IV
L'art dans ses manifestations multiples et diverses, par la sculpture, la peinture, la musique, la poésie, a découvert et mis au jour toutes les richesses cachées ou inaperçues de la nature humaine, richesses qui, sans cette révélation, auraient à jamais dormi en nous. C'est Tart qui, mettant en vive et pleine lumière nos perfections physiques ou bien nos énergies morales, nous a fait sentir toute la dignité de notre nature ; il a, pour ainsi dire , agrandi l'homme, ou, pour parler plus juste, il en a fait voir avec éclat la grandeur. En nous faisant paraître le plus souvent dans notre gloire, il nous a donné l'ambition de ne pas demeurer au-dessous de ce que nous pouvions être; il nous a tirés de notre ignorance sauvage et ainsi, de degrés en degrés, a fait de nous ce que nous
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sommes. Les anciens proclament non un lieu commun, mais une grande vérité, quand ils répètent si souvent que c'est la poésie qui a civilisé le monde \ Sans remonter à Orphée et aux miracles de sa lyre et pour ne prendre qu'un exemple, n'est-ce pas la poésie qui, dans la suite des âges, a créé l'amour tel que nous le comprenons aujourd'hui? En observant dans leur propre cœur ou autour d'eux dans des cœurs d'élite des sentiments rares, fins ou purs qu'il n'était pas donné d'abord à tout le monde d'éprouver, les poètes par de ravissantes peintures ont éveillé chez tous le désir de pareilles émotions et ont sur ce point affiné la nature humaine. Par le soin qu'ils ont pris de surprendre et de peindre les délicatesses, les générosités de la passion et les plus aimables mouvements de l'âme, de les épurer, de les dégager de ce qu'ils pouvaient avoir de bas et de grossier, de donner à tous ces sentiments une forme exquise, ils ont présenté comme un idéal d'amour qui est devenu à travers les siècles une réalité, idéal qui s'est imposé plus ou moins à tous les hommes, selon leur degré de culture. Si les poètes n'ont pas créé la pudeur,