‹ La dégradation de l'énergieChapitre 91 sur 124 · RÉACTION DES TRAVAUX RÉCENTS SUR LES THÉORIES ATOMISTIQUES · texte numérisé non relu

RÉACTION DES TRAVAUX RÉCENTS SUR LES THÉORIES ATOMISTIQUES

De telles conquêtes de Vatomisme ont enhardi, à juste titre, les tenants des théories mécanistes. Si la réduction de la matière elle-même à l'électricité constitue, à vrai dire, non plus une variété du mécanisme proprement dit, mais une doctrine différente qu'on pourrait appeler plus correctement Y électrodynamisme — comme Ta proposé M. Duhem, — cette doctrine est manifestement proche parente des théories mécanistes. Elle ramène les phénomènes complexes à quelques propriétés simples de particules élémentaires identiques; elle rappelle, pour l'instant, le dynamisme new Ionien parce qu'elle n'a pas encore tenté d'explication de la répulsion à distance entre électrons négatifs, mais elle rappelle plus encore une des prétentions, que j'appelle la prétention essentielle du cartésianisme pur, en ce qu'elle constitue un effort de réduction du nombre des phénomènes indépendants; réduire la matière à l'électricité h*est pas tout à fait la même chose que réduire l'électricité à la matière, mais ces deux modes d'opérer la réduction de Tune de ces choses à l'autre diffèrent entre eux beaucoup moinsqu'ils ne diffèrent d'une doctrine qui lesproclame irréductibles.

Mécanisme ou électrodynamisme échappent donc, dès maintenant, à l'une des grosses objections de l'énergétique. Il y a désormais des domaines dans lesquels la fécondité de l'atomisme n'est plus discutable. S'il en est où il n'est pas nécessaire de faire appel à la structure discontinue de la matière et de l'électricité, cela ne prouve rien Contre cette discontinuité. Il n'est pas indispensable de l'invoquer dans l'exposition d'un certain nombre de phénomènes : et par cela même que la chose n'est pas

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indispensable, elle serait fâcheuse. On peut de même traiter, en acoustique, toute la théorie physique de la musique sans invoquer expressément l'hypothèse que les vibrations sonores consistent en des « mouvements locaux » de points matériels. Si la chimie physique, le plus souvent, n'a pas besoin d'aller plus loin que l'invocation de quelques lois générales, l'œuvre de Gibbs et de ses successeurs ne prouve pas plus contre la discontinuité de la matière, que l'œuvre de Rameau ne fournit d'argument contre l'explication mécanique du son.

Mais en tenant pour accompli le progrès qui résulterait de la fusion, en une idée unique, des idées <!e matière et d'électricité, il resterait à trancher la grave question de savoir si la mécanique, même généralisée, et transformée en une mécanique électronique dont la mécanique des corps matériels ne serait plus qu'un chapitre, pourrait être assez compréhensive pour rendre compte des phénomènes irréversibles, ou si ces phénomènes restent quelque chose de radicalement irréductible aux autres, c'est-à-dire aux phénomènes de mouvements et d'attractions.

La question n'a nullement perdu de son intérêt parce que la conception de la mécanique elle-même a été généralisée. Le conflit du mécanisme et de la thermodynamique garde toute son importance profonde. Est-il insoluble ? est-il au contraire tout près d'être résohi ? c'est là un problème dont les découvertes récentes ont pu détourner un moment l'attention mais qui reste bien, comme je le disais en 1900, l'un des grands problèmes de métaphysique cosmologique de l'heure présente. La belle conférence que fit, en 1905, l'illustre Lorenlz à la Société française de physique, est venue prouvera quel point on était bien inspiré en aflirmant qu'il n'est pas de question de philosophie scientifique plus actuelle.

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