‹ La démagogie en 1793 a ParisChapitre 46 sur 47 · DOCUMENTS INEDITS CONCERNANT LE PROCÈS DE MADAME DU BARRY · texte numérisé non relu

DOCUMENTS INEDITS CONCERNANT LE PROCÈS DE MADAME DU BARRY

Les documents que nous allons publier sont inédits; ils ont cependant ^e Timportance, car ils sont les principales pièces d'un procès célèbre dont la déxnaçoQie a fait comme la profession de foi de sa moralité et de sa vertu , le procès de madame du Barry. On verra par eux comment et avec qui vivait la courtisane, et aussi comment instruisait et instrumentait la justice du Tribunal révolutionnaire. La dissolution des mœurs de Tancienne cour a eu autant de part à la ruine des institutions monarchiques que la barbarie et la bassesse des vengeances démagogiques ont contribué à la réaction thermidorienne et antirépublicaine. L'examen de ce dossier présente donc un double intérêt pour l'historien.

Avant de l'entreprendre , nous nous bornerons à rappeler les principaux incidents de la vie de madame du Barry , sur laquelle on a tant écrit de nos jours.

Son acte de naissance authentique établit qu'elle s'appelait Jeanne, était fille naturelle d'Anne Béqus, dite Quantiny, et née à Vaucouleurs le 17 août 1743. C'est M. Le Roi qui le premier a démontré la valeur historique de ce document, produit dans un procès engagé sous la Restauration entre les deux familles Gomard et Béqus , qui se prétendaient l'une et l'autre héritières de madame du Barry. Jusqu'à lui, tous les biographes, se fondant sur un faux acte de naissance fabriqué à l'époque du mariage, la faisaient naître, le 19 août 1746, de Jean -Jacques Gomard de Vaubernier et d'Anne Bécu.

La faveur de Jeanne Béqus, que l'on connut d'abord sou8 le nom de mademoiselle Lang[e, date de 1768 et de l'époque de la mort de la Reine. Un roué de la pire espèce , 'le chevalier Jean du Barry , un entremetteur de profession , Dominique Lebel, et un libertin dépravé, le duc de Ricbelieu, avaient porté de concert la fille calante dans le lit d'un prince vicieux, dissolu et blasé. Pour lui créer une condition sociale, Jean avait marié sa maîtresse, devenue maîtresse royale, à son frère le comte Guillaume du Barry, le !•' septembre 1768. Au mois d'avril de l'année suivante , la comtesse du Barry était présen* tée officiellement. Légère , coquette , cynique , rieuse et pas méchante, la comtesse s'amusa du Roi comme un enfant s'amuse des faiblesses d'un aïeul, jouant avec ies finances du royaume , brisant des ministres en faisant sauter des oranges , sans aucune idée que de se montrer docile et reconnaissante pour ceux qui lui avaient procuré une si haute fortune. Le 24 décembre 1770, 'Louis XV exilait Ghoiseul à Chanteloup : il donnait le. pouvoir au duc d'Aiguillon, à Maupeou et à Terray. Madame du Barry disposa donc du gouvernement; elle eut peut-être l'idée de disposer de la couronne et de la mettre sur sa tête, lorsqu'elle vit en 1773 le duc d'Orléans épouser secrètement sa belle et sage maîtresse, madame de Mon tesson.

A la mort de Louis XV , madame du Barry reçut l'ordre , le 12 mai 1774, de se retirer à l'abbaye du Pont-aux-Dames ; mais l'exil fut de gourte durée, et elle put revenir le 7 janvier 1776 à Luciennes , où elle mena une existence conforme à ses goûts , livrée à la galanterie, à la prodigalité et aux plaisirs.

On a cherché à évaluer ce que madame du Barry avait reçu du monarque pendant sa faveur. M. Le Roi estime qu'elle a dû recevoir 12,429,559 livres, somme qu'il faudrait tripler pour se rendre compte de ce qu'elle permettrait de faire aujourd'hui. Mais il ne tient pasvcomple de ce que madame du Barry a distribué autour d'elle sans en prendre note, de ce qu'elle a donné, par exemple, à sa famille, à son mari Guiltaume, au dissipateur Jean, à sa belle-sœur Glaire du Barry, dont le^

fils , le vicomte , épousa , par la fiaveur de la courtisane , la belle mademoiselle de Toumon, une parente, rien que cela! des Soubise et des Gondé.

Les fragments de correspondance qui échappèrent à la destruction faite par madame du Ba^ry de toutes ses lettres, fragments qui furent produits dans le procès , montrent madame du Barry en relations amicales avec les personnages, hommes et femmes, les plus considérables de la cour. On voit bien là cette noblesse française telle que la Révolution Ta trouvée et frappée, c'est-àdire avilie , rampant devant la faveur du maître , même lorsqu'elle dépend des caprices d'une courtisane , et sensible au prestige de l'or, même lorsqu'il n'est que le prix de viles complaisances. Si la démagogie avait trouvé la du Barry punie par le mépris, elle ne l'aurait peut-être pas tuée par le glaive : ce sont les relations nobiliaires de la courtisane qui l'ont désignée à ses vengeances.

Quoi qu'il en soit, les comptes qui suivent donneront une idée du faste scandaleux de la comtesse. L'un se rapporte à des dépenses faites dans mi seul mois, le mois de février 1772. Ouelques dettes de jeu y sont mentionnées : 341 louis à l'un , 342 à l'autre, 137 à M. le duc de Duras; à M. le duc de Cossé 12,800, à M. de Montvallier 10,000, etc. Madame la comtesse est belle joueuse ; il est vrai que les écus ne lui coûtent guère : ils ne coûtent qu'au peuple affamé. La folle créature devait un jour se trouver en face de celui qu'on appellera le Vengeur du peuple y et se rouler avec des sanglots et des supplications vaines à ses pieds.

Etat des payements fcdts sur les 300,000 livres de février.

A Lepine, sellier lO,©©©*^ ■■

A Quesnel , charron 4,254 13

A Gaichard, sculpteur pour solde 4,426 »

A Roettiers, orfèvre iO,000 >

A madame Poirier 10,000 »

A Auberi, joiallier 5,000 •

A Bufïault 20,000

A reporter ca,680'* 13»

Report 63,680" 13*

A Lenormand , marchand de soye 20,000 »

A GrueJ 5,000

A Tripperet, brodeur 3,000 »

A Lameaux 37,400 »

A Boyicau, manufacture de Sèvres 10,000 »

A M. Behmer, joiallier 50,000

A M. L e marquis En trai{jii es , 381 1/2 louis. . . 0,156 »

A M. le duc de Laval, 342 louis 8,208

A madame Yanot, marchande de dentelles. . . 4,000 » A M. le prince Dhenin, pour madame de Mirepoix,

54 louis 1,296 »»

A M. le marquis d'Arcambot 17,599 19

A M. de Lorme , avocat 720 »

A Cagny, doreur 2,000 »

A Maclrondt pour M. Boyer 3,120 »

A Mad* Pag^elle , marchande de modes 6,000 »

A M. le duc de Duras, 137 1/2 louis 3,300 »

A Demay, joiallier * 6,000 »

A M. le duc de Cossé, 1 12,800 «

A M. de Montvallier 10,000 »

A Lenormand, marchand de soye 10,000 n

A Lemoyne, sculpteur 2,000 «

A Cazanova, peintre 2,400 »

A Briard, peintre * 4,000 '»

A madame la comtesse de Bear 960 »

A M. de Flessel, intendant de Lyon 4,762 15

297,403'* 7- Pour solde , il revient à madame la comtesse. . . 2,596 13

Je prie M. Beaujon de faire remctti'e à M. le Pot-d'Auteuil , mou notaire , les diverses quittances cy-dessus mentionnées , montantes ensemble à la somme de deux cent quatre-vingt-dix-sept mille quatre cent trois livres sept sous , et je reconnais que mondit sieur Beaujon m*a remis celle de deux mille cinq cent quatre-vingt-seize livres treize sous pour solde des trois cent mille livres qu*il avoit à moi.

A Versailles, le 11 may 11*12.

Voici un autre compte dont le total a été publié sans avoir été détaillé. Or, le détail surtout est instructif.

Bref état des sommes payées pour le compte de madame la comtesse du Barry par M. Beaujon , suivant les vingt bordereaux dudit sieur, qui ont été remis par ladite dame au sieur de Montvatiier, son intendant; lesquelles sommes seront divisées dans les douze articles ci-après .

Obsbuvation. — Le sieur de Montvallier prévient qu*il n*a pu rendre ce travail plus complet , attendu qu*il n'a pas la suite des bordereaux de M. Beaujon, et qu'il y a même une lacune entre celui du 15 février 1773 à celui du 10 septembre suivant, dernier desdits vingt bordereaux, et qu'il lui a été fait une remise de pièces sans bordereaux par madame la comtesse pour cette lacune, montant ensemble à la somme de quatre-vingt-treize mille deux cent livres employée dans les articles qui suivent.

sCÀVOin :

Art. 1*^. Aux marchands orfèvres , jouailliers et bijoutiers :

Orfèvres 313,328* !• - *\

Jouailliers 1,808,635 • 9 } 2,273,763" 1' 9*

Bijoutiers 151,800 « >

Art. 2. Aux marchands de soyeries, dentelles, toiles , modes, etc., etc.

Soyeries 369,810" 15- 3*^

Toiles et dentelles. . . . 215,988 6

Modes 116,818 5

Merceries 35,443 14 - ( 790,209 . 1

A divers parfumeurs, chape- 1

licrs, cliaudroniers , etc. 52,148 • 9 /

Art. 3. Pour meubles, tableaux, vases et autres ornements.

Meubles 24,398" 1- 8-)

Tableaux, vases, etc. . . 91,519 19 . j ii^»^a«> •

Art. 4. Aux tailleurs et brodeurs.

Tailleurs 60,322* 10- .*/ ^ ^

Brodeurs ^ 47,178 ■ • )

Art. 5. Pour achats de voiture , chevaux et fourrages.

Voiture et entretien. . . . 67,470" i" »^\

Chevaux 57,3*7 . » ( 131,6Î7^ !• »*

Fourrages 6,810 ■ » )

Art. 6. Aux peintres, sculpteurs, doreurs, fondeurs, etc., etc.

Peintres 78,0Î6* «• .^»

Sculpteurs 95,426 •

Doreurs 48,875 12 6 [

Fondeurs. . .^ 98,000 . » > 370,108 9 4

Marbriers. . .' 17,540 8 10 (

A divers ouvriers, menuisier

et serrurier 32,240 8

Abt. 7. Pour les anciens et nouveaux ouvrages de Luciennes.

Anciens \ \

ouvrag. 111,475" 6- 9*( 114,475" 6' 9^J Jardins. . 3,000 " " ) f

Nouveaux \ l

ouvrag. 205,638" 16- 8^(209,378" 12- 8d\ Jardins. . 3,739 19 » ) /

Art. 8. Sommes paiëes qu'on a pu appliquer aux différents comptes, les motift des paiemens n'étant point connus , cy. . . . . 55,619 2

Art. 9. Pour dépenses extraordinaires, dons, grattiffications , musique et aumônes. 47,525 5

Art. 10. Sommes paiées, divisées en deux parties. La première, considérée comme pour le compte particulier à madame la comtesse , et la deuxième, pour ses afikires. A madame la comtesse directement, ou pour elle à M" le comte, vicomte et demoiselle du Barry et autres 1,081,052" 15' 2'»

Deuxième partie à ses gens d'affaires et autres, y compris l'acqni- \ 1,742,676 11 11 sition du pavillon de l'avenue de Versailles. 661,623 16 9

ART. 1^. A-compte de la construction du

bâtiment audit pavillon 18,000^ •* »'

Art. 12. Recouvremens à faire 20,000 » »

Total 5,996,801'^ 5- 1*

Certifié véritable et conforme aux bordereaux mentionnés ci-dessus, à Luciennes, le 14 juillet 1774. Sig^né : de Montvaluer.

Passons maintenant à la correspondance de la comtesse.

Ce qui a été porté au comité de sûreté g^énérale et transmis par lui à Fouquier-Tinville est sans doute ce qui a échappé à la recherche qu'elle avait faite pour détruire tout ce qui, dans le cas d'une visite domiciliaire, aurait pu la compromettre. Nous nous bornerons à publier ce qui nous paraît digne d'intérêt. On verra d'ailleurs de quelles pièces était composée cette correspondance, par l'analyse perfide et odieusement méchante que nous reproduisons, et qui est l'œuvre d'un misérable nommé Greîve, acharné à la perte de la malheureuse femme. Cet homme a scinité, fouillé, interrogé tous ces papiers, annotant, coinmentant, récriminant. Partout il croit apercevoir la trace d'un complot, même dans les expressions les plus in8ig;nifiantes , dans les sentiments les plus naturels ; partout il flaire le crime, parce qu'il flaire le sang. A côté de ce tigre, Fouquier ne parait plus qu'un instrument banal , retentissant et emphatique, dont on a préparé la tâche , aiguisé les arguments , armé l'éloquence. 11 fonctionnera comme une machine à tuer , mais Greive travaille comme une espèce d'artiste ; il a la passion du meurtre , il chasse le gibier pour la guillotine : pourvu qu'elle ne le manque pas , il est content !

Voici d'abord une lettre de madame Yigée Lebrun. Elle n'a aucun rapport avec le procès , mais c'est une bonne fortune de la rencontrer, et le lecteur ne s'en plaindra pas. Elle est assez longue et consacrée tout entière à la description de l'Italie , que la grande artiste était allée visiter lorsque la crainte de la révolution l'avait fait fuir de Paris. Du reste, si madame le Brun n'a pas l'intention de rentrer de sitôt en France, elle se garde bien, en personne prudente, de l'insinuer. D'un autre côté, elle connaît

trop bien la place que le duc de Brissac occupe dans le cœur de la comtesse pour oublier de parler de lui. — Nous reproduisons fidèlement l'orthographe de cette lettre, sur laquelle Greive a écrit en note : Lettre de la femme de Lebrun y peintre, et maîtresse de Calonne, Il suffisait d'avoir été en relation avec madame du Barry pour être odieusement calomnié par Greive.

Lettre de madame Vigëe Lebrun à madame du Barry, (Inédite.)

Madameja Comtesse,

Voilla des siècles que je désire me rappeller à votre souvenir et à vos bontés, ce n'est point oubli, je vous assure ; mais j'ai si peu de mo ment à moy. M. Robert a due vous informer combien je m'occupois de vous , madame la comtesse , et Tai souvent prié de me donner de A'os nouvelles; j'espère qu'il aura eu l'honneur de vous le dire. Je suis actuellement à Naples, qui est un séjour délicieux; la nature s'est plu à embellir ce beau climat; le ciel y est pur; la vue de la mer, qui encadre la ville qui surmonte la terible en emphytehatc , font tout ensemble un coup d'oeil pitoresque et charmant. Je vais mi promener souvent, et c'est un grand plaisir de suivre le cotteau de Pausilipe qui, de même en emphithéatre , nous monti^e des maisons de campagne de distance en distance. Ji ai fait aussi mes cources d'antiquités en parcourant les lieux qu'a si bien décrit Virgille. G est tristes restes de monuments détruit ne sont plus que des vestiges informe , et cependant on les voit avec un respect, un sentiment que l'on peut décrire. Ce qui m'a le plus enchanté est la vue du promotoir de Misène, Procita, Iscia. Du haut du lac Averne on découvre ces trois illes ce détachant dans l'étendue de la vaste mer; cest une vue vraiment poétique; le jour le plus pur éclaire ces masses d'une manière aeiienne , le calme qui y règne , tout cela produit un effet magique; l'on croit rêver en regardant. Je suis allé aussi a Pestum; ce . voyage est très-fatiguant , mais j'avoue qu'on ne tient pas au désir de voir des monuments de 3 ou 4 mille ans , si près de soi ; la distance n'étant que de 25 lieux. C'est la ou l'on voit trois temple^, dont un, celui de Junon , bien conservé ; sa forme extérieure est presqu'en son entier; il est dailleur noble et imposant comme tout ce qu'on fait les anciens. Nous ne sommes en comparaisson que .des pigmés. Ce n'est pas quil ne reste aussi des choses qui ont leur échelle trèspetite, car la ville de Pompéia est d'une proportion de petitesse

incroyable. Le temple qu'on y voit, celui d'Isis, e»t trè^-petit, les maisons aussi; mais il faut croire que c*étoit un faubour ou bien quelle chose comme cela: mais, pour en revenir à Naples et à ce qu'il l'entoure, j'avoue qu'il faut voir ce pays comme une lenterne magique délicieuse ; mais y fixer ces jours , il faut être accoutumé â lydée et à la terreur qu'inspire ces volcans. Ce mont Vésuve fait peur, et surtout comme l'on en peut douter tous ces lieux d'alentour sont toujours en attendant ou éruption ou tremblement de terre, ou même la peste qui existe à 2 ou trois lieux pendant la grande chaleur. Les lacs ou Ion m'est i*ouir le lin produit aux habitans des campagnes "un air infecté qui leur donne la fièvre et la mort : voilla le revers de la médaille. Sans tous ces petits inconvénients, tout le monde habiteroit ce délicieux climat. Je comptois ny rester que 6 semaines, mais ji ai tant de tableaux a faire que je suis pour six mois ; cela retarde mon doux projet de Luciennes, celui de tenniner votre portrait au mois d'octobre, mais que je reviendré avec plaisir! Car là tout est beau, tout est bien, point de revers de médaille; je peins ici madame de Havronski, l'ambasadrice de Russie, qui est fiaiche, jolie et excelentissime personne. Je devois commencé par vous instruire que j'ai aussi les enfans de la Reine, les deux aines sont dcja fort avancé ; le Roi et la Reine a qui j'ai eu Ihonneur d'êti-e présenter avec le tableau que j'ai fait à Rome, m*ont reçue avec une bonté et un grâce parfaite. En tout, je n'ai qu'à me louer de l'indulgence que l'on m'a accorder à tlome et a Naples, et même dans les villes ou je n'ai fait que passer; l'on m'a reçue de touts les académies ; cela ne fait que m'encourager a mériter de si flateuses distinction. Je peins aussi une très belle femme, madame Harle, qui est amie du ministre d'Angleteri'e ; jen fait un grand tableau d'Ariane gai y sa Figure prêtant à ce choix. Mais je crains bien, madame la Comtesse, d'abuser de voti'e complaisance en vous fessant tous ces détails ; cette letre est déjà trop longue ; j'ai comté sur l'intérêt que vous avez eu la bonté de me témoigner; pardonnez-moi donc de causer aussi longtemps avec vous ; soyez assuré par la même que je ne vous oublie pas, et que ce sera pour moi un grand bonheur d'être au moment ou je pourrais vous en dire encor davantage. Malgré toute les jouissances que les arts me procure dans ce voyage, je retourneré * avec un grand plaisir pour revoir tout ce qui m'attache â ma patrie; c'est le mot, n est-ce pas? Avant dy revenir, je veux revoir encor ma chère Rome que jydolatre par tout ce qu'elle renferme de divain.

Ah! c'est là où je voudrais vivre avec mes parents et amis Mais

enfin je veux en finir, car si je décrivois Rome, je ne quitterois pas la plume de si tôt, et ce qui m'occupe en ce moment, c'est la prière que je vous fait, madame la Comtesse, de me donner de vos nou-

velles, et si votre santé est aussi bonne que je Tai laissé! Parlez-moi aussi de M. le duc de Brissac; se souvient-il de moy? Si vous voyez madame lambassadrice de Portug^al , madame la comtesse de Brunoy, rappelez-moi , je vous prie , à leur souvenir, en les assurant de mes hommag^es respectueux ; c'est avec les mêmes sentimens que j'ai l'honneur detre ,

Madame la Comtesse, Votre très-humble et très obéissante servante, Lb Bruk.

Au bas de la lettre est écrit :

Je vous prie aussi de ne pas m'oublie auprès de M. et madame de Boisaig^on ; comment ce porte t il et ce qui lui appartient.

La Reine est accouchée hier d'un prince, qui cause une joie çénéraie à Naple.

Si une femme comme madame du Barry avait eu quelque sentiment de dig^nité^ elle aurait témoigné son respect pour la mémoire de son royal amant , à sa manière , par une vie régulière et décente; mais il n'en fut rien. Il n'est pas bien sûr que Louis XV ait eu moins de successeurs que de prédécesseurs, depuis Pharamond. Un de ces successeurs fut le duc de Cossé- Brissac, pair et grand panetier du Roi, gouverneur de Paris, capitaine colonel des Gent-Suisses de la garde du Roi , celui qui se distingua entre tous par la fidélité de son dévouement à Louis XVI. On sait qu'il répondit à quelqu'un qui lui en témoignait de l'admiration : <^Je ne fais que ce que je dois à ses ancêtres et aux miens. » L'amour de madame du Barry honore médiocrement Brissac , mais l'amour de Brissac peut honorer madame du Barry. La liaison date au moins de 1787 , car voici une lettre de cette année qui en contient le témoignage :

Lettres du duc de Brissac à madame du Barry.

A Vendosme, ce 16 août 1181.

Je voudrais, chère amie, que vous eussiés pu m'annoncer une totale guérison de poitrine, et encore que votre embonpoint augmenta j vous ne faites ny l'un ny l'autre , et il faut néanmoins se réjouire un peu de votre paresse à laquelle vous êtes si peu accoutumée , puisqu'elle me Eût espérer. Que la mienne est grande : je Tavoue , et elle augmente, vous vous moins de moi. Je vous ai

écris de Brissac une grande lettre , peut être longue ; mais quand je m'entretiens avec vous je ne m*ennuye pas. Scavës vous que je suis assës picqué de n'avoir pas été nommé président de l'assemblée provinciale d'Anjou ; je ne l'ai pas demandé , mais à qui puis je attri» buer d'avoir été oublié : En vérité, cela me passe et m'afBige ; paresse à part, oui, cette paresse, tout agréable qu'elle est (Quelques mois

iUisiblés)

soit à Paris, soit à la cour, à moins que la ti*ompette éclatante ne m'appelle, j'y resterai, car, jai non ma poitrine, mais mes varisses à la poitrine ou à la gorge, ainsi que me l'a dit ce matin le vieux Guérin, qui ne demandent que repos et tranquillité, et ouverture de veines, s'il se peut, avant que l'accident n'amve; je crois que ce sera très raisonnable ; mais vous êtes peu pour la saignée, aussi vous n'approuverez pas cette vieille routine.

J'arrive de Rancvi^)^ par conséquent l'esprit de Vernage ne m'aura pas fait changer -d'avis ; mais il faut, chère amie, aller voir les troupes, vous quitter, vous dire que je vous aime , et que je serai heureux et satisfait de vous revoire en aussi bonne santé que je désire.

La lettre suivante, du 25 août 1789 , est remarquable. Elle renferme une adhésion sans réserve aux principes de la Révolution : La liberté est si précieuse qu'il faut bien l* acheter par quelques peines. En serons -nous meilleurs? Peut-être que non. Plus heureux ? Cela doit être. Et plus loin : La féodalité détruite n'empêchera pas d'être respecté et ainié, ce qui est le bon et le certain. La. destinée de Brissac prouva malheureusement que Taffeclion et le respect rife protègent pas toujours. Mais on est touché et charmé quand on rencontre, sous la plume et dans la bouche des plus illustres victimes de 1793 l'expression d'un enthousiasme désintéressé pour la grande cause de 1789. A quelle époque y a-t-il plus qu'en ce temps-là de rabnégatîon , une générosité héroïque? N'est-ce pas admirable de voir un duc de Gossé-Brissac applaudir à la destruction des privilèges , saluer avec transport le règne prochain de la liberté et de l'égalité? Illusions de jeune homme, dira-t-on. Non pas, car Brissac avait cinquante-quatre ans en 1789, et il écrivait :

Brissac, ce 25 aoast 1789.

Je vais demain trouver le marquis de Ray, à Angers, pour y terminer la revue d'un régiment; pour dordre de la cour, je n'en recois

point et je pense qu*il fhiidra retourner en Bretagne, sans aucunes certitudes, ce qui seroit bien fâcheux; ce cpii l'est, madame la comtesse, c'est de ne vous écrire qu'un mot; il faut faire partir le courrier, vous dire néanmoins que les sentimens qui m'attachent à vous sont vifs et sincers. Que je vondrois être à la place de la société qui souvent joui du plaisir de vous voir. Leurs avez-vous donnez de bons pains, nous n'en n'avons pas manqué, et nous avons du beau froment recueillie pal* le plus beau tems du monde. Je me porte aussi bien que le peut permettre les affaires du tems.

Il y a ici trois ou quatre personnes qui troublent la tranquilité, qui règne dans touts ses allentours. Cest une calamité qu'il faut bien supporter. La liberté est si précieuse qu'il faut bien Tacheter par quelques peines; en serons-nous meilleurs? peut-être que non; plus heureux? cela doit estre. L*égalité, la médiocrité et la simplicité forme un repos qui doit rendre poli et humain. Adieu, madame la comtesse, recevés toujours avec bonté l'hommage de votre plus zélé et fidel serviteur. Votre lettre est du 17; j'en ai déjà reçue du 22, mais cette dernière de vos lettres est très-propre. Dans un mois j'ai lexpoire de vous revoir, et jen ai grand besoin. Milles respects à mademoiselle votre belle sœur.

On m'a souhaité hier la bonne feste très-bruyament, très-militairement ; il m*a paru que le cœur entroit pour beaucoup dans les vœux de mes concitoyens : la féodalité détruite n'empêchera pas d'estre respecté et aimé, ce qui est le bon, et le certain. Pour vous, madame la comtesse, qui n'avés besoin des uns, qu'un moment pour enlever tous les cœurs.

La comtesse était à Paris chez le duc de Brîssac, lorsqu'eut lieu à Luciennes, dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791 , le vol de diamants qui fut indirectement la cause de sa perte. Elle fit afficher partout Ténumération et la description des objets volés, dont la valeur fut estimée s'élever ^ 1,500,000 livres. Elle attirait ainsi tous les regards sur son luxe et sur l'origine d'une fortune qu'elle avait tout intérêt à faire oublier. 11 lui restait d'aUleurs plus de 25,000 livres de rente, sans parler d'une infinité d'objets précieux.

Les ennemis de madame du Barry ont mis en doute la réalité de ce vol, alléguant qu'elle l'avait inventé pour avoir un prétexte d'aller à Londres et pour dissimuler les dépenses qu'elle faisait en faveur des émigrés. Cette assertion, que les dénoncia-

teurs de la du Barry avaient intérêt à produire, est démentie par des documents positifs , comme cette lettre de Brissac, écrite peu de jours après l'événement.

Ce mercredi, 2 février 1791.

Arrivés, très cher cœur, et prenes toutes les précautions possibles pour votre vaisselle et autres effets encore pretieux, s*U vous en reste; oui, vous et votre beauté, votre bonté et votre magnanimité, jen suis confus et me sens plus foible que vous. Et pourquoy ne le serois-je pas pour l'objet qui m'intéresse si vivement. Adieu, venez donc de bonne heure. Votre arivé est il sçu ; ne maves vous pas dis que ce soir vous auries a souper dix ou douze personne ; donnesmoi vos ordres vite par cet exprests qui reviendra sur le champs; dailleurs tout sera prest pour que vos ordres soient exécutez.

Adieu, je vous aime, et vous embrasse ,de tout mon cœur.

A ce soir.

Au dos est écrit : A Madame, Madame la comtesse du Barry, à Luciennes,

M. Bertrand, ancien intendant de Rennes, est nommé ministre de la marine.

Ce 3 octobre 1791.

Mon petit Dauphin est pai*ti, je suis sans lunette, je vous écris donc un seul mot qui les renferme touts ; je vous aime et pour la vie, malgré les vieux et leurs envies. — Demain j'irai diner avec vous, et vous mènerai M. de Bunville (?), l'abbë Billardy et M. le Goust. Nous avons fait huit lieux à cheval; le Roy a tué trois fiiisands, et mon déjeuner a été un bon diner ; je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur. Je viens de faire un pâté dont je vous demande escuse. Rien de nouveau.

En novembre 1791, Brissac prit le commandement de la garde constitutionnelle, dont la dissolution fut prononcée le 29 mat 1792. Son chef, mis en arrestation sur la dénonciation de Bazire et de Chabot, attendait à Orléans le jugement de la haute cour de justice , lorsque les Marseillais vinrent le prendre en septembre et le conduire à Versailles, où il fut massacré avec ses compagnons d'infortune. Brissac, depuis le 10 août, s'attendait à une fin tragique. Dès Je 11, il écrivait à madame du Barry :

Ce samedi II aoust 1*792, à Orléans, 6 heures du soir.

J*ai reçue ce matin la plas aimable des lettres, et celles que depuis lon^emps a plus davantage à mon cœur. Je vous en remercie. Je vous baise milles et milles fois ; oui, vous serrez ma dernière pensée. Nous i{piorons tous les désastres. Je gémis, je frissonne. Ah! cher cœur, que ne puis-je estre avec vous dans un deser plus que je n*ai pus estre qu*à Orléans, ou il est fort fâcheux d'estre. Je vous baise milles et milles fois. Adieu, cher cœur. La ville est tranquille jusqu'à présent.

L'ignoble Greive a souligné une fois la ville est tranquille, et deux fois jusqu'à présent, en ajoutant : // espérait donc une émeute ! ! Évidemment le malheureux Brissac voulait dire : Jusqu'à présent je vis ; quand la ville cessera d'être tranquille , je serai tué.

On comprend combien profonde fut l'affliction de madame du Barry. Brissac, avant de mourir, avait fait un testament par lequel il laissait à sa maltresse 24,000 livres de rente viagère pour l'indemniser de la perte de ses diamants , dont il avait été involontairement la cause, disait -il. La lettre suivante de madame du Barry à madame de Mortemart, fille de Brissac, a été déjà publiée , mais inexactement. Nous la reproduisons d'après le texte, de la main de madame du Barry, que nous avons sous les yeux :

Personne n*a plus senti que moi , madame , Tétendue de la pei-te que vous venes de faire. Je me flatte que vous ne vous êtes pas méprise sur le motif qui m'a empêchée de vous en faire plustot mon triste compliment en mêlant mes larmes au vôtre. La crainte d'augmenter votre juste douleur m*empechcra de vous en parler, la mienne est à son comble, une destinée qui devoit être belle, si ylorieuse * ; quelle fin, grand Dieu ! Le dernier vœu de votre trop malheureux père, madame, fut que je vous remisse mes soins; ce vœu est trop conforme à mon cœur pour qu'il ne soit pas remplie ; recevez en l'assurance et douter jamais des sentimens qui m'attachent à vous pour le reste de ma vie.

1 < La destinée de Brissac » , die une note de Greive. Archives, 9" liasse, cotée 5.

Fut-ce après la mort de Brîssac ou après la mort du Roi que madame du Barry écrivit le billet suivant, dont Torthog^raphe n'est pas meilleure que celle des lettres adressées par Brissac à sa maîtresse ?

Depuis ce cruel jour, Monsieur, je suis dans un état de douleur qu'il vous ait aisé de consevoir. Le voilà consommée ce crime effroyable, qui me rend si malheureuse et qui me livre à des reg^rets éternelles. Au milieu des horreurs qui m'environnent, ma santé ce soutien; on ne meure pas de douleur. Je suis sensiblement touchée. Monsieur, de votre interest; il adoucieroit mes peines si je pouvois ne pas les sentir à chaque instant. J*ai reçu aujourd'hui des nouvelles de votre femme. Je pense qu'elle viendra bientôt me voir; je Tattends avec impatience. Il est si consolent d'être avec des personnes qui ont nos mêmes sentimens que je regrette tous les instants que je passe sans les voir.

La lettre suivante est attribuée , par mie note de Greive , à Rohan-Chabot , auquel la comtesse avait eu occasion de prêter une somme considérable, u Cette lettre est incontestablement de Roban-Ghabot ; voyez la lettre signée de lui annexée au con* trat de vente, n Elle est intéressante, à cause des détails qu^elle renferme sur les divers portraits de madame du Barry. Elle fait bien fortement présumer , par la tendresse passionnée du style , que le duc de Brissac a eu au moins un successeur. Une femme d'un si bon cœur n'a pu se refuser à faire des beureux tant qu'elle a vécu.

Je vous envoyé, ma chère et tendre amie, le tableau que vous avez désiré; triste et funeste présent, mais que je sens autant que vous mesmcs que vous avez dû désirer. Dans une telle situation que la nôsti*e, avec de si g^rands sujets de peines et de malheurs, c'est un aliment à notre mélancolie que nous cherchons et qui nous convient au delà de tout.

J'ai envoyé cherché les trois portraits de vous qui étoient chez luy^-, ils sont icy ; j'ay gardé un des petits , c'est l'original de celuy qui est habillé avec une chemise ou peignoir blanc, et coiffé d'un chapeau avec une plume. Le second est une copie de celuy là dont la tête est

^ Brissac.

finie, mais rhabillement n'est que esquissé; ils ne sont encadrée ny Tun ny Taultre.

Le g^rand de madame Lebrun est délicieux, d'une ressemblance ravissante, il est parlant et d'un a([rément infini ; mais vraiment j'aurois cru trop indiscret de le choisir, et celuy que je carde est si agréable, si ressemblant et si piquant, que j'en suis exti*émement content et transporté du bonheur de le posséder.

Celui commencé par Letellier n'est que crayonné et la teste n'est à" peine qu'une ébauche qui pourra devenir ressemblante. Je l'ay feit reporter chez le peintre.

Quand à votre jjrand portrait et à la copie de celuy que je gfarde , dites moy, chère amie, si vous voulez que je vous les envoie, ou si je dois les foire reporter où ils étoient, enfin quelle destination voulez-vous en foire ; je ne désire plus que d'en avoir un que je puisse porter sur moy, et qui ne me quitte jamais. Venez donc, cher amour, passer deux jours icy ; venés diner chez moy, avec qui vous choisirez ; donnés-moy quelques instants de bonheur; il n'en est plus qu'avec vous ; repondésmoy sur tout ce que je vous demande; venés voir un moment qui vous aime audela de tout, par dessus tout, jusqu'au dernier moment de sa vie. Je baise mille ibis la plus charmante des femmes qu'il y ait au monde, et dont le cœur si noble et si bon mérite un attachement éternel.

La lettre est datée de samedi 7 septembre 1793. . La siluation de la comtesse était alors bien çrave. Elle avait fait quatre voyages à Londres, le premier le 16 février 1791, sur l'avis que les voleurs étaient arrêtés. Revenue à Luciennes le 4 mars , elle était repartie un mois après , munie d'un passeport en règle et d'une lettre de ses banquiers Vandenyver , qui lui ouvrait à Londres un crédit illimité. Cette lettre sei^it plus tard de prétexte au Tribunal révolutionnaire pour envoyer à la mort les Vandenyver, soupçonnés d'entretenir l'émigration par l'envoi de grandes sommes aux nobles émigrés. Un troisième voyage eut lieu, du 2 mars au 25 août 1792. Le procès ne finissait pas ; les bijoux étaient sous les scellés. La comtesse , dans l'espoir d'obtenir qu'ils lui fussent remis , fit'un quatrième voyage. Elle partit le 14 octobre, après avoir prévenu la municipalité de Luciennes des causes de son déplacement. Les catastrophes dont elle avait été témoin n'avaient pas rendu la du Barry prudente et circonspecte. Elle commit faute sur faute, d'abord en pi*o-

loDgeant son séjour à Londres outre mesure, ensuite en affichant ses sentiments royalistes dans une ville où de nombreux espions signalaient aux comités de g^ouvemement la conduite des Français réfugiés. La comtesse, qui était généreuse et charitable, comptait sans doute sur ]a reconnaissance du grand nombre de ceux qu'elle avait obligés à Luciennes pour la défendre contre les dénonciations. Elle connaissait mal cette race envieuse, rapace et cruelle qui entoure les grands, cette race insatiable de valets et de paysans à laquelle il semble que les riches ravissent tout ce qu'ils ne leur donnent pas ou refusent de leur laisser prendre. •

La correspondance de madame du Barry nous fait rencontrer quelques types de cette partie de l'espèce humaine si dangereuse aux époques de perturbation sociale. Voici d'abord un domestique de la du Barry recommandé à notre estime par une note de l'honnête Greive, qui fit de lui un des principaux instruments de ses desseins :

Lettre du pauvre Salanave, père de famille, quelle a chassé de sa maison à cause de son patriotisme; il est actuellement secrétaire du Comité de salut public de Versailles.

On verra par ces lettres jusqu'à quel point cette femme poussait sa haine contre les patriotes. •

Madame ,

Il m*e8t impossible de me rendre à vos ordres. J*en ay demande deux fois la permission et on n'a pu me Taccorder; je ne sais pas même quand je pourrai Tobtenii*; mais vous pouvez, Madame, faire payer à ma femme ce que vous me devez. Je lui ferai j)asser ma quittance, et elle vous remctra ce dont vous m'aviez chargé et le plus tôt possible vous débarrassera de sa personne. Quand au peu d'argenterie que vous m'aviez donné en compte, Ja vérification en sera bientôt laite, et Noblot peut sûrement bien conter en présence de qui vous voudrés ce qu'il a entre les mains. Quand à la porcelaine, il ne doit pas en manquer puisqu'elle a été sous le scelé ; il y manquera cependant un ecuel , mais on la trouvcrra dans laffaire.

Veuillez donc bien payer à ma femme, pour me mettre à portée de me meubler. Quand à moy, je ne puis m'exposer a perdre ma

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place , car je suis bien sur que si je navoi pas celle cy je me trouve-

roy sans, et il y a longtemps que vous lavez dit, non pour moy

seulement y mnù pour bien dautres,

Salamatb.

Venailles, le S4 ao&t 1793.

Voici une autre lettre plus curieuse encore. Greive Ta caractérisée en ces termes : Lettre très-intéressante du fameux espion Rotonde , C'était un professeur de langues étrangères qui se recommandait à la confiance du public, en 1792, dans les termes suivants d'une annonce que nous extrayons des RévO' Unions de Paris y n"* du 31 mars au 7 avril 1792.

«Rotondo, professeur de langues latine, anglaise et italienne, continue ses leçons particulières chez lui et en ville. Il avertit ses élèves de Fun et de l'autre sexe, qu'ils seront admis dans les cours publics qu'il donnera à l'École des Jeunes Français, au ci-devant prieuré de Saint- MaHin des Champs, rue Saint-Mailin , Ecole patriotique et nationale, sous les auspices du Directoire et de la manicipalité de Paris.

» On s'adressera pour les conditions, place du Carrousel, n** 662, magasin des bâtiments du Roi, chez M' Leneveu-Alorde, ou au bureau général de l'administration de la Société des Jeunes Français, au cidevant prieuré de Saint-Martin des Champs. »

On jugera de la science et de la moralité du professeur Rotondo par la lettre qu'il écrivit à la comtesse , probablement dans un but 'de chantage et pour lui escroquer de l'argent. Il croit la tenir à sa discrétion , et il exige qu'elle vienne chez lui, cette maîtresse d'un roi , pour admirer la générosité et la délicatesse de Rotondo. Au reste , à quoi bon les commentaires ?

Madame , Vous m'obligerez malgrée moy davoire l'honneur de vous dire, comme je pence, et que jaurez due vous le dire la première fois, vous nignorez pas le service inportant que je vous ait rendue , je suis très surpris que votre manière dagir nait point répondue à la noblesse de la mienne. Croyez qu'il m'en coutte de vous faire ce reproche. L'affaire pour laquelle je vous ait rendue s'ervice va se ralumez pir que jamais. Je nai plus le temps dallez pour une seconde fois chez vous, parceque je suis responsable au publique de mon temps. Je veux bien vous renouvelle ma demeure affin , entre 8 et 9 heur du matin , vous trouviez le temps de venir chez moy poui* voir jusqua quel point jai

606 appendice;

poussai ma générosité et ma délicatesse. Je vous donne le restant de cette semaine pour ^ire vos refFections; passé ce temps, vos démarches en généralles serez inutiles; je suis très respectueux, Madame, Votre très humble et trcs-obeissant serviteur,

Siyné : Rotto^do, professeur.

A Paris, ce 24 jaillet^

ROTTOUDO, professeur,

Place du Carousel, au maj^asin des baiimentu du Roy, n« 662, Chez madame veuve A lard.

Au dos est écrit :

J*aime mademoiselle de tout mon cœur et pour

la vie éternelle.

A côté de Tespion prêt à la délation , du domestique associé au délateur, se rencontre le serviteur fidèle, du moins la pièce suivante indique quelqu'un qui parait sincèrement attaché à la comtesse. Mais le malheur de la femme calante est d'être mal aimée, mal estimée et mal traitée, même par les gens désireux de la bien servir. Ce sont presque des ordres que lui donne celui qui la fait si bien connaître en disant : u Je prie madame la comtesse d'être une femme, non-seulement belle et aimable, mais de caractère , et qui soit la maîtresse chez elle. »

Madame la comtesse noublie t elle point aucuns papiers ne'cessaires?

Madame la comtesse a t elle donné des ordres à Lucienne , et est telle bien certaine qu'ils seront exactement suivies.

Madame la comtesse veus telle bien me prester pendant son absence milord.

Madame la comtesse voudra t elle bien me faire commander par le ch. Escours uniquement deux paires de bottes, une à lecuyer et lautre a langloise; elle voudra bien se char]g[er tune botte a lecayer; il faut qu'elle soit si belle, qu'elle orne les éperons qu'elle ma donné. M. de Moernois demande une pièce de letofïe dont elle ma donné pour envellopper mon pied. Je tacherai de scavoir de mon beau père la quantité d'aulnes quil en désire, croyant quil peut y avoir de cette

^ Le millésime manque, mais il n'y a que 1793 qui puisse expliquer l'insolence de l'espion et la détresse de la comtesse , forcée de subir un tel langage.

étoffe des pièces dune longueur prodif^îcuse. Je desirerois un cheval entier, froid, point harg;neux ny braillard ; un cheval quil faille pousser plustot c^ue retenir; un cheval qui ne soit pas de la 1^' vitesse et qui ne saute pas les barrieiTcs. Un second cheval de chasse qui soit libre dans les épaules, et qui n'ait pas le talent du sault, quil Faudroit lui faire perdre du mpment quil seroit à moy. Le chevalier Escours lui sera dun grand secours; il serait ce qu'il nie faut, de la« solidité et de la beauté. Si par hazard je demande à naadame la comtesse un porte chaise de dix à douze louis, ce sera dapres ce quelle me mandera que je me desciderai à lui demander cette acquisition, si non je men tiens aux deux chevaux ; si on ne peut en avoir un entier sans de grandes peines et un argent excessif, je me contenterai de deux bons chevaux , dont un pour la fîgure peu et doit être plus beau Tun que lantre ; mais je désire du solide encore plus que du beau.

Je lui demande une douzaine de paires de bas de coton, et du tricot de quoy faire deux culottes et deux gillets.

Je la prie de penser à moy et tout autant à elle y et de faire un second voyage aussi honorable que le premier.

Je la prie de faire milles compliments aux diverses personnes que jai t honneur de connoistre en Angletterre , et particulièrement au lord duc de Quensùergruty, et à M. Forth^ auquel f ai répondu très-fidellement.

Jaurai Ihonneur d'écrire souvent à madame la comtesse, et lui manderai sur lemplettc du petit clicval au juste largent quelle doit y mettre, depuis dix louis jusqiia vingt; probablement on ne pourra ny voudra passer outre.

' Je lui recommande beaucoup de prévoyance pour son retour, surtout si elle rapporte les objets retrouvé; en tout il faut quelle ne parle pas, si elle le peut, Datis touts les instants de la vie, le silence est bon, et il est de nécessité absolue dans les circonstances présentes. Tout ce qui nous entoure a des oreilles intéressé à tout entendre.

Madame la comtesse na pas assez de soins de ce qui lui apartient, il faut garder son argent et ses bijoux soy-même. Jespers qu'en donnant le conseil je le prenderai pour moy; je prie madame la comtesse denfin être une femme non seulement belle et aimable, mais de caractère, et qui soit la maitresse chez elle. Je me recommande à son souvenir, et lui dis adieu en désirant ardemment de la voir bientôt de retour en bonne santé; il faut

^ Célèbre espion anglais , dit une note de Greive.

queUe médite son affaire y enfin quelle aille plus viste et sans arrest.

Ce dimanche 3 avril 1791.

Tout ceci en parti est écrit d'après les avi8 donné par lettre, par M. Forth, auquel j*ai reconnu un grand jugement et entendement; je traiterais volontiers vis à vis de lui , et conséquemment avec un tiers si les circonstances se présentoient. Rien n*est impossible dans le cours de la vie. Il y auroit beaucoup de reflexions à faire sur cet article , qui demanderoit trop dexplications pour entrer en matierre. Heureux qui na pas dafFaires et qui peut uniquement soccuper de son jardin , ainsi que je le fais dans ce moment. Je ne finirai pas sans me recommander aux très bonnes grâces de madame la comtesse a laquelle je' souhaite un bon voyage.

Cette note avait été remise à la du Barry clans l'intervalle de son premier à son second voyage. A l'époque du quatrième voyage, la situation était devenue, nous l'avons dit, bien grave pour la comtesse. L'ennemi qui devait faire tomber sa tête s'était déclaré. Greive l'avait dénoncée comme émigrée, et avait obtenu du district de Versailles l'ordre de mettre les scellés chez elle (16 février 1793).

Le 19 mars, madame du Barry accourait de Londres à Luciennes. Alors s'engage entre la victime et celui que nous pourrions appeler le bourreau, une lutte désespérée d'une part, furieuse et implacable de l'autre. Dans ce combat, la courtisane, avec ses séductions, sa bonté et son innocence, se fait quelques défenseurs, qui payeront de leur vie la sympathie qu'elle leur a inspirée ; elle ne parviendra qu'à retarder de peu de jours le dénoûment sanglant, car Greive dispose, au profit de sa haine, de toute la force de la démagogie.

C'est d'abord sur les autorités locales qu'il agit ; mais un des administrateurs du district de Versailles, Boileau, protège la malheureuse femme et s'oppose à son emprisonnement. Alors Greive s'adresse à la Convention; il vient à sa barre, assisté du maire, des municipaux de Luciennes, réclamer ran*estation de madame du Barry. D'un autre côté, celle-ci a su intéresser à son sort quelques habitants du pays , qui donnent leurs signatures

à une pétition en sa faveur ; elle trouve un défenseur dans un membre du directoire de Versailles , Lavallery , touché de pitié ou d'amour. De la part de Greive , redoublement d'efforts, appel à Topinion publique dans un libelle qui a pour titre : L'Egalité controuvée ou Petite histoire de V arrestation de la du Barry , ancienne maîtresse de Louis XV, etc., 31 juillet 1793, Paris; nouvelles notes ardentes, pressantes, venimeuses, adressées au Comité de sûreté générale. Un si beau zèle pour la chose publique devait enfin triompher. L'ordre d'arrestation est donné par le Comité de sûreté générale, et Greive lui-même va le mettre à exécution le 22 septembre. Il arrache sa proie au fastueux séjour de Luciennes, et triomphant la conduit à Sain te -Pélagie, d'où elle ne sortira que pour aller à la Conciergerie et de là à la mort. L'intervalle fut rapidement franchi. Le 22 novembre avait lieu l'interrogatoire , le 7 décembre le jugement, le 8 le supplice.

Le tribunal ne laissait pas d'ordinaire languir les accusés; mais il est juste de reconnaître que le mérite de l'extrême diligence dont il fit preuve en cette circonstance revient en grande partie à l'honnête Greive. Les notes écrites par celui-ci. extrêmement détaillées, que nous trouvons dans le dossier du procès, prouvent qu'il a fourni tous les éléments, toute l'argumentation de la condamnation. Il analyse les pièces, il accumule les charges , il démontre la culpabilité avec une ardeur qui pouvait faire ressembler le zèle de Fouquier à de la tiédeur, et qui eût été gênante pour tout autre que pour des jurés solides. Il ne croit pas cependant avoir &it assez; il dresse la liste des témoins, il détermine leur moralité selon le plus ou moins d'appui qu'ils doivent apporter à l'accusation. Nous avons là un curieux tableau de la démagogie à Luciennes, car on pense bien que ces serviteurs infidèles, ces valets chassés, ces dénonciateurs gorgés de rapines ou des bienfaits de la comtesse, ont à divers degrés été honorés de la confiance de leurs concitoyens. Salenave est, nous l'avons vu, secrétaire du comité de surveillance du district de Versailles; le nègre Zamore, nommé dans un jour de belle humeur par le roi Louis XV gouverneur de

Luciennes avec traitement , méritait un dédommagement pour son d^ouvemement perdu, au moins une place dans ce comité; on la lui donnera ' : il n'y a qu'à admirer le civisme du jardinier Froment, du chirurgien Devrez, deux notables, du vicaire de Luciennes, Renaud, de l'instituteur L'Heureux. Dans la valetaille qui vivait aux dépens de la courtisane, on ne trouve qu'un honnête homme, Morin, et pour n'avoir pas déclaré tous les objets précieux qu'il avait aidé sa maîtresse à cacher, Morin sera guillotiné.

L'interrogatoire de madame du Barry, l'acte d'accusation, la plaidoirie de Fouquier, le jugement du Tribunal, la dédaration des objets précieux cachés faite par la condamnée au moment où elle allait être conduite au supplice, sont des documents connus qu'on peut lire dans l'excellente Histoire du Tribunal révolutionnaire de M. Campardon (deuxième édition). Nous ne les reproduirons donc pas ici. D'ailleurs ils se rapportent moins directement à notre sujet que ceux que nous donnons et qui n'avaient point encore été publiés. Toutes les révolutions ont leurs commissions de vengeances plus ou moins cruelles et iniques , qu'elles appellent des tribunaux ; mais ce qui caractérise la démagogie, qu'elle ait à sa tête un César quelconque, Tibère ouDomitien, ou bien un Comité de salut public, c'est la délation récompensée et honorée, élevée à la hauteur d'une institution sociale. Un tel système, qui fait de l'homme un être plus vil cent ibis et plus cruel que la bête féroce, puisqu'il transforme la trahispn, l'ingratitude et le parricide même en vertu civique, un tel système est digne de l'horreur et de l'exécration. Il est donc du devoir de l'historien de ne négliger aucune occasion d'en mettre les œuvres sous les yeux de tous. L'histoire de madame du Barry est celle de beaucoup d'honnêtes

< Cependant il paraît que l*infamie des délations de Zamore contre sa maitre3.se et sa bienfaitrice ne le mit pas entièrement à Tabri des persécutions, tant le nom de la du Barry était odieux anx démagogues. Nous arons trouvé cette mention dans un des registres consacrés à Tenregistrement de la correspondance de la police (Archives de TEmpire), à la date du 9 nivûse an II (29 décembre 1793): Arrestation par la commune de Sever, département de Seine^t-Oise, du nommé Zamor, élève de la du Barry.

gens de ce temps-là qui ont été victimes des mêmes trahisons. Si elle ne prenait pas pour instruments Tes mobiles les plus abjects du cœur humain, si elle n'en rapportait pas les infamies au vain et spécieux prétexte du bien public, la tyrannie serait sans force parmi les hommes : elle gouverne par la délation , elle règne par la terreur.

Chef cT accusation contre la du Barry^.

1° Elle a joui d'une grande faveur auprès de la couronne de France, même après sa prétendue disgrâce, et elle a été liée avec ceux qui sont aujourdhuy nos plus cruels ennemis jusqu'à l'époque de la Révolution.

Preuves. — Les lettres de Galonné, de Yilledeuil, de Durvey, banquier de la cour, et successeur de Beaujon, etc.;

2<* Elle a continué ses liaisons avec eux depuis la Révolution.

Preuves, — Dans sa coiTespondance et intimité avec Brissac, avec sa fille , la ci-devante duchesse de Mortemart, émigrée et rentrée deux ou trois fois , comme il parott tant par sa correspondance avec, que par les notes et billets qui indiquent suffisamment ce fait , et qui se trouvent écrits de part et d'autre à Londres, Paris, d'Aix-la-Chapelle, et par le témoignage du citoyen Blache et autres témoins occulaires , par son intimité avec le ci-devant chevalier de Coigny, dont la commission auprès des puissances coalisées de la part du tyran est constatée par n* C.C.C. dans le quatrième recueil des pièces imprimées par ordre de la Convention, page 12, par son intimité avec le ci-devant duc de Coigny, son père, émigré, avec sa femme, Brunois, émigrée, avec Y ambassadrice de Portugal y parente de La- £ftyette, une de nos plus acharnées ennemies, avec la ci-devant duchesse de Brancas, comme il paraît claire par les lettres comprises dans l'inventaire ainsi que par des témoins, avec le ci-devant marquis de Nesle , émigré, avec le ci-devant marquis de Vaupalière', émigré ; avec la ci-devante comtesse de Laigle ; avec le ci-devant chevalier de Durfbrt; avec Jeudy, tHonmaud , au n« 40, rue du Bouloir, dont les lettres sont cy-annexées ; avec La Bondie, comme il parait par les pièces annexées où celle-ci , arrêtée à Versailles , lui recommande un jeune homme qui pense à merveille; avec la Vougny,

< De la main de Greive.

2 En marge : Vougni était l'ami intime de Brissac. Salanave prouvera qus cet abbé dina chez elle le jour que Ton a pris Maiissabré, page de Brissac, et conspirateur du 10 août.

éini(p'ée , pour laquelle on voit par les pièces quelle ainsi que Brissac ont travaillés tant à Londres [qu*à Paris pour '] lui obtenir des passeports; avec Breteuil, avec le nomme Laroche, ex-vicaire dAgen, abbë de Fontenille ou de Laig^lc , guillotiné sur la place de la Bëvolution il y a un mois ; avec de Boissesson y émçré qui a épousé sa nièce , ci-devant major du régiment des Drageons de Gondë , dont le lieutenant-colonel était Jaucourt, le colonel Thoulouse-LButtec (voyez une lettre de Boissesson à Brissac, écrite de Wilhemstads en Hanauy où il parle de ses principes, etc.), avec le Grailiet, émigré; ci-devant g^arde d* Artois, le même dont on a trouvé les titres de noblesse, brevets, etc., enterrés dans le jardin, à Louveciennes, avec les diamans, or, argenterie de la du Barry, que la fille a GraUlet restoit toujours chez la du Barry et a été trouvée chez elle le jour de son arrestation ; sa mère est détenue à Versailles, sur la dénonciation irè»-récente d*une section , comme contre-révolutionnaire ; avec Galonné, comme il appert par une lettre signée La Neuville, adressée à Calonne lui-même, car sans cela comment se trouve-t-elle parmi ses papiers à Louveciennes? avec la femme VHarvelay*^ aujourd*hui Calonne, comme il appert par les mémoires de ses voyages à Londres, par une bague, par exemple, donnée à la femme Calonne, et portée en compte par le récit d'effets délivré par elle à la Calonne, par de l'argent donné par elle à son cocher, ainsi que par le témoignage de Blachc; par des liaisons avec la femme de le Brun, le peintre, amie et employé de Calonne auprès des cours étrangères, car il est constant que la fbmme le Brun a parcouru TEurope depuis la Révolution , au reste voyez comme elle persiffle en deux mots la Révolution dans la seule lettre que nous avons trouvés d'elle, dattée de Naples, avec Daiguillon, mère et fils (Blache le prouvera), ainsi que d'autres, avec Narbonne (comme Blache le prouvera); avec la ci -devant princesse Dhennin (Blache le prouvera), avec Forth, le fiimeûx espion anglais , qui a adroitement profité de son vol réel ou prétendue de diamans pour la rendre un instrument utile aux desseins des cours des Thuillerie et de Londres ; (voyez) ses lettres , les instructions de Brissac, les fi'équents voyages de son courrier et valet de chambre Peuçhet de Londres à Paris, de Paris à Londres, une lettre

^ Ces mots sont effacés dans l'original.

3 En marge est écrit ce qui suit :

N, B, Comparer cette époque avec les dépositions de Chaverot, n^ 4, page 28, deux recueils des pièces imprimés par ordre de la Convention nationale, second inventaire.

Voyez aussi la lettre cy-analysée de Benoît Drapier, domestique de cet abbé , adressée à Morin , factotum de la du Barry.

de Forth , de Saint-Germain en Laye en passant au mois de juillet , dont elle a déchirée la signature, parce que le 10 août, ou du moins la latte entre la liberté et la royauté approchoit, et le scélérat Bë' ihune^Charost m*a avoué à moy que Forth étoit à Paris à cette époque pom* aider la cour; lusage qu'elle a ^t à cette époque de Dati" gremont, exécuté depuis pour avoir recruté pour la cour, et qui rouloit Paris dans la voiture de la du Barry conduite psir ses chevaux; par ses liaisons avec ce même Dangremont, comme il appert par une pièce annexée où obtient huit fusils de Tadministration de police de Paris, en vertu d'un ordre signé Perron, sons prétexte d'une demande qui n'a jamais existée de la part de sa municipalité de Louveciennes , fait dont tous les habitans de celle-ci peuvent témoigner; c'étoit donc pour armer son château; et remarquez en l'époque, c'étoit au commencement de l'année 1790, où tous les ci-devant seigneurs cherchèrent à s'armer en vomissant des horreurs contre la garde nationale des lieux, etc. Observez aussi que la dénonciation faitte en l'année 1792, contre la du Barry d'un rassemblement (voyez la dénonciation de Ghaverot, n* 4, page 28 du recueil des pièces imprimées) chez elle; ce n'est qu'à l'époque du désarmement, en 1793, qu'on a trouvé des fusils; par ses liaisons avec Berthier, ci-devant intendant de Paris, qui s'est réfugié chez elle quelques jours avant son afiaire avec Rohan-Chabot , comme il appeil par une lettre de lui ainsi que par le contrat de rente ; avec le ci-devant chevalier Descours , écuyer de Brissac renfermé à la Force , et qu'il a toujours accompagné à Londres, qui a été l'agent intermédiaire pour les sommes prêtées à Vévêque de Rouen y le cardinal de la Rochefbucault fils, de la ci-devant duchesse de Dauville, ainsi qu'à Rohan- Chabot y beau-fils de la même duchesse de Dauville , amie de Condorcet, avec le ci-devant chevalier de la Bondie, neveu de Descours, son agent et entremetteur politique auprès de l'ancien comité de sûreté générale de l'administration du département de Versailles, du district de la municipalité, etc. Outre les prêts faits par la du Barry à Vévêque de Rouen, cardinal de la Rochefbucault, au mois de janvier, il parait, d'après les comptes de Vandenyoer, que ces deux chevaliers, ainsi que le vicomte de Jouilhac, émigré et ancien officier de cavalerie, ont tous touchés à la même époque des sommes considérables de la du Barry ; par ses liaisons avec ce même Jouilhac, prouvées par trois lettres de ce contre-révolutionnaire ci annexées et trouvées chez Moiin. Jouilhac étoit aussi officier dans le régiment de Thoulouse Lauttrec; avec la ci-devant princesse de Rohan Rochefort, femme plus méchante que folle, avec ce scélérat la Valérie, administrateur suicidé de Seine et Oise, avec le ci-devant vicomte de Depont (Done-

Ci4 APPENDICE.

zont et Depont ont dîné chez la dn Barry le inardy de la Pentecôte de cette année, et voilà comme elle avoit renoncée avec tontes ses anciennes liaisons contre-revolutionnaire , on assure que ce Donnezont €8t parti depuis pour la Vendée^ *; le ci-devant marquis de Donnezont avec le ci-devant marquis lyArmaitlé, incarcéré Tautre jour comme suspect par la commune de Paris, avec Dcmgiuilliers et n femme, avec le ci-devant duc de Nivernois, avec les ci-devant abbé Viliarcequ et BiilardictEntraigues, etc.... Tous ces (kits seront prouvés ou par des pièces ou par des témoins, puisqu'elle a pris à tâche d'éprouver, comme elle Ta alléguée dans sa pétition à la Convention du cinq juillet, qu'elle avoit rompue toutes ses liaisons avec ses anciens amis depuis la révolution. (Voyez un extrait de cette pétition dans ma brochure). Le citoyen Blache et moy nous en avons eu communication au comité de sûreté g^énérale quelques jours après, quoique celte pièce

ainsi que d'autre ont été depuis • 1/ ailleurs f existence de

cette pétition est constatée par les termes des arrêtés pris en sa faveur entre les mains du citoyen Vouland et que je lui ay remis;

3^ Elle a entretenue une correspondance avec les émigrés.

Preuves. — Diverses lettres trouvées chez elle, sa correspondance et communication avec la Atortemart, à Londres, à Paris, d'Aix-la- Chapelle, etc., ou avec des émigrés anonymes, comme le prouvent plusieurs lettres ; le fait qu'elle a pas&é la nuit de la mort de Brissac à brûler des lettres (nous avons des témoins de ce fait à Louveciennes), qu'on a trouvé chez elle un état de force destinées pour le pays Bas y dattée de Luxembourg, comme venant de Vienne. Voyez les pièces que vous avez et notamment une petite lettre dattée de Bruxelles, dont vouç trouverez t enveloppe parmi les pièces que je vous remets aujourd'hui, et dont les armes ducales paroissent être celles du ci-devant prince de Ligne (à examiner), on trouvera le blazon du prince de Ligne dans quelques livres des armoiries de France;

4* Elle a fourni de l'ai^gent pour la contre-révolution.

Preuves, — L'ordre donné à son banquier, en 1793 (au mois de janvier), de payer la somme de 200,000 livres, dans la semaine , à l'évéque de Rouen , cet oixlre a été donné à Lonombs à l'instant que Pitt nous préparoit la guerre intérieure et extérieure, et que, malgré son prétendu attachement à la France , elle vivoit dans la plus grande intimité avec le duc de Queensberry, le lord Hawkesbury, le lord

^ Voyez une lettre de Salnave, où il est question de trois soutraities logemens qu'avoit la du Baary au mois de septembre 179S à Paris, et de ses liaisons avec Mivernois.

3 Mot effacé dans l'original.

Longhbourough, chancelier, le lord Thurlou, ex-chancelier d'Angleterre, le lord Pembroke, qui commande aujourd'hui la cavalerie anglaise contre nous dans des pays Bas, WisUshed^Keane , premier gentilhomme de la garderohle et favori de George III , avec tous les ennemis les plus acharnés de la France, enfin à Londres, toutes les pièces que nous avons trouvées chez elle le prouvent, ainsi que le témoignage de Blache et autres ^ et que je prouverai moi-même d'après les pièces à vous transmises par le département, ainsi' que d'après ma pi*opre connoissance, le prêt de 200,000 livres fait le même mois à Rohan Chabot '. Celui fait à l'évêqire de Rouen de pareille somme, par ordre donné à son banquier de Londres , du mois de janvier ;

5* Elle a toujours compté sur la contre-révolution.

Preuves, — Son argenterie renfermée dans une cachette dans sa cave, ses diamants, son or et pieires précieuses enterrés dans son jardin avec les titres de noblesse, brevets, etc.. de l'émigré Graillet, (ces bronzes), et les a fait enterrer seulement à l'époque des armements des gens suspects cet été. Elle m'a fait l'aveu à moi, en présence de plusieurs témoins. Pourquoi les a-t-elle fait cacher, au lien de les donner ou les vendre à la République? la rcsponse est claire. — Et les bustes de la royanté enterrés dans les bois, une quantité' énorme de marchandises , d'étoffes pretieuses cachées dans un grenier, quoi qu'elle en eut nié l'existence , la conservation de son titre de comtesse, malgré le désaveu qu'elle s'efforce d'en faire dans une pétition «dressée aux administrateurs de Versailles, qui se trouvent parmi les pièces, les quittances de Morin, son factotum, de la Roussel, sa femme de chambre et confidente, le prouvent ainsi que les lettres de Vandenyver et mon témoignage le jour de l'arrestation ;

6* Elle a tenue des propos contre-révolutionnaire contre la Révolution et contre Paris.

Preuves, — Marcel , un de ses anciens domestiques , vrai républicain ;

7' Elle a porté le deuil du tyran à I^ondres , où elle n'a fi*équenté que les émigrés et les ennemis de la France.

Preuves, — La correspondance , les notes de ses voyages , ses liai'^ sons avec Forth et le témoignage de Blache et autres,

8* Elle a toujours détestée la révolution , propagé l'esprit contre révolutionnaire, encouragé les détracteurs de la révolution et protégé les Royalistes.

preuves. — Les innombrables écrits, brochures et estampes contre-

* Voyez la lettre de celui-ci dattée le 20 avril, au pluii fort de la guerre de la Vendée, et où il est question de quatre a{îeMs principaux.

révolutionnaires Irouvëca chez elle, sans l'exception d*un seul écrit patriotique, son abonnement pour tous les journaux aristocratiques, en s*atta chant après chaque révolution que nous avons essuyés à tous ceux qui approchoient le plus de sa façon de penser, en commençant par les Actes des apôtres et la Gazette de Paris, et en suivant par gradation, la Gazette universelle, la correspondance politique de Dupont et les écrits contre révolutionnaire des fédéralistes ; la preuve en est dans les pièces et dans la médaille de Pitte trouvée cachée dans la chambre de sa favorite et confidente la Roussel. — Masson prouvera ses expressions en faveur du nommé Gallois, militaire servant dans nos armées, parce qu'il étoit royaliste;

9« Elle a toujours favorisé les contre révolutionnaires et persécuté les patriotes, les pièces ti'ouvées chez Laporte, ci-dessus cités, lasyle donné à Maussabré ^ qu'elle a nié avoir chez elle; son amitié envers Jouilhac, l'abbé Billardy, le ci-devant chevalier Descours/ son neveu la Bondie , Morgan , colonel des hussards de la Liberté , l'abbé de Fontenillc , guillotiné , exécuté il y a trois semaines, le ci-devant marquis de Donezant, Jeudy THonmaud (voyez les lettres de cet Honmaud, qu'il scroit bon a connoistre le scélérat), en ne conservant que des domestiques dévoués à l'aristocratie , et en renvoyant les trois seuls patriotes qui habitoient sa maison. Ces faits sont prouvés par les pièces , et le seront par plusieurs témoins et par les malheureux persécutés eux-mêmes ;

10* Elle a favorisé les ennemis extérieurs.

Preuves. — Dans ses fréquens voyages à Londres aux époques les plus remarquables de la Révolution , dans les instructions à elle donnée par BrissaCy dans la faveur dont elle jouissait à la cour de Londres, à tinstant même que cette même cour chassa de l'Angleterre, de la manière la plus atroce, tous les François patriotes, car elle y a restée jusqu'au milieu du mois de mars, quoique la guerre eut été déclarée au commencement de février, et que loin d'être chassée de Londres , elle n'est revenue qu'ensuite de la nouvelle de l'apposition des scellés chez elle à Louveciennes , et qu'elle a demandé à retourner à Londres huit jours après son arrivée chez elle , témoins le journal de ses voyages, le mouvement qu'elle s'est donnée à cet effet auprès de le Brun , et les pièces qui certifient la prétendue nécessité de se présenter à Londres le 14 avril (elle étoit arrivée chez elle le 23 mars), certificat signé par des courtisanes les plus avilis de la cour du tyran Georges , certificat que l'on trouvera parmi les pièces conservées au département de Seine et Oise ; par la médaille de Pitte ; les écrits de Goblentz, Rome, Londre, etc., etc.;

11« Elle a dilapidé les trésors de l'Etat.

Preuves. — Sa vîe privée , le bordereau de Beaujon de six millions moins quatre mille livres dépensés dans les huit derniers mois du règne de Louis XV, ainsi que les pièces innombrables, entre autres deux cy annexées, qui prouvent qu'elle dépensoit pour ses menues plaisirs 300,000 livres par mois (il en existe beaucoup d'autres preuves de sa prodigalité inconcevable parmi ces papiers à Louveciennes);

12' Elle a cherchée a soustraire ces trésors en voyant l'attention publique éveillée sur le compte de son fait scandaleux , de sa conduite contre révolutionnaire.

Preuves. — En ce que malgré l'assurance qu'elle avoit donnée au district de Versailles qui ne lui restoit que tres^peu et argenterie , elle en avoit déterrée une quantité énorme caché auparavant dans un mur, et que nous avons trouvés parmi les décombres de la maçonnerie dans sa cave, dont elle avoit Biit passer une partie à Paris, à différentes reprises, et notamment le lundy 16 septembre, cinq jours avant sa dernière arrestation, elle a vendue une forte caisse par l'entremise d'un abbé dont nous ignorons a sur le quai des Orfèvres. Elle avoit déjà essayé de vendre ses diamants en Hollande, en 1790 (voyez les lettres de Vandenyver), et ensuite de leur retour, le mois de novembre de la même année, un vol réel ou prétendue (il existe deux pièces parmi les diamants en or trouvés enfouis dans la terre, dont on trouve la description parmi les pièces prétendu perdues), les a fiut passer au mois de janvier 1791 (trois mois après) en Angleterre, où ils sont, et où ton reconnaît qu'ils lui appartiennent, quoique nuls voleur n'ait eu une égratignure pour les avoir volés ! Leur valeur est d'au moins 1,500,000 livres;

13' Quoi qu'il en soit, le vol mystérieux lui a servi de prétexte de fidre de fréquens voyages à Londres, dont ils paroît que les deux cours ont profites pour faire passer des renseignemens , etc., sans être dans le cas d'émigration, aussi l'on voit avec quel art ' elle travailloit, de concert avec le Brun, avec Vandenyver, avec les administrateurs reconnus prévaricateurs de Versailles ; des municipaux fbibles ou corrompus de Louveciennes, pour éviter d'être classée parmi les émigrés. Cet art et cette prévoyance sont bien dignes de l'école de ce profond maître en machiavélisme, Fortky et l^s ayant cause des deux cours.

Preuves morales résultantes des pièces, des époques^ de toutes les probabilités ;

* En marge est écrie :

Foumier, le juge de paix de Marly, est prêt à prouver que Morin , son factotum , lui a avoué qu'il ne craignoit rien pour sa maîtresse , parce qu'il étoit sûr de la Valérie et des administrateurs de Seine-et-Oise.

14* Elle a été considérée comme émig^rée par le district, elle l'est encore par le département de Seine et Oise, en partie régénéré, et depuis la destitution de la Valérie (suicidé) et autres administrateurs coupables, puisque le nouveau département n*a f^aa osé passer outre sur la décision du district sur sa prétendue non émigration, nota quelle a toujours été protégée de la manière la plus scandaleuse par certains adminihtrateurs du district; elle l'est encore !!!• Çuo inde?

14* Elle doit être considérée comme émigrée en effet.

Preuves. — En ce qu'elle ne peut montrée de passes ports que pour six semaines, en dattant du 10 au 14 octobre, et elle a resté sans le faire renouveller près de six mois. Or, a quoi sert une loi contre l'émigration si facile à éluder?

J'ose avancer que la moitié des émigrés, surtout ceux de sa dernière volée, ont quitté la France avec de pareils passe-ports.

Quel privilège donc a-t-elle la du Barry de jouer ainsi impunément avec les loix ? Aussi ce n'est pas par ignorance qu'elle a péchée, puisqu'elle s'est airétée à Calais quinze jours sans oser avancer davantage, jusqu'à ce qu'elle eut obtenu des autres passe ports de le Brun, ministre.

15* Elle en a imposé à la Convention afin d'obtenir une permission d'aller en Angleterre , en prétendant que ses bijoux soi-disant volés étoient ce seul gage de ses créanciers ( sa propre expression , voyez les pièces), tandis qu'elle possédoit des trésors immenses, 150,000 livres de rente sur l'hôtel de ville; 186 actions de la Caisse d'escompte de la valeur de 700 à 800,000 livres, des diamans, des pierres précieuses, de l'or et l'argent monoyé, pour une somme immense d'or et d'argenterie travaillés, un magasin énorme d'étoffes et de marchandises \cs plus riches, des bienfonds considérables, une fortune enfin en meuble- et immeubles que l'on ne peut évaluer de 10 à 12 millons, et qu'elle entretenait à la même époque une maison de plus fastueuses , composée de près de quarante domestiques.

Noms des témoins nécessaires au procès de la du Barry *.

Greive, chargé de mission par le Comité de sûreté générale à l'efifet d'arrêter la du Barry. Il pix>uvera ce qu'il en sait de sa conduite, de ses liaisons, la conduite de ses gens, des découvertes laites chez elle, ainsi que la conduite qu'elle a tenue à Tépoque de son arrestation, etc. Il prouvera ce que c'étoit ses liaisons en Angleterre, les expressions dont elle s'est servie et autres choses.

^ De la main de Greive.

Gentenot dit Marcel , pour prouver le« propos qu'elle a tenue au commencement de la Révolution au sujet de Paris et des Français, ainsi que la conduite de ses gens; Marcel est excellent patriote, a Texpërience, d'un caractère doux et honnête, mais ferme républicain par principe et par raison y qui sont toute la dignité de son être, et qui n'a jamais varié.

Salanave, pour prouver qu'elle a toujours continué ses liaisons avec les aristocrates, notamment avec d'Escours, la Bondie, l'abbé de Billardy, l'abbë de Nesle (nommé la Roche, ci-devant vicaire d'Agen , exécuté sur la place de la Révolution il y a un mois , et qui a diné chez elle le jour de l'aiTCStation de Maussabré, conspirateur du 10 aoust, officier destitué de l'armée et ci-devant page de Brissac). Il prouvera également quelques conversations avec le ci-devant chevalier de la Bontlie, au sujet du scélérat Morgan, colonel des hussards de la liberté, et de son émigration et de son retour après l'irréussité de Dumourier. Il prouvera également la. protection accordée au nommé Gomy fils de son concierge, impudent aristocrate, auprès de Dumourier, par le moyen de ce coquin de Morgan, ainsi que celle accordée au nommé Ghouallet, son suisse, jeune homme attaché à l'armée du Nord, et qui s'est vanté d'avoir avec deux autres frères trahies la patrie à Armentières cet été; à Gallois, jeune homme, citoyen de Lonveciennes, etc. Salanave vous prouvera aussi que la vieille ci-devant princesse de Rohan-Rochefbri, a proposé à la du Barry d'envoyer de l'argent à la Vendée. Salanave prouvera aussi l'approche de Schouallet, officier aux chasseurs, sur les frontières du Nord, ainsi que sa protection auprès de la du Barry. Salanave est un homme de grand caractère , qui a servi depuis vingt ans la du Ban^y ; c'est un homme rempli de mérite, qui né avec une âme républicaine n'a jamais su fléchir, même sous l'ancien régime. Dès long-temps il m'avoit communiqué en secret ses craintes pour la chose publique en voyant comme il le faisoit les mauvaises dispositions et la mauvaise société que tenoit la du Barry. Sa sensibilité, compagne inséparable d'une belle et d'une grande âme, l'auroit fait désiré d'épouser une femme qu'il cherchoit à croire plus fbible que méchante ; mais, appelle par la voix impérieuse du danger de la patrie, par le sens intime qu'il avoit des trames infernales par lesquelles l'on cherchoit à la perdre, sa chaleur lui a procuré des ennemis dans la maison, et il a été persécuté , il a été pour ainsi dire chassé pour son patriotisme , quoique père de fiimille , et la du Barry maraine de sa femme , et il est maintenant secrétaire du comité de surveillance du district de Versailles. Zamor prouvera que la maison de la du Barry étoit rempli d'aris- ' tocrates; qu'il a souvent cherché à la détourner de cette protection

qui ne pouvoit que produire sa perte ; il prouvera qu'il a été renvoyé pour son patriotisme à la même époque que Salanave. — Nota. • Zamor est un Indien transporté du fond du Bengale par des esclaves de Louis XV, lui-même esclave de la du Barry, pour laquelle cet enfiaint malheureux étoit arraché à Tage de 4 ans, des bras de ses parens ignorés, et livré à cette vile courtisane comme un singe ou un perroquet. — Mais quels merveils ne produit-elle pas, l'éducation! — Jean^acques Rousseau, c'est-à-dire ses ouvrages, ayant tombé entre les mains de cet enfant, il est devenu homme, et malgré les corruptions de la cour dans laquelle il a été élevé, il s'est toujours manifesté l'ami le plus zélé de la révolution, et toujours à la hauteur des circonstances actuelles. Eh bien, ce malheureux, aoquelle elle devoit protection et maternité, elle l'a traité depuis la manifestation des ces principes avec atti*ocité, et a fini par le mettre à la porte avec des circonstances les plus aggravantes ; il s'est jette alors dans mon sein, abandonné qu'il étoit de tout l'univers, là il a trouvé les consolations de l'amitié, un azile contre ces ennemis, et le même comité de Versailles , toujours ami de la liberté , toujours prottecteur de l'innocence et de la vertu , l'a placé dans ses bureaux. — Oh! quelle douceur d'être patriote dans ce moment-ci et d'en être estimé! !...

Froment, son ancien jardinier, renvoie pour la même cause.

Devrez, chirui^ien, sans certificat de civisme, à Saint-Cyr, et autrefois garçon peiruquier, arrêté pour aristocratie le 2 juillet, à Tépoque de la première arrestation de la du Barry. Il vous prouvera que la da Barry a passé la nuit à brûler des papiers te jour de la mort de Brissac, ou s'il ne le veut pas, Marcel Moutier et Gavé, ces deux derniers notables de la commune de Louveciennes, vous prouveront qu'il l'a dit.

Xavier Audoin, adjoint de la guerre, vous prouvera que lors de la visitte des Marseillois et du bataillon des petits Augustins , en aoust 1792, la du Ban^ a niée que personne étoit caché chez elle. Elle a dit que la chambre ou était cachée Maussabré, conspirateur du 10 aoust, étoit une chambre condamnée, quoique à force de persévérance on n'y a trouvé ce Mau38abi*é.

Masson et Pierre la Porte, gardes nationaux de Louveciennes, vous prouveront ce fait. Masson vous prouvera également que la du Barry en lui parlant un jour qu'il portoit une culotte à un de ses gens : « Qu'est-ce que vous êtes, jeune homme? — Je suis, répondit-il, de la compagnie de Gallois, ci-dessus nommé. — Bon, répliqua du Barry, c'est un brave homme , il est bon royaliste , je suis contente de lui; je l'ai déjà dit à la fille Gotté, pour qu'elle le lui dise de ma part. « *- Nota, Que ce Gallois et Gotté, tous deux militaires,

le premier adjudant dans les charois de rarmée à Strasbourg;, et Cotté soldat dans le 9* rëçiment de hussards commandé par le scélérat Morg[an, autrefois dans le 3* régiment ci-devant Penthièvre, ont tous les deux été travaillés dans le sens de la contrerévolution par Morin et tous les gens de la du Barry. Il en sera question lors du procès de Morin.

Ce Cotté fils de son ancien tapissier a été deux fois mis en prison à Versailles par le département pour avoir quitté ses drapeaux, et conduit la dernière fois de brigade en brigade. Tous ces empêchements de recrutement, lesquels ils cherchoient à rendre commun à la paroisse, partirent constamment de la maison de la du Barry ; Cotté pourroit en dire davantage. Masson peut dire ce que Cotté lui en a dit comme venant de cette maison.

Fournier, juge de paix du canton de Marly, prouvera que Morin , son homme d'affaires , qui sera traduit ensuite devant votre tribunal , lui a avoué «[ue la femme du Barry étoit sure de protection auprès des administrations de Versailles par le moyen de la Valorie, scélérat administrateur du département de Versailles, suicide et Taulre jour pour échapper à la guillotine.

Cochet de la Croix, ci-devant chevalier et créature de Coigny, sera obligé de vous prouver, ou en défaut de lui je prouverois que la du Barry lui a fourni à plusieurs reprises des sommes d'argent depuis la fuite et émigration de Coigny. Voyez la lettre de ce Lacroix à la du Barry dans l'inventaire des pièces envoyées au Comité de sûreté générale, avec une pièce de comparaison. Salanave vous prouvera que la du Barry lui a dit avoir brûlée cette letti*e. Ce Lacroix est un scélérat que j'ai arrêté de mes propres mains au mois de mai, à l'instant qu'il mendioit de l'argent de la du Barry pour aller à la Vendée dans les charrois de l'infâme Beaune Winter. C^ scélérat doit être dans les prisons de Versailles.

La veuve Cotté veuve de feu Cotté tapissier de la du Barry. — C'est d'elle, à ce que dit l'aristocrate Derrey, qu'il tient le fait du brulement des lettres de Brissac à l'époque de sa mort.

iV. B. Cet impudent Derrey quoique marié est le bon ami de la veuve Cotte.

Blache dit Dumas, commissaire du Comité de sûreté générale auprès des 48 sections de Paris, demeurant au ci-devant hôtel de Provence , rue du Temple, vous prouvera toutes les liaisons aristocratiques à Londres, son poil du deuil du tyran, à l'instant que les patriotes furent chassés de Londres , la protection dont elle jouissait de la part de la cour et des courtisans, ainsi que l'aveu qu'elle a fait à lui, Blache, à Louveciennes, de sa correspondance inocente avec la Mor-

temart et autres <$migréd en violation de la loi. — Et Ton peut juçer de cette correspondance inocentc par les expressions de la lettre de la Mortcmart e'migrëe et rentrée deux ou trois fois, Tecrit de Paris, le 11 août 1793, au sujet de Marie-Antoinetie , où elle s*amuse aux dépens de la Convention en cherchant à tranquiliser (avec connaissance de cause) la bonne citoyenne du Barry, au sujet de cette femme attroce.

Bazire , Alquier, et Julien de Thoulouse, avec lesquels je désire êh'e confi'ontés par rapport à leur conduite infâme, leur protection de la du Barry, afin de faire voir la scélératesse de plusieurs membres de l'ancien Comité de sûreté {générale.

Boilean , membre du district de Versailles, homme corrompu, qui est venu à Louveciennes menacer la municipalité, modifier les loix et protéger la du Barry.

L'abbé Jiotrou, Devaize , Chaillou, Gitzard, membres du département et du district de Versailles , coupables de la plut iniame protection de la du Barry.

Olivon officier municipal de Louveciennes , patriote et respectable , qui témoig;nera de Tinfarae conduite de ces administrateurs et de la persécution des patriotes.

Renaud l'aîné, homme mâle et patriote, ci-devant vicaire à Louveciennes, pour le même fait et le fait des persécutions des patriotes.

Ledoux, ex -maire de Louveciennes, pour les mêmes faits et autres.

V Heureux , instituteur de Percieux, ferme patriote témoin des mêmes faits.

Chetou, commandant de la garde nationale de Louveciennes, bon patriote , témoin des mêmes faits.

Moutier et Caré , notables de notre commune, bons citoyens, témoigneront les mêmes faits, et qui prouveront ainsi que les autres habitants ci-dessus cités dans la commune de la persécution et des menaces que j'ai essuyées pour avoir soutenu la cause des sansculottes.

Blache qu'il est instant de voir, vous fournira le nommé la Touche y le nommé Rêda, le domestique d*un émigré à Londres, dont j'ai oublié le nom, et autres témoins très -intéressants de la conduite incivique de la du Barry à Londres , les témoins sont des braves patriotes français chassés par le scélérat Pitt de Londres.

Je vous envoie également la déchai^ge des représentans du peuple Jagot et Vouland , ausquels j'ai délivré vingt-six pièces importantes relatives à la du Ban'y et sur lesquelles ils ont basé l'interrogatoire qu'ils ont fait subir à cette fomme. Une antre décharge de la part du

APTENDIGE. 62;)

citoyen Vouland, de trois autres pièces à lui remises d'après sa demande f dont une ou deux peuvent être utiles ; les premières vin^six pièces sont essentielles , et je crains qu'elles n'eussent été oubliées vu l'excessif travail du Comité. Vous y trouverez entr autres pièces une lettre de la ci-devant Duchesse de Mortemarty émigrëe et rentrée, dattëe de Paris, le 11 août dernier, où il est question d'Antoinette à la Conciergerie, etc., une lettre du fameux intrigant Rottondo, les instructions de Brîssac, une lettre de Bruxelle d'un émigré , le détail de l'infâme persécution du malheureux tailleur Favier, père de famille , que cette femme a fait enfermer pendant vingt ans et demi dans les prisons de Senlis , pour avoir été témoin des sales amours du crapuleux tyran, le Sardanapale des Français. Il a été relâché par l'Assemblée constituante. Vous trouverez parmi ces pièces l'addresse de Favier y de son Jifs, de sa Jille , de son procureur. Ne seroit-il pas bon de les faire paroftre?

Demandez et examinez je vous conjure en bon citoyen toutes ces pièces , si toutefois elle ne se trouve pas dans le carton que j'ai remis dernièrement au Comité. Au reste, c'est à vous juger s'il ne seroit pas nécessaire que nous eussions un entretien ensemble avant le commencement du procès. En ce cas, donnez -moi vingt-quatre heures, puisque le dépôt qui m'est confié ici est d'une richesse immense, et ma présence nécessaire. Il faut que vous vissiez Blachey aussitôt possible. — H sera bon aussi de faire paroftre le nommé Augustin, son postiUon renfermé avec ses domestiques à la Force, mais sans ten prévenir, de crainte qu'il ne soit endoctriné par ses camarades, outre ce qu'il est aristocrate lui-même. C'est lui qu'étoit le courrier journalier entr'elle et Brissac à Orléans.

Si vous jugez à propos de m'envoicr ici la personne chargée de sommer les témoins qui demeurent à Louveciennes et à Versailles, j'aurai soin de lui donner les renseignemens nécessaires.

Je ne sais si le comité vous aura fait passer un petit travail de trois heures que j'ai fait l'autre jour, d'après la demande de Vouland, pour vous aider dans votre opération. En tous cas en voici une copie. Il est bien loin d'être complet, mais s'il vous aide tant soit peu occupé comme vous l'êtes, mon but sera rempli.

Pardonnez à ce griffonnage , car je suis excédé de travail , et faitesmoi le plaisir de garder ce que je fais passer, puisque je n'en ai pas gardé de copie.

Salut et fraternité , liberté , loyauté , République.

Greitb, chargé dé mission à Louveciennes, près Marly la Machine.

Louveciennes, ce 5 frimaire, Tan 2 de la République une et indÎTitible.

[Le C. Blache, riie du Temple, ancien hôtel de Provence. Vérifier dans quelle maison d'arrêt de Paris ou de Versailles est Cochet de Lacroix,

fioiicaa, membre du district de Versailles. L*abbë Rotrou , à Versailles.

Devuize, administrateur du district.

Ghaillou.

Gazard ^ ]

Extrait de la déposition du citoyen Blache.

Premier fait, — Dépose avoir vu la du Barry lors de son premier voyage à Londres , le lendemain de son arrivée monter en voiture avec la femme Galonné; le nommé Porte, espion anglais, qui lors de la guerre d'Amérique vient à Paris avec une millady Barimor, pour la prostituer au ci-devant comte d'Artois et à d'Orléans; à seul fin de Bure par ce canal former une diversion entre la France et l'Amérique, que de leur compagnie étoit un homme d'un certain âge qu'on dit au témoin ce nommer Depon , ex-constituant.

Que dans ce premier voyage la du Barry prit un logement chez un nommé Grenier, Jermin street. Que ce Grenier avoit été un cuisinier de d'Orléans , à Paris ; que ce même Grenier étoit à Londres depuis son établissement l'agent, le maître d'hôtel de d'Orléans.

Deuxième fait, — Le second voyage de la du Barry se fit à Londres peu de temps après son retour en France. Elle fiit loger dans Marguerite street Oxford. Que là, elle recevoit tous les émigrés de la haute classe, et continua ses liaisons avec la femme de Galonné.

Troisième fait, — La du Ban-y repassa en France. Elle arriva à l'époque du mois d'octobre 1792. Saint-Fard frère putatif d'Orléans venoit de louer un hôtel garnie en Boulton street Barckle squar, pour Bouille; que celui-cy n'arrivant point, cet hôtel fut cédé par Saint-Fard à la du Barry, qui occupa cette maison avec : i* Saint- Fard ; 2* la Denain ; 3* la Mortemard ; 4* Bertiand de Motteville ; 5* Breteuil ; et qu'à cet époque , la du Barry fit émigrée la DaîguiUon la jeune , qu'elle avoit fait passer pour une de ses filles de chambre.

Quatrième fait. — Au mois de janvier, la du Barry, après la mort de Gapet, prit le deuil avec le plus gi*and faste anglois. Elle fut à tous les services qui ont été célébrés dans les chapelles des puissances ennemies de la République.

Cinquième fait, — Qu'à l'égard du vol des 'diamants, le témoin

* Ge qui est entre crochets a été ajouté par Fouquier-Tinville.

en a dît en avoir vn chez le lord- maire de Londres , qu'on lui dit être ceux volés à la du Barry.

Sixième fait» — Que le témoin forcée de qnitter rAngleterre par ordre arbitraire du Roy. Arrivé en France, il fut chargée par le Comité de sûreté générale de la Convention nationale de plusieurs oppérations importante, lesquelles lui nécessitèrent différents voyag^es à Louvcnciennes. Invité de la part de la du Barry de prendre un ^Me chez elle, il Taccepta.

Causant avec elle, il lui parla des voyages qu'elle du Barry a voit fait à Londres , et des entours , ainsi que des fréquentations qu'elle avoit eues avec les personnes cy-dessus nommées au cinquième fait , qu^il reprocha d'entretenir des correspondances avec la Calonne , la Denain, la Mortemard, Berti'and et Breteuii; que la du Barry lui répondit : « Oui, c'est vrai; mais se ne sont que des terres à terres » que nous nous écrivons. Je n'entretiens par cette correspondance » que des liaisons d'amitié , rien de plus. •

Que le déposant lui mit la loi du mois de mars sous les yeux qui punit de mort tout particulier qui a des correspondances directes ou indirectes avec les ennemis de la République.

Que le lendemain la du Barry fit servir un déjeuné aux officiers municipaux de Louveciennes, ou le déposant fut invité de se rendre. Que la du Barry ayant fortement pressé ces ofBciers de déclarer pourquoi ils avoient arrêté le nommé la Bondy, ceux-cy ayant déclaré qu'il ne le connoissoit point , la même du Barry et Morin , son valet de chambre, les invitèrent à consigner cette déclaration dans une lettre , qui fut écrite par le déposant et signée de lui et des of)iciei*s municipaux. Que le soir même la Bondy sortit de prisons.

Que Salanave, officier de la du Bairy, ayant racompté au déposant ce qu'etoit la Bondy, et luy ayant dit qu'il étoit un ci-devant qui avoit été commissaire de la marine à Rochefort , dont les parents étoient émigrés , et que ce la Bondy étoit venu de ce dernier endroit vraisemblablement avec un faux passeport, lequel étoit visé à Paris par la municipalité un mois avant la datte de Rochefort , il avoit tout lieu de le croire un malintentionné. Le déposant se retira de chez la du Barry, et a toujours reffiisé les entrevues que cette dernière cherchoit avec lui.

Septième fait, (Na pas été dit par le témoin lors de sa déposition.) — Qu'ayant écrit plusieurs lettres à différentes officiers municipaux des environs de Versailles, Marly, Saint-Germain, etc., il fit passer son pacquet à Rohan; ce dernier se transporta chez la du Ban^, avec sa mère la Rohan Rochefort, la la Porte, ci-devant abbesse, et Rohan le cadet.

Rohan Yùîné menda les officiers municipaux de Louvecienneê ches la du Barry; le Doux, ex-maire, et Olirant, officier municipal, si ti*anspoiièrent. Rohan leui^ remit une lettre de la part du déposant; mais pendant tout le temps que ce maire et Allirant furent chez la du Barry, ils entendirent les Rohan , les la Porte et la du Barry se qualifier de prince , princesse , comtesse, etc.

Le déposant s*étant rendu de nouveau à Louyeciennes, la du Barry renvoya chercher ; si étant transporté, il y vit son Rohan Rochefort, qui lui dit qu'elle étoit hien aise de le voir ; lui ajoutant • monj mon » fils Charles, vous aime beaucoup. — J'en suis fâché pour lui, ma- » dame, lui répondis-je, votre fils est un faux patriote. Souvenez-vous » qu'il souffre qu'on l'appelle prince, et qu*il vous qualifie de prin- » cesse. — Oh mais! répondit la du Ban*y, c'est une plaisanterie que » nous faisions, ensemble. — Des Qens comme vous, madame, ne • plaisante point avec des titre» que vous avez porté, dis-je. — Eh, » quand il n'y a plus de roi, il n'y a plus de prince, etc. Puis, » d'ailleurs , le prince Charles est d'autant mauvais François que » voilà une letti^e qu'il a écrite au nommé Voè't, procureur de la coin* » mune de Jouy, où il prend faussement ^a qualité de connmissaire » nationale , et semble ordonner à cette commune avec menace de » délivrer [un certificat de résidence à un nommé Turçot. Cette >• lettre , le déposant la livra au uiain du citoyen Soyer, membre du » Comité de salut pubUc de Versailles. »

Huitième fait. (Omis à la déposition des témoins.) — La du Barry racompta au déposant que lorsque Danglemon eut la tête tranchée, elle avoit été traduite au Comité de sûreté g^énérale de la Convention. Que dans ce tems l'évéque Fauchet étoit président de ce comité; ce dernier lui fit subir interrogatoire. Enfin, que les membres de ce comité lui firent mille honnêtetés, qu'on la renvoya, et que Fauchet lui dit : « Il est mallieureux pour une brave dame comme vous que » votre nom se trouve compromis dans les interrogatoires de se scé- » lérat; mais pour qu'il n'y paroisse plus, de l'avis de mes collègues^ » je fais raturer tout ce qui peut être dans cette pièce à votre désa^ I* vantage • , et que suivie-champ Fauchet prit une plume et ratura les lignes de l'interrogatoire de Danglemon.

Extrait de t interrogatoire de Denys Morin^ valet de chambre de la du Barri.

Le vingt quatre frimaire * Fan second de la République fi*ançatB< une et indivisible, d'après l'invitation par nous faite au cytoyen accu*

^ Ces interrogatoires eurent lieu, comme on voit, postérieurement an supplice de la du Barry.

dateur public du Tribunal révolutionnaire à Paris, est comparu par devant nous commissaires , jug[e-de-paix et maire dénommé aux procès-verbaux d'autre part, à dix heures du matin, Denys Morin, valet de chambre ^le la femme du Barri , accompagné de Maximilien Brasseur, Pierre Ducolet, gendarme de la première division attaché à la ^arde des tribunaux et des prisons, et de Jean Baptiste Ovray, huissier au Tribunal révolutionnaire, lequel Ovray nous a représenté les pouvoirs dont il étoit porteur, tant pour lui que pour les gendarmes sus-denommés.

Pïous avons représenté au nommé Morin , en présence des témoins sus-denommés , qu'il n'ignore pas ce qui est arrivé à sa maîtresse, la position critique où il se tix>uve lui-même , ayant toujours été reconnu pour confident ; qu'il ne doit pas ignorer non plus la fin funeste du ci-devant chevalier Descourt, les tergiversations qui ont prouvées les erreurs criminelles; que le meilleur parti à prendre pour le comparant étoit de répondre aux interpellations qui vont lui être faites avec cette vérité , cette franchise qui inspirent de l'intérêt dans toutes les circonstances ; qu'au reste toutes dissimulations ne sei*viroient qu'à le rendre coupable, d'autant p^is que nous sommes instruits par les pièces entre nos mains, par des témoignages surs, par des déclarations formelles des découvertes déjà feites, de tout ce qui a rapport aux dépôts fait par la du Barri.

A ces premières observations, led. Morin a répondu qu'il avoit eu la confidence de sa maîtresse plustôt en apparence que de fait, qu'on ne le jugeois jouir de la confiance entière de la du Barri que parce que sa qualité de valet de chambre le mettoit plus à, portée de recevoir les ordres de sa maitresse, et donner les ordres de cette deiv nière à ceux attachés à son service ; qu'au surplus il étoit trop ami de la vérité pour se refuser à la fidélité d'aucunes déclarations, pour rien dissimuler sur tout ce qui pourroit nous donner de lumières à l'égard de la femme du Barri.

Nous avons interpellé de suite ledit Morin de nous déclarer ce qu'il faisoit avant que d'être au service de la du Barri.

A répondu qu'étant né d'un vigneron à Auteuil, près de Paris, après avoir servi plusieurs personnes , entre autres la femme Rolland de Villersot à Paris , il étoit entré par l'efiRst du hazard , au cinq juin 1768, au service du ci-devant compte de dn Barri; que depuis cette époque il étoit toujours resté attaché à la maison de la du Barri, d'abord en qualité de laquais du d. du Barri, frère du mari de la du Barri, et ce l'espace de quelques mois seulement, et le reste du temps en qualité de laquais pendant quatre ans, et en qualité de

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valet de chambre le reste du temps au service particulier de la femme du ci-devant compte du Barri.

Interpelle ledit Morin de nous déclarer ce qu*ëtoient devenus les statues de bronzeji .et un buste de marbre représentant Louis quinze.

A répondu n*avoir pas connaissance desdittes statues de bronze, que seulement il 8*avoit que le nommé Guéçuégoui, concierge du pavillon , avoit été chargé par la du Barri de les enterrer dans un endroit qu'il ignore, sans doute pour empêcher qu'on ne les mutilât; quand au buste de marbre , il a déclaré l'avoir déposé dans une serre avec d'autres marbres, à l'aide des nommés Déliant, froteur. Picard, terrassier, qu'il avoit commandé pour cet effet.

Demandé audit Morin ce que sont devenus les différents tableaui étant dans la maison de la femme du Barri.

A répondu que d'après plusieurs avis à lui donnés sur la nécessité de ne pas laisser en évidence aucuns tableaux qui puissent fatiguer la viie des fédérés , il avoit lui-même , à l'aide du susnommé Déliant et Frémont, laquais, caché entre la croisée et la persienne de la salle à manger un tableau représentant Louis quinze et un autre le Régent, qu'il n'a pas d'autre connaissance à l'égard du portrait d'Antoinette que de l'avoir vîi et laissé suspendu dans le cabinet de toilette de la du Barri, qu'en outre il avoit caché lui-même, à l'aide dud. Déliant et de Pretry , coèfïeur de la du Barri , un grand tableau sans cadre et sur son chasis représentant Louis quinze en habit de chevalier, et ce dans une armoire de la chapelle, ajoutant que tous ces dépôts n'avoient étés faits par lui que par les ordres de la du Barri , que le cadre du susd. tableau a été porté au pavillon; que les armoiries qui en ont été détachés ont été renfermées par lui dans une armoire d'une antichambre à Tailc du bâtiment, et dans laquelle armoire est aussi un tableau représentant une frégatte nommée la Comtesse de du Barri.

A déclaré de suite, spontanément et sans interpellations, avoir enterré lui seul sans aide de personne, dans la serre en face de la glacière, un coffre de bois de chêne bien ferré, qui renferme, à ce qu'il croit , un nécessaire d'or dont la du Barri avoit la clef, et ce dans un trou fait par lui seul , déclaré en outre avoir enterré dans un trou, au même endroit, une petite boè'te de bois, et à ce qu'il pense, sans en être certain , une seconde boite dans le même trou , renfermant toutes deux des objets prétieux dont il ne connoit pas la nature. Avoir enterré par les ordres de la du Barri , et d'après les sollicitations pressantes de cette dernière,- dans deux ti*ous pratiqués à gauche en entrant dans le jardin qui appartient au comparant, savoir, dans le premier trou , environ cinq à six sacs d'argent remis à lui par la du Barri ; le tout renfermé dans une boite , observant que dans cette

boite il y a en outre un g^oblet de vermeille appartenant à la femme Roussel, et qu'elle lui avoit donné à cacher, et de surplus neuf louis environ en écus de six livres , un louis en or, une guinée et une demie ^inëe en or, le tout renfermé dans un sac de peau et appartenant audit Morin ; se rappellant, ce dernier, que dans la même boite cachée dans le premier trou , il y a cent jettons d'arg^cnt armorié appartenant à la du Barri.

Secondement, dans Tautre trou dont il est parlé d'autre part, une petite boite de bois fermant à crochet, dans laquelle sont contenus dififerens objets prétieux qu'il ne peut désigner, n'ayant pas eiie la curiosité de les regarder avant que de les enterrer, malgré la possibilité qu'il en avoit.

Interpellé ledit Moiin de nous déclarer la quantité d'argent qui pouvoient contenir les sacs renfermés dans la boite enterrée dans le premier ti'ou.

A répondu ne pouvoir au juste en désigner la quantité, que ces sacs plus ou moins gi^ands pouvoient contenir les uns douze cent livres, les autres davantage.

Interpellé si dans la boite dont il s'agit il n'y avoit pas de louis en or.

A répondu qu'à la vérité il y avoit d'abord mis dans cette boite deux rouleaux , composés chacuns d'environ cinquante louis en or , mais que d'après les ordres de la du Barry , il les avoit retirés et donnés à la du Barry quinze jours environ avant l'arrestation de <*ette dernière ; qu'à cet effet il avoit été obligé de déterrer laditte boitte pom* l'ensevelir de suitte.

Représentation faite audit Morin que d'après les connoissanccs que nous avions il devoit se trouver une plus grande quantité d'ai^ent que celles énoncée dans sa déclaration.

A répondu qu'il étoit bien à sa connoissance qu'à l'époque du mois de septembre 1792, il avoit caché et enterré dans un coin de la cave commune, à l'aide des nommés Déliant, froteur, et Salanave, chef d'office , la somme de dix mille francs en plusieurs sacs , mais que la du Barry, instruite que diffèrent particulier avoient été volés dans leur cave , et ne trouvant pas le lieu du dépôt bien sur, avoit donné l'ordre ansdits Monn, Déliant et Salanave de les retirer ; qu'en conséquence le comparant aidé desdits Déliant et Salanave f avoient déter-

^ Od voil bien par rénumération de ces trésors, dont l'enfouissement était confié à des hommes comme Salanave, l'intérêt qu'ont eu les domestiques de la du Barry à la dénoncer. Plusieurs de ces honnêtes gens avaient le secret de cachettes qu*ils espéraient bien retrouver après la mort de leur

rës les dix mille francs relatés d'autre part ; mais que les sacs dans lesquels ils ëtoient sVtant pourris , ils avoient trouvés l'ai-gent éparts^ qu'ils avoient porté Targuent à la du Barry, et qu'après l'avoir nettoyé^ secondé de la femme Déliant, ils l'avoient compter, et avoient reconnus que sur laditte somme de dix mille francs ils manquoient dix louis, suivant le compte fait par la du Barry seule, observant que c'est pap erreur que l'on a énoncé cy-dessus qu'ils les avoient comptés eux-mêmes ; ledit Morin a ajouté sur l'interpellation à lui faite que l'argent dont il s'agit avoit été déten-é quelques temps avant le départ et le voyage de la du Barry en Angleten'e.

Interrogé le comparant de nous dire ce qu'étoit devenu l'argent remise par lui , Déliant et Salanavc à la du Barry.

A répondu que d'après les nouveaux ordres donnés par la du Barry à lui-même, ainsi qu'auxdits Déliant et Salanave, ils avoient tous trois enterrés laditte somme de dix mille livres , à l'exception de dix louis manquants dans un trou pratiqué par eux dans la fourrière du château , après avoir enfermé ledit argent dans deux pot de terre.

A déclaré qu'à la même époque les susnommés ont aussi enterré» avec lui deux cofFres, dont l'un contenoit le nécessaire de la du Barry^ et l'autre beaucoup d'objets prétieux, et ce chacun dans deux ti-ous particuliers faits par eux dans laditte fourrière ; a ajouté que lui-même et les susnommés avoient aussi enterrés dans le même temps et dans un trou creusé par eux dans l'orangerie un troisième coffre contenant des Dijoux (à ce qu'irprésume). Lesdits trois coffres étant fermés, et la du Bairy en aiant la clef, que la du Barry craignant que ces objets ne fussent volés dans le lieu de leur dépôt , devenu moins sur par mille circonstances, cette femme lui avoit donné l'ordre, ainsi qu'audit Déliant, de les 6ter de l'endroit où ils étoient ensevelis; qu'en conséquence* le comparant avoit dans le courant de juin dernier déterré, avec ledit DeUant, lesdits trois coffres, deux pots de terre, et les avoient remis à la femme du Barry.

Interrogé ledit Morin s'il savoit ce qu'étoient devenus les trois coffres dont il s'agit , et les deux pots qui renfermoient l'argent.

A répondu avoir enterré dans la serre le coffre qui contenoit le

ancienne maîtresse , pour y puiser ù leur gré saus contrôle et sans réclamation. Qui sait si ce sol de Luciennes ne recèle pas encore quelque9-niii des objets précieux que madame du Barry avait disséminés autour d'elle, qu'elle a pu oublier de faire connaître dans les révélations de ses derniers momentri, ou qu'avec intention elle a passés sous silence, se réservant ces extrêmes ressources , dans cette dernière et vague espérance de la vie qui n'abandonne jamais les mourants?

nécessaire, ainsi qu*il l'a déclaré ; qu'à l'égard des deux autres coffres la du Barry en avoit fait défaire un par son menuisier, sans que ledit Morin sache ce qu'étoit devenu l'autre , que l'argent étoit resté entre les mains de la du Barry, mais que sans doute les objets contenus dans les deux derniers coffres, ainsi que l'argent remis à la du Barry, faisoient partie des dépôts particuliers , fait et ordonné par elle.

A déclaré de suite et sans interpellation que dans le grenier de la cuisine à lui appartenant près son jardin, il y avoit caché une croix à pied d'argent, un calice et sa patenne, plus que dans des bois de charpente posé contre le mur des champs , il y avoit un étui renfermant six cueillières d'or à caffié.

Et sur-le-champ ledit Morin s'étant ofïert pour aller lui-même dans • son jardin et lieux en dépendant indiqués les objets cachés, dont il nous a fait la déclaration, nous nous sommes transporter de suite avec ledit Morin dans son jardin , ou étant nous avons trouvé dans un endroit qu'il nous avoit déjà déclai^é , à gauche, à côté de Ja porte dudit jardin, dans un trou couvert d'un pin horvemonte, une boite de sapin , et de suite ledit Morin nous a indiqué une autre place non loin de la première dans laquelle après l'avoir hii creuser nous avons trouvés une seconde boite de sapin, nous en avons de suite chargé deux de nous, nous réservant d'en faire l'ouverture au ci-devant château de la du Barry, ledit Morin pour suivre l'objet de sa déclaration nous a conduit dans un grenier attenant à sa maison , ou étant nous avons trouvés d'après son indication et caché derrière plusieurs bois un crucifix d'argent , un calice avec sa patenne en argent vermeille , provenant de la chapelle du ci-devant château ; nous avons trouvé dans le même moment, dans le même endroit, une boite de noyer à cadriile, et à côté un rouleau de papiers cacheté de manière à ne pouvoir l'ouvrir sans rompre la cyre, et de suite une petite boite de chagrin ficelée d'une corde à moitié pourrie , caché demère des bois chevrons contre le mur du jardin et à côté de la maison dudit Moiin.

Nous nous sommes saisis de tous ces objets, et sur-le-champ sommes retournés dans le sallon du ci-devant château, avec ledit Morin, oii étant nous avons fait en sa présence la reconnaissance de tous les objets dont nous étions nantis.

Ayant ouvert la première boite enterrée dans le premier trou, nous y avons trouvé et compté en présence dudit Morin :

1* Un sac de douze cent livres, en écus de six livres ; 2* un sac de douze cent quai'ante-huit livres ; 3* un sac de douze cent livres ; 4* un autre sac de douze cent livres; 5* un sac de neuf cent soixante livres; le tout pour les avoir compté en présence dudit Morin , la monnoie

étant clana les cinq sacs dont il «*agit compose d'écus de six fî*ancs , neufs , à l'effigie du ci-devant Louis Seize.

Ayant de suite ouvert la seconde boite en présence dudit Morin nous y avons trouvé et compté successivement, scavoir : !• quatrevin^-dix-neuf jettons hexagones d'argent, armoriés d'un côté aux armes de la Du Barry, et de l'autre côté portant «on chiffre ; 2* quarante double louis en or ; 3* un sac de onze cent quatre-vingt-cinq livres , en gros et petits écus vieux ; 4* neuf louis moins six livres en argent blanc, un louis en or, une guinée, une demie guinée, le tout renfermé dans un petit sac de peau à moitié pourrie, lesquelles sommes et monnoies composant ce quatrième article; seulement ledit Morin nous a déclaré lui appartenir ; 5» un goblet d'ai^ent vermeille appartenant à la femme Roussel.

Aiant ouvei-t la boîte à cadrille nous y avons trouvé quatre petites boites en ivoire, portant sur leur couvertes les figures d'un quarro, d'un ti-ef, d'un pique, d'un cœur, incrustés en or;'le8dittes boites renfermant des fiches en ivoire marquées et incrustées de même en or, de pareilles figures.

Procédant après à l'ouverture de la petite boite de chagrin, nous y avons trouvé une douzaine de ceuillers d'or à cafté , à filets, et armoriées des armes de la du Barry ; nous avons sur le chftmps renfermé tous les objets susrelatés avec nombre et nature d'espèce dans un seul et même sac, que nous avons ficelé, et sur lequel nous avons apposé le scellé en présence dudit Morin ; nous avons mis ce sac dans un autre beaucoup plus grand, y avons renfermé la croix, le calice , pâtennc et goblet dont il est parlé cy- dessus , y avons de suite apposé le scellé, le laissant dans le sallon où nous sommes, ne pouvant le mettre ailleurs, vu que nous serions obligé de lever les scellés mis sur les armoires, meubles et appartements de la maison.

Quant au rouleau de papier trouver derrière des bois, nous avons interpellé ledit Morin de nous dire s'il l'avoit caché lui-même , et s'il s'avoit ce qu'il contenoit.

A répondu n'avoir pas cacher le rouleau dont il s'agit, et ignorer absolument ce qu'il contenoit.

Nous avons gardé par devers nous ledit rouleau , nous réservant d'en faire l'examen particulier, et d'envoyer à qui appartiendra les difierens papiers y contenus.

Et sur le champs nous avons à l'heure de^dix heures du soir clos le présent procès-verbal , auquel nous avons vaqué depuis dix heures du matin , et pour la continuation de nos opérations avons rerais et indiqué la vacation du lendemain, vingt-cinq firimaire, à huit heures

du matin, ou fous les susnommés demeurent prévenus et consentent de se rendre demain.

Et sur le champs nous avons fait lecture audit Morin de ses réponses, déclarations , et de nos opérations contenues au présent : ledit Morin les a reconnu pour contenir vérité, y a persisté et a signé avec nous.

Signé à la minutte : Villette, Facqubt, Hure, Houdon, Bicault, D. MoRin et Lbquoy, secrétaire de Isl commission.

Pour copie collationnée et conforme à la minutte, ceiiiBée par nous soussignés commissaires du conseil exécutif du directoire du district , du comité de sûreté générale de Versailles , juge de paix , maire de Luciennes et secrétaire de la commission à Lucien nés , le vingt-cinq frimaire l'an second de la République françoise une et indivisible.

Approuvé quatre mots rayés nuls au présent, ainsi que quatre syllabes.

Signé : HoVDOR , juge de paix, Villbtte, Faouet, Hure, Bicault, maire, Lequot, secrétaire de la commission.

Extrait et un second interrogatoire de Denys Morin,

Le vingt-six frimaire Tan second de la République fî*ançaise une et indivisible, par-devant nous commissaire, juge de paix, maire, dénommé aux procès-verbaux contenus au présent cahier, est recomparû le nommé Morin , ancien valet de chambre de la Du Barry .

Avons de suite représenté audit Morin que les découvertes qu'il nous avoit fait faire de plusieurs dépôts, en nous indiquant les lieux où ils étoient placés et ensevelis dans son jardin, pouvoient donner quelque disposition à croire la fidélité de sa déclaration à cet égard , mais que cependant l'examen des différentes pièces entre nos mains, la comparaison des objets trouvés dans son jardin avec la quantité nature et espèce de tous les autres qui dévoient avoir été caché dans ledit jardin par ledit Morin , nous laissoient des soupçons très-grands sur la fidélité de sa déclaration et nous donnoient tout à penser que ledit Morin avoit distrait de l'argent et autres objets des cofi^-es, boittes à lui confier par la Du Barry, soit qu'il les eut cachés dans son propre jardin, soit qu'il ait l'intentioil de les soustraire à notre connoissance.

Nous lui avons observé par exemple qu'il devroit se trouver dans le jardin onze sacs de douze cent livres , tandis que nous n'avions trouvé que six sacs de douze cent livres environ chacuns , conformément à sa déclaration.

A répondu à toutes ces observations qu'il juroit sur son honneur

n'avoir jamais détourné aucuns des objets contenus dans les boites par lui enterrés; que si les nottes enti*e nos mains dési^oient un plus g^rand nombre d*efFets que ceux reconnus par nous, ces efièts n'étoienl nullement à sa connoissance, qu'il avoit indiqué les seuls dépôts faits par lui dans son jardin, et' nous a assuré qu*il n'y avoit aucun autre.

Pour parvenir à la connoissance et découvertes de tous les dépôts, et pour convaincre ledit Morin que nous étions instruits par la déclaration de la Du Barry qu'il avoit été chargée lui-même de cacher beaucoup de choses , nous lui avons lait lecture de la déclaration entière de la Du Barry, et entre autres articles de celui neuf, qui désigne plusieurs objets, et notamment une boîte d'émaille, montée en or, sur laquelle se trouve le portrait de Marie - Antoinette , hài par Sauvage.

Avons interpellé le comparant de nous déclarer s'il avoit connoissance de ce qu'étoit devenu la boite dont il s'agit , lui observant que lui seul pouvoit nous donner des renseignements à cet égard , puisque lui seul nominativement avoit été chargé de la cacher avec les autres effets désignés par l'article neuf.

A répondu n'avoir aucune connoissance de la boite que nous réclamions , qu'en sa qualité de valet de chambre de la Du Barry il avoit bien eu la connoissance de tous les objets qu'elle déclare , mais qu'il ignoroit l'employ que sa maîtresse avoit pu en £iire, ajoutant n'avoir d'autres déclarations à faire quant aux dépôts que celles contenues dans son pi'emier interi'ogatoire.

Que non obstaiit les objets déclarés par sa maîtresse nous devions trouver deux couverts et cueillière à cafiî^ en or, marqués de trois fleurs de lys en or, incrustées sur l'émaille ; deux couteaux à l'âme d'or, montés en porcelaine de Sèvres.

Qu'il avoit dans sa chambre plusieurs effets appartenant à la Du Barry, qui n'étant pas en évidence pourroient échapper à notre découverte , et nous a offert sur-le-^rhamp de nous y accompagner pour nous donner toutes indications nécessaires.

Sur quoi nous nous sommes transportés de suite au bâtiment dis des communs, et montés aux mansardes, nous avons, après avoir fait la reconnoissance des scellés apposés à la chambre dodit Morin* levé ces mêmes scellés, et sommes enti^s de suite dans cette chambre, ou étant, ledit Morin nous a indiqué, et nous avons de fait trouvé dans une petite armoire en plaquard â gauche â côté de la cheminée huit mores à grandes bossettes d'aiçent à perles, marquées en relief des chiffres de la Du Barry ; un more plus petit de même nature ; un autre à bossctte argenté uni ; un autre à bossettes attentées; une

paire de bossettcs à filet et chiffre; un bridon à g^allon d'or; deux caparasons en soie, Tune verd et Tautre roug^e, galonnés en or ; quatre chifires en cuivre doré, propres à mettre sur des voitures ; cinq coupons de velours blanc, propres à doubler le dedans d'une voiture ; un étrille g^arni de velours cramoisi g^alonné en or ; le tout couvert et caché de papiers publics.

Dans une autre armoire en plaquard et caché parmi du ling;e une petite rappe à muscade d'arçent, enfermé dans un étui d'argent, et renfermé dans un autre étui en chagrin.

Dans une petite boîte contenant de la féraille, une main d'argent doré à étui.

Ledit Morin nous ayant indiqué un] lit de sangle sous les matelas duquel nous devions trouver deux housses de siège de voiture en velours brodé or et argent à fi^ange, et au même endroit un surtout de drap blanc galonné en or, nous n'y avons trouvé qu'une peau d'ours.

Plus, nous ayant indiqué une annoire en chêne sur laquelle il avoit caclié deux housses de selles de femme, de velours cramoisie et verte galonné en or, et nous n'y avons rien trouvé.

Plus, sur une planche à l'endroit où il avoit placé un sac contenant quatre cent livres, en argent blanc, à lui donné en dépôt par le nommé la Roche, ci-devant abbé, au mois d'octobre 1792, nous n'y avons également rien trouvé.

Plus, sur la même planche, à un autre endroit où nous devions trouver une paire de boules d'argent appartenant à Béguin, volontaire, sans que cependant nous y avons trouvé l'objet dont il s'agit

Étant soiii de la chambre dudit Morin, n'emportant avec nous que les seuls et uniques objets par nous trouvés sur les indications dudit Morin, nous avons refermé sa chambre, avons réaposé les scellés à la porte, le tout en présence dudit Morin, et sommes entrés de suite dans une autre petite chambre, à côté de la première, après avoir toutefois reconnu et levé les scellés apposés à la porte.

Ledit Morin nous a indiqué une boite de chapeau de femme , dans laquelle nous avons trouvé, avec plusieurs paquets de graines, portant le nom de leur nature et espèces, un gi-os paquet intitulé Graine de panai, et dans lequel nous avons découvert dix-sept aunes de galons d'ai^gent de livrée pour les avoir mesurée.

Interpellation faite audit Morin de nous dire s'il avoit connoissance d'autres objets cachés chez lui, a dit que non.

Sortis de suite de lad. seconde chambre, nous l'avons refermée, y avons réapposé le scellé, et à l'instant sommes retournés avec ledit

Morin au sallon du ci-devant château ; emportant avec nous les seuls objets découverts par nous sur l'indication dudit Morin.

Inteipellation faite au comparant de nous dire si dans une maison rouge appartenant à la du Barri, il n'y avoit pas de dépôts cachés, a dit n'avoir connaissance aucuns.

S'il savoit que la du Barri ait donné cent livres pour avoir un passe-poi^ de la municipalité de Lucienne.

A répondu n'avoir jamais entendu pai'ler de passe-poi*t sollicittë par sa maîtresse ; que seulement il se rappeloit avoir donné par les ordres de la du Ban'i la somme de cent livres, à titre de secours, seulement au nommé Louis le Doux , ex-maire de Luciennes.

Interpellation faite audit Morin de nous déclarer tout ce qui pourroit nous donner de renseig^nemens sur la découverte d'objets appartenant à la du Barri, et non trouvés.

A répondu n'avoir d'autres dépositions à faire que celles consig^nées au présent procès-verbal, ainsi qu'en son premier inten-oçatoii^e, a persisté dans toutes ses déclarations, en a en ce assuré la vérité et a signé après en avoir entendu lecture.

Signé à la minutte : D. Moniii ^ Villettit, Huré, Facqcet, Houdoh, BiCAULT et Leqvoy, secrétaire de la Commission, ^approuvé ; sept mots rayés nuls au présent.

Pour copie collationnée et conforme à la minutte, certifiée par nous soussignés commissaires du conseil exécutif du directoire de district, du Comité de sûreté générale de Versailles, juge de paix et maire de Luciennes, le vingt-sept fiimaire l'an second de la République Françoise une et indivisible.

Signé : Hocdon, juge de paix; Villette, Facqcet, Hubé, Bicault, maire; Leqooy, secrétaire de la Commission.

Le 7 décembre, la femme du Barry, les banquiers Vandenyver, le père et les deux fils, furent condamnés à mort. Le 8, ils montèrent sur la même charrette pour aller à la guillotine, comme l'atteste la déclaration suivante signée de l'huissier audiencîer Degaigné sur le registre de la Cîonciergerie , fol. 68 :

« Du 18 frimaire, l'an deuxième de la République une et n indivisible (8 décembre 1 793) , les nommés Jeanne Vaulîer-

' Morin fat condamné à mort le 3 nivôse an IL D'Escoors fut également guillotiné. pour avoir servi d'intermédiaire entre les banquiers Vandenyyer et madame du Barry.

M nier, femme Du Barry, Jean-Baptiste Vandenyver, £dme- » Jean-Baptiste Vandenyver et Antoine- Auguslin Vandenyver , n écroués cy-contre , ont été extraits de la maison de céans en n vertu du jug^ement rendu par le Tribunal révolutionnaire , n en datte du jour d'hier , lesquels ont subi la peine de mort sur n la place de la Révolution, en présence de nous, huissier aun diencier dudit Tribunal.

n Soussî{pf)é. »

Ce jour-là, Greive dut être satisfait. Il avait pris place sans doute dans cette foule que la courtisane épouvanta de ses cris déchirants. Quant aux trois hommes qui étaient avec elle et qui allaient mourir sans savoir pourquoi , on ne fit pas attention à eux. Ils avaient dit à la malheureuse créature, folle d'épouvante : il Priez ! » et comme elle ne savait que gémir, sangloter, supplier et se tordre sous la lerreur du supplice, ils prièrent, eux. Ils moururent comme on savait mourir alors.

Mais qui était donc ce Greive, quelle rage l'animait, quel but l'entraînait, quel intérêt à tuer la riche courtisane? Une note recueillie par M. Jal dans son précieux Dictionnaire histO' rique et critique renferme sur ce personnage un renseignement que nous devons mettre sous les yeux du lecteur, u Je lis, dit M. Jal, sur la chemise du dossier curieux que M. La bat a eu la bonté de me communiquer, une note de la main de feu M. Peuchet, jadis archiviste de la police, qui avait dû connaître par lui-même l'aftaire des diamants de la comtesse, parce qu'il était chef de bureau de la police municipale à l'hôtel de ville justement à l'époque où fut commis ce vol, qui occupa vivement l'attention publique. La note est ainsi conçue :

« Un des voleurs était le nommé Grêle ou Graile , qui fut du n nombre de ses dénonciateurs lorsqu'elle fut conduite à la » mort en 1793. »

L'archiviste, écrivant de mémoire, a yraisemblablement estropié un nom propre ; c'est Greive et non pas Grêle qu'il faut lire, Greive le dénonciateur de la du Barry, Greive qui avait accusé obstinément madame du Barry d'avoir inventé le vol dont elle a été victime ^ Greive, voleur, délateur et assassin,

voilà trois titres qui devaient le rendre bien digne de servir les Fureurs de la stupide démagogie !

Et comme Fhistoire de madame du Barry devait être en tous points un enseignement terrible , après avoir dit comment a fini une vie mal réglée, il convient de dire ce que devint une fortune mal acquise. Les diamants volés ne purent jamais être recouvrés , les biens de la comtesse furent confisqués au profit de la nation , et le montant du legs du duc de Brissac fut absorbé par les frais d'un procès survenu sous la Restauration entre les Gomard et les Béqu , qui se disputaient les débris de l'héritage de la courtisane. Cependant il est permis de croire que les démagogues de Luciennes en tirèrent quelque chose, sans parler de la part de Greive et de celle des gardiens des scellés. Il y a peu d'années encore, on rencontrait çà et là, dans les maisons du pays d'alentour du pavillon de la favorite, de riches tentures, des meubles précieux, des pendules dorées, épaves d'un grand naufrage que les dérivations du torrent démagogique avaient détournées des caisses de la nation.

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