FORCE ARMJÉE DE PARIS
Du 8 août 1793» l'ao II de la République.
ÉTAT-MAJOB CÉKERàL.
Ordre général.
• Tou8 le* citoyens de service, le jour de la féie, seront tenus d'avoir à leur» chapeaux une carte sur laquelle le timbre de la section sera très-visiblement impiimé ; au-dessous du timbre sera écrit le nom du capitaine de la compagnie.
» Les citoyens de service seront seuls armés ; les bâtons , les badines, cannes à sabre, baguettes et cannes ordinaires, sont proscrites ; nul citoyen . n'aura le droit d'en porter le jour de la fête. Les commandants des postes et patrouilles an*êteront tous ceux qui en seront munis de visibles ou cachées.
» Il partira aujourd'hui pour Péronne un convoi de douze cents boulets de calibre de seize et six mille chausse- trapes.
» Chaque section fournira pour le champ de la Fédération une pièce de canon, qui sera servie par un officier, un sergent, deux caporaux et six canonniers de la première classe , tiix*s au sort dans chaque compagnie.
» Le commissaire {général invite les adjudants et adjudants de section à compléter les {gardes montantes. Tous nos concitoyens qui aiment la ]»atrie doivent se faire un devoir de la semr et de la défendre.
» Les réserves seront de cinquante hommes pai' section , lesquels seront indemnisés, ainsi que les canonniers qui seront Vie service.
» Sifjné à l'orig^inal Recordon, commandant général adjudant'. »
^ Toutes) ces pièces portent la suscription siiivanlc, que nous reproduisons ici une fois pour toutes :
Pour extrait conforme :
Signé : Clément, secrétaire de Tétat-major général.
316 La démagogie a paris.
Vendredi 9 août. — Dans la séance du 9, la Gomrnune fit de (jrands préparatifs pour la fête du 10 août. L'administration des travaux publics fut chargée de faire placer deux urnes cinéraires sur l'autel de la patrie élevé au Champ de Mars, Tune portant cette inscription : Aux mânes des citoyens morts au Champ de Mars ; et sur l'autre : Aux mânes des citoyens morts au 10 août. Cette même commission fut chargée de faire conduire au même endroit Une charrue, une presse et une pique^ pour rappeler à tous les citoyens, disait le conseil, l'union qui doit exister entre le laboureur, l'artiste et le défenseur de la patrie. Il voulut en outre que la déclaration des droits fût imprimée sur la presse qui devait être exposée à la vue du public.
Il fallait absolument apaiser les inquiétudes du peuple, manquant de subsistances, ou au moins le distraire par quelques promesses : c'est ce que fit Barère dans la séance du 9. « A l'exemple d'un peuple ancien, votre comité, dit-il, vous propose d'établir des greniers d'abondance dans les principales villes de la République ; vous choisirez pour ces greniers les palais de ces féroces émigrés, et vous ferez concourir au bonheur dépeuple ces repaires de la féodalité. Le comité à pensé que, puisque la nation employait 330 millions pour les fixais de la guerre (ce calcul était une véritable carmagnole), elle pouvait au moins consacrer cent millions à la subsistance du peuple. » (Qui devait les payer, sinon le peuple lui-même?) La proposition de Barère fut décrétée, les greniers d'abondance furent établis, et jamais le pain ne fut ni plus cher ni plus rare. Dans la soirée, les députés des assemblées primaires se réunirent aux Tuileries; chaque département se rassembla autour d*un arbre : là ils réglèrent l'ordre et la marche qu'ils devaient observer dans la cérémonie du len-
Au bas esc écrit :
Le com ité de salut public du département. ...
Au dos est écrit :
Êtat-major général.
Aux citoyens, citoyens composant le comité de salut public du département, aux Quatre-Nations.
demain ; le plus ancien d'âge devait être à la tête de chaque groupe.
Samedi 10 août. — La Convention ne se réunit point pour délibérer dans le lieu de ses séances le 10 août de Tannée 1 793; les députés y parurent seulement pour se rendre en corps à la grande cérémonie qui eut lieu pour Tacceptation de la Constitution.
Nous emprunterons à des documents contemporains peu connus le récit et la description de cette fête,' qui, au dire même des moins disposés à l'enthousiasme, fut belle et imposante. Les ftles publiques ont été un des grands moyens d'ac- I tion sur les masses mis en œuvre par la République. Elles réus- ' sirent à charmer, à entraîner, à consoler le peuple de tant de j souffrances , à le mettre à la hauteur de tant d'efforts héroïques. ■ Il faut distinguer les acteurs qui inventaient ces machines pins ou moins sérieusement, des spectateurs qui furent dupes de l'illusion et du spectacle. Au reste, la République a emporté avec elle le secret de l'attrait populaire de ses fêtes , et on ne saurait imaginer rien de plus plat^ de plus ennuyeux, de plus banal que ce qui les a remplacée-s.