ORDRE DU JOUR D HANRIOT
Da 21 septembre 1793, l^ao II de la République française.
« Mes camarades, tenons-nous sur nos gardes ! des citoyennes peinées de la paix qui règne entre nous veulent allumer le feu de la guerre civile; trente d*entr* elles ont déjà insultéer la cocarde nationale : prenez y garde , citoyens et citoyennes respectables , il est facile de voir que c*est encore Tor du ministre anglais et compagnie qu*a ëtë répandu avec profusion.
» Une citoyenne qui est attachée à son pays et qu*a ses petites occupations journallièros , ne commet jamais d'extravagance capable de troubler l'harmonie d'une Bëpublique telle que la notre , ou Ton veut anéantir le règne des intrigans qui l'affligent et voudroient se la partager. Veillons plus qu'à Tordinaire, veillons, et arrêtons les agitateurs de tout sexe , traduisons les devant les autorités constituées qui doivent en connaître ; point de grâce aux mécbans et aux perturbateurs, et faisons parler la loi, devant ces êtres indignes de la société.
« Il partira incessamment deux convois d'artillerie, l'un pour Strasbourg, l'autre pour le Mans.
« Les réserves toujours de cent hommes et les patrouilles fréquentes tant aux barrières, pour empêcher la sortie du pain et des farines de Paris, qu'autour des portes des boulangers, pour en dissiper les attroupements et autour des établissemens publics pour y maintenir la tranquilitë et faire respecter les couleurs nationales.
» Signé à l'original : Hanriot, commandant général. »
AN II DE LA RÉPUBLIQUE, — Dimanche 22 septembre, !•' vendémiaire. — Le 22 septembre, Pévéque de Périgueux vint à la Convention nationale pour lui faire hommage de sa femme. « Je l'ai choisie, dit-il, pauvre de fortune, mais riche en vertu , parmi la classe des sans-culottes. » Il termina en
demandant que TAssemblëe prit le mariage des prêtres sous sa protection spéciale. On demanda que la femme de Févêque fût admise aux honneurs de la séance , et que le président lui donnât l'accolade fraternelle, ce qui fut exécuté au milieu des applaudissements universels. C'était Cambon qui occupait le fauteuil.
Les quarante-huit sections de Paris vinrent encore ce jourlà demander, de la manière la plus pressante, qu'enfin TAssemblée s'occupât de la taxe des denrées de première nécessité.
Extraits des rapports de police, par le citoyen Rousselin '. — « Li* spectacle de Louvois donna une pièce patriotique qui fîit applaudie généralement. On prétend qu*â la Rochelle la première réquisition refuse de partir ; il faut se défier de cette ville.
M Un jeu de cartes , où les Dumouriez et Custines sont les rois, les Corday des reines, les volontaires des valets, paraît depuis peu.
<• Des cens de campagne racontent que des courriers passent pai chez eux en criant : « Les ennemis sont aux portes de Paris, il uy » a plus de Convention , les denrées sont sur le pied de Tancien » régime. »
y* Michonis , celui qui présenta l'œillet k Antoinette , est toujours visité par les aristocrates dans sa prison. Un prêtre réiractaire le voit assidûment. — Jeu défendu au jardin É£[alité, n* 145. — On as&ure que la communication entre Narbojuie et Perpignan «Si iiitercq>tée.
» Le.s malveillants persuadent au peuple que dans peu on décrétfira une seconde levée.
» La plupart des chefs de la première réquisition sont de vieux patriotes très-connus. — Quoique le pain soit toujours difficile à avoir, le peuple n'en murmure point.
» Malgré le mauvais temps, les sections s'exercent an maniement des armes matin et soir.
» On renouvelle la motion de porter le signe sacré de notice liberté (le bonnet roege).
« Les femmes font tres*peude difficulté à se soumettre au décret.
" C'est la nuit que les niai*chaiids d'aii§^ent choisisseot poar leoi commerce; ils se laissent difficilement approcher.
^ Commissaire ebser valeur de l'esprit public.
» Le rassemblement chez de Jeune libraire, Palais-Eg^alitë, continue toujours. — On regardait Dampierre comme un héros, et on trouvait à redire aux fêtes en Thonneur de Marat.
' » On se plaint à Laig^lc et à Mortagne des aristocrates, qui indisposent jusqu'aux campagnes. Ces plaintes entravent la réquisition ; cependant il faut beaucoup de circonspection dans la déférence qu'on pourrait avoir pour ces réclamations.
» On dît que des commis des bureaux de la mairie et autres administrations sèment le trouble sur la section de la Montagne, où plusieurs demeurent, et menacent, dit-on encore, de foire emprisonner ceux qui les dénonceraient sans les entendre.
> Les militaires et les femmes remplissent les cafés du jardin Égalité, surtout à dix heures du soir: ne serait-il pas convenable d'indiquer une heure où ces citoyens seraient tenus à se rendre chez eux?
« On se récrie toujours contre les gens de la campagne qui vendent excessivement cher.
» Le peuple a manifesté sa joie lors de l'inauguration sur la place du Louvre du buste de Marat.
» La halle regorge de farine, et cependant la presse continue chez les boulangers.
» La facilité de voir les prisonniers est nn peu trop évidente. Les guichetiers et gendarmes n*ont pas, à ce qu'on prétend, toute la sévère intégrité qu'exige leur rigoureux ministère.
i> On exécute fort mal la loi qui ordonne l'inscription des citoyens au-dessus de leurs portes, ils sont placés trop haut; cependant on pourrait s'en servir pour en tirer d'utiles renseignements.
1» Tous les citoyens parlent de t Observateur sans-culotte; chacun désirerait pouvoir se le procurer, car la rigueur de la saisonne permettra pas bientôt de le liie au coin des rues. »
LE CALENDRIER REPUBLICAm.
Bien que le rapport de Fabre d'Églantine , à la suite duquel fut adopté le nouveau calendrier, soit du 3 brumaire (24 octobre), nous avons pensé qu'il fallait lui donner place au commencement de la deuxième année de la République. C'est le 5 octobre qu'eut lieu la discussion du projet de Romme, premier inventeur du calendrier: ce jour-là, l'ère vulgaire fut abolie pour les usages civils; le commencement de l'ère nouvelle fut fixé au 22 septembre 1792, époque de la fondation de la Repu-
blique. Le 22 septembre 1793 est donc le premier jour de l'an II de la République.
Noms des mois, correspondant à la température des saisons,
i , Vendémiaire y vendanges ; S , Brumaire, brumes et brouillards ; 3, Frimaire, frimas ou gelée; 4, Nivôse, neiges; 5, Ventôse, vents; 6, Pluviôse, pluies; 7, Germinal, reproduction de la terre; 8, Floréal, fleurs; 9, Prairial, prairies; 10, Messidor, moisson; 11, r/i^rwwV/or, bndanl ; 12, Fructidor, frniiB.
Voici des vers qui furent faits dans le temps sur les dénominations nouvelles données aux mois de Tannée