LES ACCOMPAGNER
Les dépressions crâniennes des nouveau-nés se présentent sous deux formes : la forme linéaire et la forme ovalaire ou sphérique. Ce sont ces deux dernières formes qui sont de beaucoup les plus fréquentes et ce sont celles que nous avons rencontrées dans nos observations. Il est établi que, dans presque tous les cas, les déformations crâniennes sont dues au rachitisme maternel (bassin vicié), au rachitisme fœtal (mollesse, friabilité des os du crâne), causes générales venant renforcer la cause locale (la tête ayant été pressée contre le promontoire). On a signalé aussi comme causes de compression, le développement anormal de l'éminence iléo-pectinée, la présence d'une tumeur osseuse ou molle, la contraction tétanique de l’utérus après injection d’ergotine, l’ankylose sacro-coccygienne, l’oligoamnios, ete. G
Du côté du fœtus, l’ossification défectueuse donne lieu surtout à ces malformations. Quelquefois la voûte cranienne est tellement malléable, qu'on a pu, sur des enfants mort-nés, produire des enfoncements avec de minimes pressions.
Le forceps peut aussi déterminer ces dépressions et
sur la tête et sur le placenta. Nous en citons une obser-
LA
SH vation n° V, où il y a à la fois une dépression placen: taire produite par la compression de la tête, une autre semblant être produite par une cuiller. Mais nous n'avons pas trouvé de déformalion de la tête correspondante.
Le pronostic des dépressions crâniennes est en général bénin; elles disparaissent en quelques jours; mais ce pronostic peut s’assombrir quand on voit persister certains symptômes comme l’épilepsie jacksonienne, paralysies, convulsions, avec grave atteinte de l’état général. Et c’est dans les présentations du siège que ces dépressions sont les plus fréquentes et peut-être les plus graves, parce que, dans les manœuvres qu’on pratique, on court risque de les augmenter ou de les compliquer par un enfoncement du canal vertébral avec lésions consécutives de la moelle.
Nous ne parlerons pas des déformations de la tète
dans les cas d’oligoamnios, car la cause, ici, est tout
* autre. Elle est pathologique. Les parties fœtales, main-
tenues en contact trop prolongé les unes avecles autres, se dépriment profondément entre elles et s’infligent réciproquement des empreintes qui persistent longtemps après l’accouchement.
Ces déformations plastiques du fœtus, in utero, liées à l’oligoamnios et qui ont été observées de tout
temps (1) ne sont, d’ailleurs, pas particulières à la pré-
1. Cruveizmier (Bulletin de l’Acad. de méd., 1836). Sregez8erG (Lehrbuch. der Geb.), 1878, p. 550. Scaronxr (Lehrbuch, der Geb), 1884, p. 454,
RON sentation du siège et ne portent pas principalement sur la tête.
Nous ne parlerons pas non plus des déformations plastiques du fœtus dans la présentation du siège, produites par les compressions qui déforment d'habitude latête fœtale pendant l’accouchement, déformations bien étudiées par Bonnaire et Schwal et Bar qui nous ont laissé dans le Bulletin de la Société d'Obstétrique de Paris, 1901, de beïles pages en souvenir de deux séances consacrées à cette étude.
Ce que nous voulons traiter surtout ici c’est des dépressions du placenta produites parla compression de la tète et des déformations correspondantes de celle-ci qui peuvent en résulter.
Nous n'avons, dans la littérature médicale, trouvé aucun article se rapportant à cet intéressant sujet jusqu’à la communication faite à la Société d’Obstétrique
par notre maitre, M. Bonnaire, qui en cite deux obser-
Buntx (Obst, et (rynéc.), 1886, p. 79 et 246.
Kezza. Gaz. méd. lomb. Milan, 1886, p. 325.
Bar. Bullet. Société obst.el qynéc. Paris.1891 et Leçons à clinique Tarnier, 1868.
Perers. Centr. l. Gyn., 1891, p. 56.
Lanvezowaue Er Ménarp, Affecl. congénil., Paris, 1891, p: 997.
Kocu. Th. de Bonn, 1895.
Aperr. Bullet, de la Soc. anat., 1895, p. 767.
Boxnaire. In Tarnier et Budin, t. III, p. 249.
Macé, Bullet. de la Société obst. de Paris, 1901, p. 79.
Bar, Brinpgau, CuamsréLenr. La pratique des accouche-
ments,
ni Lu
vations recueillies à l'hôpital Saint-Louis. Dans Les deux Cas il y avait présentation du siège dont l’un avait trait à une grossesse gémellaire.
Sur les placentas on pouvait voir une surface arrondie ayant les dimensions d’une paume de main au niveau de laquelle le tissu placentaire était aminci, induré, atélectasié, formant comme une nappe régulière de sclérose partielle. A ces deux observations nous ajoutons sept autres inédites dont une personnelle.
Îl est vraisemblable que cette déformation particulière du placenta soit due à la compression, au « con-
flit de contact » entre la tête fœtale dure et résistante
| et la paroi utérine tendue. Le placenta enfermé, pincé | entre ces deux forces, subit le contre-coup du contact exagéré. ;
Ce contact, cette compression de la tète sur le placenta est évidemment la cause de la dépression placentaire, mais, pour que Ja déformation de la tète soit une deuxième conséquence de cette double compression, il faut que le contact soit assez prolongé et assez puissant. Et ne semble-t-il pas logique aussi de penser que la tête, après avoir imprimé sa marque,son cachet
ee À à l’oreïller sur lequel elle est maintenue fortement appuyée, doit, pour se laisser déprimer à son tour, avoir une ossification un peu défectueuse, due au rachitisme ? | ë
Le pronostic de ces déformations crâniennes est bénin.
Nous n'avons pas trouvé qu'elles aient été la cause des troubles graves pour l’enfant. Le traitement est
simple. Quelques jours ont suffi à les faire disparaître.
Seulement, le pronostic serait plus sombre si des complications telles que épilepsie jacksonienne, paralysies, convulsions s’en suivaient.
Dans ces cas, le traitement pour être efficace doit être simple et rapide. Tapret, Secheyron, Boissard rapportent des observations où ils ont fait la réduction brusque de la déformation sous l'influence d’une force absolument insignifiante.
Munro-Kern eut un succès par la compression suivant le sens antéro-postérieur dans un cas de dépression ovalaire siégeant dans le pariétal. Il saisit le crâne dans le sens antéro-postérieur ; les deux pouces sur le front, les autres doigts sur l’occipital. A sa grande surprise, la déformation se réduisit brusquement, sans effort aucun, et avec un bruit semblable à celui qui serait causé par la réduction d’un chapeau rigide. L’enfant qui, jusque-là, n’avait fait que faiblement crier, se mit aussitôt à crier normalement et les battements du cœur augmentèrent d'intensité.
Depuis l’auteur a fait des expériences sur des cadavres de nouveau-nés, produisant des enfoncements, puis les réduisant par sa méthode avec une remarquable facilité.
Appliquée trois fois sur le vivant, la manœuvre a eu irois succès. Dans un cas il s’est agi d’une véritable résurrection. Lorsquela compression antéro -postérieure échoue, l’auteur recommande d'essayer la compression oblique qui lui a donné un succès,
Si ces tentatives échouaïent on aurait recours à la trépanation.