‹ La démagogie en 1793 a ParisChapitre 7 sur 47 · LA COMMUNE DE PABIS · texte numérisé non relu

LA COMMUNE DE PABIS

Municipalité de la ville de Paris,

m La municipalité de Paris est composée d*un manr« , de quarantehuit officiers municipaux , dont seize administrateurs, répartis en cinq départements , de quatre-vingt-seize notables , de ti*ois agents nationaux, d'après la 1<n du gouvernement révolutionnaire.

» Les seize administrateurs, divisés en cinq départements, forment, lorsqu'ils délibèrent en commun , le bureau municipal.

» Les trente-deux autres officiers municipaux composent le conseil mairicîpal.

• Les quarante-boit officiers municipaux , joints aox quatre-vingtseize notables , forment le conseil général de la Commune.

» C'est donc sous ce titre , comme réunissant les trois difiFérentes subdivisions , que la municipalité doit être désignée.

n Le maire et le président du conseil général , du corps et du bureau municipal.

• Ea Tabsence du nuire, le corp« municipal et le conseil géaéral aoat préside» par un vice-pn^sideot , ëiu par le corj^ ouinicipal, pannî les trente-deux membres du conseil qui ne sont point administrateurs.

» A l'f^ard du bureau, lorsque le maire n*y est point, les administrateurs doivent présider alteroativem^at les assemblées. »

— Le maire habitait à la rn^iiie , place du Palais de Justice , hôtel du premier président. Quant aux rëoûons du conseil généi^al et de la Commune , elles avaient lieu à la maison commiiiie , à l'hôtel do ville actael.

L'administration était répartie entre plusieurs départements : ^- Département des subsistances, cour de Lamoignoa ; — département de la police, maison de la mairie, au palais (préfecture de police actuelle ) ; — département des domaines , finances et conùHnitions, à la mairie; — département des établissements pubUcs , aux ci-devant Bernardins ; — département des trax)aux publics , au Palais-Cardinal ; — administration des biens nationaux, à l'ancienne maisoA du Saint-Esprit, place et à c6té de la maison commune.

La viUe était divisée en quarante^uit sections. En voici les noms avec l'indication du lieu des séances de chacune d'elles et du siéçe de la justice de paix ' :

Section des TuHeries, rae SaintrNicaise ; — section des Champs- Elysées , aux Ghamps-Ëlyséei , au coin de la me de Chaillot; — section de ta RépubUtfue , rae des Saulsayes ; — section de la Montagne, ci<levant Botte-des-Moulins , rae des Moulins, Butte^Saint- Aoch ; — section des Piques, rue rieuve-des-Capucines ; — section de Pelletier, ci<^evaat 179t, rae des Filles-Saint-Thomas ; — section €iu Mont-Blanc, rae Saint-Georges; — section du Muséum, ci-devant du Louvre , à la Samaritaine ; — section des Gardes-Françaises, à rOratoire; 'T- section de la Halle au blé, rue Goquillière ; — section du Contrat-Social, à Saint-Eustache ; — section de Gnil-

^ Nous emprantODS les indications qui précèdent et celles qui snivent à ia meilleure source, à VAUnanach national pour Tan II. Nous n'avons pas besoin de faire observer que quelques-unes des dénominations que portent les sections leur furent attribuées après le mois de juillet 1793, entre autres les sections Marat et Lazowski. — On remarquera que VAlmanach , publié dans les premiers mois de 1794, donne aux rues les noms de saints qu'elles portaient primitivement et appelle les églises églises et non temples. C'est que la révolution religieuse tentée par Ghaumette et les hébertistes a eu une durée aussi courte que l'impression laissée par die a été grande. Per^ sonne ne prit au sérieux le nouveau culte de la Raison, et l'historien pent dire avec le Psalmiste :

« Je n'ai fait qae passer, il n'était déjà plus. •

Icmme-Telly ci-devant du Mail , aux Petits-Pères ; — section de Brutus, ci-devant Molière et la Fontaine^ rue Montmartre, à Saint- Joseph; — section de Bonne-Nouvelle , au Petit-Carreau, cour des Miracles; — section des Amis de la Patrie, rue Saint-Denis, à la Trinité ; — section de Bon-Conseil, à Saint-Jacques F Hôpital ; — section des Marchés, ci-devant des Halles, rue de la Ghauverrerie ;

— section des Lombards, rue Saint-Martin; — section des Arcis, rue Jean-Pain-Mollet ; -^ section du faubourg Montmartre , rue Poissonnière; — section de la rue Poissonnière, (^ande rue du F^ubourg-Saint-Denis ; — section de Bondy, aux Récollets ; — section du Temple , rue des Fossés-du-Temple ; — section de Popincourt, rue Popincourt; — section de la rue de Montreuil, grande rue du Faubourg-Saint-Antoine; — section des Quinze-Vingts, grande rue du Faubourg-Saint-Antoine ; — r section des GraviUiers , à Saint- Martin*des-Champs ; — section du faubourg du Nord, faubourg Saint-Martin ; — section de la Réunion, rue Reaubourg; — section de t Homme-Arme , ci'dcvRui du Marais, à la Mercy; — section des Droits de t Homme , rue des Droits de THomme (rue Jean-Jacques Rousseau); — section de la Maison- Commune, rue des Rarres;

— section de t Indivisibilité, ci -devant la place des Fédérés, aux Minimes; — section de t Arsenal, à Saint-Louis-la-CnIture; — section de la Fraternité, rue de la Fraternité ; — section de la Cité, rue de Perpignan; — section Révolutionnaire, ci-devant du Pont- Neuf, rue Saint-Louis; — section des Invalides, au Gros-Caillou;

— section de la Fontaine de Grenelle , rue du Rac ; — section de [Unité, ci-<levant des Quatre-Nations , abbaye Saint-Germain des Prés ; — section de Marat et de Marseille, aux Cordeliers , rue de Marat (rue de l'École de Médecine); — section du Bonnet-Rouge, ci-devant de la Croix-Rouge, à la Croix-Rouge; — section de MutûiS- Scœvola, ci-devant du Luxembourg, rue Férou ; — section Régénérée , ci-devant de Reaurepaire , rue des Mathurins ; — section du Panthéon-Français , aux Carmes , place Maubert ; — section de [Observatoire, rue du Faubourg-Saint-Jacques ; — section des Sans- Culottes, rue Saint-Victor; — section de Lazouski, ci-devant du Finistère , église Saint-Martin.

Les comités révolutionnaires ne se réunissaient pas toujours au lieu. des séanœs habituelles des sections, comme le prouve la pièce suivante, que nous avons copiée sur Toriginal aux Archives de l'Empire.

Au citoyen ministre de t intérieur,

Paris , ce 29 — 1793, Taa II de la République.

Liberté — £(;alité.

COMITÉ RÉVOLtJTIONNAIRE.

Section du Panthéon-Français,

Ces premières lignes sont imprimées , celles qui suivent sont manuscrites.

(sic) Citoyen ministre

Nous republiquifis sans culotte nous vous prévenons que le lieu de nos séances est dans la si devans abhay S** Geneviève. Salut et fraternité.

Signe' : Monnet, de Gouy, Lasserre, Maudcisson.

L'auteur de cette orlhog^raphe sans-culottide paraît avoir été Mauduissou ; mais elle a eu trois parrains , et sans doute le comité tout entier l'eût approuvée. Mauduisson aurait pu dire comme plus tard le président du tribunal révolutionnaire en envoyant Lavoisier à la mort : la République n'a pas besoin de savants.

Lundi V' juillet. — Le 1" juillet 1793, le conseil révolutionnaire arrêta qu'il serait fourni par les sections dixhuit cents hommes /formant deux bataillons, ayant chacun une compagnie de canonniers et deux pièces de canon , le tout pour aller fraterniser avec les citoyens égarés du département de l'Eure, tenir garnison dans la ville d'Ëvreux, et protéger l'arrivage des subsistances destinées pour la ville dé Paris. L'arrêté portait que chacun des volontaires devrait être muni d'une carte civique.

Mardi ^juillet. — Le 2 juillet 1793 est une des époques les plus mémorables de la révolution : c'est le soir de cette journée que les commissaires de la Commune se répandirent dans les sections pour y foire sanctionner la constitution appelée depuis décemvirale ; elle fut acceptée partout sans la

moindre opposition : la plupart des citoyens s'imaginaient que cette constitution, quelque détestable qu'elle fût, imprimerait une autre direction aux affaires publiques, et préparerait au moins un avenir plus tranquille : ce qu'il y a de plus vrai, c'est que la peur des tyrans fit donner tète -baissée dans la plus affreuse tyrannie qui ait jamais existé.

Carrier, dans la séance de la Convention de ce jçur» demanda qu'on fit enfin justice du côté droit, qu'il appelait la doublure des traîtres , et qu'on retirât à ses membres leur indemnité quotidienne de dix-huit francs. Le côté droit lui-même appuya cette proposition; la Montagne passa à Tordre* du jour.

Dans la même séance, les administrateurs du département de l'Aisne adhérèrent à tous les décrets rendus depuis le 31 mai.

On décréta ensuite que tous les officiers et sous-officiers qui obéiraient au général Wimpfen seraient déclarés traîtres à la patrie, et punis comme tels. On suspendit le payement de toutes les impositions dans tous les départements insurgés, sous peine de payer deux fois.

Mercredi ^ juillet, — Le 3 juillet, le général Custines se plaignit de deux journaux qui le calomniaient, celui de Marat et d'un nommé Laveaux '. Il dénonça l'ineptie des ministres, et annonça que douze mille Russes, transportés sur des vaisseaux anglais, étaient arrivés à Ostende, d'où ils étaient parti» pour camper à Quiévrain. Ces faits étaient absolument faux. Enfin il rendit compte d'un avantage brillant que les Français avaient remporté à Pont*à-Marcq. Une autre lettre du général Sandoz donna les détails d'une victoire importante remportée sur les rebelles, entre Ghanonay et Luçon ; enfin on rendit compte d'une bataille gagnée, près d' Andaye , sur les Espagnols, qui avaient abandonné leurs tentes, leur camp, et une partie de leurs munitions.

Les nouvelles àtè prétendus fédéralistes étaient moins salis-

< La feuille qu'il rédigeait était intitulée Journal de la Montagne. (Note du Diumal,)

JUILLET i793. 263

faisantes ; on sonnait le tocsin à Vernon-sur-Seine, et les bataillons des insurgés s'avançaient sur Paris. Pour arrêter ce mouvement, on décréta que Prieur et Lecointre, alors à Rouen, étaient autorisés à prendre toutes les mesures de salut public qu'ils jugeraient convenables.

Jeudi \ juillet, — D.ans les séances du 3, du 4, même du 5 juillet 1793, on ne vit dans la Convention que des processions de sections^ composées d'bommes et de femmes qui venaient dire qu'ils avaient accepté Pacte constitutionnel avec l'enthousiasme le plus patriotique. Le 3, la section de la Fontaine de Grenelle parut la première ; elle fut suivie de celles de Bondy, de l'Arsenal, de la Réunion.

Le 4, les sections continuèrent leurs processions civiques : la section du Luxembourg aniva la première; elle fut suivie de celle des Fédérés, qui prit sur-le-champ le nom de section de l'Indivisibilité.; celles des Gravilliers, du Muséum, de la Fraternité, de T Unité, du Panthéon-Français, de la République, de Beaurepaire, de l'Homme- Armé, du faubourg Montmartre , des Lombards , des trois sections du fauboui*g Saint- Antoine, de l'Observatoire, de la Halle-aux-Blés , des Arcis et de Bonne-Nouvelle. Billaud-Varennes fit décréter que toutes les sections souveraines seraient admises dans l'intérieur de la salle.

Vendredi 5 juillet. — Dans la séance du conseil de la Commune, du 4, la section de Gravilliers demanda qu'on ouvrit un registre où seraient inscrits les noms des citoyens qui auraient accepté la Constitution et de ceux qui auraient voté contre, afin qu'on pût les reconnaître lorsqu'il en serait temps. Dans la suite, lorsqu'on fit subir des interrogatoires aux prétendus suspects, on leur demandait s'ils avaient accepté la Constitution.

Dans la même séance, le conseil de la Commune arrêta que les événements sublimes qui avaient suivi leSl mai seraient soigneusement retracés pour être transmis à la postérité,

«04 LA DEMAGOGIE A PABIS.

et que le tableau fidèle en serait envoyé aux départements, aux sociétés populaires, aux armées, partout. '

Dans la séance du 5, Lacroix fit décréter, pour le succès de la révolution, que les commissaires convenlionnels ne pourraient être envoyés dans les départements par qui ils auraient été députés.

Samedi G juillet, — Quoique Marat se fût volontairement banni de la Convention nationale, il ne cherchait pas moins à diriger l'opinion du peuple dans le cours des atrocités dont le premier il avait ouvert la carrière. Le 5 juillet, il écrivit à TAssemblée que pour sauver la patrie il fallait absolument mettre à prix la tête de tous les Capet. Quelque cruelle que fût alors la Convention, personne n'appuya l'odieuse proposition de Marat.

On reçut dans la journée du 6 de bonnes et de mauvaises nouvelles. Westermann avait battu les rebelles, et s'était emparé de Bressuire et du château de Lescure. Une autre armée de ces insurgés avait attaqué sur tous les points la ville de Nantes ; mais partout ils avaient été repoussés, et les chemins étaient jonchés de leurs cadavres. Cette dernière dépêche était du général Beysser. D'un autre côté, les Espagnols s'étaient rendus maîtres de l'importante forteresse de Bellegarde ; ils marchaient sur Perpignan. Enfin, les commissaires conventionnels Treilhard et Mathieu venaient d'être chassés de Bordeau:^ par les fédéralistes de cette ville.

Dimanche 1 juillet. — Trois longues processions des sections de Paris défilèrent le 7 juillet dans la salle de l'Assemblée ; elles venaient annoncer qu'elles avaient accepté la Constitution, toujours à l'unanimité : elles furent introduites dans l'ordre suivant : la section des Droits de l'homme, celles de Bon-Conseil et des Sans-Culottes.

De temps en temps, on affectait de répandre les bruits les plus extraordinaires sur les malheureux détenus au Temple, et quelque chose qu'on en pût dire, les comités, et la Con-

vent ion elle-même, ne manquèrent pas de prendre I^alarme. Le 7 juillet, Drouet annonça qu'au nom du Comité de sûreté générale il était allé leur rendre visite ; il avait trouvé le petit Capet jonsLUi gaiement aux dames avec son mentor, le savetier Simon ; Marie^ Antoinette^ sa fille et sa belle-sœur, jouissaient de la meilleure santé.

Lundi % juillet. — Dans cette séance, il fut décrété, sur la proposition de Barère , que le superbe palais des tyrans de Versailles serait métamorphosé en un obscur et ridicule gymnase.

L'ex-ministre Necker réclama, en qualité d'étranger, le * payement de la rente de deux millions qu'il avait prêtés, dixsept ans auparavant, au trésor public; l'Assemblée ajourna la question, sous prétexte que Necker n'avait pas rendu ses comptes : c'est Fabre d'Églantine qui fit décréter cette friponnerie; M. Necker attend encore la levée de cet ajournement.

A la suite d'un rapport aussi extravagant que machiavélique et perfide, Saint-Just, au nom du Comité de salut public, proposa de déclarer traîtres à la patrie Bu/ot, Gorsas, Lanjuinais, et tous les députés qui s'étaient soustraits au mandat d'arrêt lancé contre eux le 2 juin. Ce projet de décret fut ajourné, sur la demande de Legendre, jusqu'après l'impression et la distribution du rapport.

Mardi 9 juillet, — Depuis longtemps une malheureuse lettre que Gondorcet avait publiée sur les imperfections qu'il avait aperçues dans la constitution improvisée par Hérault-Séchelles , avait plusieurs fois provoqué contre lui les dénonciations les plus violentes; Chabot les reproduisit toutes dans la séance du 8, avec une fureur dont ceux qui n'en ont pas été les témoins pourraient difficilement se former une idée : Chabot fit décréter que Condorcet serait mis en arrestation. Le député Devérité, qui avait feit circuler sa lettre , fut compris dans le décret. A insi finit la carrière po^ litique de Condorcet, aussi célèbre par ses en*eurs que par'

ses talents et Fétat de misère dans lequel il termina sa vie.

Paris fut très -agité ce jour- là; les nouveaux bataillons qu'exigeait la Commune étaient partout une occasion de désordre, et même des voies de feit les plus violentes.

Le 9, le ministre de l'intérieur fit un ^apport sur la situation de la France; la Constitution était acceptée partout; il osa dire que son établissement éteindrait toutes les haines et toutes les fureurs. Robespierre prétendit au contraire que c'était le moment de frapper, d'anéantir les traîtres. Ces paroles furent un coup de foudre qui répandit la terreur dans l'àme de tous les Français.

Mercredi 10 juillet. — Le général Biron, qui commandait alors dans la Vendée, avait cru convenable de faire arrêter un individu nommé Rossignol, célèbre par ses crimes pendant tout le cours de la Révolution. Rossignol était colonel à cette époque ; il devint bientôt général ; il bouleversa tout, désorganisa tout , pilla tout ; mais Danton , qui avait besoin d'hommes de cette espèce , dénonça le général Biron , pour avoir osé arrêter les désordres de son protégé» demanda que sa conduite fût examinée^ et que Rossignol fût mis en lil)erté : tout cela fut décrété le 9 juillet 1793 '.

Dans la séance du 10, Camille Desmoulins, qui commen* çait à sentir que ses premières sottises Favaient entraîné trop loin, dénonça la conduite ultrarévolutionnaire de quelques membres du Comité de salut public. Bréard, F un des membres de ce comité, dénonça à son tour Camille Desmoulins pour avoir protégé le général Arthur Dillou, qui, suivant Bréard, avait perdu la confiance de la nation. Bazire dénonça de son côté Camille comme un aristocrate; il n'en

1 Ce Rossignol avait été garçon orfèvre à Paris avant d*être général. Il fut renvoyé en Vendée, et il contribua beaucoup par ses cruautés à donner à la guerre le caractère d*exaspération féroce qui la distingue entre toutes. Il fit mettre à l'ordre qu'il payerait dix livres par paire d'oreilles de chouan qu'on lui apporterait, et Danicau assure dans ses Mémoires , avoir vu solder ces comptes. Ce misérable échappa à l'échafaud, mais il fut déporté après le 19 brumaire et mourut en Corse en 1802.

fallait pas tant pour faire honnir les meilleares raisons du monde, et le pauvre Camille fut hué.

Jeudi 11 juillet, — On annonça le 11 juillet 1793 que les Espagnols avaient été battus et forcés de repasser la Bidassoa; cette nouvelle était relatée dans une lettre du général Servan. Suivant d'autres nouvelles, données par le député Lacroix, le peuple du Calvados était revenu de ce qu'il appelait son erreur, et les .bataillons de Bretagne étaient retournés dans leur pays.

Sur le rapport de Cambon, fait au nom du Comité de salut public, le jeune fils de Louis XYl fut arraché à sa mère.

On arrêta le général Arthur Dillon , accusé d'avoir voulu se mettre à la tête d'un rassemblement, dans Fintention de placer ce malheureux enfant sur le trône. On arrêta aussi, pour la même cause, MM. Castellane, Rameau et Louis Levasseur. Le rédacteur de ces extraits a vu Dillon dans un temps où il était encore permis de tout dire : ce général l'assura que ce prétendu projet était une invention atroce du misérable comité, pour accélérer la marche des barbaries révolutionnaires. Camille Desmoulins voulut défendre Dillon, mais il fut hué de nouveau.

Vendredi \^ juillet. — On avait beaucoup parlé dans la journée du. 11 de Tinsurrection de Lyon.

Legendre avait demandé que cette ville fût déclarée en état de révolte, et Lacroix, que tous les biens de ceux qu'il appelait les conspirateurs fussent distribués aux sans -culottes. Pour cette fois, FAssemblée se contenta de décréter d'arrestation le médecin Vitet, qui depuis s'est déclaré le partisan de ceux qu'on appelle les montagnards, et deux autres citoyens, nommés Michet et Patrin.

Le 12 juillet 1793, sur le rapport de Couthon, elle rendit le décret suivant :

Art. \^, Birotcau, ci-devant membre de la Convention nationale,

l'un des chefs de la conspiration qui a éclaté à Lyon, est déclaré tratb*e à la patrie et mis hoi*8 la loi.

II. Sont destitués de leurs fonctions, déclarés pareillement traîtres à la patrie, tous les fonctionnaires publics et officiers civils et militaires de Rhône- et- Loire qui ont convoqué ou souffert le congrès départemental qui a eu lieu à Lyon, qui ont assisté ou participé aux délibérations qu'il a prises, et à leur exécution.

III. Le conseil exécutif prendra les mesures nécessaires et donnera les ordres pour faire marcher, sans délai, sur la ville de Lyon, une force armée suffisante pour y rétablir l'ordre, y foire respecter la souveraineté du peuple, les personnes et les propriétés, foire rendre la liberté à. tous citoyens emprisonnés par des ordres arbitraires, foire aiTêter et traduire au tribunal révolutionnaire tous les conspirateui'S désignés dans les articles précédents.

IV. Tous les biens appartenant à ces conspirateurs seront provisoirement séquestrés et mis sous le scellé, et aussitôt que la confiscation ordonnée par la loi aura été prononcée par le tribunal révolutionnaire, la Convention nationale en ordonnera la répartition entre les patriotes indigents et opprimés.

V. Tous payements de sommes dues à la ville ou aux habitants de Lyon demeurent provisoirement suspendus.

VI. Les particuliers non domiciliés à Lyon, qui y sont maintenant, seront tenus d'en sortir sous trois jours; après ce délai, ils seront regardés comme complices des conspirateurs, et poursuivis comme tels; leurs biens seront provisoirement mis en. séquestre.

VII. Les représentants près l'armée des Alpes seront chargés tle remplacer provisoirement les fonctionnaires destitués et de prendre toutes les mesures qu'ils croiront nécessaires pour rétablir l'ordre dans la ville de Lyon et assurer la prompte exécution du présent décret.

VIII. La Convention nationale invite tous les bons citoyens du département de Rhône-et-Loire à se réunir à la force armée et à concourir avec elle et les représentants du peuple à la défonse de la liberté, de l'égalité et au maintien de l'unité et de l'indivisibihté de la République.

Samedi \S juillet. — Le 13 juillet 1793, le Tribunal révohitioiMiaire avait condamné à mort neuf citoyens des fomilles les plus respectables et les plus opulentes d'Orléans *, comme auteurs ou complices du prétendu assassinat de Léonard Bourdon : l'un d'eux était père de dix-neuf enfants, dont

^ La famille Tassin.

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plusieurs étaient aux armées. Les parents, les femmes de ces infortunés vinrent se présenter à la barre, pour tâcher d'exciter la commisération de TAssemblée en leur faveur. Des cris : Grâce! grâce! refirent entendre dans ces mêmes tribunes où jusqu'alors on n'avait presque jamais entendu que les accents de la fureur. Les sanglots , les gémissements de ces généreux citoyens, dont Tun offrit sa tète pour sauver la vie de son respectable cousin, ne purent fléchir des cœuis barbares : la Convention passa à Tordre du jour. On sollicita les sœurs de Léonard Bourdon, qui consentirent à parler en faveur des condamnés; mais Gaston ' se leva comme un furieux, et ne voulut point qu'elles fussent entendues : uPoint de grâce, s'écria-l-il , pour les assassùis des patriotes! » La Convention passa une seconde fois à l'ordre du jour, et les malheureux citoyens d'Orléans furent traînés an supplice.

Les anecdotes dHarmand de la Meuse, Harinand de la Meuse a retracé dans ses Anecdotes relatives à la Révolution l'impression que produisit sur hii cette scène déchirante. Nous ferons quelques emprunts à son récit, non que nous ayons beaucoup de confiance dans Harinand, ancien conventionnel , ancien préfet de TEmpire rallié à la Restauration, dont il cherche à gagner la faveur dans ses Anecdotes; mais Harmand a vu , et on peut croire à sa véracité ou tout au moins à son désir d'être exact (car sa mémoire a pu le tromper), lorsqu'il n'a aucun intérêt de passion ou d'ambition à altérer la vérité. Nous ne. garantirons pas, par exemple, ce qu'il rapporte plus loin de Saint-Just. Saint-Just et Robespierre ont été pendant longtemps les boucs émissaires de la Montagne , et on s'est complu à charger d'horreurs leur vie et leur caractère. Nous nous bornerons à dire que si les faits sont faux , ils ne sont pas invraisemblables. Quant au style d'Harmand , il est inutile de le commenter, mais il est curieux et précieux à plus d'un titre : les grosses lubricités et les niaiseries sublimes y sont relevées par des mouvements oratoires pleins de sensibilité. Au reste, l'éloquence des buveurs de sang de ce temps-là s'épanche en jets intarissables

* Ce Gaston a été commissaire du Directoire.

d'exclamations, d'attendrissements, d'invocations : c'est de la tigrerie sentimentale. Ajoutons qu'il est de mode de prêter k ses scélérats d'ennemis des propos sombres et sinistres autant qu'absurdes , et qu'on n'a jaiïiais , peut-être , plus innocemment et plus colossalement menti.

Les parents des assassins de Bourdon à la Convention, —

Saitit-Just.

« Je fus surpris en approchant de la salle d*en trouver les avenues obstruées par une foule extraordinaire ; je niMnfbrmai de la cause , et on me dit que cette afïiuencc était occasionnée par Tintéi'ét qu'inspirait la réclamation des premières maisons d'Orléans , dont les eniànts avaient été condamnés la veille et devaient être exécutés aujourd'hai, si la Convention ne prononçait pas la suspension du jugement.

» A mesure que j'approchais, j'entendais dci( cris et des sanglots inexprimables. Ce que je vis en entrant peut encore bien moins se rendre.

» Deux mères étaient étendues de douleur à terre ; les pères , les •yeux noyés de larmes, levaient leurs bras vers la Montag[ne de la Convention etvfrsieciel : c'était y unir l'inexorable enfei*. Ljes sœurs, plus nombreuses, étaient tombées, à droite et à gauche, dans les bras de ceux qui avaient eu le temps et le triste avantage de parer leur chute à terre en les soutenant, et de ce tableau sortaient par intervalle des cris déchirants et des invocations qui arrachaient l'âme.

» Pour aller à la place que j'occupais habituellement dans la salle, i! fallait la traverser, et je n'aurais pu le faire qu'en marchant sur le corps de ces mères infortunées qai ne voulaient pas se relever sans avoir obtenu la suspension qu'elles demaniiaient. Je m'arrêtai, en conséquence, au premier endroit libre que j'aperçus, sans prendre garde à ceux auprès desquels je prenais place : l'un d'eux était Sainir Just , et il ne me le laissa pas ignorer bientôt après. .

» Ce que je voyais et les cris de douleur qui s'échappaient du sein maternel de ces femmes étendues et embrassant le marbre de la Convention , allaient au fond de mon cœur, m'arrachaient des larmes et des sanglots que je retenais et qui me contractaient la bouche et les yeux ; mais quelque . efibrt qu'on Ëisse , il en transpire toujours un peu. Saint-Just se retourne vers moi, m'observe et me dit : « Tu pleures y lâche? — Ma foi, lui dis-je, il est impossible d'être témoin dune pareille douleur sans la partager ; je n*en puis plus. — Eh bien, mol, reprit le monstre ^je me félicite de rC avoir pas encore versé de larmes depuis que je me connais, •

N Cependant il n'avait pas encore trente ans, on ne lui en donnait

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qne vingt-huit ; c'est Tâçe où l'homme dispute encore sa bonté native et sa sensibilité contre les attaques de Texpérience, et tout était déjà consommé pour ce brigand , ou plutôt, il faut l'en croire lui-même , il n'avait jamais rien senti.

» Le même , étant à l'armée du Rhin , cliar(;ea un jour le {jénéral Pichefrru d'une opération difficile , et loi demanda combien il lui fallait de temps : Piche^ii dit vinçt-qaatre heures. « Tu veux donc » pacifier t Europe ? lui répondit Saint-Just ; je te donne trois quarts » d'heure : ce temps i>assë, je te £iis fusiller à l'avant-çarde si la • chose n'est pas exécutée. »

^ » L'ennemi attaqua l'instant après , et l'ordre de l'expedilif Saint- Just devint inutile; mais on ne sait ce qui doit étonner le plus, de l'impudence de Saint-Just ou de la modération du général. C'était la folie- d'une part et la sagesse de l'autre: l'attaque était un expédient de la sagesse de Pichegru.

• Une demoiêelle jeune , grande et bien £iite j s'était refusée aux recherches de Saint-Just : il la fit conduire à l'échafaud. Après l'exécution , il voulut qu'on lui représentât le cadavre et que la peau fût levée. Quand ces odieux outrages furent commis, il la fit prépai^er par un chamoiseur et la porta en culotte.

• Je tiens ce fait révoltant de celui même qui a été chargé de tous les préparatifs , et qui a satisfait le monstre ; il me l'a raconté , avec des détails accessoires que je ne peux pas répéter, <kins mon cabinet au Comité de sûreté générale, en présence de deux antres personnes qui vivent encore.

> il y a plus : c'est que d'afuès ce fait, d'autres monsb*es, à l'exemple de Saint-Just, s'occupèrent des moyens d'utiliser la peau des morts et de la mettre dans le commerce. Ce dernier finit est encore constant.

• Il ne l'est pas moins que, il y a environ trois ans, on mit aussi dans le commerce de l'huile tirée des cadavres humains : on la vendait pour la lampe des émailleurs.

» Quant au fiât relatif à Saint-Just, on m'a raconté depuis qu'on homme bien connu , ayant perdu une dame à laquelle il était trèsattaché, avait employé le même moyen pour conserver un reste on un souvenir matériel de l'objet de ses afiections. «

La Révolution n'a pas produit de personnages plus singuliers que Marat et que son assassin : mademoiselle Charlotte-Marie de Goiday. On nous permettra de nous arrêter avec les contemporains sur l'un et sur 1^ autre. Nous recourons de nouveau à Harmand de la Meuse. Encore une fois, nous le reconnaissons.

ses récits ne sont pas exempts d'exag^ération, ils sont inexacts dans quelques détails; mais par quoi les suppléer et comment n'en pas tenir compte?

Portrait de Marat,

« Au physique, Marat avait comme l'hyène l'œil ardent et hagard ; comme l'hyène , son regard dtait inquiet et toujours en action ; ses mouvements étaient courts , rapides et par saccades ; une mobilité continuelle donnait à %ei muscles et à ses traits une contraction convulsive, qui s'étendait jusque sur sa marche ; il ne marchait pas, il sautait.

» Tel était l'individu appelé Marat.

» Il m'a raconté lui-même qu'avant Ja Révolution il avait eu des liaisons intimes avec une marquise qu'il m'a nommée ; que pour lui plaire il avait afFecté le goût de la parure , qu'il était alors i^cherché et élégant même dans ses habits ; qu'il avait obtenu par le moyen dr cette dame le titre de médecin des écuries de monseigneur le comte d'Artois ; qu'à cette épo([ue il avait touché à une célébrité contestée par des recherches et des expériences sur la nature du feu , et qu'il avait fait un voyage en Angleteire pour le même objet : tous ces faits sont vcais et connus.

» Il est connu aussi qu*à l'époque de la Révolution Marat avait changé de masque . et qu'il poiiait jusqu'au cynisme la négligence dans ses vêtements et une a£Fectation calculée à s'habiller comme la dernière classe du peuple. Il s'habillait à peu près comme un cocher de fiacre mal aisé; mais comme on l'a dit de Diogène , son oi^gueil perçait par les trous de son manteau. Il avait appareillé son langage à sa mise : il était de la dernière grossièreté , il traitait tout le monde de cochon, de béte, d'animal, etc.

» Son orgueil se composait de l'irritabilité physique de l'animal féroce par instinct, que la plus légère contrariété enflamme de colèra, et de l'iiTitabilité morale de l'homme absolu par calcul et par tempérament, aux yeux duquel la raison même est résistance; c'est dire que son orgueil était extrême et dangereux.

» Quelques jours après le triomphe imprudent que lui avait procuré l'accusation irréfléchie des Girondins , j'accostai Marat pour savoir de lui-même quel eflèt cette accusation avait fait sur lui.

» J'ai prévenu de son indécence ; voici sa réponse :

« Les f.... bêtes n'ont pas vu qu'en provoquant un jugement contre » moi, et que moi m'y soumettant, c'était attirer un intérêt de plus > sur moi et me procurer une occasion nouvelle de faire connaîti*e » ma puissance et de raffermir; mon peuple était là, et si les juges • eussent osé me condamner, ils eussent été pendus à l'instant même

Juillet 1793. 273

» au-dessus de leur siëçe ; les clous étaient placés et les cordes pré- . ■ parées. »

« Le fait était vrai dans toutes ces circonstances ; je Pavais ouï dire, mais j*avais voulu le savoir de lui-même, et je le rends comme je l'ai reçu, avec cette différence cependant qu'alors il était bonible et efIFrayant, et qu'aujourd'hui ce n'est plus qu'un souvenir déjà éloigné. Les juges l'ayant acquitté, son peuple ne le ramena pas , mais le rapporta triomphant et couronné à la Convention nationale.

» Dans la fameuse journée du 31 mai 1793, qui suivit de près ce funeste triomphe, Marat redoubla d'agitation, de mouvement et de contraction. Il allait, sans s'atréter un instant, d'un bout de la salle à l'autre; il parcourait les rangs et la tourbe des séditieux, parlait et haranguait indifféremment sur tout et à tous. L'effervescence s'étant accrue par les incitations des émissaires et des boute-fèu de ce scélérat et des autres chefs de la sédition, la Convention crut qu'elle pourrait la calmer en se montrant au peuple et en offrant de lui faire connaître son erreur et la vérité sur ses intentions, et notamment sur les députés dont on demandait la proscription.

i> Elle sortit d'abord du côté delà cour des Tuileries, ayant Hérault de Séchelles à sa tête. On sait que le brigand Henriot, qui commandait la force armée, la menaça de répondre à coups de canon, et qu'il fit placer la mèche sur les lumières et mettre en joue, en ordonnant à l'Assemblée de rentrer dans sa salle et de se disposer à obéir au peu|)le souverain.

n Une autre partie était allée dans le jardin, où plusieurs sections étaient aussi en armes. Marat, comme un énergumène, poursuivit cette fraction de l'Assemblée et lui ordonna de rentrer à son poste. Je dis qu'il ordonna, parce que ce fut véritablement le terme dont il se servit, avec des gestes qui signifiaient plus encore. Les dispositions des sections ne permirent point d'autre alternative; il fallut rentrer et s'envelopper dans son manteau.

n J'avais parcouru moi-même une forte colonne armée sur la terrasse de l'eau, et je rentrai convaincu que le triomphe de l'anarchie était complet. Jour de douleur et de désespoir ! »

Voici maintenant le portrait de Charlotte Gorday. Harmand a assisté aux interrogatoires ; il a observé avec le plus vif intérêt l'héroïne de Gaen. On pourrait relever dans sa relation des inexactitudes, des phrases et des expressions burlesques, des observations qui ne font honneur ni à sa délicatesse ni à son goût; mais enfin il était de ceux qui se trouvaient là et qui ont

vu, de ceux, en infiniment petit nombre, qui ont écrit et raconU^ les faits.

Portrait de Charlotte Corday,

M La postérité parlera, comme les -contemporains, de Tintention et du courage de cette héroïne de la llévohition. Elle louera les motifs et blâmera Taciion, car le droit naturel et le droit positif défendent de tuer.

» Lorsqu'elle eut poHé le coup mortel à Marat, elle fut conduite au Comité de sûreté générale. A cette époque, je n'en faisais pas partie * ; je n'étais pas diçne de dénouer les cordons des souliers de ceux qui le composaient : mais j'y allai par curiosité, comme plusieurs autres députés; je voulais voir de près cette nouvelle Judith.

» Son interrogatoire était fini, mais non encore relu ni sig^né. Chabot, le cynique Chabot, était près d'elle; il l'examinait avec une impudence extrême, et lui faisait en même temps quelques questions accessoires dont on ne tenait pas re(;istre; il voulait seulement la faire j)arler.

» Il aperçut un papier plié dans le sein de mademoiselle Corday ; il fit un geste pour l'en an-acher. Il parait que mademoiselle Corday avait oublié qu'elle portait ce papier sur elle , parce que le mouvement qu'elle fit pour se garantir du geste de Chabot et le regard qu'elle lui lança avaient une expression qui annonçaient la pudeur alarmée et la crainte d'un outi'age ; elle se retira vivement et jeta avec tant de fureur ses épaules en arrière, comme pour comprimer son sein par son habillement, que les épingles et les cordons échappèrent ou se rompirent entièrement, de sorte qu'elle en fut tout à fait découverte, et que, malgré In promptitude avec laquelle elle se courba la poitrine et la tétc sur SCS genoux eu s'accroupissant, elle n'en fut pas moins vue.

« Quelle situation ! Il suffit de l'exposer sans doute pour que tous les cœurs honnêtes s'y intéressent, et je dois à la justice de déclarer que, quelque peu délicats que fussent quelques-uns de ceux qui étaient présents , aucun d'eux cependant n'en abusa ; il ne fut tenu aucun propos, il n'y eut aucun regard affecté, ni aucun geste que la décence pût condamner*.

Ml en fit partie dans la suite, après le 9 thermidor.

2 Admirable!... La continence d'Harmand rappelle celle de Pétioa sauve par des lingères. (Voh- les Mémoires de Pétion que nous avons publiée.) O hommes vertueux ! vos cœurs sensibles, à la vue de l'innocence alarmée et de la pudeur sans voile, resuient sourds à la voix de la nature ! — pour parUr votrf lanf^age.

" Mademoiselle Corday avait les mains attachées ; elle demanda qu'on les lui déliùt pour qu'elle pût se rhabiller. Il n'y avait point là de femmes ; son erabaiTas était extrême ; cekii qui remplit ce devoir était si près (Pelle! Gela fait, elle se retourna en hce du mur et elle ne fut pas longue à réparer ce désordre pénible. Pendant ce temps, le papier qui y avait donné lieu était tombé et fut ramassé par celui qui avait voulu ramicher. C'était le bulletin du Calvado»ou de l'Assemblée que les députés proscrits et fug^itiB>, après les déplorables journées des 3i mai et 2 juin 1793, tenaient à Gaen. On profita du moment qu'elle avait les mains déliées pour lui proposer de signer son intciTogatoire. Je n'ose assurer qu'elle le signa, je le crois cependant, parce qu'elle le relut d'un bout à l'autre et que les observations qu'elle fit semblent l'annoncer; mais j'étais si préoccupé de sa vue et de ce qu'elle disait que beaucoup de choses m'ont échappé.

» Quoi qu'il en soit, elle nous donna un des exemples les plus fi'appants d'une mémoire extraordinaire et de présence d'esprit.

n Après qu'on lui eut lu tout le corttenu de son interrogatoire , on lui proposa de le lui relire article par article ; elle répondit que cela était inutile, et de suite elle obsei-va qu'au cinquièm* interrogatoire, que je cite pour exemple, on lui avait fait telle question, qu'elle y avait répondu de telle manière, mais qu'on y avait changé une ou plusieurs ex|)ressions dont elle s'était servie et qu'elle demandait qu'on les rétablît, parce que le sens de la réponse y était attaché.

» Elle observa qu'au douzième interrogatoire on avait altéré aussi le sens de sa réponse en substituant un mot à celui dont elle s'était servie.

» Enfin, elle fit six ou sept observations de ce gefire, en parcourant de mémoire tout son interrogatoire sans la moindre déviation , tant les demandes que les réponses, et il y en avait beaucoup.

i> Gertes, un tel efibrt de mémoire est peu commun, et surtout dans une circonstance comme celle dans laquelle se trouvait mademoiselle Gorday, et qui devait la préoccuper violemment. Sa présence d'esprit ne fiit pas moins imperturbable et admirable. On lui fournit l'occasion d'en donner une seconde preuve dans le moment même.

» Les liens avec lesquels ses poignets avaient été serrés tellement que ses poignets en portaient les empreintes ; quand les formalités de l'interrogatoire furent terminées , on se mit en mesure pour les lui rattacher. Ge liit alors qu'elle montra ses poignets à ses bourreaux, et elle leur dit ces mots, que j'ai retenus et que je rends littéralement : u S'il vous était indifférent , Messieurs , de me faire moins soui&ir » avant de me fkire mourir, je vous prierais de permettre que je

» rabatte mes manches ou que je mette des gants sous les liens que » vous me préparez. »

•• Elle fit Tun et Tautre.

» Mademoiselle Corday était d*unc taille moyenne, plutôt fortement que faiblement constituée, le visage ovale, les traits beaux, grands , mais un peu forts , Toeil bien et pénétrant et tenant un pe« de la sévérité de ses traits ; le nez bien fait , la bouche belle et bien garnie, les cheveux châtains, les mains et les bras dignes de servir de modèle; ses mouvements et son maintien respiraient la décence et les grâces, et ce que son malheur a voulu que je visse, digne des ciseaux de Zeuxis ou de Praxitèle.

i> Le reste est du domaine de l'histoire, ainsi que les causes qui Font fait agir; on varie et on variera, je crois, toujours à cet égard. Les médecins ont cru trouver dans le physique de mademoiselle Corday une cause paiiiculièrc de Texaltation qui lui a été nécessaire* et qui Ta portée à commettre un meurtre. Cette cause physique s'appelle sagesse en morale. »

Harinand est un pudique libertin. Il a sans doute exagéré la beauté de mademoiselle Corday, et de ce qu'il dit digne des ciseaux de Zeuxis et de Praxitèle. On peut se moquer de lui et de ridée qu'il donne des mœurs de soiï siècle en présentant la chasteté d'une fille à vingt-cinq ans, la conservation de sa virginité jusqu'à cet fige, comme une cause particulière d'exaltation capable de porter à l'assassinat. Tout cela est ridicule. Il n'en reste pas moins une impression profonde dans l'esprit du lecteur, parce qu'elle existait dans l'esprit et la mémoire du nai^ rateur. — Rapprochons de l'image idéalisée l'image avilie et défigurée par les bourreaux. Voici le portrait de Charlotte que ceux-ci publiaient dans le Répertoire du Tribunal révolutionnaire.

Charlotte Corday peinte par les démagogues.

« Cette femme, qu'on a dite fort jolie, n'était point jolie ; c'était une virago plus charnue que fraîche, sans grâce, malpropre, comme le sont presque tous les philosophes et beaux esprits femelles. Sa figure était dure, insolente, érysipélateuse et sanguine. De l'embonpoint, de la jeunesse et une évidence fameuse : voilà de quoi être belle dans un interrogatoire. Au surplus, cette remarque serait inutile, sans cette observation généralement vraie, que toute femme jolie et qui se complatt à l'être tient à la vie et craint la mort.

M Charlotte Corday avait vingt-cinq ans ; c'est être , dans nos

mœurs, presque vieille fille, et surtout avec un maintien hommasse et une stature (garçonnière. Elle était fille de condition, et dans un pays où la distance entre la noblesse et la roture était plus g^i-ande qu'ailleurs. La famille avait même, sur ce fait, la prétention des présentés, c'est-à-dire de ce qu'on appelait la haute noblc^sse. Elle n'avait point de fortune et vivait mesquinement chez une vieille tante. Sa tête était farcie de livres de toute espèce ; elle a déclaré, ou plutôt elle avouait, avec une affectation qui tenait de la ridiculité , qu'elle avait tout lu , depuis Tacite jusqu'au portier des Chartreux; en dig^nc phUosophiste, elle était sans vergofjne et sans pudeur, et en plein ti*ibunal elle a donné à connaître sur le fait de sa (jorçe qu'elle voulait qu'on la crût au-dessus des puérilités de son sexe. De ces choses, il résulte que cette femme s'était jetée absolument hors de son sexe; quand la nature l'y rappelait , elle n'éprouvait que dégoût et ennui ; l'amour sentimental et ses douces émotions n'approchent plus du coeiu* de la femme qui a de la prétention au savoir, au bel esprit, à l'esprit fort, a la politique des nations , qui a la manie philosophique et qui brûle de se mettre en évidence. Les hommes bien pensants et aimables n'aiment pas les femmes de cette espèce ; alors celles-ri s'efforcent de parvenir à mépriser le sexe qui les méprise ; elles prennent leur dédain pour du caractère, leur dépit pour de la force, et leurs goûts, leurs habitudes ne tardent point à dégénérer en extravagance et en licence prétendue philosophique.

•• Charlotte Corday, orgueilleuse à l'excès par son caractère, par le préjugé de sa naissance , par la croyance où elle était de la supériorité de son esprit et de sa morale, ne trouvait pas autour d'elle de pâture â son orgueil. Née d'une caste proscrite, autrefois si fière et révérée, aujourd'hui tant hnmiliée, l'esprit exalté par des lectures indigestes et vaporeuses, faute d'admirateurs ; le cœur vide, faute de jouissances ; l'humeur inquiète et impatiente , cette femme a cherché à finir sa vie à la manière d'Érostrate. •>

Assassinat de Maral.

Le 13 juillet, Marat, expirant des suites d^une maladie honteuse, avait été poignardé dans sa baignoire par la fameuse Charlotte Corday, jeune fille aussi bien élevée qu'elle était belle personne. Elle était venue tout exprès de Caen pour égorger ce monstre, qu'elle regardait comme le fléau de sa patrie. Le premier mouvement des bons citoyens fui

de se féliciter de cet événement; mais ils durent bientôt craindre de voir couler leur propre sang sur le tombeau de ce maniaque, et que sa mort même ne fVit le triomphe des assassins qui feignaient de le pleurer.

Beaulieu, dans son Essai sur t histoire de la Révolution, donne sur .la séance de la Convention et sur les suites de l'assa^inat de Marat des détails qui ne sont pas dans le Diumal, Nous allons les reproduire.

Conséquences de la mort de Marat,

« A Paris, les uns regardèrent la mort de Marat comme la délivrance d'un fléau; les autres, plus réfléchis, s'effrayèrent des nouveaux malheurs qu'elle allait occasionner. Dès que les Jacobins en furent instruits, ils le placèrent aussi parmi les divinités qu'ils invoquaient dans leurs violences, et elle devint bientôt la plus terrible. Dans la soirée même de sa mort, lorsque les jeunes inconsidérés du Palais-Royal se félicitaient d'en être délivrés, le substitut du procureur de la Commune, Hébert, répandait dans le conseil des larmes hypocrites sur la destinée du maniaque qui s'était qualifié lui-même V Ami du peuple, et dénonçait ses ennemis, c'est-à-dire tous les hommes sages, aux fureurs de la populace : il teiTuinait son réquisitoire en demandant que le conseil sollicitât auprès de la Convention l'apotliéose de Marat. Je ne sais quel autre municipal proposa de placer le buste de Marat dans la salle des séances du conseil ; tout cela fut rigoureusement exécuté, et bientôt le buste et l'effigie de Marat furent tellement multipliés, qu'on en trouvait partout. Dans le temps où , à peine d'être égorgé, il foUait donner quelques preuves, faire quelques démonstrations de ce qu'on appelait patriotisme , tout le monde , même ceux pour qui le souvenir de Marat était un souvenir détestable , avaient sur leur cheminée quelque petite figure représentant Marat qui leur servait de paratonnerre. Marat fut tué dans la soirée du 13 juillet. Le lende-

main , la séance de la Gonyentiort fut à peine formée que de prétendues sections de Paris vinrent remplir le vœu manifesté au conseil de la Commune par le substitut Hébert. Avant de les admettre, M. Jean-Bon Saint-André, qui présidait alors, adressa, (Tune voix basse et émue, ces paroles à la Convention :

M Citoyens , un grand crime a été commis sur la personne » d'un représentant du peuple. Maraf a été assassiné chez » lui. Je prie l'Assemblée d* entendre les adresses que lui ont » déjà envoyées plusieurs sections de Paris relativement à » cet événement. »

» La Convention charf^ea MM. Maure, Bentabolle et David de la direction du convoi, auquel elle assista en corps : Marat fiit promené dans les rues, tout sanglant, comme M. Lepeïletier, et provisoirement déposé dans l'enceinte du club des Cordeliers, qui se chargèrent de surveiller ce dépôt sacré. La rue où il demeurait fut appelée rue de Marat, et la place voisine, place de Marat. Enfin tout cela fut couronné par les plus grands honneurs qu'il fat possible à la Convention de lui décerner'. »

Nous avons pensé qu'on lirait avec intérêt les pièces suivantes, que nous croyons inédites, et que nous avons copiées sur les originaux conservés aux Archives de l'Empire. En faisant connaître Marat, un des personnages les plus étranges de la Révolution, elles font connaître égaletnentet l'esprit dn temps et les passions des contempo^rains. On sotipçonna d'abord le prêtre Jacqne» Roux d'être de conirplicité avec Charlotte Corday.

Rapport (fe tespion Greivc au Comité de sûreté générale.

« Les citoyens Crosnicr, Allain et Grcive , de la section de Marseille, s'etant trouvés chez le citoyen Marat mardi neuf de ce mois dans la matinée, Jaeqties Roux »'est présenté ponr demander à Marat

^ Nous bornons à ces ligues la citation que nous empruntons à Benulieu, parce qtie ce qit*il (fit ensufce est la reproduction texrtielle de ce qu'il avait dit déjà dans le Diwnalet de ce qct'on retrouvera phis loin. ^

la rétractation de ce qu'il avait écrit à son sujet dans son journal, en (lisant qu'il avait laissé chez lui son extrait baplistaire qui prouvait qu'il ne s'appelait pas Benaudi, comme Marat l'avait dit.

I» Marat lui a répondu avec la fermeté qui l'a toujours caractérise et avec le langage d'un homme de bien indigné des maximes horribles et véritablement contre- révolutionnaires qu'avait manifestées Jacque.s Roux à la barre de la Convention, ainsi que dans son affiche. Marat lui a reproché plusieurs conversations qu'il avait eues avec lui, où lui, Roux, s'était fait connaître comme un insigne tailuib, un dangereux ennemi de la Révolution. Roux lui a répondu avec le ton le plus patelin, le langage le plus faux, d'une manière enfin à le rendre à nos yeux un être aussi vil que dangereux. Aussitôt que Marat l'eut congédié, et avant de descendre l'escalier, au bout d'un long palier, il s'arrêta un moment et lança sur Marat un regard (prolongé) de vengeance impossible à dépeindre, tel enfin qu'il nous laissa à tous l'impression la plus profonde. Aussi, dès l'instant que nous avons appris la funeste nouvelle de l'assassinat de Marat, sans en connaître les détails, nos soupçons, celui de Greive surtout, ont tombé sur-lechamp sur ce prêtre vindicatif, soupçons qu'en bons citoyens zélé» pour la chose publique nous avons cru devoir communiquer de suite au citoyen Blache, pour qu'il en fît part au Comité, afin de ne pas donner à Jacques Roux le temps de s'échapper, en cas qu'il fut coupable. Le citoyen Greive, citoyen des Etats-Unis d'Amérique, résidant en France depuis dix ans, est d'autant plus affecté de ce déplorable événement qu'il a servi la cause de la liberté avec Marat il y a vingt ans; personne en France ne peut rendre d'aussi honorables témoignages de cette victime de la liberté que lui.

» A la suite de la conversation, Marat avait invité \& citoyen Greive à dîner aujourd'hui dimanche.

» Il est inutile d'entrer dans, de plus longs détails sur un personnage aussi connu que le prêtre Jacques Roux.

» Au reste, il paraît que le Comité a d'auti'es renseignements sur les auteurs de cet assassinat, ce qui n'empêche pas la possibilité que le personnage en question ne fût impliqué dans cette horrible aflkire.

1» Paris, ce 14 juillet 1793, l'an II de la République. — Signé : Allain, Greive. »

Lettre du frère et de la sœur de Marat au président de la Convention,

Citoyen président, la famille de l'infortuné Marat ayant appris par la voix du journal des citoyens Mercier et Carra, du 14 juillet 1793,

JUILLET 1793. S8i

que leur frère avait été assassine par un scélérat qui portait des habits de ftemme, et voyant déjà s*acconip]ir sur deux membres de la Convention nationale le projet que firent les partisans du despotisme d*égorçer les députés qui ont voté la mort du ci-devant roi, demande à la justice des représentants du peuple une punition exemplaire du tratti*e qui est arrêté, et une poursuite rigoureuse contre ses complices, afin d'effrayer les scélérats qui auraient des intentions aussi criminelles. Citoyen législateur, ce n*est pas le juste ressentiment qui nous dirige , mais la crainte qu'il n'y ait un plus grand nombre de victimes; nous prions l'Etre suprême de veiller sur la France et leur*» représentants. Heureux dans notre malheur si le sang de notre fi'cre pouvait nous ramener le bonheur!

« Jean-Pierre Marat, n loembre du club révolutionnaire de Genève ; • Marie Bnorssoii, née Marat.

■ Nous demandons que l'extrait mortuaire et l'inventaire soient envoyés au procureur général de la République de Genève, et piionn que ses papicr.s et manuscrits soient mis sous scellés et sur gard(> jusqu'à ce que la famille ait pris uh airangemcnt à ce sujet.

« Salut et fraternité.

« Genève, le 19 jaillet, l'an II de rvgalilé genevoise. >

Égalité, liberté, indépendance.

« Nous président et autres membres du comité provisoire d'administration de la ville et république de Genève, ayant vu la requête à nous présentée par Jean Mara, horloger, demeurant à Genève, fils de feu Jean Mara, de Gagliari en Sardaigne, reçu habitant de Genève le dixième mars mil sept cent quarante-un , lui-même né à Boudry, comté de Neufchàtel, le vingt-troisième janvier mil sept cent soixantesept, issu en légitime mariage dudit Jean Mara et de Louise Cabrol, ainsi qu'il résulte des titres joints à sa requête, dans laquelle il conclut à ce qu'il lui soit accordé acte et certificat authentique qu'il est fi'ère du citoyen Mara, qui a été, dit-on, assassiné à Paris il y a peu de jours. Ayant ouï le rapport du citoyen de Rochemont, secrétaire d'État, par nous commis pour ouïr plus particulièrement le requérant, vu le procès- verbal par lui dressé de l'information qu'il a faite en exécution de sa commission et les dépositions des citoyens More et Revacher, témoins assignés et assermentés ; attendu qu'il résulte suffisamment des titres et des témoignages pi-oduits par le requérant qu'il est

Bis (le Jean Mara, de Cagliari en Sardaig^ne, habitant de Genève, et de Louise Cabrol, de Genève, et qui! avait nn frère aîné vivant à Paris, que la notoriété publique désigne comme étant membre ci^de* vant de la Convention nationale de France, et qu'on dit avoir été dernièrement assassiné à Paris ; nous avons jugé qu'il était conforme à la justice de lui accorder Tacte de vérité qu'il requiert.

» En foi de quoi nous avons donné les présentes, sous le scean de la République et le seing du secrétaire d'État, le vingtième de juillet mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an second de l'Égalité.

M De Rocqevomt, Pcekaiii. «

Egaillé y Uberié.

u Jean-Louis Sonlavie, citoyen français, résident de la République française une et indivisible près la répubfique de Genève.

it Je certifie que les citoyens de Rochemont et Pucrari sont secrétaires d'État de cette ville. » Soulavie. » Genève, le 19 juillet 1793, l'an 11 de la Républiqae françafse. »

Rapport sur (a levée des scellés et t inventaire fait chez Marat.

tt Du 2 août 1793, Tan II de la République française une et indivisible ,

» Vu au comité les scellés aj)posés par procès-verbal du jour d'hier sur le sac où se trouvaient renfermés les papiers trouvés en la possession de la citoyenne Evrard, veuve Jean-Paul Marat, représentant du peuple, après avoir trouvé lesdits scellés sains et an lieu, il a été procédé au ùnage et à l'examen d'iceux; en conséquence, il a été procédé à leur description sommaire , ainsi qu'il suit :

ni* Nous avons, en la présence de ladite citoyenne Evrard, mis à part en sept liasses différentes toutes les lettres^ mémoires, notices, jommaux dépareillés, et réclamatiofis qui avaient été adressés aa citoyen Marat;

m 2* Trente-huit pièces on eliemises relatives à la trahison du généra) Cqstines ;

n 3* Sept antres mémoires on lettres adressés tant an citoyen Marat qu'au ministre , concernant des objets de sûreté générale ;

» k^ Les ouvrages du dtoyen Marat, consistant en nn voloroe inhoctaro contenant 323 pages , intilaèé : Mémoires sf$r ies expériences fœ Newton àofuie en ffreuve du système de la différente réfran- ^ibiUté des rayons héiéroifènes. Un antre voinme in-octavo, con-

tenant 201 pa{j;e8, intitulé : Recherdies physiques sur ie feu^ avec (les notes manuscrites.

» Un sac contenant un ouvrage manuscrit qui devait êti^e intitulé : tEcoie du citoyen ou Histoire secrète des machinations de la cour, de t Assemblée constituatite, du club monarchique des généraux et des principaux ennemis de la liberté qui ont figuré dans la Révolution.

» Un autre ouvrage aussi manuscrit, intitulé : Analyse de différents systèmes sur le feu et la chalettr, congélation et thermomètre,

m Un autre manuscrit intitulé ; les Chaînes de [esclavage,

1» Un autre ouvrage, partie impiiméc et partie manuscrite, intitulé : Découverte sur la lumière ^ constatée par une suite d expériences nouvelles,

» Un rouleau de trois ou quatre feuilles de papiers détachés avec ce titre : Histoire de la Révolution.

» Une autre liasse dans Inquelle se trouvent plusieurs ouvrages défa^ chés, l'un sur la physique, intitulé : Cristal d'Irlande et du Brésil,

n Un autre discours sur les moyens de perfectionner C Encyclopédie.

* Plusieurs feuilles détachées, manuscrites et imprimées qui paraissent relatives à l'ouvrage intitulé ci-dessus : [Ecole du citoyen.

• Une autre liasse de petites notes destinées pour un ouvrage intitulé : Administration des finances.

» Un autre mauuscrit in-quarto , sur la première feuille duquel se trouve écrit : Ma correspondance,

» Telle est la description des papiers et ouvrages qui se trouvaient déposés ^ans le sac ci- dessus mentionné. En foi de quoi ladite citoyenne Evrard a signé avec nous.

» GuFFnov, S. Evrard. »

Le ministre de [intérieur au président de la Convention nationale,

«Citoyen président, je vous ai adressé le 27 du mois dernier un état des dépenses relatives aux obsèques du citoyen Marat, et j'annonçais qu'il ne manquait, pour présentei* la totalité des frais, que l'état de ceux d'embaumement. Vous trouverez ci-jointes les pièces qui ont rapport à cet objet. Je ne puis que laisser à la sagesse de la Convention à statuer d'après le rapport de son comité des Bnances sur la demande d'une somme de six mille livres formée par le citoyen Deschamps, chargé de l'embaumement. Elle examinera si ses dé-

penser doivent être allouées sur le pied de quinrx; cents livre», conformément à l'avis du citoyen Desauit, chii-urgien en chef de THôtel- Diru ', ou si, comme je serais porté à le croire; une somme m(fme de douze cents livres seulement ne serait pas suffisante. — Poré. •

\4e juillet*. — A son arrivée à Paris, Charlotte Corday était aUée rendre visite au député Duperret ; elle s'entretint avec lui des derniers événements, et surtout de Marat, mais sans lui confier ses intentions à son égard. Le Comité de sûreté fut instruit de cette visite, et il n'en fallut pas davantage pour perdre Duperret, à qui on en voulait pour raison de ses opinions antimontagnardes , On le fît passer à la barre avec le fameux abbé Fauchet, qu'on accusa d'entretenir une con*espondance liberticide avec les traîtres du Calvados , et surtout d'avoir été vu avec Charlotte Corday. Chabot fut chargé de les interroger l'un et l'autre; mais à peine leur eut-il fait quelques questions, auxquelles ils répondaient d'une manière trop satisfaisante , que l'Assemblée décréta Duperret d'accusation et envoya Tabbé Fauchet à l'Abbaye'.

Le même jour, le conseil de la Commune, suivi d'une députation des quarante-huit sections de Paris , vint annoncer que toute la ville avait accepté la Constitution.^ Les envoyés défilèrent dans la salle en chantant un hymne de Chénier, commençant par ces mots :

Soleil qui, parcourant ta route accoutumée, etc.

^ Le prix de rembaumement fut, croyons- nous , arrêté définitivement à quinze cents livres*

^11 est sans doute inutile d'avenir que nous reprenons le récit du DiurnaL Le lecteur sait que c'est ce récit que nous suivons ; il est prévenu par nous toutes les fois que nous nous en écartons.

^ Duperret échappa k l'accusation, mais on avait trouvé un autre grief qui permit de le saisir et de l'envoyer k la mort. Il était le .rédacteur de la fameuse protestation du 6 juin contre le 31 mai; on la prit chez lui, et dans la suite on mit en arrestation les soixante-treize députés qui y avaient apposé leur signature.

Le vers que cite le Dlurnal commence la neuvième strophe du chant du Quatorze juillet, compose par Marie-Joseph en 1790 :

Soleil qui, parcourant ta route accoutumée, Donnes, ravis le jour, et règles les saisons ; Qui, versant des torrents de lumière enflammée.

Mûris nos fertiles moissons; Feu pur, œil étemel, àme et ressort du monde , Puisses-tu des Français admirer la splendeur ! Puisses-tu ne rien voir, dans ta course féconde ,

Qui soit égal h leur grandeur !

Que les fei*s soient brisés ! que la terre respire ! Que la raison des lois, parlant aux nations. Dans Tunivers charmé fonde un nouvel empire

Qui dure autant que tes rayons !

Que des siècles trompés le long crime s*expie! Le ciel, pour èti*e libre, a fait 1 humanité : Ainsi que le tyran, Tesclave est un impie,

Rebelle ù la Divinité.

Mardi 16 juillet. — • Le 16 juillet, Fabre d'Éylantine, pour réprimer l'agiotage, fit décréter que les scellés seraient apposés sur toutes les caisses des compagnies financières.

Le même jour, on lut des dépêches du général Gustines, qui était devenu tout à coup montagnard : on trouva dans ses dépêches copie d'une lettre au général Wimpfen, dans laquelle il lui mandait qu'il cessait toute correspondance avec lui, par la raison qu'il était fédéraliste. Cu,stines fut conduit à l'Âbbaye trois ou quatre jours après.

Funérailles de Marat.

Mercredi 11 juillet. — On répandit à Paris, dans lé journée du 17 juillet, que la peste était dans les hôpitaux. Des députés de sections se rendirent au conseil révolutionnaire pour lui demander que l'état de tous les hospices fût constaté. La Convention et la municipalité envoyèrent des commissaires pour éclaircir ces bruits, qui se trouvèrent faux.

Dans la séance de ce jour, le général Beysser, commandant à Nantes, et l'administration départementale de la Loire-Inférieure furent mis hors la loi, comme ayant adhéré

28ïi LA DEMAGOGIE A PAUIS.

à l'insurrection du Calvados. Un instant après, Lacroix fit décréter que la maison de Buzot, à Evreux, serait rasée; et Thuriot, qu'on graverait cette inscription sur la place où elle aurait existé : Ici a demeuré le scélérat Buzol, qui a conspiré la perte de la nation.

Comme la Constitution avait été acceptée à Evreux et dans plusieurs communes du département de l'Eure , Hérault-Séchelles fit décréter que pour consacrer la mémoire de ce triomphe de la liberté on célébrerait à Evreux une fête civique, dans laquelle on marierait six jeunes républicains avec six jeunes filles à qui la nation ferait deux mille quatre cents livres de dot. Cette fête eut lieu en effet.

On lit dans le Moniteur : « Charlotte Corday a été exécutée à mort, le 17, vers sept heures du soir, à la place de la Révolution, avec le costume dés assassins, et ses biens sont confisqués au profit de la Républi(iue. »

Un incident signala le supplice que la victime subit avec le plus ()Tand courage. Il est rapporté en ces tenues par BeauHen :

« L'exécuteur, dont le caractère se composait de la férocité naturelle à sa profession et de l'esprit de la Révolution à laquelle il devait le titre de citoyen , souffleta la tète sanglante, en la faisant passer, suivant l'usage, sous les regards des assistants; ses joues étaient encore vermeilles, et l'on ne manqua pas de dire que c'était de l'affront qu'elle venait d'essuver. »

Jeudi 18 juillet, — Dans la séance de la veille, 1* Assemblée avait mis hors la loi le général Beysser et l'administration départementale de la Loire-Inférieure; mieax instruite le lendemain par ses commissaires à Nantes , ou plutôt craignant l'effet d'une mesure aussi violente, elle rapporta le décret de mise hors la loi, et se contenta de suspendre le

général et l'administratioo de leurs fonctions respectives; mais elle décréta d'accusation le député Goustard, l'un de ses membres, comme ayant cherché à induire en erreur les citoyens et les adn(^inistrations de Nantes.

Sur la demande du montagnard Dartigoyte, elle décréta d'accusation le procureur général syndic, le président du département du Gers, et les administrateurs Bartbe, Vivce et Detournel, comme coupables de fédéralisme.

Vendredi \9 juillet. — Sur la proposition de Barère, les administrateurs de Quimper furent décrétés d'arrestation, et le siège de l'administration fut transféré à Landernau.

Lequinio , pour l'honneur des mœurs , disait-il , et pour la propagation de l'espèce humaine, qu'on détruisait journellement par toutes sortes de moyens, fit décréter que les évéques qui s'opposeraient au mariage des prêtres seraient déportés.

Enfin le député Thuriot annonça que les rebelles de la Vendée avaient été mis en déroute près d'Angers; que dans cette aftaire, qui avait été très-chaude, Santerre et les républicains de Paris avaient fait des prodiges de valeur.

L'Assemblée avait décrété que ce serait à la grande époque du 10 août que les envoyés des assemblées primaires de toute la France se rendraient à Paris pour y rendre compte du vœu de leurs commettants sur l'acceptation de l'ajCte (Constitutionnel. Le 19 juillet 1793, la Commune arrêta que ce décret serait envoyé aux sections , avec invitation de procéder sur-le-champ à la liste des citoyens auxquels elles croyaient devoir accorder l'honneur de loger un député du peuple.

Dans la séance de la Convention du 19 , on s'occupa surtout de dénonciations contre les prêtres que la persécution contre les fédéralistes avait laissés quelque temps respirer, et de mentions civiques en l'honneur des communes qui acceptaient l'acte constitutionnel. '

Le prix des denrées tend sans cesse à s'élever, le ralentissement ou l'interruption du travail a diminué ou épuisé les lessources du petit peuple; la foule se porte aux marchés, affamée et menaçante; elle liiit main basse sur ce qu'elle trouve, le payant ce qu'elle vent et au risque d'empêcher les pourvoyeurs ordinaires de ses besoins de revenir. C'est cette violente invasion des marchés que Pnidliomme appelle une démarche illégale du peuple de Paris.

Démarche illégale du peuple de Paris, et réflexions de Prudhomme.

« Le peuple de Paris, indigné de ne pouvoir se procurer du pain qu'avec beaucoup de peine et une grande perte de temps, épuisé d'ailleurs et n'ayant plus la faculté d'atteindre au prix excessif des denrées de première nécessité, s'est porté vendredi dans plusieurs marchés et a demandé le quarteron d'œufs à vingt- cinq sous, la livre de viande à quinze sous. Peut-on lui faire un crime de cette démarche illégale? N'est- il pas affreux qu'il faille payer un litron de haricots secs vingt- cinq sous, un artichaut douze sous, et ainsi des autres objets de consommation indispensable et journalière !

» Les assignats , il est vrai , et la sécheresse ont bien pu contribuer à ce renchérissement subit et énorme; mais ne peut-on pas reprocher aussi aux habitants des campagnes voisines de profiter de la circonstance pour quadrupler leur gain? S'ils avaient un peu de patriotisme et d'humanité, se conduiraient-ils ainsi avec des frères qui ont fait la Révolution et qui en portent tout le poids? Les citoyens des communes circon voisines ne devraient-ils pas se contenter d'un bénéfice honnête? Loin de cela, ils viennent encore lui enlever le pain qu'on distribue à Paris à un taux modéré, grâce à une taxe que les Parisiens seuls supportent. En vérité, les gens de campagne sont bien coupables, d'autant plus que les bienfaits de la Révolution n'ont tombé presque que sur eux. Les villes ont payé tous les frais, les campagnes en ont retiré tout le fruit. » {Révolutions de Paris, n* 211.)

Ces réflexions de Prudhomiiie doivent être rapprochées de celles que lui avait suggérées le pillage des épiciers du 25 mars. Depuis cette époque , son respect pour Tinviolabililé de la propriété a fort diminué. 11 excuse le droit que s'arroge la foule de Bxer à son gré le prix des denrées alimentaires, sans tenir compte de leur valeur réelle et des prétentions des marchands. C'est qu'il serait dangereux pour le journaliste de condamner aujourd'hui ce qu'il blâmait la veille. Peut-être aussi est-il touché du spectacle d'une pénurie chaque jour plus grande et plus cruelle autour de lui. Il termine par des reproches adressés aux gens de campagne. Rien de plus juste et de plus inutile que ces reproches. Allez donc vous adresser au sentiment humanitaire du paysan lorsqu'il voit un écu à gagner sur un sac de blé ou de pommes de terre ! Jacques Bonhomme sera toujours le même : l'ennemi des villes , jalousant leurs plaisirs et exploitant leurs besoins le mieux qu'il peut. La Révolution ne l'a pas seulement émancipé; elle lui a donné la souveraineté. Ce travailleur, qui ne lit jamais, qui, l'œil fixé sur le sein de la terre ouverte par le soc de la charrue^ passe sa vie à en solliciter la fécondité et à en supputer les revenus , sensible comme ses bêtes au froid et nu chaud , terrible lorsqvie la faim ou le racoleur au nom de la loi entre chez lui pour lui enlever ses enfants, mais indifférent et aussi étranger qu'il l'était du temps de La Bruyère à tous les événements politiques qui ne font que rider la surface des eaux profondes où il végète; le paysan deviendra, de pa;: la Révolution française, le maître du monde, le souverain omnipotent, le dispensateur de toutes les charges, le distributeur de la fortune pviblique, le juge suprême en matière de capacité, d'intelligence, de mérite, de vertu, de talents, et de sa main calleuse et populacière il sacrera des empereurs ; il mettra sur le front de ses élus une huile plus efficace que le saint chrême : l'oint du peuple remplacera^ l'oint du Seigneur. Ah ! on peut dire aux Révolutions ce que le grand Bossuet disait aux rois devant le néant des grandeurs humaines : Et nunc intelligite. Et maintenant, penseurs profonds , grands jurisconsultes , orateurs incomparables, apôtres et martyrs de la justice et du progrès, combattants de la liberté, voyez en quelles mains sont passées vos conquêtes! Instruisez-vous, puissances de la terre!

tOO LA DEMAGOGIE A PARIS.

21 et 22 juillet, — On voulait absolument que les événements des 31 mai, 2 et 3 juin, eussent opéré la révolution la plus mémorable qu'on eût vue jusqu'alore, ou au moins on chercliait à le persuader aux imbéciles dont on avait besoin pour consommer les atrocités qu'on avait préméditées. C'est dans ce but que la Convention décréta, le 20 juillet 1793, que les procès-verbaux de ces événements seraient imprimés séparément et envoyés aux départements, aux sociétés populaires, aux armées, en un mot à la France entière dans ses diverses répartitions.

Dans cette séance, le député David fit mettre un fonds de douze cent mille livres à la disposition du ministre de l'intérieur, pour la dépense de la fédération du 10 août.

Quoique mis hors la loi , les insurgés de Marseille redoublaient tous les jours d'activité et d'énergie; et, par représailles, ils mettaient hors la loi les membres de la Convention nationale. Ils avaient levé des bataillons nombreux dans le dessein de se joindre aux Lyonnais; et si leur plan eût réussi, il n'y a pas de doute que la Convention n'eût été perdue. Déjà ils s'étaient emparés d'Orange et d'Avignon; mais la destinée se joua de leurs projets : on apprit, le 21, que quelques bataillons arrivés de l'armée des Alpes, et conduits par le commissaire Albitte, s'étaient emparés du pont du Gard; que les Marseillais avaient évacué précipitamment Orange et Avignon , et s'étaient repliés sur Marseille.

Lundi ^2 juillet, — il y avait quatre ou cinq jours que le général Wimpfen avait été dénoncé par Custines comme fédéraliste : la Convention nationale ne tint pas compte à ce dernier d'un acte de patriotisme aussi prononcé '.

Le 22 juillet 1793, Bazire vint instruire le Comité de sûreté générale que la présence de Custines, récemment arrivé à Paris, agitait beaucoup les esprits, que même il paraissait que ce général favorisait cette agitation. « Hier, dit-il, il se

^ Ciistinc.<4 était ami des Girondins et partisan de la Constitution rédigée par Condorcet.

montra au Palais-Royal; aussitôt les habitués des tripots quittèrent leurs repaires et entourèrent Gustines en criant : Vive Cusîines! Remarquez bien, citoyens, ajouta Bazire, que ceci s'est passé le lendemain du jour où les députés de la' Montagne ont été insultés : je ne veux rien préjgger sur Gustines, mais il est accusé d'avoir fait distribuer de l'argent à des femmes pour exciter des mouvements en sa faveur. » A la suite de ce beau rapport, Bazire demanda Tarrestation de Gustines. Un membre du même comité s'écria que c'était déjà fait. Quelqu'un ayant observé qu'il était seulement sous la surveillance d'un gendarme, Bazire réitéra sa motion, et un décret envoya Gustines à l'Abbaye.

Le conseil exécutif annonça, par l'organe de Bouchotte, alors ministre de la guerre, qu'après une longue et mûre délibération il avait destitué le général Gustines du commandement des armées du Nord et des Ardennes , et l'avait remplacé par le général Dietmann.

Mardi ^i juillet, — Dans la journée du 23 juillet, il fut encore question de la ville de Lyon.' Ghabot, au nom du Gomité de sûreté, dénonça, comme méritaht toute l'indignation de l'Assemblée , une lettre des commissaires Rouhier et Bninet, parce qu'étant retenus dans cette ville, ils avaient la lâcheté, disait-il, de réclamer l'indulgence de la Gonvention en faveur des Lyonnais. Le rapport de Ghabot avait été motivé sur des dépêches de Reverchon et Laporte, en mission dans le département de Rhône-et-Loire , dans lesquelles ils traitaient leurs collègues avec très-peu de ménagement. A la suite de ce rapport , un député , nommé Baudot , demanda que tous les citoyens domiciliés dans les villes insurgées, telles que Bordeaux, Lyon, Gaen et Marseille, fussent déclarés traîtres à la patrie, et leurs biens confisqués. Quoique la motion de Baudot eût été vivement applaudie, on se contenta de décréter, sur la demande de Bréard, qu'on se bornerait à déclarer traîtres à la patrie ceux qui auraient quitté leur domicile pour se rendre dans Tune de ces villes.

La clause de la confiscatioD des biens ne fut pas oubliée.

Une nouvelle rébellion fut encore annoncée dans cette séance. Les habitants de Toulon s'étaient insurgés, avaient destitué leurs administrateurs, et adhéraient aux mesures prises par la ville de Marseille quant aux mouvements de cette commune. Âlbitte annonçait qu'un bataillon d'Allobroges * s'était rendu maître d'Avignon, et en avait chassé les insurgés. « Je fais, disait-il, arrêter, pour servir d'otages aux patriotes , tous les monstres lyonnais et marseillais que je peux rencontrer. »

Le même jour, Beaubarnais écrivit que les avant-postes de l'armée du Rhin avaient battu les Autrichiens et les émigrés.

Mercredi '^A juillet. — Plus on avançait dans la carrière de la Révolution , et plus aussi le Tribunal criminel extraordinaire méritait de faveurs et recevait d'attributions ; il semblait que tout fût combiné pour arriver aux effroyables désordres, au système de perversité qui, pour la honte de la France, trouve encore aujourd'hui des défenseurs. Dans la séance du 24, Gambacérès, au nom du Comité de législation, fit porter à sept le nombre des juges de ce tribunal , et fixer leurs honoraires à dix-huit francs par jour. L'accusateur public eut un traitement double , ainsi que le président.

Il fut de nouveau question de la ville de Lyon. Les prétendus patriotes qui y avaient été envoyés en qualité de commissaires du pouvoir exécutif, ou plutôt d'espions , annonçaient qu'il s'y était formé une fédération de quinze départements; des fêtes civiques avaient été célébrées dans des sections, pour séduire, disaient-ils, les envoyés des communes, et les engager à lever un impôt dont le produit aurait été destiné à solder une armée qui devait marcher sur Paris.

Duhem et Lesage-Sénault , commissaires à Lille, avaient

1 C'était ainsi qu*à cette époque on nommait les Savoisiens. (Note du JHurnaL)

suspendu de leurs fonctions les généraux Lamarlière et Lavallette, comme complices des délits imputés à Gustines. Robespierre se déclara hautement en faveur du dernier, en assurant qu'il avait pour lui tous les patriotes, toutes les sociétés populaires. Il fit rappeler Dufaem, qu'il accusa d'incivisme, et fit rester Lavallette à son poste. Personne ne répliqua. Ce léger événement prouve combien était puissante rinfluence de Robespierre : il était déjà rare que ses plus indifférentes opinions fussent contrariées. Lavallette accompagna ensuite Robespierre à TéchaFaud.

Jeudi 25 juillet, — Dans la séance du 25 , on apprit la déroute totale d'une armée de soixante mille hommes, mise en fuite par les paysans de la Vendée. Cet événement était arrivé le 15. Barère ne fit que l'indiquer, pour donner le temps, au Comité de salut public de préparer les effroyables mesures qu'on employa, sous prétexte de remédier à ces désordres.

La ville de Yalenciennes était sur le point de se rendre aux Autrichiens : les commissaires près l'armée du Nord furent autorisés à mettre en réquisition toutes les gardes nationales du département, et tout ce. qui leur paraîtrait nécessaire pour forcer l'ennemi à se retirer de devant cette place.

Parmi les décrets curieux qui furent rendus, on distingue une loi emportant peine de dix années de fers contre toute autorité qui dissoudrait une société populaire, et de cinq contre tout particulier qui se rendrait coupable du même délit.

Un artiste, nommé Bonvaiet, vint faire hommage du buste de Marat. L'Assemblée décréta qu'il serait placé dans le lieu de ses séances, à côté de ceux de Brutus, de Dampierre et de Lepelletier.

La société dite des Défenseurs de la République (des sep* tembriseurs) donna avis à la Commune que le samedi pro*

chain elle ouvrirait ses séances : elle invitait tous les bon& citoyens à y assister. Immédiatement après le conseil arrêta, sur la demande de la société des Gordeliers, que la rue appelée de 'leur nom porterait dorénavant le nom de rue Marat, et celle de l'Observatoire celui de rue de l'Ami du Peuple.

Ds^ns la lettre que Charlotte Corday écrivait à Marat pour obtenir qu'on la laissât arriver jusqu^'à lui, se trouvait une phrase qui donne à son assassinat le caractère d^une trahison et d'iui (}iiet-apcns : u Suffit que je sois malheureuse pour que vous lue deviez protection. « Ce mot est le plus bel élo(;e qu'on pût faire de Marat. 11 a été parfaitement senti par le inaratiste Desprez- Yalmont, auteur des vers suivants :

Vers pour le portrait de Marat.

Peuples de Tmiivers, vous devez votre estime A ce martyr hem*eux de noti'c liberté.

Pai' ses assassins même il fut tant respecté Qu'ils n'ont i>u rn|>[)rocher et consouiiner leur ciime Qu'en lui parlant d'humanité.

Marat était humain à sa manière, tendre pour les pauvres, impitoyable pour les riches, qu'il mettait hors t humanité'. Mais le stratagème employé par Charlotte Corday était mauvais à tous é(^ards. Il est probable d'ailleurs que ce n'est pas la compassion inspirée par sa lettre qui lui avait valu son introduction auprès du démag^og^ue, c'est le son de sa voix enfantine, sa jeunesse, son sexe, ou plutôt c'est la rage de Marat pressé d'entendre des révélations qui pouvaient servir sa haine contre les députés retiras à Caen. *

Vendredi 2G juillet. — Dans la séance du 26, Goliot* d'Herboîs fit rendre contre les accapareurs le fameux décret si nécessaire aux Jacobins pour arriver insensiblement au nivellement des fortunes qu'ils s'étaient proposé. Voici quel* ques dispositions de cette loi monstrueuse : •

1* L'accaparement est un crime capital.

2* Sont déclarés coupables d'accaparement ceux qui dé-

robent à la circulation des marchandises ou denrées de première nécessité.

3'' Les denrées de première nécessité sont : le pain , la viande, le vin, les grains, farines, légumes, fruits, le cidre,, l'eau-de-vie, le charbon, etc., même les draps, les toiles et toutci^ les étoffes , la soierie seule exceptée.

En outre, cette loi ordonnait à chacun la déclaration générale de toutes les marchandises qui pourraient se trouver dans ses magasins, et peine de mort avec confiscation de biens contre ceux qui, dans les huit jours de la promulgation de la loi , auraient négligé de faire cette déclaration.

Des lettres reçues de l'armée répubhcaine dans la Vendée, en date du 17 juillet, et lues dans cette séance, annonçaient que cette armée, après avoir gagné la veille une bataille importante connue sous le nom de bataille de Flines, avait été mise en déroute. Les commissaires qui donnaient ces détails se consolaient d'un aussi grand malheur par la raison qu'un grand nombre de communes des pays environnants avaient accepté la Constitution à l'unanimité. Treilhard, envoyé en qualité de commissaire dans le département de la Gironde, et qui se trouvait alors à Montauban, fut rappelé par décret, sous prétexte quil attiédissait l'esprit public. Pour le réchauffer, on lui substitua son collègue Baudot.

Samedi 27 juillet. — Dans la séance du 27, Jean-Bon Saint- André proposa RobespieiTC pour remplacer au Comité de salut public le député Gasparin, qui avait donné sa démission. La Convention ne prévoyait pas alors sans doute qqe cet homme ne tarderait pas à employer l'influence que lui donnait cette place pour décimer ceux-là mêmes qui la lui avaient donnée. Comme on avait besoin de brigands de toute espèce, Thuriot fit décréter que le tribunal de cassation statuerait dans huitaine, sous peine de forfaiture, sur toutes les pièces et procédures criminelles qui lui avaient été remises. Il est clair que de pareilles mesures ne pouvaient avoir d'autre but que de paralyser la justice.

Dimanche 28 juillet, — On annonça dans cette journée que le roi de Prusse venait de s'emparer de Mayence. Ce qui paraîtra incroyable, on trouva moyen de faire croire, • ou au moins de le prétendre, que Custines, qui s'était couvert de gloire par la prise de cette place forte , avtrit conspiré pour la rendre à ceux-là mêmes à qui il l'avait enlevée; on fit par incidence intervenir un propos de Barbaroux, qui prétendait que ses amis avaient pour eux et l'aimée du Nord et Gustines. Il n'en fallut pas davantage pour le faire traduire sur-le-cbamp au tribunal révolutionnaire. On décréta en même temps d'accusation tous les officiers de l'étatmajor de la garnison de Mayence, avec ordre de les transférer sur-le-champ dans les prisons de Paris. On déclara traîtres à la patrie Buzot, Barbaroux, Gorsas, Lanjuinais» Salles, Louvet, Burgoing, Biroteau, Pétion, Chassey, Gussy, Fermond, Meillau, Lesage (d'Eu re^t- Loir), Vajady, Kervélégan, les uns pour s'être soustraits au mandat d'arrêt rendu contre eux le 2 juin, les autres pour s'être réunis aux rebelles dans les départements révoltés. Enfin on décréta d'accusation Gensonné, Vergniaud, Guadet, Moleveaux , Gardien, Fauchet, Boileau, Valazé et Grangeneuve, détenus au Luxembourg et prévenus de la prétendue conspiration du 31 mai. Toutes ces mesures furent prises sur la proposition de Barère. Gaston demanda que ce décret fût étendu à plusieurs députés du côté droit qu'il désigna, tels que Fontréde, Ducos et Garra , qui ne tardèrent pas à être compris dans la même proscription. En attendant, Robespierre fit renvoyer cette proposition au Gomité de salut public. Dans la même séance, ce Gomité fut autorisé à lancer des mandats d^arrêt, prérogative qui n'avait encore appartenu qu'au Gomité de sûreté générale : ce fut Lacroix qui la lui fit accorder.

Extraits des rapports de police adressés a^ Comité de salut public.

« On ne cesse de 8*entretenir de Gustines : partout il est accusé d'avoir trahi les intérêts de la chose publique. Lés aristocrates seuls font semblant d*en douter.

• Aux Jacobins on demande que sa tète tombe, et les tribunes applaudissent.

« Les citoyens «pie leurs affaires ou leurs infirmités obligent à prenr dre des voitures de place attendent avec impatience un règlement à ce sujet. Les disputes auxquelles donne lieu le prix excessif qu'exigent les cochers sont un motif suffisant de le presser, afin d'épargner tous ces désagréments à nos frères des départements qui vont accourir de toutes parts à la Fédération.

« Dans un village aux portes de Paris , à Nanterre , le fanatisme et la superstition sont encore si grands que pour obtenir promptenient la Bn de la guetxe on a comblé la Vierge de présents ; elle est chargée de rubans tricolores pour plus de douze cents livres.

» Pour répondre aux calomnies dirigées contre lu ville de Paris, la Commune a arrêté une invitation à tous les pi*opriétaires de maisons de faire mettre en gros caractères sur le devant :

• Liberté , Ey alité, République f> Une et indivisible , etc.

» On voit encore très-peu de ces inscriptions.

n Les Jacobins ne veulent plus Carra pour bibliothécaire; il y est tous les jours dénoncé ; il aura peine d'échapper aux accusations qui s'accumulent sur sa tête.

« On vient de donner deux pièces nouvelles au théâtre de la l^épublique ; on a remarqué avec plaisir, dans l'une, le respect que le public porte aux bonnes mœurs, et dans l'auti^e, les progrès sensibles que le patriotisme et la vertu font dans tous les cœurs.

■ La première de ces pièces, intitulée la Liberté des femmes, aurait été mieux nommée la Licence du vice. L'auteur offre le tableau d'un époux libertin par penchant, inconstant par caractère, vil par habitude, et ennemi de la délicatesse par calcul. Un honWe qui avoue que les grâces de sa femme doivent être le partage de plus (fun heureux ne pouvait qu'irriter le public et le porter à feire justice d*un ouvrage qui insulte ouvertement à la décence et aux conventions sociales.

» Le second ouvrage est la tragédie de Mutius Scevola. Toutes les applications, et il y en a bon nombre^ qui tournaient au profit de la libellé , ont été vivement saisies et fbiiement applaudies. Le public a été d'autant plus judicieux qu'il a comprimé ses signes d'approbation quand il a entendu Porsenna débiter des maximes de justice, de morale et de républicanisme. On a cru ce langage tellement souillé vn

passant par la bouche d'un roi , qu'il perdait tout son prix pour des oreilles républicaines.

» La représentation d Adélaïde y espèce de drame donné le 25 au Théâtre-Italien , prouve encore que la partie du public qui compose les différents théâtres de Paris est animée d*un esprit de décence et de bonnes mœurs.

» L'auteur a présenté un époux entraîné aii désordre et à la ruine par une espèce de souteneur qui lui fait connaître une fille très-séduisante. Comme les excès de ces deux individus n'ont d'autres bornes que ceUes du crime , le public n'a pu soutenir un tableau aussi repoussant, et il a fait prompte justice et de l'auteur et de sa production.

» Paris est fort tranquille ; il y a eu cependant quelques mouvements avant-hier dans différents marchés à cause de la cheilé des denrées ; le tout s'est terminé par des œufs cassés et des légumes foulée aux pieds. Toutes les inquiétudes se portent plus que jamais sur la Vendée, et les espérances sur le décret contre les accapareurs de subsistances.

» Les murs du ci-devant Palais-Royal sont couverts depuis hier au soir d'une affiche placardée par les soins de Custines le fils : elle est en deux colonnes; l'une contient une lettre de Custines à son fils, datée de Cambrai, le 12 de ce mois, et l'autre la réponse de celui-ci. C'est cette réponse qui a été interceptée, et dont on a cru pouvoir tirer des preuves de la trahison de ce général. Par l'explication naturelle que Custines le fils donne de quelques passages de sa lettre à son père , il repousse victorieusement les soupçons que la malveillance voulait jeter sur .leur incivisme.

» Dans la nuit de jeudi à vendredi on a arrêté sur la section du Panthéon-Français un ancien membre du ci-devant Parlement de Paris qui s'était réfugié dans l'appailcment d'une fille du monde. On prétend que beaucoup d'émigrés sont aussi dans des lieux de prostitution, d'où ils demandent et obtiennent des certificats «le résidence.

» DCOAS, * Commissaire observateur de l'esprit public. »

Lundi ^9 juillet, — Dans la séance da 29, le Comité de législation , sur la proposition de Bentabolle , fut chargé de rédiger sans désemparer le décret d'accusation contre les

députés détenus, taut on était pressé de les assassiner. Tandis qu*on prenait contre eux des mesures aussi violentes, le commandant général Heqriot faisait garder le palais du Luxembourg, qui était devenu leur prison, par vingt -cinq hommes pris alternativement dans chaque section, et choisis parmi les plus forcenés démagogues.

Le même jour, on rendit plusieurs décrets relatifs à Tinsunection de Toulon, tels que ceux de mise en liberté des patriotes incarcérés par les insurgés, et le rétablissement des membres des autorités qu'ils avaient destitués de leurs fonctions.

Déjà le Comité de salut public commençait d'essayer ses forces contre les membres de la Commune qui pouvaient le géuer : il fit arrêter le nommé Garin, Tun d'eux, comme ayant prévariqué dans l'approvisionnement des subsistances, dont il était chargé. Le conseil prétendit que si Garin était arrêté, il fallait traiter de même Garât, ministre de Tintérieur, également chargé de la partie des vivres, avec qui il était en querelle. Des commissaires de la Commune se rendirent donc au Comité de salut public pour demander la liberté de Garin. Le Comité, craignant de blesser cette puissance, dont il avait encore le plus grand besoin, s'empressa de lui rendre son protégé.

Mardi 30 juillet. — Trois députés, Dupral, Mainvielle et Vallée, accusés de correspondance avec Barbaroux, furent mis en arrestation dans la journée du 30, sur la demande d'Amar, au nom du Comité de sûreté générale.

On lut, dans la séance de ce jour, une réponse' extrêmement républicaine du député Dubois-Dubay à une proclamation du prince de Cobourg, après la prise de la ville de Gondé par les troupes impériales. Le représentant tutoyait le prince en véritable sans-culotte , et avec une fierté digne des Caton et des Brutus. Il n'en fallait pas davantage pour lui concilier des applaudissements universels et un déluge de mentions civiques.

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Gomme les opérations du Tribunal révolutionnaire n'allaient pas. assez vite au gré de ceux qui voulaient éçorçer en masse, le Comité de salut public jugea à propos de lui donner un nouveau degré d'activité ; il fit décréter, dans la séance du 30 juillet , qu'il serait divisé en deux sections , jugeant chacune dans un local différent; et, chose remarquable, le premier individu qui fut envoyé à cette seconde section était le président du Tribunal révolutionnaire, nommé Montané, accusé d'être lui-même un agent de la contre-révolution '. Ces deux décrets furent rendus sur la demande de Prieur (de la Marne) , au nom du Comité de salut public.

Le général Westermann, aussi accusé de contre-révolution, quoiqu'il eût battu plusieurs fois les contre-ré vol ution» naires, fut déchargé de ce délit, et renvoyé aux tribunaux militaires pour ce qui le concernait en particulier.

Mercredi 31 juillet. — La journée du 31 fut remarquable par des opérations financières inconnues jusqu'alors. Le conseil général de la Commune fit publier, avec le plus grand appareil, la fameuse loi contre les accapareurs. Des municipaux dégoûtants de malpropreté, montés sur des haridelles, proclamaient avec empbase , à tous les coins des rues , cette loi désastreuse, au milieu d'une populace imbécile qui applaudissait avec enthousiasme à ce décret de ruine et de misère qui devait bientôt lui enlever et son pain et les moyens qu'elle avait eus jusqu'alors pour le gagner. Pendant que les municipaux faisaient cette belle promenade dans tous les carrefours de Paris, la Convention prenait dans la poche des citoyens de cette ville les assignats qu'ils avaient été obligés de recevoir en échange de l'or et de l'argent qu'elle leur avait enlevés. Le financier Cambon, au nom du Comité de salut public, faisait démonétiser les assignats à face royale au-dessus de cent livres, et décréter qu'ils ne pourraient plus être admis qu'en payement de domaines nationaux*.

} Il avait fait des radiadonci de moU dans les jugements randus dans le procès des assassins de L. Rourdon et dans celui de Charlotte Corday. ^ Pour comprendre le jugement sévère porté par le Ùiurnal sur la me-

Dans la séance de la Commune, les femmes' révolutionnaires demandèrent avec instance que Tobélisque qu'on devait élever en Fhonneur de Marat fût achevé avant le 10 août, et que, pour accélérer l'ouvrage, le Comité de salut public cessât d'être chargé de son exécution.

Nous empruntons encore ici aux Révolutions de^Parù de Prudboinme ( n* 2il, du 20 juillet au 30 août) deux articles qui mieux que tous les commentaires feront connaître l'esprit public à cette époque, ou du moins l'esprit dominant. Pour ceux qui voient dans la multitude l'arbitre du gouvernement des choses humaines, qui veulent qu'on prenne pour règles ses désirs, ses idées et ses passions, il n'est point de spectacle plus instructif que celui de tant d'aberrations dont Pmdhomme, ce type du bourgeois ami de l'ordre, c'est-à-dire du gouvernement du jour, est le narrateur et le panégyriste, en attendant qu'il puisse dire, toute l'horreur qu'elles lui inspirent et toute la peur qu'elles lui ont £iite.

Signes de la royauté à effacer et translation du cœur de Marai aux Cor délier s,

« Enfin bientôt un républicain pourra marcher dafts les rues de Paris sans courir le risque de se blesser les yeux à la vue de tous ces emblèmes, de tous ces attributs avilissants de la royauté qui étaient sculptés ou peints sur presque tous les édifices publics et les maisons particulières : on travaille sans relâche à faire disparaître ces images repoussantes, monuments gothiques de la servitude de nos pères. Depuis longtemps cette réforme était désirée, attendue. Il fallait s'y prendre dès le lendemain du jour mémorable où la République fut décrétée par acclamation.

» Sans doute qu'on n'oubliera pas de décapiter tout au moins tous ces rois de pierre qui surchargent le portail de l'église métropolitaine.

9ure proposée par Carabon, il faut savoir que les assignats à face royale étaient recherchés par les financiers, et les autres fort discrédités.

» Mais pour cela, il serait convenable que la Convention et les sociétés populaires préchassent d'exemple. On est fâché de voir, en traversant le Palais-National, que les mêmes lustres qui éclairaient les appartements de Louis Capet et les boudoirs de Marie -Antoinette servent aujourd'hui à différents comités qui y tiennent leurs séances. Nous le répétons, les représentants du peuple libre ne devraient pas siéger sous les lambris d*un despote : il eût été plus à propos de convertir le château des Tuileries en un hôpital pour les malades, ou pour les incurables, ou pour les vieillards. Le voisinage de la rivière et le vaste jardin rendraient ce séjour trèspropre à y recevoir les pauvres infirmes »

— « L'espèce de reposoir dressé au jardin du Luxembourg pour y offrir le cœur de Marat à la vénération et à la reconnaissance des patriotes était simple et touchant, et Thommage qu'on y rendit au saint du jour fut aussi extraordinaire que l'objet de la fête.

» Nous en donnerons ici un extrait.

» Un orateur a lu un discours qui a pour épigraphe : O cor Jésus y o cor Marat! Cœur sacré de Jésus, cœur sacré de Marat, vous avez les mêmes droits à nos hommages. L'orateur compare dans son discours les travaux du Fils de Marie avec ceux de l'Ami du peuple; les apôtres sont les Jacobins et les Cordeliers; les publicains sont les boutiquiers, les pharisiens sont les aristocrates : Jésus est un prophète, et Marat est un Dieu. L'orateur a fini par comparer la compagne de Marat à la Mère de Jésus ; celle-ci a sauvé l'Enfant Jésus en Egypte, l'autre a soustrait Marat au glaive de Lafayette, qui était un nouvel Hérode.

» Brochet a rendu hommage aux talents de Tauteur, mais il a été surpris du parallèle : Marat n'est pas fait pour être comparé avec Jésus; cet homme fit naftre la superstition , il défendait les rois, et Marat eut le courage de les écraser. // ne faut jamais parler de Jésus, ce sont des sottises. Des germes de fanatisme et toutes ces fadaises ont mutilé la

liberté dès son berceau ; la philosophie seule doit être le guide des républicains , ils n'ont d'autre dieu que la liberté.

» Le commandant de la force parisienne a offert ensuite de fournir gratuitement des cyprès , des œillets et des roses pour orner la tombe de Marat. »

Jeudi 1*' aojiït, — Dans le commencement de la séance du I'' août 1793, Cambon fit décréter que tout individu qui serait convaincu d'avoir reçu ou «donné des assignats à une perte quelconque serait condamné à trois mille livres d'amende et à six années de détention pour la première fois; et en cas de récidive, à vingt années de fers, et à une amende double de la première. Gette atrocité n'était qu'un prélude de toutes celles que cette journée devait éclairer. Valenciennes venait de se rendre au prince de Gobourg; les républicains avaient été battus dans la Vendée. Il supposa que tout cela était l'effet d'une trahison. On commença donc par produire une lettre mystique qu'on dit avoir été trouvée dans la poche d'un Anglais; et, comme de raison, elle parlait de vénalité , de rétablissement de la royauté , annonçait une correspondance, un plan de corruption diabolique, désignait par de perfides lettres initiales les agents auxquels il fallait s'adresser.

En conséquence de cette lettre et de mille autres absurdités pareilles, Barère fit rendre une première loi, portant que la garnison de Mayence se rendrait sur-le-champ, en poste, à la Vendée ; que tous les biens des rebelles des pays insurgés étaient confisqués au profit de la République; que leurs moissons seraient coupées et portées sur les derrières de l'armée. Par le même déqret, le ministre de la guerre fut chargé d'organiser des compagnies de pionniers pour abattre leurs forêts, et enfin de préparer une immense quantité de combustibles pour mettre le feu partout. On demande dans quel pays barbare de semblables lois ont été portées.

Par un second décret, F Assemblée qui avait enfanté les monstruosités qu'on vient de lire dénonça le gouvernement britannique à toutes les nations policées de l'Europe et au peuple anglais lui-même, pour se le rendre favorable. Le Savoyard Simon fit décréter que tous les Anglais qui étaient à Paris seraient sur-le-champ mis en arrestation , et les barrières de la ville fermées pour en faire la perquisition. Barère, continuant ses atroces carmagnoles, fit déclarer acquis à la nation tous les biens des malheureux mis hors la lo*i. La Beine fut renvoyée au tribunal révolutionnaire; un décret de déportation fut rendu contre toute sa famille. La princesse Elisabeth fut condamnée à rester au Temple jusqu'après le jugement de la Beine. On ordonna la destruction de tous les mausolées de Saint-Denis, le jour de la fête civique du 10 août, et la formation d'un camp sous Paris. En lisant les détails de cette séance, il semble voir une troupe de sauvages insensés dansant sur de superbes débris, dont une stupide ignorance leur empêche de connaître le prix.

Le jugement porté par l'auteur du Diurnal sur l'œuvre de la Convention est toujours passionné et ne tient pas assez compte ' du bien produit à côté du mal.) Il est un détail de cette séance du 1*^ août qu'il n'a pas vu et qui proteste contre la qualification de sauvages insensés donnée aux membres de la Convention, c'est tadoption du projet de décret sur Puniformité et le système général des poids et mesures. Ainsi , une grande idée , utile au genre humain , à côté de petites et basses vengeances , n'est-ce j>as le perpétuel contraste qu'offre la Convention , généreuse dans le but, cruelle et injuste dans les moyens ? — Danton , dans la séance précédente, avait pari&îtement caractérisé le système terrible de la Révolution : Soyez comme la Nature; elle voit la conservation de C espèce; ne regardez pas les individus.

Vendredi 2 août. — Dans la séance du 2 août 1793, Bacot, maire de Nantes, vint annoncer l'acceptation de la Gonstitu-

tion par les habitants de cette ville. Il fut dénoncé comme ayant trempé dans le prétendu crime de fédéralisme de ses compatriotes. Indigné des mensonges débités contre lui par le député Fayol, Tun de ses accusateurs, il ne put se contenir, et lui cria de la barre qu'il en avait menti. Sur ce mot, échappé à sa vivacité, la Convention décréta qu'il serait surle-champ envoyé ù l'Abbaye. Un instant après, CoIlot-d'Herbois accusa Garât, ministre de l'intérieur, et Champagneux, son premier secrétaire ' ; ils furent mis en arrestation et traduits à la barre.

Dans la même séance. Carra, qui avant le 10 août avait tant persécuté tous ceux qui n'étaient pas Jacobins ; Carra , qui avait été le grand prophète de toutes les sociétés populaires ; Carra ne fut pas seulement abandonné , mais proscrit par ceux-là mêmes qui avaient été ses meilleurs amis. Cam* bon, Robespierre, Âmar et Couthon le dénoncèrent à la fois pour sa conduite, pour ses écrits contre-révolutionnaires, et le firent décréter d'accusation. Rouhier et Brunet fuirent mis en arrestation le même jour, pour s'être comportés avec trop de modération dans la ville de Lyon ; ce furent Léonard Bourdon, Chabot et Bazire qui se portèrent leurs dénonciateurs.

Samedi 3 août, — La séance du 3 août s'ouvrit par un décr.et d'arrestation que Bréard fit rendre contre les gardemagasins et autres agents de l'administration de l'habillement des troupes nationales. Immédiatement après, on décréta que tous les biens de la succession de la princesse de Lamballe, assassinée à la Force, étaient confisqués au profit de la République.

La commune de Lyon, quoique complètement insurgée contre la Convention, envoya, le 3 août, son acceptation de l'acte constitutionnel, voulant prouver par là que ses habitants n'avaient jamais pensé à faire scission avec le reste

^ Champagneux, dont le fils a épousé la fille unique de madame Roland, a raconté sa détention dans Tédition qu'il a publiée des Œuvres de mu'^ dame Boland. 3 vol. in-S», an YIII.

'4m LA DÉMAGOGIE A PARIS. ^

de la Fiimce, comme « pour la réussite de leurs projet»^ H iflspoHatt aux cooventioniieis de le faire croire.

Dans la même sdance , Fabre d'Églantine ifit soo Cimeux discours sur ce qu'il appelait la conspiration de Pitt contre les finances de la France, ce qui n'empédia nullement M. Pitt de persister dans son système conspirateur.

Gamier de .Saintes fit un rapport, au nom du Comité de siireté générale, à la suite duquel il demanda que tous les étrangers avec qui la France était en guerre eussent à sortir de son territoire dans huit jours pour tout délai. Une autre disposition du projet de Gamier portait que ceux de ces étrangers qui seraient jugés dignes de rester dans le pays de la liberté seraient tenus d'avoir à la boutonnière de leur habit un ruban tricolore, sur lequel serait inscrit le mot hospitalité.

On décréta un instant après la mise en liberté de tous les» patriotes inosircérés par les autorités dites fédéralistes , et la réincarcération de tous les citoyens mis en liberté par les fédéralistes qui avaient précédemment fait arrêter les commissaires conventionnels.

Le repas civique est une des institutions caractéristiques de i*époque. Le premier qui eut lieu fut, croyons-nous , celui du 10 août. On cheirbait alors à gagner les fédéraux qui étaient venus à Paris pour la fête de la Constitution, beaucoup, avec des dispositions hostiles aux Jacobins. Le repas civique fut un des moyens de séduction. Les fédéraux, choyés, embrassés, tutoyés, vantés, caressés comme des frères^ ne résistèrent pas. Ils sortirent <les clubs de Paris, transformés, et rentrèrent dans leurs départements en criant : A bas les Girondins! vive la Montagne! Paris avait conquis la province. Ce fut mieux qu^ine scH^onde bataille ' de Vernon, et plus décisive.

Repas civique.

« La fête de la réunion et Facceptation de l'acte constitutionnel tueront tous les partis, et le lendemain la France offrira à FEurope étonnée une fiamille immense qu'on a pu

diviser pendant quelques minutes, mais qu'on ne pourra jama^ rompre et diviser.

» Le cérémonial auguste du 10 août devant dui'er jusqu'au soir, il faut que le lendemain réalise ce grand tableau de femille ; que devant la maison du capitaine de chaque corn-pagnie de section, il soit dressé une table où tous les citoyens du quartier ou de la rue, hommes, femmes, enfants, fédérés, législateurs, magistrats, administrateurs, ministres et juges, où tons les citoyens s'assoient et fraternisent dans toute l'effusion du cœur; que chacun apporte son plat, s'il le peut. Celui qui n'aura rien de préparé, partagera avec son voisin. Il faut que tous les mets soient mêlés et confondus, de façon qu'aucun ne mange le sien, mais bien celui de son frère ; il faut qu'au coup de midi tous les sans-culottes se mettent à table et portent la première ^ anté au règne de l'égalité et de la fraternité ; que tous les citoyens se donnent le baiser de paix, sans distinction de rang, de richesse ou de talents; que [e ministre ou l'ofBcier municipal serre la main ou presse dans ses bras l'artisan , Tliomme de marché ou de port. Ce repas vraiment fraternel sera terminé par des rondes telles qu'en exécutaient nos bons aïeux, qui ne se connaissaient pas bien en liberté , mais qui en étaient dignes, puisqu'ils savaient aimer.

w II ne faut pas que sous aucan prétexte personne puisse s'exempter de s' asseoit^ à ce banquet de la réunion; l'infirme même y prendra part, car on ira lui porter sa portion et lui demander son toast.

» Il ne faut pas que ce jour-ià il y ait ia plus légère trace de corporation ; chacnn son tour à tons les fédérés mêlés avec les habitants de Paris, comme s'ils fussent nés dans les mnrs de cette ville.

* Il serait bon aussi qu'à ce banquet assistent deux nouveaux ménages par section, unis le matin et dot^s par la République. (Il est inutile de prévenir que ces nouveaux époux auront mérité leur bonheur par un patriotisme sans tadie. » (Prudhomme, n* 211, t. XVII, p. 42.)

Ce morceau est curieux. On en trouverait difficilement nn autre qui exprimât mieux le caractère de Tépoque. D'abord, le sentimental : que tous les citoyens du quartier se réunissent et fraternisent dans un banquet. Ensuite, Tutopie : qu'ils se donnent le baiser de paix; que le repas, vraiment yro/^nte/^ se termine par des rondes! Puis on invoque l'exemple des aïeux : des bons aïeux qui étaient dignes de la liberté, puisqu'ils savaient AIMER. On croirait que l'écrivain s'attendrit : il s'inspire de Rousseau et de M. de Florian. Son imagination le fait assister à la plus touchante expansion, à l'ivresse du bonheur à laquelle participent, confondus et péle-méle, hommes, femipes, législateurs, ministres, artisans. Mais voici qui gâte le tableau. Pendant que les citoyens dînent, quelqu'un pourrait conspirer, quelqu^in pourrait se soustraire à ces embrassements, il faut que sous au-cun prétexte personne ne puisse s* exempter de /asseoir à ce banquet. La fraternité ou la mort! Ce U faut laisse entrevoir les sbires de Fouquier. Il montre bien dans quelle atmosphère de dé« fiances , de terreurs et de périls, hélas ! trop réels, on vivait alors. Admirez aussi la précision de cette poésie : U serait bon qu'il y eût deux nouveaux ménages {deux y ni plus ni moins) ayant in<^ rite leur bonheur — par leur amour?... Non pas!... — maïs par un patriotisme sans tache!!,,. Au reste, les repas civiques ont en lieu comme on les avait rêvés. On sortit de là pour s'entr égorger.

Dimanche 4 août, — Ce fut le 4 août que les commissaires qui s'étaient renfermés dans Mayence^pendant que cette ville était assiégée par le roi de Prusse, se présentèrent pour rendre compte de leur conduite et des événements du siège. Merlin porta la parole, et accusa Custines d'avoir négligé rapprovisionoement de cette importante place, et de l'avoir négligé à dessein; mais il fit le plus grand éloge de la conduite de la garnison , et surtout du général Aubert Dubayet , qui n'avait rendu la place qu'après Tépuisement total des subsistances, et qu'après avoir été obligé de se nourrir des animaux les plus dégoûtants. La Convention, satisfaite du rapport de Merlin, décréta que la garnison de Mayence avait bien mérité de la patrie , et fit rendre la liberté à tous les

officiers de l'état-raajor, mis en arrestation quelques jours auparavant. Des courriers extraordinaires furent sur-le-champ expédiés pour porter ce décret aux départements et aux armées.

On reçut une Lettre de Romme et de Prieur (de la Côted'Or), commissaires conventionnels dans le Calvados, annonçant qu'après une détention de cinquante jours dans les prisons de Caen, ils avaient été rendus à la liberté avec tous les égards dus ù la représentation nationale. Cette lettre portait en outre que les trois sections de Caen avaient accepté la Constitution, et que la fédciration départementale était totalement dissoute.

V armée de Mayence envoyée contre C insurrection de Vendée.

Le sîég[e de 31ayence avait commencé le 6 avril. La place, défendue par les généraux Doiré, Aubert Pubayct et Meunier, avait été investie par le roi de Prusse en personne. C'est pendant ce siège que la République fut pour la première fois reconnue. Le premier cartel d'échange de prisonniers porta ce titre : Le roi de Prusse à la République française. Après une défense héroïque, pendant laquelle la garnison eut à souffrir surtout de la famine , la place se rendit le 22 juillet 1793.

Bcaulieu explique parfaitement dans son Essai sur la Révolution française l'influence qu'eut la reddition de Mayence sur la marche de la guerre intérieure en Vendée et à Lyon, deux faits qui ne paraissent avoir, au premier abord, aucune corrélation.

a La garnison de Mayence fut renvoyée en France sur parole ' , celles de Condé et de Yalenciennes obtinrent la même faculté des Autrichiens. La première de ces garnisons , composée de douze mille hommes , tous excellents soldats , fut envoyée en poste dans les départements de l'Ouest, où les insurgés faisaient des progrès effrayants. A cette époque, on était si pressé, que les années n'allaient plus qu'en poste en ce pays; les voitures des émigrés, qu'on

1 La reddition de Mayence est du 23, celle de Yalenciennes du S8 juillet.

avait saisies, servaient à ces transports. Quoique presque toute la garnison de Mayence ait péri dans la Vendée, il n'en est pas moins vrai qu'elle fit éprouver des pertes incalculables aux insurgés ; les plus intrépides Vendéens périrent sous ses coups ; elle paralysa leurs efforts, et les concentra dans leur pays. Je ne doute pas que si le roi de Prusse, au lieu de renvoyer la garnison de Mayence en France Veut retenue prisonnière dans ses Etats , le parti de la Vendée , auquel la Convention n'avait à opposer que des misérables ramassés dans les boues de Paris , ne se fût rendu maftre de la France. Tous les départements, et Paris même, et je puis certifier ce fait, étaient remplis d'une quantité considérable de personnes qui étaient prêtes à se réunir à eux. Les avan-. tages que remporta Farmée de Mayence empêchèrent cette explosion, et les intrépides Vendéens restèrent abandonnés à eux-mêmes et à des horreurs telles que F histoire d'aucune nation n'en pourrait guère retracer de semblables.

» La garnison de Valenciennes , envoyée contre les insur* gés de Lyon , y produisit le même effet. Les Lyonnais , qui auraient pu se défendre contre des masses de paysans armés à la manière des barbares et qui peut-être auraient fini par se réunir à eux, ne purent résister aux efforts réguliers d'une troupe disciplinée, dont Fartillerie saccageait, incendiait leur malheureuse cité. Les directeurs de la coalition des puissances étrangères devaient être instruits de ce qui se passait dans Pintérieur de la France; il y avait trop de gens intéressés à les en instruire , et il leur importait trop à eux-mêmes d'avoir cette connaissance, pour qu'il soit permis d'en douter : comment donc ne prévirent-ils pas que la Convention tii*erait parti des troupes qu'ils mettaient si complaisamment à sa disposition pour comprimer les insurgés qui l'attaquaient à outrance dans Tintérieur? La première idée qui se présente en réfléchissant sur cette conduite, c'est qu'ils paraissaient plutôt coalisés avec elle que contre elle, dans la cause qui leur avait mis les armes à la main. Pour faire triompher le parti des rois, il feUait envoyer en Allemagne

tous les Français faite prisonniers de guerre, et les Bourbons à Lyon et à la Vendée : les chefs de la coalition firent tout le contraire ; ils renvoyèrent en France les Français qu'ils firent prisonniers, et retinrent les Bourbonf en Espagne. » (Beaulieu, tome V, p. 230 et suiv.)

I) k été clëcrëtë (par lu Gommime) r

AiiT, !•' A compter du * de ce mon , «or le» lfaé«7tre« ^i ««ronl ilééçnéê par la monidpalité , on reprësetitera , Iroitibiê par fctuunife , Bruius, Caïtu Gracchtts, Gnillaume TeU, et mitres pièec* de ce genre, capable* d'entretenir dans le» cceors Taoïoiir de la liberté et da rëpublicanUme.

Art. 2. L*une de ces piècet sera représentée une fois par semaine aux frais de la Républiqoe.

Akt. 3. Tout théâtre cpii se permettrait de faire rcpréarenter des pièces tendantes à réreiller la superstition de la royauté sera fermé, et les directeurs en seront poursuivis et fmm tekin toute la figa«?ar des loi».

Lundi 5 août, — Dans la séance de la Commune du jour précédent, Real, substitut de Ghaameite, représenta ^e les ennemis s' avançant de toutes parts pour cerner la ville de Paris, il était temps que la levée en masse du peuple ne Sût plus un vain mot. Il demanda en conséquence qu'il (Ùt fait un recensement générai des quarante-huit bataillons compe^ sant la force armée; que dans cbacune des classes qui les formaient il fût fait un tirage » et que chaque citoyen se tint prêt à partir suivant Tordre du numéro qui lui serait échu. La Commune arrêta qu'il serait fait à la Conventiot» nationale une adresse conforme ao réquisîtcMre de Réal^ pour iaire exécuter son prcjet.

. Le 5 août 1793, la Convention reçut de Carrier une lettre datée de Gaen, du 2 du même mois, avmonçant que ce jourlà il avait fait son entrée trioa»pbale àmm cette ville. L'armée républicaine y était arrivée à dix heures do soir, et déjà

Carrier avait commencé ses exploits, en faisant mettre en arrestation un grand nombre de soi-disant fédéralistes. Ainsi Ton voit qu'il n'avait pas perdu son temps. Au nombre de ces victimes se trouvait la femme de Pétion, et son (ils, âgé de dix ans.

Mardi 6 août, — Le conseil général de la Commune, sur le réquisitoire du vertueux Chaumette, arrêta, le 6 août 1793, que la garde de surveillance établie aux barrières prendrait toutes les mesures nécessaires pour empêcher que les voleurs, les brigands et les filles de mauvaise vie ne pussent s'introduire dans Paris pour influencer les députés des assemblées primaires ou les séduire d'une manière quelconque. Par le même arrêté , il fut enjoint aux officiers de police et de patrouilles de visiter tous les tripots et lieux publics, et d'en chasser tous ceux qui pourraient nuire à la sûreté et aux bonnes mœurs.

La Convention, dans la séance de ce jour, décréta qu'une députation de vingt-quatre de ses membres assisterait à la cérémonie funèbre que la section du Contrat-Social devait faire célébrer le vendredi suivant, en l'honneur de Marat, dans la paroisse de Saint-Eus tache.

Les députés des assemblées. primaires, quoique si bien reçus par la Convention nationale, commençaient à lui donner quelque inquiétude. Tous les jours il se présentait à la barre des députa tions de ces envoyés, dont les demandes ou les propositions équivoques donnaient beaucoup à penser à des hommes qui n'avaient que trop horriblement dépassé les pouvoirs qu'on leur avait délégués. Ces envoyés formaient chaque jour des réunions dans le local de la société des Jacobins, où ils prenaient des délibérations qui, par la suite, auraient pu devenir tout aussi légales que celles d'une assemblée qui avait mérité de perdre tous ses droits, en s'appropriant ceux qui ne pouvaient lui appartenir.

Dans la séance dont on vient de parler, une de ces députations s'étant présentée pour demander un local où elle pût

frateiiiiser avec ses frères des autres départements, rAsseinblée, craignant pour elle-même une pareille fraternisation, fut sur le point de refuser de l'entendre : enfin elle consentit qu'elle fût introduite; mais au lieu de faire droit à leur demande, Léonard Bourdon et quelques autres se mirent à invectiver l'orateur, et déclarèrent que c'était un intrigant qui s'était proposé pour défenseur officieux de Gustines. Un autre prétendit l'avoir vu au milieu d'un groupe de personnes qui déclamaient contre la Convention nationale. Le pétitionnaire donna un démenti formel aux uns et aux autres. On voulait le faire conduire à l'Abbaye; mais on se ressouvint qu'il était envoyé par les assemblées primaires, pour lesquelles il était prudent d'affecter encore un respect bypocrite, et on se contenta d'exiger qu'il donnât son nom. Il s'appelait François Becquet, courtier, demeurant à Ét«ing , près Boulogne-sur-Mer.

Mercredi 7 août, — On avait renvoyé le commissaire Becquet, quoiqu'il se fiit exprimé avec très-peu de ménagement dans le seio de la Convention même. Craignant que son autorité, qui n'était que trop cbancelante, ne fût réellement compromise si de pareilles scènes se renouvelaient, l'Assemblée décréta, dans la séance du (), sur la proposition de Bazire, au nom du Comité de sûreté générale, que les commissaires des départements qui paraîtraient suspects à- ce comité pourraient être mis en arrestation.

Dans la même séance, il fut décrété que tous les forts et cliàteaux de l'intérieur seraient démolis. Le Comité de salut public fut chargé de présenter le mode d'exécution.

On dénonça encore la ville de Bordeaux. Barère fit décréter que tous les individus qui avaient composé le rassemblement appelé commission populaire de salut public, étaient hors la loi, et leurs biens confisqués au profit de la Repu-blique.

Dans la séance du 7, le général Beysser, commandant à

Mantes, vint à la barre pour rendre compte de sa conduite, eu conformité du décret qui Tavait appelé. La Convention le renvoya par-devant son Comité de sûreté générale, ce qui équivalait à une arrestation.

Ce fut le même jour que Barère , ^u nom dn Comité de salut public, fit déclarer que Pitt, ministre du {jouvemement britannique, était l'eimemi du genre humain. Cette déclaration n*a point empêché Pilt d'être nommé au parle* ment d'Angleterre, et de diriger, du fond du cabinet de Saint-*James, toutes les opérations des puissances de l'Europe. Le même Barère avait fait décréter auparavant que tout individu qui serait trouvé dans une fausse patrouille serait puni de mort, et que tout homme déguisé en femme subirait le même supplice. Cette loi, digne de Tinquisition de Goa ou <le Venise, fut provoquée par la peur qu'avaient inspirée les rassemblements de quelques malheureux de* mandant du pain, parmi lesquels on disait avoir vu quelques hommes déguisés en femmes.

On vit ce jour-là défiler dans le sein de la Convention une réunion des autorités constituées de Paris et des envoyés des assemblées primaires, qui criaient à tue-tête : Vive la Republique! Toute cette troupe se confondit avec les députés; tout le monde se baisait, s'embrassait, et jamais scène plus comique ne fut représentée sur aucun théâtre.

Jeudi 8 aoiit. — Les commissaires des quatre- vingt-ciiH| départements vinrent en corps présenter une belle adresse à la Convention nationale, dans la séance da 8 août 1793. Robespierre trouva si bean un tel spectacle, du moins cher* clia-t-il à le faire croire, qa'il fit décréter que cette adresse serait traduite dans toutes les langues, hnprinée et distribuée c» grand nombre dans tootes les parties de TEorope. On vit ensDÎte one fcronic. se disant la veuve de Marst, qni, après avoir répandu quelques larmes sur le sort de son époux, dé- BOB^ la faction perfide des fédéralistes, et demanda ven-

geance de leurs forfaits. On eût dit que cette adresse avait été rédigée par Marat lui-même avant de mourir; c'étaient ses expressions, son style, ses fureurs, on ne pouvait Timiter d'une manière plus frappante et plus vraie.

Les commissaires conventionnels Turreau et Choudieu annoncèrent, dans cette séance, un avantage remporté sur les rebelles, pi*ès de Saumur, par les généraux Ronsin et

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