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La définition de la science, entretiens philosophiques

ou s voulez bien publier dans votre charmante Bibliothèque, et comme une sorte d'introduction à une série de volumes scientifiques, mon dialogue sur la Définition de la Science. Je vous dois, avec tous mes remerciements, quelques mots d'explication.

J'ai écrit ce dialogue, il y a déjà plusieurs années, pour occuper les loisirs d'une longue convalescence. C'était le moment oîi le livre de M. Poincaré (1 ) venait de produire, dans le monde des philosophes, une si vive impression. J'avais immédiatement essayé d'opposer à la manière de voir de l'illustre mathématicien la conception de la Science telle qu'elle s'impose à un biologiste ; car les mathématiciens oublient souvent, ce que les biologistes considèrent comme essentiel, que toute intelligence est accompagnée d'un corps vivant^ et qu'il faut vivre pour penser. Mais mon livre les Lois

(1) La Science et l'hypothèse (Paris, Flammarion).

naturelles [i] y s'il mé*satisfai$ait personnellement, était d'une lecture trop ardne pour le public, et je me proposai d'en vulgariser les idées les plus fondamentales.

J'avais aussi, je l'avoue, une tout autre ambition.

Je commençais alors à comprendre, ce qui, pour moi, est devenu depuis l'évidence même, que les vérités scientifiques n'ont rien à voir avec ce qu'on appelle couramment les vérités humaines ou vérités sociales. J'aurais voulu montrer que le savant le mieux armé pour les discussions philosophiques doit être, par là même, absolument inapte aux luttes de la vie courante. Je rêvais d'un livre au cours duquel l'honnête M. Tacaud, le dialecticien intrépide, se serait noyé dans le verre d'eau d'une difficulté mesquine d'ordre familial ou social.

Je reconnus bientôt mon impuissance à parler des choses qui n'ont pas avec la Science un rapport direct, et je me résignai, comme le cordonnier d'Apelles, à « ne pas m'élever au-dessus de la chaussure ». Mais j'avais choisi mes personnages, et je songeai à les utiliser pour la vulgarisation des Lois naturelles. De là ce dialogue sur la définition de la Science.

J'avais déjà employé la forme dialoguée dans un petit traité de Biologie familière intitulé le Conflit (2), et je crois avec les philosophes grecs que cette forme est merveilleusement adaptée à l'exposé des questions scientifiques.

(1) Paris, Félix Alcan, 1904.

(2) Paris, A. Colin, 1901.

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