LA DÉGRADATION N'EST-ELLE QU'UNE PROBABILITÉ
vitesses et les maintiennent toujours autour d'une valeur moyenne, qui caractérise la température. A 20 degrés, la vitesse moyenne des molécules d'azote est plus grande, elle est voisine de 490 mètres. Mettons en communication deux ballons, l'un contenant de l'azote à 0°, l'autre de l'azote à 20°. Les molécules des deux ballons se choqueront et se mêleront; celles qui vont plus vite perdent de leur vitesse aux dépens des plus lentes; et en fin de compte, ait lieu d'avoir d'un côté des molécules dont les vitesses oscillent autour de la valeur moyenne 470 mètres, et de l'autre des molécules dont les vitesses oscillent autour de 490, on aura, en chaque point de l'espace occupé par le gaz, 'des molécules dont les vitesses varient autour de 480, ce qui correspond à une masse gazeuse à 10 degrés.
La transmission de la chaleur d'une partie à l'autre d'une masse gazeuse s'explique ainsi de la façon la plus naturelle dans l'hypothèse cinétique. Le mélange de deux gaz différents s'explique par un processus identique. La marche de particules différentes ou de molécules inégalement agitées n'entraîne dans aucun cas une perte d'énergie : mais la tendance naturelle est manifestement celle qui conduit d'un état hétérogène à l'état homogène.
L'homogénéité, une fois réalisée, persiste indéfiniment. Dans un vase contenant un mélange gazeux : azote et oxygène, ne se produira jamais spontanémentun triage conduisant toutes les molécules d'azote d'un côté, celles d'oxygène de l'autre. Dans un vase contenant de l'azote à 10 degrés, ne s'opérera pas davantage un triage spontané amenant d'un côté les molécules ayant des vitesses supérieures à ïa moyenne et de l'autre les molécules ayant des vitesses inférieures.
Seulement ce triage, que réaliseraient les démons de Maxwell, n'apparaît plus impossible à réaliser en
s'y prenant d'une manière suffisamment adroite. Et même le passage spontané de l'homogène à l'hétérogène contre lequel agit sans cesse le brassage, des molécules, au lieu d"être absolument impossible, n'est plus que très improbable.
Supposons, pour fixer les idées, que nous soyons partis de deux masses du même gaz à 0° et à 20° : elles se sont mélangées pour donner une mafese à 10 degrés. Arrêtons toutes les molécules à l'instant présent, et sans changer leur position, lançons-les toutes à rebours avec la même vitesse. Le système va marcher à contre-courant. Il repassera par les états antérieurs et l'on retournera à l'hétérogénéité.
Observons d'abord que, s'il lui 'arrive de retourner à l'hétérogénéité, il ne s'y maintiendra pas. Il repassera par cet état, mais reviendra sans retard à l'homogénéité, qu'il conservera. Et, par ailleurs, parmi toutes les distributions possibles que peuvent affecter les positions et les vitesses des diverses molécules, il est extrêmement peu probable que se trouve réalisée une distribution susceptible de ramener à l'état hétérogène. Et ce que nous disions du mélange des masses gazeuses à températures diverses, et de leur séparation ultérieure, pourrairêtre répété sans changement du mélange de deux gaz différents et de leur séparation.