CONCLUSIONS
Nous avons passé en revue de façon nécessairement incomplète quelques problèmes que pose l'enfance délinquante. La France, avec l'ordonnance du 2 février 1945, commence à s'orienter délibérément dans une voie nouvelle, à peine dessinée en 1939, et que de nombreux pays étrangers avaient déjà, et depuis longtemps, parcouru avant elle.
Désormais, le jeune délinquant n'est plus considéré comme un coupable, et tout mineur de 18 ans ne releve plus du Juge d’Instruction mais du Juge des enfants. A la notion de caâtiment s’est substituée celle de relèvement, et le Tribunal ne pourra prononcer que des mesures de protection, d’éducaticn ou de réforme. Il est à regretter cependant que l’ordonnance n'ait pas remis au Juge tous les pouvoirs de protection de l'enfant (vagabondage, correction paternelle, déchéance de puissance paternelle, garde d'enfants de divorcés, etc.) comme celà est fait aux Etats-Unis.
Le plus souvent la responsabilité de l'enfant délinquant, sauf dans le cas de pervers ou de ceux ayant une tare physique ou mentale, est minimisée par la déficience des parents Aussi à la thèse des pays totalitaires exprimée en octobre 1938 au 1* Congrès de Criminologie et de prophylaxie criminelle » tenu à Rouen, de la proportionnalité de la peine à la gravité du délit, s’est opposé le principe de l’individualisation de la mesure à prendre suivant la responsabilité du délinquant.
Pour connaître ce degré de responsabilité et aider ainsi le Juge des enfants dans ses décisions, ont été créés les Centres d'Accueil où, pendant la prévention, le mineur échappe à l'influence néfaste et déprimante de la prison, et les Centres d'observation où l'enfant est étudié le plus complètement possible au point de vue médico-psychologique. Une enquête préalable a été faite auparavant sur les antécédents et le milieu familial par le Service Social.
Nous voyons donc se dessiner le rôle plus ou moins important que peut avoir le médecin, et le psychiâtre en particulier dans la rééducation. On ne l’appelie plus occasionnellement dans des cas d’anormalités manifestes, et lui-même ne se contente pas de faire un diagnostic des troubles caractériels ou autres, il doit interpréter les résultats d'après ses propres observations, les renseignements recueillis par les éducateurs
sur les menus faits journaliers, et l'enquête sociale. Le Psychiâtre doit pénétrer jusqu'au « noyau de la personnalité », comme dit le Docteur René DELLAERT, « c'est à lui que revient l'honneur et le sublime devoir de refaire une fonction de conscience stable à l'enfant de justice, sans laquelle celui-ci ne réalisera jamais les idéaux naturels et supranaturels que les éducateurs lui proposent ».
Rééduquer les enfants délinquants dans les Institutions publiques ou privées est bien, mais prévenir la délinquance est mieux. Cette prévention peut se faire aussi bien avant l'action cn justice, c'est-à-dire avant que le délit soit commis, qu'après. En effet, nous savons qu'une des grosses causes de délinquance est la déficience familiale; aussi sera-ce sur la recherche de celle-ci, l'aide apportée aux familles ou les mesures d'Assistance éducative que doivent porter les efforts: le fait d'étre déféré en justice créant souvent chez les parents le choc psychologique nécessaire pour déclencher chez eux les «forts du relèvement.
Fufin après la sortie de l'Institution d'éducation, c'est pour lé mineur le retour à la vie sociale: s'il n'y est pas suffisamment préparé par une adaptation progressive, il va retomber dans les mêmes conditions qui ont causé sa délinquance (50 ‘. d'échecs sont en France dûs à ce fait) d'où la nécessité d'organiser la semi-liberté et de la bien organiser: pour cela 11 faut des délégués bénévoles très nombreux qui n'aient à s'occuper que d'un très petit nombre d'enfants sur lesquels ils enverront un rapport au Juge tous les mois.
Nous terminerons en citant ces phrases du docteur Heuyer: «Le problème de la délinquance juvénile et infantile est au point de vue pratique, 1a plus importante des questions criminologiques qui puissent être traitées. Si elle était heureusement résolue, la plupart des problèmes médico-légaux qui concernent la délinquance de l'adulte seraient simplifiés. La plupart des criminels récidivistes qui forment la clientèle des prisons ont donné, dans leur enfance et leur adolescence, la preuve qu'ils avaient déjà des tendances anti-sociales. Ain-
si le problème de l'enfance coupable est celui de la criminahté adulte y».