‹ La démenceChapitre 21 sur 92 · DB8 MALADES · texte numérisé non relu

DB8 MALADES

PBBCEPTIOIT

pour la sensation

minima

doulonreuse

ont été faites par comparaison

Première période. .

5 p. looo

I p. lO

Deuxième période. .

lO

8 p. lOO

7 p. lo

Troisième période. .

Total

ao

8 p. lo 6 p. ICO

Amm. à aa* 6 p. lo

Femmes kormalbs.

h p. lOOOO

I p. lOO

« Les chiffres du tableau III prouvent d'abord l'indépendance de cette sensibilité olfactivo-sensitive, car elle persiste malgré la déchéance de l'appareil olfactivo-sensoriel ; elles prouvent encore la nature fondamentale de cette sensibilité ou plutôt de cette irritabilité organique, car nous l'avons trouvée chez les enfants avant même que l'olfaction se développe. Elle persiste à travers les âges et on la trouve chez les vieillards à peine abolie, tandis que Tolfaction est éteinte complètement. On retrouve encore ce genre d'irritabilité, presquedans toutes les maladies mentales avec des diminutions plus ou moins grandes.

« La sensation (impression olfactive de nature iijdéterminée) est plus faible chez les déments paralytiques et d'autant plus que la maladie est plus ancienne. Il est à remarquer que /dans la première période, elle est peu inférieure à celle des sujets normaux, alors que la perception (reconnaissance du corps odorant) est déjà fortement diminuée. Une fois de plus nous constatons que la perception et la sensation sont jusqu'à un certain point indépendantes. Elles ne sont pas frappées dans les maladies également.

« La reconnaissance de l'eau est faible, surtout aux deux dernières périodes. Il en est de même de la reconnaissance des odeurs différentes.

« La paralysie générale est le type de la démence, c'est-à-dire de la faiblesse intellectuelle. On voit combien l'odorat est altéré dans cette maladie. Il est intéressant de remarquer que cette fonction s'abolit en même temps que l'intelligence générale et tout d'abord dans son mode d'activité le plus délicat, la perception. » (Toulouse et Vasghide, /. c).

88 LA DÉMETICE

Amnésies générales graduelles. — Que la démence soit sénile, épileptique, paralytique, ou autre, le travail de dissolution mentale à révolution près suit la même loi générale au point de vue de l'extinction des divers éléments constitutifs de la mémoire.

Comme l'a fait ressortir Ribot, l'amnésie, après avoir été limitée aux faits récents, s'étend aux idées puis aux sentiments et aux affections et finalement aux actes. Cette graduation établie par les observations des médecins aliénistes de tous pays est précisément l'inverse des étapes suivies par la constitution de la mémoire, laquelle fixe tout d'abord des réactions motrices coordonnées puis des états affectifs liés à ces réactions, ensuite des associations d'idées par excitations accumulées et systématisées, et enfin des reconnaissances des faits normaux fixés à leur tour par associations nouvelles corroborant les anciennes auxquelles elles se comparent et s'additionnent.

La représentation extérieure des images de la parole s'appelle parole intérieure. Quand nous devons exprimer une idée, avant de prononcer les mots, nous nous les représentons comme s'ils nous avaient été suggérés, et, parfois, nous les entendons pour ainsi dire avec notre oreille, ou dans notre cerveau comme autant d'images acoustiques ; c'est de cette façon que le plus grand nombre des hommes traduit l'idée par son signe correspondant. Par contre, ceux qui ont une grande habitude de la lecture voient comme imprimés sur le papier les mots associés aux représentations qui traversent le champ de leur conscience, et, pour la parole intérieure, dans le processus de la pensée et dans son expression verbale ou graphique,

ils évoquent de préférence les images visuelles des symboles verbaux ou graphiques. D'autres sujets, enfin, lorsqu'ils veulent traduire l'idée par son signe correspondant, évoquent les images tactiles et musculaires de la parole, plus rapides, plus colorées et plus efiBcaces que les autres.

Ces trois grands types n'excluent nullement d'autres formes mixtes ou de transition. Les représentants de chacun de ces grands types ont reçu les qualifications d^auditifs, de visuels et de moteurs. Ces diverses images, qui varient avec les individus d'après le mécanisme de l'évocation verbale, se combinent entre elles en bien des manières, et ainsi deviennent possibles l'articulation des mots et leur expression écrite.

Tel est le mécanisme en vertu duquel fonctionne Tappareil du langage. Selon la prédominance de telle 011 telle de ces sphères mnémoniques préalablement à l'afiaiblissement démentiel on peut voir par exemple un auditif devenir visuel ou un visuel devenir moteur ou inversement. Cependant la sphère auditive étant de l'avis de la plupart des psychologues la sphère des acquisitions intellectuelles par excellence on peut dire que l'ordre le plus logique dans l'extinction progressive des sphères mnémoniques doit commencer par l'extinction de la sphère auditive. La mémoire visuelle serait plus tenace quoique moins que la mémoire motrice, surtout celle des mouvements automatiques stéréotypés. Mais cela n'est vrai qu'autant qu'il est question de démence progressive simple sans lésion localisée des organes des sens ni des sphères corticales.

C'est ainsi que Pitres a constaté que chez les apha-

go LA DÉMENCE

siques dont ta mémoire se répare la mémoire sensorielle revient avant la mémoire motrice. La compréhension des idiomes étrangers reparaît avant le pouvoir de les reparler.

Dans la démence organique par foyer cortical, la déchéance fonctionnelle devient entièrement dépendante du siège de la lésion et de la zone corticale altérée (zone motrice moyenne, zones sensitivo-sensorielles diverses en arrière et en bas de la corticalité, zones psychiques? en avant).

Faits. — Il est d'observation vulgaire, dit Ribot, que Taffaiblissement de la mémoire porte d'abord sur les faits récen,ts, aussi ne remarque-t-on pas combien cela est choquant pour le sens commun. Il serait naturel de croire a priori que les. faits les plus récents, les plus voisins du présent, sont les plus stables, les plus nets ; et c'est ce qui arrive à l'état normal. Mais au début de la démence, il se produit une lésion anatomique grave : un commencement de dégénérescence des cellules nerveuses. Ces éléments en voie d'atrophie ne peuvent plus conserver les impressions nouvelles. En termes plus précis, ni une modification nouvelle dans les cellules, ni la formation de nouvelles associations dynamiques n'est possible ou au moins durable. Les conditions anatomiques de la stabilité et de la reviviscence manquent. Si le fait est totalement neuf, il ne s'inscrit pas dans les centres nerveux ou est aussitôt effacé. S'il n'est qu'une répétition d'expériences antérieures et encore vivaces, le malade rejette le fait dans le passé ; les circonstances concomitantes du fait actuel s'effacent bien vite et ne permettent plus de le localiser à sa place. Mais les modifications fixées

PSTCHOPHTSIOLOGÎE GÉNÉRALE DES DÉMRNTS 9I

dans les éléments nerveux depuis de longues années et devenues organiques, les associations dynamiques et les groupes d'associations cent fois et mille fois répétées persistent encore ; elles ont une plus grande force de résistance contre la destruction. Ainsi s'explique ce paradoxe de la mémoire : Le nouveau meurt avant l'ancien. Les déments deviennent de plus en plus étrangers aux faits nouveaux auxquels ils assistent ou bien ces faits s'ils les perçoivent n'éveillent que des associations anciennes avec le sentiment du déjà vu.

Rien ne les intéresse, les nouveautés les révoltent ou bien ne leur paraissent qu'un travestissement de l'ancien, une démente inofifensive gardée par sa famille cesse de pouvoir être conservée par les siens à dater d'un déménagement. Inapte à se recoçnaitre dans le local nouveau, elle ne se sent plus chez elle et veut toujours s'en aller, se révoltant qu'on ne veuille pas la faire rentrer a la maison et s'égarant perpétuellement en s'imaginant y retourner. Au contraire des déments confiés à l'assistance familiale s'y adaptent parce qu'ils croient reconnaître la maison de leurs nouveaux nourriciers comme leur maison natale avec laquelle elle peut avoir quelque analogie comme toutes habitations rurales. L'illusion se complète pour le dément par la croyance à une parenté avec les nourriciers dont les enfants lui semblent ses petits-fils par une sorte de réveil apparent et quelque peu réel même d'aptitudes sociales élémentaires grâce auxquelles certains de ces déments séniles sont parfois longtemps susceptibles de vivre au dehors ou même de s'y réadapter instinctivement dans des conditions con-

venables de tutelle et d'assistance directe et appropriée.

« Quand la mémoire se rétablit, dit Louyer Wil- LERMAT, elle suit dans sa réhabilitation un ordre inverse de celui qu'on observe dans son abolition :

« Les faits, les adjectifs, les substantifs, les noms propres. »

w La transformation deTadjectif en substantif, qui a été un des procédés constants de la formation des langues, se voit encore de nos jours : par exemple un bon de la banque, un brillant, un volant » (F. Bau- DRY, De la science du langage et de son état actuel,

(c Quand la mémoire diminue, dit Kussmacjl, plus

un concept est concret, plus le terme qui Texprime manque vite. Ce qui en est la cause, c'est que notre représentation des personnes et des choses est plus faiblement liée à leur nom que les abstractions, telles que leur état, leurs rapports, leurs qualités. Nous nous représentons facilement les personnes et les choses sans leurs noms, parce qu'ici l'image sensorielle est plus importante que cette autre image qui est le signe, c'est-à-dire leur nom . Au contraire, nous n'acquérons les concepts abstraits qu'avec l'aide des mots qui seuls leur donnent une forme stable. Voilà pourquoi les verbes, les adjectifs, les pronoms et encore plus les adverbes, les prépositions et les conjonctions sont plus intimement liés à la pensée que les substantifs. On peut se figurer que, dans le réseau de cellules des couches corticales, il doit se passer des phénomènes d'excitation et de combinaison beaucoup plus nombreux pour un concept abstrait que pour un concept

concret ; et que par conséquent les connexions organiques qui lient une idée abstraite à son signe sont beaucoup plus nombreuses que pour le cas d'une idée concrète. » Traduite en langage psychologique, cette dernière phrase équivaut à ce que dit Ribot : que la stabilité du signe est en raison de son organisation, c'est-à-dire du nombre des expériences répétées et enregistrées.

La mémoire, fonction capitale du psychoplasma, n'est au fond qu'une reproduction de représentations.

Les empreintes que l'excitation avait produites en tant qu'impression sur le bioplasma et qui étaient devenues des représentations durables sont ramenées par la mémoire ; elles passent de l'état potentiel à l'état actuel.

La force de tension latente dans le psychoplasma se transforme en force vive active. Correspondant aux quatre stades de la représentation, Hoeckel* distingue dans la mémoire quatre stades de développement progressif :

L Mémoire cellulaire ;

IL Mémoire histonale ;

IIL Mémoire inconsciente ;

Page 1