la foi en l'existence de la vérité.
L'attachement obstiné à des opinions que l'on ne soumet pas à l'examen est une crédulité qui naît tantôt du caractère passif de la pensée et tantôt de l'orgueil. La passivité de la pensée engendre la paresse qui arrête l'étude ; l'orgueil ne laisse pas douter des opinions que l'on a une fois adoptées. Cette dernière maladie est assez fréquente chez les philosophes et, par l'influence de l'esprit de corps, se manifeste parfois dans les compagnies savantes.
4. La 7^echerche scientifique est en partie le résultat d'une disposition spéciale de V esprit humain.
Qu'est-ce qui pousse l'homme à la recherche du savoir ? La part de l'utilité est manifeste. Pourquoi les jeunes gens étudient-ils dans les collèges et les universités? Le plus souvent pour arriver à une profession qui leur assure un gagne-pain. On dit que la géométrie est née chez les Egyptiens du besoin de retrouver les limites des propriétés après les inondations du Nil, que les Chaldéens nomades se sont livrés à l'étude de l'astronomie pour s'orienter dans la conduite de leurs troupeaux, et que les peuples marchands ont cultivé l'arithmétique nécessaire à la tenue de leurs comptes. Il y a incontestablement dans les origines de la science un élément intéressé. L'homme veut savoir pour agir, soit en
vue de ses nécessités temporelles, soit, dans un ordre de sentiments plus élevé, en vue de ses intérêts spirituels, mais ce n'est pas tout. € Les hommes ont naturellement le désir de savoir >. Cette phrase écrite par Aristote au début de sa métaphysique, est l'expression d'un fait psychique incontestable. Connaître n'est pas la fin dernière de l'homme (92), mais le désir de connaître, et la jouissance que procure la satisfaction de ce désir sont des éléments primitifs de la nature humaine. L'amour de la science peut être détruit par d'autres penchants. Il est nombre d'individus qui préfèrent les plaisirs des sens à tout le savoir du monde ; mais lorsque les désirs naturels de rintelligence sont entièrement étouffés par des passions sensuelles, nous disons d'un homme qu'il est abruti. Ce terme a une signification profonde. Il est vraisemblable, en effet, que les bêtes n'éprouvent aucun désir de Tordre intellectuel, et que c'est pour cela qu'elles n'arrivent pas à la science et à la civilisation dont la science est la condition.
Sans des études désintéressées faites par des hommes animés du pur désir de connaître, les intérêts humains, même ceux de l'ordre matériel, seraient gravement en souffrance. Les formules
des hautes mathématiques sont un secours précieux pour le travail des ingénieurs; mais, en général, ce n'est pas l'idée des applications possibles qui a provoqué le travail des hommes de génie qui ont découvert ces formules, c'est le pur amour de la science. Si les physiciens avaient attendu pour étudier l'électricité, d'en prévoir les applications, nous
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ne posséderions ni le télégraphe, ni le téléphone, ni l'éclairage électrique. Les savants qui travaillent sous l'empire du désir de connaître, et sans un but direct d'utilité, deviennent ainsi fort utiles à leurs semblables. On raconte qu'en envoyant Lavoisier k réchafaud, un des hommes qui avaient alors le pouvoir en main a dit : < La France n'a pas besoin de chimistes >. Pour qu'une telle parole ait pu être prononcée, il faut que le gouvernement de la France fût tombé aux mains d'hommes < aussi bêtes que féroces > ; ce sont les expressions dont s'est servi l'astronome Lalande, en parlant de la mort de Lavoisier. Les progrès toujours plus surprenants accomplis, de nos jours, par Pindustrie scientifique font comprendre beaucoup mieux qu'autrefois la valeur pratique des recherches de l'intelligence ; mais une tendance trop utilitaire donnée aux études risquerait de compromettre les intérêts que l'on voudrait servir. Arrêter les recherches désintéressées, ce serait tarir Tune des sources principales du progrès de la civilisation.
La science est donc en partie le résultat d'une disposition primitive de l'esprit humain. Son objet est la vérité, ce qui conduit à poser la question du gouverneur romain, Ponce-Pilate : Qu'est-ce que la vérité ?
5. La vérité est une qualité des jugements. Ce n'est que dans les jugements qu'il peut y avoir vérité ou erreur. Des mots isolés n'expriment
que des images dans Tordre des perceptions sen-
sibles, de purs concepts dans Tordre des notions abstraites. Si je dis : soleil, âme, maison, ligne, triangle, cause, vertu, sans rien affirmer, il n'y a pas de place pour les catégories du vrai ou du faux. Le jugement affirme un attribut d'un sujet, et l'affirmation est vraie ou fausse selon qu'elle est conforme ou non aux rapports réels des choses.
< L'Océan n'a pas de limites > est un jugement faux, parce que le globe terrestre nous est connu, et que l'Océan trouve partout des côtes où il se termine. < Le son résulte des vibrations de l'atmosphère » est un jugement vrai, parce que l'affirmation relative à la cause du phénomène est confirmée par l'expérience. « Bonaparte était un homme modeste > est un jugement faux ; la lecture du mémorial de Ste-Hélène le démontre amplement.
< Washington était un homme désintéressé > est un jugement dont la vérité est établie par la biographie de cet illustre général.
La vérité est donc une qualité des jugements. Si l'on emploie le terme dans un sens objectif, c'est-àdire si on appelle vérité l'objet des jugements, le terme est alors synonyme de réalité (9). En restant dans le sens subjectif du terme, nous dirons que posséder la vérité, c'est formuler des jugements vrais, ce qui conduit à rechercher les signes au moyen desquels on peut reconnaître de tels jugements.
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6. Les jugements vrais ont pour caractère une objectivité qui sHmpose à la pensée individuelle.
Nous ne pouvons rien connaître que par l'intermédiaire de notre pensée personnelle qui est le sujet de toute connaissance; mais notre pensée est tantôt libre et tantôt contrainte. J'entends un bruit; je suppose que ce bruit est causé par la chute de la pluie et je formule l'affirmation : il pleut. Cette affirmation est le résultat du libre jeu de ma pensée individuelle. Je sors de l'appartement où j'ai formé ma conjecture, et je constate qu'il ne pleut pas et que la cause du bruit est le vent qui agite les feuilles des arbres. A l'affirmation fausse qui résultait d'une supposition libre, se substitue le résultat d'une perception qui s'impose. En pensant à des problèmes de géométrie élémentaire, il me vient à l'esprit qu'étant données deux lignes dont l'une est le double de l'autre, le carré fait sur la première sera le double du carré fait sur la seconde. Cette affirmation fausse, résultat d'une pensée personnelle libre et distraite, sera détruite immédiatement par la simple inspection d'une figure qui me montrera que le carré fait sur une ligne est le quadruple du carré fait sur la moitié de cette ligne. Il existe donc, par opposition aux jugements libres de ma pensée personnelle qui ont un caractère purement subjectif, d'autres jugements qui s'imposent à moi, et qui me corrigent lorsque je me trompe. Le célèbre chirurgien russe Pirogofi", qui, à la fin de sa vie, fut curateur de l'instruction publique à Kiew, raconte dans ses mémoires qu'il y avait des jeunes gens qui
ne pouvaient souffrir Tidée de soumettre la liberté de la pensée à aucune restriction quelconque et qui disaient : J'accepterai un axiome mathématique si je veux ; si je ne veux pas, je ne l'accepterai pas. — Il observe avec raison que ce déraillement de la
pensée risque fort de conduire à l'hospice des aliénés *.
Ce qui s'impose immédiatement, c'est l'évidence. Un jugement est évident lorsqu'il est impossible d'en douter sérieusement, et lorsqu'il est impossible de le démontrer parce qu'il a un caractère primitif. L'évidence est sensible, lorsqu'elle résultedes perceptions des sens, rationnelle lorsqu'elle exprime les conceptions et les lois nécessaires de la pensée. Aux jugements primitifs s'en rattachent d'autres par le moyen de la démonstration. Si la démonstration est bonne, elle confère aux conséquences une valeur égale à celle des principes.
Qu'il s'agisse de l'expérience ou de la raison, tout jugement qui s'impose est vrai. Dans le cas contraire il n'y aurait pas de vérité, puisqu'on dehors de l'évidence réelle et de la démonstration valable la pensée ne saurait trouver aucun point d'appui. Il faut éviter seulement de confondre les jugements primitifs, ou valablement démontrés, avec les opinions qui ont pris la fausse apparence de l'évidence et qui ne sont que des préjugés fortement enracinés qu'on attribue à tort à la raison. La seule difficulté que l'on puisse soulever à cet égard nait des cas
* D. Stolipine. Essais de philosophie des sciences, Genève 1888 page 23.
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d'hallucination et de folie où ce n'est pas la vérité mais Terreur qui s'impose à la pensée individuelle. Ces cas feront plus loin l'objet de notre étude (49).
7. Les jugements vrais eœpynment des vérités de raison qui ont un caractère de nécessité, ou des réfutés de fait qui ont un cay^actère de contingence,
11 ne s'agit pas ici d'une nécessité absolue au sens métaphysique mais d'une nécessité pour notre pensée, nécessité qui résulte de la contrainte dont il vient d'être parlé. Il est facile de constater que toutes les affirmations de fait qui concernent la nature ou l'humanité ont un caractère contingent, c'est-à-dire qu'en affirmant que les choses sont ainsi, nous concevons qu'elles pourraient être autrement. Je conçois que les phénomènes matériels pourraient réaliser d'autres lois que celles qui les régissent ; je conçois que l'humanité aurait pu avoir des destinées différentes de celles que son histoire nous révèle.
La question actuelle n'est pas de savoir si les choses auraient pu être autrement qu'elles ne sont dans un sens absolu, et si l'idée de la contingence est une illusion ; la question est celle-ci : En affirmant des faits avons-nous la pensée que ce qui est aurait pu être autrement? Cette pensée nous l'avons, il est impossible de le nier. Mais si je dis « deux lignes droites ne peuvent enfermer un espace >, ou bien « un rapport suppose des êtres entre lesquels le rapport existe », je n'affirme pas seulement qu'il
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en est ainsi, mais qu'il m'est impossible de concevoir qu'il en soit autrement. Je suis en présence de jugements qui ont pour moi une valeur universelle, qui s'étendent à tous les lieux et à tous les temps, parce qu'ils m'apparaissent avec un caractère de nécessité. 11 est donc des vérités de raison qui se distinguent très nettement des vérités de fait. Les vérités contingentes sont l'expression de l'expérience; les vérités de raison sont la manifestation des lois et des notions que l'esprit porte en luimême. Un fait biographique peut mettre cette différence en lumière et la fixer dans la mémoire. Le jeune Pascal, enfermé seul dans une chambre, avait découvert un assez grand nombre de théorèmes de géométrie. Tout ce qu'il aurait pu découvrir ainsi par Tacte pur delà réflexion appartient à Tordre des vérités nécessaires ; tout ce qu'il lui aurait été impossible de découvrir appartient à l'ordre des vérités contingentes. Or, en lui supposant un génie plus grand encore que le sien et un temps indéfini pour ses recherches, il aurait pu découvrir toutes les mathématiques pures et toute la métaphysique proprement dite; mais aucune donnée de physique, de chimie, d'histoire ou de géographie n'aurait pu être le résultat valable des excursions de sa pensée. On a bien voulu, dans l'école de Hegel, construire l'histoire de la nature et celle de l'humanité par des procédés purement rationnels ; mais les résultats de ces tentatives ont fourni la preuve manifeste de leur inanité (16 et 44).
Les jugements de raison sont dits a priori, c'est-
à-dire antérieurs à l'expérience, et les jugements de faits sont dits a posteriori, c'est-à-dire subséquents à l'expérience. Il ne faut pas entendre ces termes en ce sens que les jugements de raison pourraient se formuler sans aucune expérience quelconque. Pour penser il faut vivre, et la vie, dans ses manifestations les plus élémentaires, renferme les données fondamentales de l'expérience; mais l'expérience, qui est la condition du développement de la pensée dans sa généralité, et par conséquent de la manifestation de l'élément a priori, n'en est pas le pouvoir producteur. Il est très important de ne pas confondre, comme on le fait souvent, les deux idées fort distinctes de la production d'un phénomène et des conditions qui lui permettent de se manifester.
La distinction des vérités de raison, universelles et nécessaires, et des affirmations de fait, toujours contingentes, ne saurait être sérieusement contestée. Nous n'avons pas ici à prendre en considération la thèse que la nécessité de certains jugements ne serait pas primitive, mais serait le résultat de l'habitude et de l'hérédité. Cette thèse suppose la différence actuelle des jugements nécessaires et des jugements contingents ; et c'est ce fait que nous avons pour le moment à enregistrer. Quelle que soit l'explication qu'on en donne, le fait subsiste.
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8. Pour obtenir une idée complète de la science, il faut en préciser la nature, la méthode, la valeur et les postulats.
Préciser la nature de la science, c'est en déterminer l'objet et le point de vue sous lequel cet objet est considéré. La question qui se pose ensuite est celle de la route à suivre pour atteindre le but indiqué; c'est la question de la méthode. La détermination de la valeur de la science doit avoir pour effet de justifier ses prétentions en ce qu'elles ont de légitime, et de maintenir ces prétentions dans de justes limites.
Un postulat est une affirmation qui est supposée par une autre, et qui par conséquent s'y trouve contenue. C'est en ce sens que Kant affirme que la liberté est le postulat du devoir. Si la réalité du devoir est admise, la liberté morale se trouve démontrée par là même ; car il ne saurait y avoir de devoir sans liberté. Un postulat sort par analyse de la proposition qui le contient. Si A est contenu dans B, en prouvant B, j'ai fait la preuve de A. Pour établir la valeur d'un postulat, il faut : 1° montrer qu'il est logiquement valable, c'est-àdire qu'une affirmation est bien contenue dans une autre ; 2"" apprécier la nature de l'affirmation qui renferme le postulat. Si cette affirmation est vraie, le postulat l'est aussi ; si elle est fausse, son postulat n'a aucune valeur, en sa qualité de postulat. Il n'en résulte pas qu'il soit faux. Un syllogisme vicieux peut se terminer par une proposition vraie en elle-même mais illégitime à titre de conclusion.
De même Terreur d'une affirmation n'entraîne pas nécessairement celle de ses postulats. Par exemple la thèse de l'efficacité des remèdes homéopathiques a deux postulats. L'un est que la substance qui cause un mal déterminé est propre à le guérir (similia similibus curantur) ; l'autre est que des doses extrêmement petites peuvent avoir une action considérable. Supposons (ce que je n'affirme pas) que ridée de refficacité des remèdes homéopathiques soit une erreur, il n'en résulterait pas que le premier des deux postulats indiqués soit faux, parce que l'erreur pourrait provenir du second. Les postulats de la science dans sa généralité sont les affirmations que toute recherche scientifique suppose et qu'on peut en extraire par l'analyse (70).
NAVILLE. — PHILOSoriIlE.
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