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HISTOIRE D'UN PRINCIPE ET D'UN MOT

§ 1. - SADI CARNOT ET LA PUISSANCE MOTRICE RÉSULTANT D'UNE RUPTURE D'ÉQUILIBRE.

L'idée fondamentale qu'exprime le second principe de la science de l'énergie a revêtu plusieurs aspects successifs. Dans les chapitres qui précèdent, on en a exposé les applications en se plaçant surtout, comme l'indiquait le titre môme, au point de vue des physiciens de la Grande-Bretagne. Il ne sera pas sans intérêt de revenir sur le développement historique du principe.

Il peut se résumer en trois phases: Carnot reconnaît que l'impossibilité du mouvement perpétuel implique la nécessité d'une rupture d'équilibre pour la production d'une puissance motrice. Clausius énonce le principe de l'équivalence des transformations. Enfin les physiciens anglais distinguent l'énergie utilisable de l'énergie, et affirment la disparition des formes utiles de l'énergie. Nous rappellerons, en der-

nier lieu, dans quelles circonstances le mot même d'énergie fut introduit dans la science. •

Dans son opuscule « sur la puissance, motrice du feu* »,Sadi Carnot s'exprime ainsi :

« La production de la puissance motrice est donc due, dans les machines à vapeur, non aune consommation réelle du calorique*, mais à son transport d'un corps chaud à un corps froid, c'est-à-dire à son rétablissement d'équilibre, équilibre supposé rompu par quelque cause que ce soit, par une action chimique, telle que la combustion, ou par toute autre. Nous verrons bientôt que ce principe est applicable à toute machine mise en mouvement par la chaleur.

« D'après ce principe, il ne suffit pas, pour donner naissance à la puissance motrice, de se procurer de la chaleur. Il faut encore se procurer du froid; sans lui, la chaleur serait inutile. Et, en effet, si Ton ne rencontrait autour de soi que des corps aussi chauds que nos foyers, comment parviendrait-on à condenser la vapeur? Où la placerait-on une fois qu'elle aurait pris naissance? 11 ne faudrait pas croire que l'on pût, ainsi que cela se pratique dans certaines machines, la rejeter dans l'atmosphère : l'atmosphère ne la recevrait pas.

« Partout où il existe une différence de température, partout où il peut y avoir rétablissement d'équilibre du calorique, il peut y avoir production de puissance motrice. La vapeur d'eau est un moyen de réaliser cette puissance, mais elle n'est pas le seul 3 . »

Et plus loin :

« On a remarqué plus haut ce fait évident par luimême, ou qui du moins devient sensible dès que Ton réfléchit aux changements de volume occasionnés

1. Paris, Bachelier*, 1824. — Réimprimé dans les Annales de VÉcole normale svpérieure, 2 e série, t. I.

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