‹ La dégradation de l'énergieChapitre 81 sur 124 · POLÉMIQUES. LE DISCOURS D'OSTWALD · texte numérisé non relu

POLÉMIQUES. LE DISCOURS D'OSTWALD

En essayant d'apprécier la véritable pensée des partisans de l'énergétique, nous avons formulé une réserve : « Si l'on fait abstraction de quelques outrances de langage... » Ces outrances n'ont pas été toujours évitées et elles ont, à bon droit, scandalisé les admirateurs des anciennes disciplines scientifiques. C'est ainsi qu'Ostwald cédait à ce goût du paradoxe, lorsqu'au Congrès des naturalistes allemands, en 1895. à Lûbeck, il prononçait son discours retentissant sur la banqueroute du matérialisme scientifique : die Ueberivindung des wissenchaftlichen Materialismus.

« De tout temps, on s'est plaint d'être si peu d'accord sur les questions fondamentales qui intéressent le plus l'humanité. C'est de nos jours seulement que ces plaintes se sont tues : en fait, chose rare à toute autre époque, il règne aujourd'hui, à part quelques divergences encore, un accord presque complet en ce qui concerne la conception du monde extérieur. Notre siècle est le siècle du naturalisme. Interrogez le premier venu, pénétré des idées naturalistes, depuis le mathématicien jusqu'au médecin praticien; demandez-lui son avis sur la constitution intime du monde. La réponse sera invariablement la même : « Toutes choses sont formées d'atomes en mouvement; ces atomes et les forces qui

agissent entre eux sont les dernières réalités dont se composent les phénomènes particuliers. » Partout on répète, en manière d'axiome, que seule la mécanique des atomes peut donner la clef du monde physique. Matière et mouvement, tels sont les deux concepts auxquels on ramène en dernière analyse les phénomènes naturels les plus complexes. A cette théorie, on peut donner le nom de matérialisme physique.

« Je veux exprimer ici ma conviction que cette manière de voir, malgré tout sou crédit, est insoutenable; que cette théorie mécanique n'a pas atteint son but, car elle se trouve en contradiction avec des vérités tout à fait hors de doute et universellement acceptées. La conclusion s'impose : il faut l'abandonner et la remplacer, autant que faire se peut, par une autre meilleure. On se demandera naturellement : En existe-t-il une meilleure? A cette question, je crois pouvoir répondre par l'affirmative. »

Abordant la théorie des ondulations en optique, Ostwald avait l'imprudence de dire :

u Pourtant, les jours de la théorie d-es ondulations étaient aussi comptés; à notre époque, cette théorie a été enterrée sans bruit, pour faire plaee à la théorie électromagnétique. Faisons l'autopsie de son cadavre: la cause de la mort nous apparaîtra évidente : elle a péri par ses parties mécaniques... »

Une telle exécution, aussi injuste que sommaire, était bien faite pour provoquer l'indignation de M. Cornu. Avec une vivacité extrême, réminent physicien dénonça le novateur irrespectueux envers une doctrine qui avait contenté tous les grands esprits depuis trois siècles, et opposa aux « aspirations vagues » de l'énergétique les « notions olaires et fécondes » de la mécanique rationnelle. La réponse de Cornu reste comme la preuve qu'en 1895 des savants remarquables ignoraient tout à fait qu'il y eût ane question du mécanisme. « Ayant charge d'âmes », ils

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