LES MOIS RÉPUBLICAINS
Cheveux blancs, le Front (;hauve et le corps tout voûté, Nivôse, tout transi, par la glace arrêté. Appelle Pluviôse; il Tappelle et le prie * De fondre les glaçons en répandant la pluie. Elle tombe, et bientôt dissipant les frimas, Ventôse invite Flore à revoir nos climats. Le riant Germinal féconde les semences, Promet, fait concevoir de douces espérances; Et Flore et Floréal, son époux fortuné. L'un et l'autre le front de roses couronné. Couvrent de mille fleurs la terre rajeunie ! Voyez- vous Prairial reverdir la prairie? Messidor a donné le signal au faneur, Il a remis la faux aux mains du moissonneur. Cependant Thermidor, quand on empKt nos granges, Colore les raisins et mûrit les vendanges. 0 mortels! Fructidor, vous comblant de ses dons, Règne sur les coteaux, brille dans les vallons : Faites dans vos celliers, amis de la bouteille, Couler les flots ambrés du nectar de la veille; Vendémiaire est là du matin jusqn*au soir Qui préside lui-même aux travaux du pressoir ; Lui seul peut éclairer la vapeur de Brumaire Et peut rendre plus court le règne de Frimaire,
Les jours de chaque décade se nommeront : 1, primidi; 2, duodi; 3, tridi; 4, quartidi: 5, quintidi; 6, sextidi; 7, septidi; 8, octidi; 9, nonidi; 10, décadi.
Instruction d après le décret de la Convention.
« La Convention nationale , en abolissant l'ère vulgaire pom* les usages civils, a décrété que Fcre des Français compterait de la fondation de la République, qui a eu lieu le 22 septembre 1798 de Tère yulgaii^e, jour où le soleil est arrivé à Téquinoxc vrai d'automne, entrant dans le sig^ne de la Balance, à neuf heures dix-huit minutes du matin pour l'Observatoire de Paris.
» Le commencement de chaque année est fixé à minuit, commençant le jour où tombe Téquinoxe vrai d'automne pour l'Observatoire de Paris.
» La première année de là République française a commencé à minait, %% septembre 1792, et a fini à minuit, séparant le 21 du 22 septembre 1793.
• La deuxième année a commencé le 22 septembre 1793 à minuit, l'équinoxe vrai d'automne étant arrivé, pour l'Observatoire de Paris, à trois heures sept minutes dix- neuf secondes du soir.
» Tous les actes datés l'an deuxième de la Républiqqe, passés dans le courant du l**" janvier au 22 septembre exclusivement , sont regardés comme appartenant à la première année de la République.
» L'année est divisée en douze mois égaux de trente jours chacun, après lesquels suivent cinq Jours pour compléter l'année ordinaire, et qui n'appartiennent à aucun mois ; ils sont appelés les jours complémentaires.
» Chaque mois est divisé en trois paiiies égales de dix jours chacune, et qui sont appelées décades, distinguées entre elles pai^ première, seconde et troisième.
« Les mois, les jours de la décade, les jours complémentaires, sont désignés par les dénominations premier, second, troisième, etc., jour de la décade; premier, second, troisième, etc. , jour complémentaire.
» En mémoire de la Révolution , qui , après quatre ans , a conduit la France au gouvernement républicain , la période bissextile de quatre ans est appelée la Franciade.
» Le jour intercalaire qui doit terminer cette période est appelé le jour de la Révolution. Ce jour est placé après les cinq jours complémentaires.
» Le jour, de minuit a minuit , est divisé en dix parties ; chaque partie en dix aut|*es , ainsi de suite , jusqu'à la plus petite portion cornmensurable de la durée. Cet article ne sera de rigueur pour les actes publics qu'à compter du premier mois de la troisième année de la République.
» Tous les actes publics seront datés suivant la nouvelle oiçanisation de Tannée.
» Tous les ([uatre ans, ou toutes les Franciades, au jour de la Révolution , il sera célébré des jeux républicains en mémoire de la Révolution fî*ançaisc. «
Extrait du rapport fait à la Convention nationale sur le nouveau calendrier, par PH, FR, NA, Fabre-if Eylantine .
« L<'S cinq jours des sans-culottides, composant une demi-ciëcade, seront dénommés primidi^ duodi, tridi, quarddi, quinddi; et dans Tannée bissextile, le sixième jour, sextidi ; le lendemain. Tannée recommencera par primidi, premier de vendémiaire.
» ISous terminerons ce rapport'par Tidéc que noua avons conçue relativement aux cinq fêtes consécutives des sans^ulottides ; nous ne vous en développerons que la nature. Nous vous proposerons seulement d'en décréter le principe et le nom, et d'en renvoyer la disposition et le mode à votre comité d'instiiiction.
» Le primidiy premier des sans-culottides, sera consacré à l'attribut le plus précieux et le plus relevé de l'espèce humaine , à ï Intelliyence ((ui nous distin^'ue du reste de la création. Les conceptions les plus (grandes, les [dus utiles à la patrie, sous quelque rapport que ce puisse être, soit dans les arts, les sciences, les métiers, soit en matière de lé[jislation , de philosophie ou de morale ; en un mot, tout ce qui tient à l'invention et aux opérations créatrices de Tespnt humaio , .sera préconisé publiquement, et avec une pompe nationale, ce Jour primidi, premier des sans-culottides. Cette fête s'appellera la fêle du Génie,
I» heduodi, deuxième des sans^ulottides , sera consacré à Tinduatrie et à l'activité laborieuse, les actes de constance daii^ le labeur, de long^animité dans la confection des choses utiles à la patrie ; enfin tout ce qui aura été fait de bon , de beau et de gp*and dans les opérations manuelles ou mécaniques , et dont la société peut retirer de Tavanta(;e, sera préconisé publiquement et avec (me pompe nationale, ce jour duodi, deuxième iXas sans-culottides. Cette fête s'appellera la fête du Travail.
n Le tridi, troisième jour des sans-culottides, sera consacré aux fprandes, aux belles, aux bonnes actions individuelles; elles seront préconisées pubhquement et avec une pompe nationale. Cette fête s'appellera la fête des Actions.
» Le quartùHy quatrième des sans-culottides , sera consacre à la cérémonie du témoi{[nage public et de la gratitude nationale envers ceux qui, dans les trois jours précédents, auront été préconisés, et auront mérité les bienfaits de la nation ; la distribution en sera flûte publiquement et avec une pompe nationale, sans autre distinction entre les préconisés que celle de la cbose même et du prix plus ou moins grand qu'elle aura mérité. Cette fête s'appellera la fêle des Récompenses.
» Le quintidi, cinquième et dernier des sans-culottides , se nommera la fêté de t Opinion "... Permis à l'opinion dans ce jour de se manifester de toutes les manières : les chansons, les allusions , les caricatures , les pasqiiinades , le sel de l'ironie , les sarcasmes de la folie, seront le salaire de celui des élus du peuple, des fonctionua»res, qui l'aura tron^pé ou qui s'en sera fait mésestimer ou haïr. L'animosité particulière, les vengeances privées ne sont point à redouter ; l'opinion elle-même ferait justice du téméraire détracteur d'un magistrat estimé...
«• Tous les quatre ans , au terme de l'année bissextile , le sextidi ou sixième jour des sans - culoltides , des jeux nationaux seront célébrés. «
Au sujet de la substitution des noms de légumes , de fruits et d'instruments aratoires aux noms des saints dans le nouveau calendrier, le rapport s'exprimait ainsi :
« Les prêtres avaient assigné à chaque jour de l'année la commémoration d'un prétendu suint : ce catalogue ne présentait ni utilité ni méthode ; il était le répertoire du mensonge , de la duperie et du charlatanisme.
» Nous avons pensé que la nation, après avoir chassé cette foule de canonisés de son calendrier, devait y retrouver en place tous les objets qui composent la véritable richesse nationale, les dignes objets, sinon de son culte, au moins de sa culture; les utiles productions de la terre , les instruments dont nous nous servons pour la cultiver, et les animaux domestiques, nos fidèles serviteurs dans ces travaux ; animaux bien plus précieux, sans doute, aux yeux de la raison , que les squelettes béatifiés tirés des catacombes de Rome.
< Par amendement, la Convention a décrété que la fête des i^rtion^ serait célébrée le primidi des sans-cuiottides , sons le nom de la fête de la Vbbtd, et la fête de V Opinion \v quartidi des sans-culotlides.
404 LA DëMAGOGIE A PARIS.
» En conséquence , nous avons rangé par ordre , dans la colonne de chaque mois, les noms des vrais trésors de l'économie rurale. Les grains, les pâturages, les arbres, les racines, les fleurs, les fruits, les plantes, sont disposés dans le calendrier de manière que la place of le quantième que chaque production occupe sont précisément le temp.n et le jour où la nature nous en fait présent.
» A chaque quînttdi , c'est-à-dire à chaque demi-décade, les 5, 15 et 25 de chaque mois, est inscrit un animal domestique, avetrapport précis entre la date de cette inscription et l'utilité réelle de l'animal inscrit.
1» Chaque décadi est marqué par le nom d'un instrument aratoire, le même dont l'agriculteur se sert au temps précis où il est placé ; de sorte que, par opposition, le laboureur, dans le jour du repos, retrouvera consacré, dans le calendrier, l'instrument qu'il doit reprendre le lendemain ; idée , ce me semble , touchante , qui ne peut qu'attencbir nos nourriciers, et leur montrer enfin qu'avec la République est venu le temps où un laboureur est plus estimé que tous les rois de la tcne ensemble, et l'agriculture comptée comme le premier des arts de 1» société civile.
» Il est aisé de voir qu'au moyen de cette méthode il n'y aura pati de citoyen en France qui, dès sa plus tendre jeunesse , n'ait fait insensiblement et sans s'en apercevoir une étude élémentaire de l'économie rurale; il n'est pas m£*mc aujourd'hui de citadin, homme fait, qui ne puisse en peu de jours apprendre dans ce calendrier ce qu'à la honte de nos mœurs il a ignoré jusqu'à cette heure , apprendre , dis-je, en quel temps la terre nous donne telle production, et en quel temps telle autre. J'ose dire ici que c'est ce que n'ont jamais su bien des gens très-instruits dans plus d'une science urbaine , £istueuse on frivole.
» Je dois observer qu'il est un mois dans l'année où la terre cM scellée et communément couverte de neige; c'est le mois de nivôse, c'est le temps du repos de la terre. Ne pouvant trouver sur sa surface de production végétale et agricole pour figurer dans ce mois, nous y avons substitué les productions, les substances du règne animal et minéral, immédiatement utiles à l'agriculture; nous avons cru que rien de ce qui est précieux à l'économie rurale ne ilevait échapper aux hommages et aux méditations de tout homme qui veut être utile à sa patrie.»
Nous donnons pour le premier mois l'éuumération des dix jours de la décade avec leurs dénominations numérales. Il nous semble inutile de la répéter pour les autres mois de Tannée.
VENDÊMIAIRC.