‹ La dégradation de l'énergieChapitre 30 sur 124 · LE FROID PRODUIT PAR L'ÉVAPORATION · texte numérisé non relu

LE FROID PRODUIT PAR L'ÉVAPORATION

Nous avons étudié, dans la détente de l'air comprimé la plus intense et, désormais, la plus usuelle des sources de froid.

Mais la vaporisation brusque donne lieu, elle aussi, à la production de froid. L'une des machines frigorifiques encore en usage est la maehine à ammoniac liquide : mais on ne peut pas dire que le changement d'état y joue un rôle que rien ne pût suppléer. Cette machine est une machine à vapeur retournée, dans laquelle du travail est constamment dépensé et transformé en chaleur; moyennant cette transformation, on arrive à emprunter de la chaleur à un corps froid pour la reverser sur le milieu ambiant plus chaud. C'est la série inverse des phénomènes que présente la machine à vapeur.

Dans le cas de la production régulière du froid par une telle machine, le changement d'état luimême n'intervient qu'à titre occasionnel et ne constitue pas la cause profonde de la possibilité de production du froid. 11 n'en reste pas moins vrar que, souvent, dans la pratique, on obtient du froid, en provoquant un changement d'état et, avant tout, une vaporisation. On obtient du froid en vaporisant de l'éther, du chlorure de méthyle, — au besoin en faisant passer un courant d'air rapide à la surface de l'eau.

Que se passe-t-il dans ce cas? L'on met en contact avec le liquide à vaporiser, une atmosphère non saturée de sa vapeur, atmosphère qu'on a soin de renouveler constamment, pour éviter qu'elle ne se sature. Or, le changement d'état qui, sous la pression de saturation, peut, indifféremment, se produire dans les deux sens, obéit, si l'on vient à modifier les conditions extérieures, à la loi très générale du déplacement de V équilibre.

Tout déséquilibre, cause de puissance motrice, en tendant à se combler, en produit un autre. L'un et l'autre, d'ailleurs, ne tardent pas à s'atténuer et à disparaître. Après qu'une petite masse d'éther ou de chlorure de méthyle a disparu, vaporisée dans l'atmosphère non satuçée qui a passé sur le liquide, la différence de température produite un instant entre ce liquide et le milieu ambiant disparaît vite, comme s'était atténuée la différence de tension de vapeur; et l'état final qu'atteint rapidement l'atmosphère voisine est celui d'une masse homogène, où la température est uniforme, où le mélange d'air et de vapeur d'éther est, lui aussi, en proportions partout uniformes. Toute hétérogénéité tend à disparaître : une hétérogénéité, artificiellement produite, peut seulement, avant de s'évanouir elle-même, en provoquer une autre.

Ainsi, le froid permanent ne peut résulter que

LA DÉGRADATION DE l/ÉNERGlE

d'une dégradation d'énergie renouvelée, Le froid momentané peut résulter d'un simple changement d'état physique, susceptible de se produire dans les deux sens, et qu'un déséquilibre initial aura forcé à se produire dans Je sens où il absorbe de la chaleur.

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