LA DÉGRADATION «'EST-ELLE QU'UNE PROBABILITÉ
pour avoir quelque chance d'observer entre les deux gaz une séparation partielle.
« On conviendra qu'il revient pratiquement au même de dire que cela ne se produira « jamais », si Ton songe que, durant le même laps de temps, d'après les lois de probabilité, il devrait se trouver plusieurs années pendant lesquelles, par simple coïncidence fortuite, tous les habitants d'une grande ville se suicideraient le même jour, ou bien pendant lesquelles toutes les maisons de la même ville prendraient feu isolément le même jour, également , par simple hasard ; cependant, les Compagnies d'assurance, d'accord avec l'expérience, ont raison de ne pas prendre de tels hasards en considération. Si des probabilités aussi faibles, et même d'autres encore beaucoup plus grandes comparées à la précédente, n'étaient pas pratiquement regardées comme identiques à des impossibilités, personne ne pourrait compter sur l'arrivée de la nuit à la fin de la journée, et sur la venue, après la nuit prochaine, d'un autre jour. »
Les deux gaz étant tous deux contenus dans le vase, l'état homogène est donc le plus probable; l'état de séparation complète est le moins probable. Le monde marche normalement des états les moins probables vers les plus probables : il n'est pas rigoureusement impossible qu'on observe, à un instant précis de la ducée et pour une portion limitée de l'espace, une marche inverse, mais là n'est pas le cas général. Et, au total, il y a prédominance deTétat le plus probable, c'est-à-dire, dans le cas particulièrement simple des mélanges de gaz différents ou inégalement chauds, prédominance de l'état de mélange homogène.
Ces nombres éclairent d'un jour singulier les développements auxquels on se livre, comme nous le verrons dans un instant, sur l'instabilité de l'homogène.
Voilà deux gaz différents superposés dans un vase d'un décilitre : au bout d'une journée, il est impossible de retrouver une différence; le mélange homogène est absolu. Mais, à partir de ce moment, cet état homogène est stable, à tel point que s'il n'est pas logiquement absurde de supposer qu'une hétérogénéité s'y produire, il faut attendre au moins, pour avoir quelque chance de la constater, je ne dis pas 10 milliards de siècles. — ce qui ne fait qu'un nombre de siècles égal h l'unité suivie de 10 zéros, — mais un nombre de siècles représenté par l'unité suivie de 10 milliards de zéros.