INSCRIPTIONS
Uîi vieillard a baigné cette pierre de ses larmes..
Le corrupteur de ma femme m'a plongé dans ces cachots.
Des enfants avides m'ensevelirent ici.
Cette pierre n'a jamais été consolée.
Je suis encfiaîné depuis quarante ans à cette pierre.
Ils ont couvert mes traits d'un masque de fer.
Sartine sourit à mes maux.
Lasciate ogni speranza voi chentraîe.
Je fus oublié.
. Mes enfants ! 6 mes chers enfants !
l'épichèle de républicain. Il est bien clair que par là « on doit entendre des cérémonies républicaine.^, des hymnes républicaines , etc.; bref, tout ce qui doit être à l'usage des républicains, et non des cérémonies puériles et ridicule!) que nous avons eu tant de raison de proscrire et que nous devons rougir d'avoir pratiqué » (sic).
O mon mari!
V enfer a vomi les prêtres.
V enfer a vomi les rois.
On écrasa sous mes yeux mon araignée fidèle.
Je ne dors plus.
Il y a (fuarante'{fuatre ans que je tneurs.
« Au milieu des décombres de la Bastille s'élevait Ja fontaine de la Këg^énération , représentée par la ^Nature , portant cette inscription : Sous sommés tous ses enfants.
» De ses fécondes mamelles , qu'elle pressait de ses mains , jaiUû»sait avec abondance une eau pure et salutaire. Le président de La Convention, après avoir, par une espèce de libation, an*osé le sol de la liberté, et après avoir bu de l'eau ré{;énératrice qui jaillissait de cette fontaine , a prononcé ce discours :
«Souveraine du sauvage et des nations éclairées, ô Nature! ce peuple immense rassemblé aux premiers rayons du jour devant ton image, est digne de toi : il est libre. C'est dans ton sein, c*est dans tes sources sacrées qu'il a recouvré ses droits, qu'il s'est régénéré. Après avoir traversé tant de siècles d'erreurs et de servitude, il fallait rentrer dans la simplicité de tes voies pour retrouver la liberté et l'égalité. O Nature! reçois l'expression de l'attachement éternel des Français pour tes lois, et que ces eaux fécondes qui jaillissent de tes mamelles , que cette boisson pure qui abreuva les premiers humains consacrent dans cette coupe de la Fraternité et de l'Égalité les 9erments que te fait la France en ce jour, le plus beau qu'ail éclairé le soleil depuis qu'il a été suspendu dans l'immensité de l'espace. •
» Ce discours fini, le président de la Convention a fait passer la coupe à quatre-vingt-six commissaires des assemblées primaires, doyens d'âge de leurs dépulations. Ils étaient appelés par ordre alphabétique au son de la caisse et de la trompette. Une salve d'artiUerie ^ chaque ibis qu'un commissaire buvait, annonçait la consommation de cet acte de fi*aternité '.
» Après que le quatie-vingt-sixième commissaire a eu bu dans la coupe iratemelie , une décharge générale d*artiUene a annoncé le départ du cortège. U a dirigé sa marche par les boulevards. Le premier groupe était formé des sociétés populaires réunies en masse .-
1 Ici on constate qu*on s'est écarté un peu du programme de David. « Alors, avait-il dit, on chantera sur Taîr chéri des enfants de Marseille des strophes analogues à la circonstance; le lieu de la scène sera simple, sera pri< dans la nature... et les commissaires, après avoir tous bu ensemble, se donneront réciproquement le baiser de paix. ■
elles poilaieui une bannière sur laquelle était peint Toeil de la surveillance, pénétrant un épais nuage.
» Le second (jroupe éUiit composé de la Convention nationale : chacun de ses membres poHait un bouquet formé d'épis <lc blé et de différents fi'uits : huit d'entre eux poitaicnt sur un brancard une arche ouverte, destinée à renfermer les tables sur lesquelles seront ^avés les droits de l'homme et l'acte constitutionnel.
n Les commissaires des envoyés des assemblées primaires des quatre-vingt-six départements formaient une chaîne autour de la Convention. Chacun d'eux était disting[ué par une pique, poiiion du foisceau qui lui a été confié par son dépaiiement , qu'il tenait d^uue main avec une banderole sur laquelle était écrit le nom de son département, et par une branche d'olivier, symbole de la paix, qu'il tenait de l'autre main. Les envoyés des assemblées primaires portaient é^- Icment à la main la branche d'olivier.
» C'était un spectacle vraiment ravissant que celui qu'oflrait le ^oupe des envoyés des assemblées primaires. La masse imposante qu'il pi*éseiitait , la gaieté de tous les visages, l'énergie qui brillait dans tous les yeux, peignaient admirablement bien la vigueur du corps politique du peuple français en même temps que le courage avec lequel il est disposé à combattre les despotes coalisés contre sa liberté.
» Le troisième gi'oupe était formé de toute la masse respectable du souverain.
» Ici tout était confondu : l'on voyait le président du conseil exécutif provisoire sur la même ligne que le forgeron ; le maire avec son écharpe à côté du bûcheron ou du maçon ; le juge dans son costume et un chapeau à plumes auprès du tisserand et du cordonnier; le noir Afirîcain, qui ne diffère que par la couleur, marchait à côté du blanc Européen. Les intéressants élèves de l'Institution des aveugles étaient traînés sur un plateau roulant *. Un char vraiment triomphal, que formait une simple charrue , conduisait un vieillard et sa vieille épouse; il était traîné parleurs propres enfants. Sur les attributs de tous ces di£fiérents métiers on lisait ces mots écnts en gros caractères : Voilà te service que le peuple infatigable rend à la société humaine.
» Parmi les différents attributs des arts et métiers portés en tiiomphe , on distinguait la presse , cette redoutable égide contre la tyrannie ; on y avait gravé ces mots : Sans elle point de liberté.
n Un groupe militaire conduisait en triomphe un char attelé de huit
' •• Offriront,- dit le programme du citoyen David, le spectacle touchant du malheur honoré, »
cJicvaux blancs; il contenait une urne dépositaire des cendres des héros niort3 glorieusement pour la patrie. Ce char, orné de guirlandes et de couronnes civiques, était entouré des parents de ceux dont on célébrait les vertus et le courage ; ces citoyens de tout âge et de tout sexe avaient chacun des couronnes de fleurs à la main ; des cassolettes brûlaient des parfums autour du char, et une musique militaire faisait retentir Tair de ses sons belliqueux. Enfin la marche était fermée par un détachement d'infànteiie et de cavalerie, dans le centre duquel étaient traînés des tombereaux revêtus de tapis, parsemés de fleurs de lis, et chargés des dépouilles des attributs de la royauté et de la noblesse. Parmi ces tombereaux, sur des bannières, on lisait ces mots : Peuple ! voilà ce qui a fait toujours le malheur de la société humaine.
» Le -cortège est arrivé dans cet ordre au boulevard Poissonnière , où était élevé un arc de tiioraphe.
» Sur la première face de l'arc on lisait cette inscription :
5 ET 6 OCTOBRE. Le peuple comme un torrent inonda leurs portiques : ils disparurent.
y Sut la seconde face :
Comme une vile proie, elles ont chassé le tyran devant elles.
» Sur un côté :
Sa justice est terrible.
• Sur Fautre :
Sa clémence est extrême.
» Sous ce portique se trouvaient les héroïnes des 5 et 6 octobre 1789, assises , comme elles Tétaient alors , sur leurs canons ; les unes portaient de& branches d*arbre, les autres des trophées, signes non équivoques de la victoire éclatante que ces courageuses citoyennes remportèrent sur les serviles gardes du corps. Là, elles ont reçu une branche de laurier du président de la Convention , qui leur a parlé en ces termes :
« Quel spectacle î la faiblesse du sexe et Théroïsme du courage ! » 0 liberté! ce sont là tes miracles! C'est toi qui dans ces deux jour- • nées où le sang, à Versailles, commença à expier les crimes des m rois , allumas dans le cœur de quelques femmes cette audace qui fit ■ fiiir ou tomber devant elles les satellites des tyrans! Par toi, sous » des mains délicates, roulèrent ces bronzes, ces bouches à feu qui » firent entendre à l'oreille d'un roi le tonnerre , augure du change- » mçnt de toutes les destinées. Le culte que t'ont voué les Français a » été impérissable à l'instant où tu es devenue la passion de leurs > compagnes. 0 femmes ! la libellé attaquée par tous les tyrans, pour
SI
3ÎÎ L\ DEMAGOGIE A PARIS.
» Hre défendue a besoin d'an peuple de héro«. C'est à vous à l'eu* • fitnter. Que toutes les vertus guerrières et çcn^reoées coulent avec » le lait maternel dans le cœur des nourrissons de la France! Lot r» représentants du peuple souverain , au lieu de la fleur qui pare la « beauté, vous offrent le laurier, emblème du coura(^e et de la vieil toire. Vous le ti-ansmettrez à vos enfants. »
» Puis faisant tonmer leurs canons , elles se sont réunies an souverain, et toujonrs dans une attitude fi^re elles ont snivi en ordre la .marche du cortéçe, qui est parvenu snr la f^ace de la Révointien.
» Sur les débris du piéilestal de la statue de Louis XV était élevée la statue de la Liberté, dont rinançuration s'est faite avec solennité : des chênes toufiiis formaient autour d'elle une masse im|>osante d'ombrage et de verdure ; le feuillage était couvert des offrandes de tous les Français libres. Rubans tricolores , bonnets de la liberté , hymnes, inscriptions, peintures, tels sont les fruits qui plaisent à la déesse : à ses pieds était un énorme bûcher avec des gradins an pourtour.
• Ici, » s'est écrié le président de U Convention, « ici, la luicfae ,n de la loi a frappé le tyran. Qu'ils périssent aussi ces signes honteux » d'une servitude que les (icspotcs affectaient de reproduire sous toutes » les formes à nos regards ; que la flamme les dévore , qu'il n'y ait « plus d'immortel que le sentiment de la vertu qui les a eflàcés ? Jùs- » tice! Vengeance! divinités tutélaires des peuples Iit)re«, attache/' à » jamais l'exécration du genre humain an nom du traître qui, sur un « trône relevé par la générosité, a trompé la confiance d'un {>euple » magnanime ! Hommes libres î peuple d'égaux , d'amis et de frères , « ne composez plus les images de votre grandeur que des attributs de » vos travaux, de vos talents et de vos vertus : que la piqne et le bon- « net de la liberté, que la charrue et la gerbe de blé, que les em- » blêmes de tous les arts par qui la société est embellie, enrichie, fbri> ment désormais toutes les décorations de la République Terre sainte ! » couvre-toi de ces biens réels qui se partagent entre tous les faom- » mes, et deviens stérile pour tout ce qui ne peut servir qu*anx jouis- Il sances de 1* orgueil. »
« C'est après ce discours, dans le plus profond silence, qu'ont été oflferts en sacrifice expiatoire les attributs de la royauté : fà , en présence de la Déesse chérie des Français, les quatre-vingt-six commissaires , chacun une torche à la main , se sont empressés à Tenvi d'y mettre le fen; et aussitôt après des mflliers d'oiseaux i*emius à la' liberté, portant à leur cou de légères banderoles, ont pris lenr vol' rapide dans les airs , et ont porté an ciel le témoignage de la liberté reftdne à la terre.
• Le cortège s'est rendu sur la place des Invalides : an milieu de
la place, sur la cime de la inonta|fiic, était roprë«entë en sculpture, par une figure colossale, le pbcple Fai^çAis, portant cette inscription x
V aristocratie a pris cent formes diverses ; le peuple tout-puissant ta partout terrassée,
• De ses bras vigoureux il rassemblait le faisceau départcmenlal ; l'ambitieux fédéraliste sortait de son fang^eux marais ; d'une main il écartait les roseaux et s'efibrçait de l'autre d'en détacher quel(]ue portion. Le peuple français Taperçoit, prend sa massue, le frappe, et Je f ai trentrer dans ses eaux croupissantes pour n'en sortir jamais.
» Là le cortég^e s'arrête, et le président de la Convention accable d'imprécations dans un discours le monstre du fédéralisme,
9 Le cortège s'est ensuite acliemioé vers le Champ de Mars : avant d*y entrer on a rendu un hommage éclatant â l'égalité par un acti* authantique; on a passé sous un portique, dont la nature seule semblait avoir hki tous les frais : deux termes, symboles de la liberté et de l'égalité , ombragés par un épais feuillage , séparés et en lace l'un de l'autre, tenaient, à une distance proportionnée, une guirlande ti4colore et tendue , à laquelle était suspendu un vaste niveau, le niveau national ; il (Glanait sur toutes les têtes indistinctement.
» Bntrés dana le Champ de Mars, le président de la Convention nationale , les ^pialre-'vingt-six commissaires des assemblées primaires, les envoyés des assemblés, primaires, ont monté les degrés de l'autel de la pi^rie, le peuple s'est rangé autour de Tautel; là, le président de la Convention nationale, ayant déposé sur l'autel de la patrie tous les actes de recensement des votes des assemblées primaires , le vœu du peuple français a été proclamé par lui , en présence des envoyés du souverain , et sous la voûte du ciel , en ces termes :
« Français , vos mandataires ont interrogé dans quatre-vingt-six » départements votre raison* et votre conscience sur l'acte cpnstitu- » tionnel qu'ils vous ont présenté : quatre-vingt-six départements ont
• accepté l'acte constitutionnel ; jamais un vcru plus unanime n'a orga- » nisé une république plus grande et plus populaire. Il y a un an, n notre tei;pitoire était occupé par l'ennemi : nous avons proclamé la
• Bépablique, nous fômes vainqueurs. Maintenant, tandis que nous 1* constituons la France , l'Europe l'attaque de toutes parts. Jurons » de défendre la Constitution jusqu'à la mort .- la République est » éternelle! »
» Le peuple français a fait alors le serment de défendre la Constitution jusqu'à la mort : le serment fait , les quati*e-vingt-six commissaires des assemblées primaires ont remis au président de la ConTention la portion du faisceau qu'ils avaient portée à la main tout le temps
tic la marche. Le président les a attachées toutes ensemble avec un ruban tricoiore, puis il a remis aussi l'arche qui renferme la Constitution. Le prAident a prononcé à haute voix : « Peuple ! je remets le » dépôt de la Constitution sous la sauvegarde de toutes les vertus, ■ Le peuple s'en est emparé respectueusement, il l'a porté en triomphe, et des accolades mille ibis répétées ont terminé cette scène touchante.
» Le président de la Convention s'adressant ensuite aux mânes des {guerriers morts pour la patrie, a dit :
« Au moment où nous venons de proclamer solennellement , en » présence du peuple iî*ançais , l'acceptation de l'acte constitutionnel , .. pourrions-nous ne pas couronner cette auguste journée par le tou- 1* chant adieu que nous devons à ceux de nos frères qui ont succombé n dans les combats? Ils ont été privés de concourir à la Constitution « de leur pays , ils n'ont pas dicté les articles de la liberté française ; Il mais ils les avaient préparés, inspirés parleur dévouement héroïque. •• Hommes intrépides! je vous salue avec respect, je vous embrasse N au nom du peuple français ; je dépose sur vos restes protecteurs la » couronne de laurier que la Convention nationale et la patrie vous n présentent. Ce ne sont pas des pleurs que nous donnerons à votre » mémoire ; l'œil de l'homme n'est pas fait pour en répandre. Pour- •• quoi ces larmes? Serait-ce pour vos parents et vos aînés? Votre re- » nommée les console. Ils se sont dit que vous étiez fortunés de repoli serdans la gloire... Vous êtes morts pour la patrie, pour une terre •> chérie de la nature, aimée du ciel , pour la République... Vous êtes n entrés sous la tombe après avoir rempli la destinée la plus g^lorieuse « et la plus désirable qu*il y ait sur la terre... *»
» Il a remis ensuite au peuple l'urne cinéraire après l'avoir couronnée de lauriers sur l'autel de la patrie. Le peuple s'en est majestueusement emparé ; il l'a déposée dans l'endroit désigné pour y être élevé par la suite une superbe pyramide. Le terme de toutes ces cérémonies était un banquet fi*ugal; le peuple, assis fraternellement sur l'herbe et sous des tentes pratiquées à cet effet au pourtour de l'enceinte , a confondu avec ses frères la nourriture qu'il avait apportée. Enfin des danses et des chants d'allégresse ont terminé cette fèie mémorable et touchante. >
La Constitution de 1793, adoptée par la Convention le 27 juin, et par ce qu'on appelait le peuple le- 10 août, bien qu'elle n'ait jamais été appliquée, doit prendre place ici , comme l'expression la plus complète des théories politiques de la Montagne.