LA RÉACTION : L'ÉNERGÉTIQUE
ne cherchaient pas à savoir si des questions nouvelles ne se posaient pas.
M. Brillouin tenait au contraire le langage d'un physicien averti : « Il y a quelque quinze ans, alors que les théories, aujourd'hui en vogue, n'avaient pas conquis la faveur publique, je crois avoir prémuni quelques générations de jeunes gens, dans la mesure de mon action comme professeur, contre les excès de représentation matérielle auxquelles on se livrait souvent, en électricité surtout; je crois qu'il est temps maintenant de réclamer un peu pour cette pauvre matière que nous ne connaissons que par ses qualités, je le veux bien, mais dont nous ne connaîtrions guère les qualités si elle n'existait pas 1 . »
La lecture de l'article de M. Brillouin et de la réplique d'Ostwald suffit à montrer sur quels points, depuis treize an?, les idées ont changé. L'un des arguments de M. Brillouin « pour la matière » était « que la transmutation des métaux est devenue chimérique ». Pareofitre, M. Ostwald affirmait l'infécondité désormais acquise des théories atomistiques.
Le reproche que j'adresserai à l'énergétique, c'est le reproche qu'adressait à la doctrine du calorique M. Poincaré; en habituant à parler de l'énergie comme d'une réalité fondamentale, elle habitue à l'idée que « rien ne se perd », et que, dans les transformations qu'elle subit, l'énergie utilisable ne s'évanouit pas. Cette vue des choses a ses avantages. M. Langeviri a conté que Curie disait : « Je vois l'énergie ». Peut-être ce langage a-t-il néanmoins l'inconvénient de donner un relief excessif à l'idée d'énergie par rapport à l'idée, qui correspond à une réalité plus profonde de « puissance motrice »,
Le succès de l'énergétique est venu, en somme, — et c'est ce que méconnaissaient les physiciens tels