L'INERTIE DE LA MATIERE EST-ELIE D'ORIGINE ÉLECTRIQUE
Nous voudrions simplement indiquer comment les propriétés de ce dernier fragment d'atome qu'est le corpuscule négatif, posent une question nouvelle : celle de la résolution de la matière elle-même en des éléments qui seraient de L'électricité toute pure.
Une charge électrique en mouvement a les mêmes effets qu'un courant électrique : l'identité des courants de convention et des courants ordinaires ou de conduction, admise par Maxwell, par Helmholtz, démontrée par les expériences de Ro/wland, un instant mise en doute dans ces dernières années, est définitivement établie. Or, un courant électrique crée un champ magnétique autour do lui. Donc une charge en mouvement^ un boulet chargé d'électricité négative, emporte avec lui des lignes de force magnétique qui sillonnent l'espace.
Cette charge crée en outre, par le seul fait qu'elle existe, des lignes de force électrique; si elle se meut, elle les emporte avec elle. La charge qui se déplace dans l'espace emporte donc avec elle un champ de force à la fois électrique et magnétique ; elle laisse dans l'espace, suivant l'expression consacrée et qui fait image, un sillage électromagnétique.
Ce sillage ne lui donne aucun effort à traîner, si elle se meut d'un mouvement uniforme. Mais si on passe du repos à une 4 vitesse définie, la création du champ
électromagnétique exige une certaine énergie. Pour donner une vitesse à une charge électrique, ou pour changer la vitesse de cette charge, il faut donc dépenser un travail. Cela revient à dire que la charge électrique toute seule, sans matière, possède une certaine inertie: Vinerlie électromagnétique.
L'énergie à dépenser pour donner à la charge une certaine vitesse est exactement proportionnelle au carré de cette vitesse, comme c'est le cas pour l'énergie cinétique de la matière. Mais l'énergie augmente plus vite, si la vitesse de l'électricité devient très grande et si elle approche de la vitesse de la lumière. Il faudrait une énergie infinie pour communiquer à une charge électrique une vitesse égale à la vitesse de propagation de la lumière. On peut exprimer le même fait en disant que Vinertie de l'électricité ou sa résistance au changement de vitesse, est constante pour des vitesses assez faibles, mais augmente avec la vitesse quand celle-ci dépasse quelque dix mille kilomètres à la seconde et deviendrait infinie pour une vitesse à la seconde de 300.000 kilomètres.
Or, des expériences nombreuses sur les corpuscules négatifs que transportent les « rayons cathodiques » et sur des corpuscules pareils émis par les corps radioactifs, conduisent à la conclusion que toutç l'inertie de ces corpuscules est de l'inertie électromagnétique due à leur charge électrique, sans aucune addition d'une inertie complémentaire. Donc il n'y a pas de matière ordinaire associée dans ces corpuscules à l'électricité. Et par conséquent, de l'électricité toute seule peut donner lieu à ces effets d'inertie par lesquels on définit d'ordinaire la masse ou la quantité tie mûtkw d'un corps.
Si Ton admet que l'atome matériel se résout en une multitude de ces corpuscules élémentaires qui ne sont que de rélectricité, on ramènerait la matière elle-
NOUVEL ASPECT DE l'aTOMISME 317
même à être « expliquée » par l'électricité, et les propriétés de la matière à des propriétés électriques.
Quelle serait, dans cette manière de voir, la cause de l'attraction entre les électricités contraires ? Par quelle inexacte compensation les atomes matériels, composés de charges électriques égales et contraires, exerceraient-ils sur les atomes voisins cette attraction résultante qui constitue l'attraction universelle ? Il semble que, plus nous avançons dans l'examen minutieux des dernières particules de la matière et plus nous voyons reculer devant nous l'espoir de comprendre la matière.
11 s'en faut pourtant que la poursuite de ces problèmes soit vaine. Quand la géologie et l'astronomie remontent le cours des âges, elles ne résolvent pas le problème dernier de nos origines. Mais elles reculent dans le passé la date où commence ce que nous savons de notre globe et de nous-mêmes. De même, quand la physique du xx e siècle dissèque, avec des instruments d'une pénétration jusqu'alors inconnue, les molécules et les atomes, elle ne saurait avoir la prétention de faire voir clairement à l'homme « le néant d'où il esttiré » pas plus que « l'infini où il est englouti » ; mais « entre ces deux abîmes de l'infini et du néant » il reste un immense espace ouvert à notre curiosité, et dont l'honneur de l'intelligence humaine, aussi bien que l'utilité du genre humain, exigent que nous travaillions à reculer sans cesse les bornes.
Les travaux sur l'ionisation des gaz ne nous apprendront pas les « derniers principes des choses » ; mais ils nous ont apporté déjà, ou du moins nous ont confirmé, deux notions importantes, et qui semblent désormais définitives : celle de la structure atomique des corps matériels, et celle de la prodigieuse complexité de l'atome du corps simple, regardé longtemps comme le dernier degré auquel on pût descendre dans la division de la matière.
3i8 - LA DÉGRADATION DE L'ÉNERGIE